Aux grands maux les grands remèdes : l’économie solidaire au Honduras

 

Depuis déjà 4 mois, j’ai le privilège de travailler comme conseillère en commercialisation au Honduras au sein de la Red COMAL, dont l’acronyme signifie « Réseau de Commercialisation Communautaire Alternative ». Fait intéressant, le comal est aussi le disque d’argile sur lequel on prépare les traditionnelles tortillas de maïs en Amérique centrale. Il s’agit donc d’un symbole culturel puissant en lien avec la souveraineté alimentaire.

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Expo-vente des produits de la Red COMAL Crédit-photo: Delmy Martinez

 

Depuis 20 ans, l’association fait la promotion la production locale et le développement de marchés justes et équitables pour appuyer la centaine de coopératives et de regroupements de familles paysannes qui la composent. La Red COMAL est née en 1995 avec l’objectif de répondre aux conséquences désastreuses des politiques néolibérales implantées par le gouvernement: abolition des programmes de crédit et d’assistance technique au profit de l’industrie du textile, du capital étranger et de l’industrie touristique, et réduction des tarifs pour permettre l’importation de riz, de maïs et de fèves hautement subventionnés des États-Unis. Ces mesures ont complètement détruit les possibilités de marché des petits producteurs et productrices du Honduras, les laissés-pour-compte du système. La Red COMAL est l’une des rares organisations luttant sans relâche contre ces politiques, et je suis fière de pouvoir partager son excellent travail.

Envers et contre tous

Comment fait-on, à la Red COMAL, pour travailler à contre-courant? En appliquant l’adage « A grandes males, grandes remedios », ou « Aux grands maux les grands remèdes ». La solution consiste à bâtir une économie alternative basée sur la solidarité. De façon simplifiée, on entend par « économie solidaire » une manière d’effectuer les activités commerciales en priorisant l’être humain avant le capital et ce, pour toutes les étapes de la production, de la distribution, et même jusqu’à la consommation. Les objectifs de la Red COMAL en matière de commercialisation se résument ainsi : implanter les valeurs et pratiques de l’économie solidaire, favoriser des relations de marché garantissant un prix juste, et promouvoir la consommation locale. On cherche à ce que les producteurs et productrices prennent le contrôle de la commercialisation de leurs produits pour cesser de vivre aux dépens des intermédiaires avares du système traditionnel. En somme, ces objectifs sont similaires à ce que de nombreuses associations agricoles cherchent à accomplir à travers le monde, y compris au Québec. Cependant, au Honduras, nous faisons face à des défis particuliers reliés au contexte local. Ce sont des éléments que je dois comprendre et prendre en considération dans mon travail.

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Démonstration du nouvel emballage du café produit par la coopérative de femmes COMUCAP, membre de la Red COMAL Crédit-photo: Jorge Diaz

À titre d’exemple, depuis les réformes des années 1990 mentionnées plus haut, les organisations solidaires comme la Red COMAL ne bénéficient d’aucun appui technique autre que celui provenant de la coopération internationale. C’est pourquoi l’approche de SUCO vise le renforcement des capacités organisationnelles afin de sortir ces partenaires locaux du cycle de dépendance à la coopération internationale. Un autre défi majeur pour la population hondurienne travaillant dans le secteur agricole est l’insécurité palpable qui règne dans plusieurs régions. Cet enjeu me marque particulièrement depuis mon arrivée au pays puisque il rend les déplacements, livraisons et entreposages complexes et coûteux. Aucune organisation ne peut se permettre de négliger son budget « sécurité », car elles ne peuvent malheureusement pas se fier aux autorités pour s’en charger.

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Réalisation d’un groupe focus sur la commercialisation de la panela, afin de recueillir l’opinion des consommateurs sur le produit. Crédit-photo: Donaldo Zuniga

L’humain avant tout

Bien que l’essentiel de mon mandat consiste en l’accompagnement de la Red COMAL dans l’élaboration d’un stratégie de commercialisation pour les produits agricoles (sucre non raffiné, fèves, miel, vins, café, produits d’aloès), j’ai également eu l’occasion de participer directement à plusieurs activités commerciales concrètes telles que les sondages auprès des clients, les dégustations, les foires agricoles, ainsi qu’à l’élaboration d’un catalogue de produits disponible en version digitale et imprimée. Ceux-ci visent bien sûr à faire connaitre les produits pour augmenter les ventes, mais sans jamais négliger la raison d’être fondamentale de l’organisation : le bien-être de chaque individu participant à une chaîne de valeur. Ainsi, l’équipe de commercialisation de la Red COMAL étudie avec soin ses opportunités d’affaires pour s’assurer que chaque membre y trouvera son compte, quitte à laisser passer des offres potentiellement lucratives, mais néfastes pour la qualité de vie des personnes impliquées dans la production, comme l’utilisation d’engrais chimiques par exemple,  ou l’exportation de produits par un intermédiaire qui s’approprierait  tous les profits au détriment des familles paysannes.

En travaillant au sein de cette équipe dévouée d’experts de l’économie solidaire, je me permets de rêver à un monde où toutes les personnes impliquées de près ou de loin dans les échanges commerciaux accorderaient une plus grande priorité au bien-être des individus plutôt qu’au profit. Mon stage en terre Hondurienne me confirme qu’affaires économiques et dignité humaine sont tout à fait compatibles tant que la solidarité règne.

Par Catherine P.Perras, conseillère en commercialisation ( stage PSIJ), Honduras

Le Programme de stages internationaux pour les jeunes (PSIJ) est réalisé avec l’appui financier du gouvernement du Canada accordé par l’entremise d’Affaires mondiales Canada.