Donner au suivant

 

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Il est 15 h 30. La pause du midi est terminée. Assise à mon bureau, je réponds à mes courriels. Concentrée, je remarque à peine la tête de Siméon qui s’est glissée dans l’entrebâillement de la porte. Coiffé de sa casquette verte kaki, il revient très certainement d’une visite en brousse.

Siméon Diédhiou est originaire de la Casamance. À 31 ans, il est chargé de programme à AGRECOL Afrique, organisation appuyée par SUCO. Il prend son travail très à cœur. À chaque semaine, le jeune homme et son équipe technique déferlent sur les routes cahoteuses du Sénégal pour visiter les différents périmètres encadrés par le programme. Ils ont pour mission de renforcer les capacités des petits producteurs en agriculture biologique et les aider à obtenir de bons rendements agricoles.

L’année passée, au mois de décembre, un défi de taille s’est présenté au chargé de programme. Il a eu pour responsabilité d’organiser la quatrième édition des Journées de promotion de l’agriculture biologique. « J’avoue qu’au départ, j’étais inquiet, car je n’avais jamais organisé une journée de promotion », confie-t-il. Cet événement, qui a lieu à chaque année, vise à sensibiliser les agents du développement et la population aux bienfaits de l’agriculture biologique.

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Village de Keur Mangary Ka, Sénégal.

 

Assis face à moi, Siméon expose en toute honnêteté le défi auquel il a dû faire face pour organiser la journée : « J’ai d’abord commencé par chercher des informations écrites sur les éditions précédentes. Quand on fait une chose pour la première fois, on a forcément besoin de repères. Malheureusement, je n’ai rien trouvé. J’ai dû me tourner vers les techniciens horticoles pour discuter avec eux du déroulement de l’édition passée ».

Pour le jeune homme, toute organisation doit conserver une trace écrite de ses expériences. « Traduire, c’est parfois trahir. Certaines informations se perdent quand elles sont transmises d’une personne à l’autre. Quand tu écris, au moins, ça reste; d’où la nécessité d’avoir des documents en amont pour te servir d’appui », explique-t-il. C’est à partir de cette problématique que Siméon a eu l’idée de rédiger un guide avec des recommandations pour les événements futurs.

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Une des bénéficiaires du programme géré par Siméon Diédhiou.

 

« J’ai eu envie de capitaliser mon expérience. Je pense qu’il faut laisser quelque chose derrière soi afin d’éviter que d’autres ne vivent les mêmes difficultés. Je veux que les gens puissent avoir un modèle, et même l’améliorer au fil du temps », indique-t-il. « Je suis content d’avoir capitalisé la journée de promotion. Maintenant, je comprends toute la pertinence d’utiliser des outils participatifs comme la ligne du temps », assure-t-il. Emballé à l’idée de partager ces nouveaux acquis, le jeune homme ajoute : « Non seulement je vais réutiliser cet outil dans mon travail, mais je vais aussi l’utiliser pour former, car je compte moi aussi aider les gens à capitaliser leurs expériences. Je veux donner au suivant ».

Particulièrement intéressé par la capitalisation, le Casamançais relate le chemin parcouru depuis qu’il bénéficie de l’appui d’une volontaire de SUCO dans ce domaine. « Au départ, je ne comprenais rien. Après un an, grâce aux formations et aux activités de renforcement de capacités, je suis très impliqué dans la capitalisation d’expériences », affirme-t-il. En attendant la publication du guide, Siméon partage ses réflexions sur l’importance de capitaliser : « Si on travaille avec des informations fiables et des documents bien faits, normalement, on réussit ce que l’on fait. En tout cas, ça nous permet de ne pas aller dans tous les sens. On sait où l’on va ».

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Siméon Diédhiou et Noël Tine lors de la journée de promotion de l’agriculture biologique