Du rêve à la relève!

 

Amour, famille et agroécologie

Comme bien d’autres jeunes, Maria et Yelsing, jeune couple dans la vingtaine, rêvaient de bâtir leur propre entreprise familiale, mais pas n’importe laquelle. Une entreprise cohérente avec leurs valeurs écologiques et qui permettrait de développer l’économie de leur communauté, voire de leur belle région nicaraguayenne, la réserve naturelle Miraflor.

Laissez-moi vous raconter leur histoire…

La rencontre de ce jeune couple nicaraguayen m’a profondément marquée. Moi, jeune professionnelle et maman dans la trentaine. J’ai été grandement impressionnée par la débrouillardise, le leadership et le sens des affaires de ces jeunes, mes cadets de 10 ans, qui ont eux aussi un enfant en bas âge.

Maria, 22 ans et Yelsing, 23 ans, deux jeunes agriculteurs maintenant devenus entrepreneurs grâce à Proga-Jeunes : un programme de formation en agroécologie comprenant un volet entièrement dédié à la création de microentreprises et à la commercialisation de produits agricoles.

Quand agroécologie rime avec amour et ambition

De plus, l’histoire de Maria et Yelsing est romantique à souhait. Imaginez deux jeunes étudiants en ingénierie agricole qui tombent amoureux et qui, après leur graduation, décident de retourner vivre ensemble dans leur communauté, Apaguis, pour y fonder une famille et cultiver la terre familiale, laquelle est entourée de paysages à couper le souffle. Mais leur histoire ne s’arrête pas ici.
C’est avec les yeux brillants et remplis de détermination que le jeune couple me raconte à quel point ils étaient enthousiasmés en 2016 d’apprendre qu’un programme de formation en agroécologie allait prendre place dans leur région.

« Pour nous, c’était vraiment important de savoir que nous avions une autre occasion de poursuivre nos études ensemble, dans une carrière qui se consacre à la protection de l’environnement et à l’utilisation de techniques agroécologiques », me raconte Maria.

Des chances comme celle-là, il n’y en a pas des tonnes pour les jeunes du Nicaragua qui vivent en milieu rural. Au contraire, elles se font plutôt rares, ce qui pousse les jeunes à migrer vers d’autres pays pour trouver un emploi et subvenir aux besoins de leur famille.

«Un des problèmes majeurs qui affectent les jeunes du Nicaragua est le manque d’emploi. Souvent, nous n’avons même pas la capacité de créer un petit commerce, faute de capital. Mais grâce à Proga-Jeunes, nous avons eu accès à du microcrédit avec lequel nous avons pu mettre en œuvre notre plan d’affaires et rester dans notre communauté», témoigne Maria.

 

Étincelle de génie pendant la classe de fertilisation

« Comme jeunes entrepreneurs, nous sommes capables de mettre un plan d’affaires en œuvre avec nos idées novatrices. » – Maria

C’est pendant leur classe de fertilisation agroécologique que Maria et Yelsing ont eu une idée de génie. Celle de fabriquer un fertilisant agroécologique qui permettrait aux producteurs et aux productrices de la région de cultiver leur terre tout en conservant les sols, en éliminant les produits toxiques et les maladies, et en assurant la production d’aliments de meilleure qualité nutritionnelle. Voilà comment est née l’idée de produire le fertilisant PRINEC (Productos integrados y ecológicos).
Leur ambition ne s’arrête toutefois pas ici. Si Proga-Jeunes leur a appris une chose, c’est qu’il faut savoir mettre ses apprentissages en pratique pour réaliser ses rêves.

C’est ainsi que Yelsing et Maria me partagent leur vision :

« Mon plus grand rêve serait de continuer à travailler avec ma microentreprise de production maraîchère et de fertilisant. De positionner mon entreprise sur les marchés régionaux et nationaux. Je souhaite aussi que ma microentreprise soit reconnue pour son travail agroécologique », raconte Maria, main dans la main avec Yelsing.

Maria et Yelsing m’ont ensuite invité à prendre un café avec toute leur famille, au cœur des montagnes verdoyantes de Miraflor, sous un magnifique coucher de soleil.


Proga-Jeunes en bref !

De 2011 à 2017…

  • 2378 jeunes formés en agroécologie, transformation et commercialisation
  • 1 471 d’entre eux, dont 640 femmes, ont maintenant un diplôme reconnu par le gouvernement nicaraguayen
  • 234 microentreprises agricoles
  • Un impact direct sur les revenus et la sécurité alimentaire de 10 000 familles des départements de Madriz, de Nueva Segovia et d’Estelí

Projet financé par le gouvernement du Canada par l’entremise d’Affaires mondiales Canada.

*Crédits photos : Jacinthe Moffatt


Communiqué – Du Pérou à votre assiette avec le chef Mario Navarrete Jr.

 

Montréal, le 29 novembre 2016 – Le 1er décembre prochain à la Tour de Montréal du Stade olympique,  150 convives se laisseront transporter dans un univers péruvien avec le chef renommé Mario Navarrete Jr. Le souper gastronomique, organisé par l’organisme canadien de coopération internationale SUCO, est sous la présidence d’honneur du Consul du Pérou à Montréal, M. Manuel de Cossío Klüver.

Le chef « Au goût du monde » 2016

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Avec son approche nuevo latino et sa cuisine fusion, Mario Navarrete Jr. a séduit plus d’un critique gastronomique. C’est avec cœur et amour pour son pays d’origine que le chef a accepté de se prêter à la cause en cuisinant pour un événement dont les fonds serviront à appuyer un vaste programme de formation en entrepreneuriat jeunesse et agricole au Pérou.

« L’innovation, ce n’est pas la gastronomie péruvienne en soi, mais le fait de replonger dans les savoirs ancestraux et andins et de les faire découvrir au monde. C’est d’expérimenter avec des textures, des couleurs et de combiner les cultures. Il faut ramener cette connexion entre le chef cuisinier, les producteurs, les aliments et enfin, l’environnement. Après tout, la gastronomie nécessite des aliments frais, savoureux, récoltés d’une terre en santé », raconte le chef montréalais.

La culture péruvienne sur la sellette

Sous le thème Au goût du monde, du Pérou à votre assiette, cette première édition mettra en valeur la culture et la gastronomie péruviennes en vogue chez les foodies et reconnues mondialement pour leur richesse et leur diversité. C’est après une montée en funiculaire que les invités pourront déguster un pisco sour et un repas gastronomique avec une vue unique et époustouflante sur la Ville de Montréal.

La soirée sera aussi l’occasion d’en apprendre sur le savoir-faire et l’alimentation au Pérou avec Marianne Lefebvre, spécialiste en nutrition internationale, et le réalisateur montréalais Orlando Arriagada avec son documentaire L’ADN du ceviche. La troupe de danse péruvienne Esencia del Perú animera la soirée avec des chorégraphies traditionnelles et rythmées.

C’est un rendez-vous « Au goût du monde » à ne pas manquer !

Les gens peuvent acheter des billets en ligne au coût de 125 $ (avec reçu d’impôt de 60 $) sur le site Web de SUCO. Cocktail servi dès 17h30 !

À propos de : SUCO – Solidarité Union Coopération, est un organisme canadien de coopération internationale, à but non lucratif, fondé en 1961. SUCO accompagne des communautés à travers des expertises en agriculture durable, en développement local et en entrepreneuriat dans sept pays : Haïti, Honduras, Nicaragua, Pérou, Burkina Faso, Mali et Sénégal.

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Renseignements :
Mélissa Cabana, chargée des relations externes, SUCO
Tél. : 514 272-3019 poste 225 / Cell. : 514-349-4297 / Courriel : melissacabana@suco.org

 

Merci à nos partenaires #augoûtdumonde !

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Glenda, une agricultrice qui défie les stéréotypes de genre

 

 

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Glenda Medaris Lagos Vazquez suit depuis bientôt trois ans une formation en agroécologie dans le cadre du projet PROGA-Jeunes. Je lui ai récemment rendu visite et elle m’a impressionnée par sa détermination et sa persévérance à toute épreuve.

La jeune femme a désormais la charge de la terre familiale. Son père lui a offert le terrain afin qu’elle puisse mettre en pratique ses nouveaux acquis et partager ses connaissances avec le reste de sa famille. Elle pratique ainsi l’horticulture maraîchère et l’arboriculture fruitière qui permettent à sa famille de s’approvisionner d’une diversité de légumes et de fruits frais auxquels elle n’avait pas accès autrefois.Mais Glenda ne s’arrête pas là. Elle a récemment entrepris la pisciculture du tilapia, un poisson d’eau douce à chair blanche et ferme pratiquement dépourvue d’arêtes. Cette pratique n’étant pas commune dans les régions montagneuses, la communauté a rapidement démontré un intérêt pour la nouvelle activité économique de la jeune femme. Cette dernière a déjà reçu quelques commandes de ses voisins, et certaines personnes des communautés voisines lui ont même demandé si elle était disposée à leur enseigner les techniques de pisciculture afin qu’elles reproduisent cette activité dans leur communauté. Grâce au travail acharné de Glenda, la région bénéficiera désormais d’une nouvelle source alimentaire.

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Glenda a reçu l’aide de sa famille pour construire l’étang de pisciculture.

Le succès de la jeune femme a certes un impact positif sur sa communauté. Il défie également les stéréotypes de genre véhiculés en région rurale. Glenda m’a raconté qu’un homme de la communauté la critiquait parce qu’elle passe la majorité de la journée à travailler dehors sur la terre familiale au lieu de s’occuper des tâches domestiques, comme le font une majorité de femmes. Ce dernier se moquait également de l’habillement de la jeune femme qui porte des bottes et des pantalons afin de travailler confortablement. Au lieu d’ignorer celui qui la harcèle, Glenda l’a invité à lui rendre visite sur sa terre pour lui montrer ce qu’elle fait. Elle lui a même enseigné une technique pour tuer les vers présents dans les choux de façon biologique. L’homme est reparti en étant très impressionné de sa visite. « Maintenant celui qui me causait du trouble ne rit plus de moi et me respecte ! », raconte-t-elle tout sourire.

La majorité des jeunes femmes qui reçoivent la formation n’avaient aucune expérience en agriculture, et encore moins en agroécologie. L’exemple de Glenda en est un parmi tant d’autres qui démontre une réelle volonté des femmes d’assumer pleinement leur rôle d’agricultrices. Celles-ci sont désormais des femmes exemplaires au sein de leur communauté.

Par Dominique Cardinal, conseillère en égalité entre les femmes et les hommes au Nicaragua.

 


Proga-Jeunes, un projet de développement ambitieux et innovateur

 

Depuis 2014, j’ai l’incroyable chance de travailler pour un projet de développement international ambitieux et innovateur comme conseillère en renforcement des capacités pour Suco : Proga-Jeunes. Il s’agit d’un projet qui se déroule sur six ans et durant cette période, environ 2000 jeunes producteurs et productrices reçoivent une formation technique en agroécologie. Ils étudient trois ans pour obtenir leur diplôme. Le curriculum comprend des cours sur la production des grandes céréales, la production maraîchère, l’élevage, l’agroforesterie en plus de cours de sécurité alimentaire, de transformation et conservation des aliments, d’entrepreneuriat et d’égalité entre les femmes et les hommes. Les jeunes qui le souhaitent ont accès à un micro-crédit pour démarrer une petite entreprise. Le projet accompagne également les communautés en réalisant des ouvrages environnementaux qui permettent de solutionner des problèmes comme l’accès à l’eau potable, la gestion des matières résiduelles, la déforestation et la sauvegarde de semences indigènes. Tout cela en se basant sur une méthodologie d’éducation populaire parce que la plupart de ces jeunes ont un faible niveau d’éducation et apprennent beaucoup mieux dans l’action. Le dernier groupe d’étudiants terminera sa formation en décembre 2016.

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Crédit-photo: Everto Lira

Au-delà du projet : des impacts durables

De grandes questions se posent donc pour l’équipe sur le terrain. Comment faire pour, qu’au-delà de notre intervention, les jeunes continuent à mettre en pratique les connaissances acquises? Comment faire pour qu’ils soient de véritables agents de changement au sein de leur communauté? Comment être certains que le message et la philosophie du projet survivront au retrait de l’équipe de Proga-Jeunes?

Ces questions sont pertinentes pour n’importe quel projet de développement qui souhaite voir un effet durable de ces actions. Avec Proga-Jeunes, nous souhaitons ultimement améliorer le niveau de vie des personnes avec qui nous travaillons et nous pensons que cela peut se réaliser à travers la protection de l’environnement, des relations hommes-femmes plus équilibrées, l’augmentation des revenus des ménages, l’amélioration de la sécurité alimentaire et une production agricole plus abondante, plus diversifiée et mieux échelonnée sur toute l’année. Or, les changements en profondeur peuvent difficilement s’observer sur une courte ou moyenne période. Cependant, la méthodologie de Proga-Jeunes semble faire ses preuves, car il n’y a aucun doute que plusieurs des familles bénéficiaires peuvent déjà dire que leur vie n’est plus la même que celle qu’elles menaient avant le projet. Mais combien de temps cela durera-t-il? Les jeunes sauront-ils maintenir la production et faire l’entretien adéquat de leurs cultures en l’absence de l’équipe de Proga-Jeunes? Sauront-ils trouver de nouveaux marchés pour leurs produits? Donneront-ils à leurs filles la place à laquelle elles ont droit dans les décisions familiales?

Un défi à relever : bien outiller les leaders de demain

En tant que projet qui promouvoit des valeurs différentes et de nouvelles pratiques, nous voulons pouvoir revenir dans 10 ans, dans 20 ans, et constater que ces jeunes d’aujourd’hui sont les leaders de demain et que nos partenaires furent des acteurs proactifs dans la formation d’autres jeunes sur la même voie.

Mais pour que cela puisse se faire, il est important de bien comprendre les besoins des personnes, de fournir les outils nécessaires à leur autonomisation et d’identifier des alliés au sein du pays qui peuvent contribuer à l’atteinte de ces nobles objectifs. Proga-Jeunes est justement en train d’établir sa stratégie de durabilité et cette dernière comprendra des actions sur tous les fronts : transfert de connaissances aux partenaires, formation de promoteurs, échanges d’expériences, création de marchés verts, etc. Et ce sont ces initiatives, que j’aurai le plaisir de vous présenter dans ce blogue, qui feront de Proga-Jeunes un projet vivant et ancré dans les communautés, au-delà de l’intervention de Suco et de ses partenaires.

 

Rachel en compagnie d’un groupe de jeunes étudiants. Crédit-photo: Fernando

 

Pour en savoir davantage sur Proga-Jeunes, suivez-nous sur notre page Facebook au Nicaragua.

 

 


Entrepren’Elle, un espace de partage pour les femmes entrepreneures

 

Il est 10 heures du matin et j’ai la sensation qu’il est 17 heures. C’est à moitié réveillée de mon escapade matinale Jacmel/Port-au-Prince, encore étourdie des virages interminables de la montagne « mòn karaté », que j’ai le plaisir de rencontrer ma nouvelle collègue. C’est avec ma mine de dormeuse que je salue brièvement notre passagère, Luckny Guerrier, nouvelle volontaire pour SUCO en Haïti comme conseillère en entrepreneuriat à St-Marc, dans le département de l’Artibonite.

Rencontre avec Luckny, une héroïne optimiste 

Avant de connaître notre prochaine destination, je m’empresse de prier la cheffe de projet de la mission exploratoire Entrepren’Elle de m’accorder un « 5-10 minutes pas plus » pour un entretien. Notre volontaire n’en est pas à sa première visite dans son pays d’origine. Cela fait maintenant plus de 2 ans qu’elle vient régulièrement en Haïti.

Petit détour chez notre représentante pour une brève entrevue « Ca va être long ? Non, non, mais il vaut mieux être confortable ! » Assise autour de la table à l’ombre de la chaleur du début d’après-midi, je me plonge dans ma mission exploratoire : connaître Luckny. Réveillée par l’appréhension de faire la connaissance de la cheffe de projet, je me retrouve face à une jeune femme réservée qui est dévouée au développement économique d’Haïti. Diplômée en marketing, elle travaille tout d’abord dans un centre local de développement à Montréal. C’est pour assouvir sa quête d’identité et d’opportunité que Luckny participe au forum jeunesse ÉLAN Haïti.

Durant sa semaine au Cap-Haïtien, Luckny crée des liens avec des jeunes Haïtiens « natifs natals ». Ces jeunes ont fait des études et ont des aspirations et des idées, mais surtout des compétences pour développer leur pays. En eux, elle découvre une richesse inconnue des jeunes entrepreneurs de la diaspora haïtienne montréalaise. La jeune entrepreneure perçoit les possibilités de réseautage et de développement dans la perle des Antilles. Sa participation au forum lui vaut d’être nommée jeune déléguée du gouvernement jeunesse d’Haïti. C’est alors que Luckny se donne comme mission de reconstruire les ponts entre la diaspora haïtienne de Montréal et Haïti. Les ponts détruits par l’instabilité politique, la pauvreté et la peur. « Je voulais briser la barrière du danger »

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Entrepren’Elle, un pont entre les entrepreneures de la diaspora montréalaise et d’Haïti

C’est ainsi que naît la mission exploratoire Entrepren’Elle 2015. L’objectif est de valoriser les initiatives de femmes entrepreneures issues de la diaspora montréalaise et de femmes haïtiennes natives natales. « Je voulais créer un espace de partage international ». Bien que Luckny ait été seule pour tout orchestrer, la première édition fut une belle réussite qui a inspiré les participantes à revenir séjourner dans le pays. Avant d’accepter de participer au projet de Luckny, les participantes de la délégation 2015 avaient exprimé leurs inquiétudes devant le fait de s’aventurer en Haïti. Suite à ce séjour enrichissant, elles ont décidé de se lier au projet et de renouveler l’expérience. C’est ensemble qu’elles ont organisé la mission Entrepren’Elle 2016. L’équipe est donc de retour avec une nouvelle délégation et a créé des partenariats importants notamment avec l’Ambassade du Canada en Haïti, le Ministère des Haïtiens Vivant à l’Étranger (MHVE) et, bien sûr, SUCO.

Mission 2017 : faire l’inverse et inviter une délégation haïtienne à Montréal ou ailleurs. En attendant, notre héroïne optimiste ne rêve pas de changer le monde. Elle aspire à créer des opportunités de partage et à encourager les jeunes à oser aller hors de leur zone de confort, à oser l’international !

 

 

 

 


L’agroécologie au service de la lutte contre les changements climatiques

 

Depuis le début de mon mandat au Nicaragua il y a plus de deux ans, la pluie est un événement rare, et la sécheresse qui en découle est attribuée, entre autres, au phénomène climatique El Niño. Pourtant, il devient de plus en plus évident pour n’importe quelle famille productrice du Nicaragua qu’El Niño n’est sans doute pas le seul responsable et qu’il n’est tout simplement plus possible de se fier aux almanachs. D’une année à l’autre, on ne sait plus quand ni quoi semer. Les jeunes doivent quitter leur famille pour gagner un peu d’argent et subvenir aux besoins de base. Bien souvent, cela veut dire traverser la frontière pour chercher du travail dans les pays environnants. Certains ne reviennent pas et abandonnent leurs enfants à leurs grands-parents. De nombreuses jeunes filles reviennent enceintes de père inconnu. Et ainsi, en plus de la pauvreté qui s’accentue, il se crée une dissolution sociale dans les communautés. Au-delà de la faim, la sécheresse a donc bien d’autres conséquences, dont celle d’affaiblir le principal réseau de solidarité de la culture nicaraguayenne : la famille.

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Rachel Vincent

 

Des expériences convaincantes

Avec ce portrait sombre en tête, je me rends sur le terrain à la rencontre des jeunes producteurs et productrices et de leur famille. Et quelle n’est pas ma surprise de constater que tous n’ont pas été touchés si durement par la sécheresse. La combinaison de différentes pratiques agroécologiques a permis à plusieurs familles de Proga-Jeunes d’obtenir une bonne production! Ma visite m’apprend que deux techniques en particulier sont favorables à l’infiltration des eaux et à la réduction de l’érosion des sols. La première, c’est l’établissement d’engrais verts en compagnonnage avec les grandes cultures, le maïs tout particulièrement. Les engrais verts sont des légumineuses et ils ont la caractéristique d’apporter de l’azote au sol, un élément essentiel pour les plantes. Mais en plus de son aspect fertilisant, l’engrais vert permet de retenir le sol et de conserver l’humidité. Plusieurs d’entre eux sont également comestibles. La deuxième technique, c’est la réalisation de canaux d’irrigation. Dans un terrain en pente comme le sont la plupart des terres des paysans du nord du Nicaragua, de tels canaux permettent la rétention du sol et de l’eau. Le succès de cette technique est encore plus frappant lorsqu’elle est associée à la plantation de cultures comme la valériane, l’ananas ou la canne à sucre puisque la présence permanente de racines fortifie encore plus le sol.

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La jeune Frania et son père reçoivent Elvin Moran, technicien de Proga-Jeunes. Creuser des canaux d’irrigation sur leur ferme a été un facteur clé dans la récolte du maïs.

Je ne peux qu’être émue lorsque le père de Frania, une jeune étudiante, me raconte que l’an dernier, il fut surpris lorsqu’il constata que sa fille avait réussi à produire du maïs dans sa parcelle alors que lui et ses voisins avaient tout perdu. Durant la saison sèche, il a donc creusé des canaux sur sa terre et au moment de semer son maïs, il a aussi semé un engrais vert. Cette année, il est le seul de ses voisins à pouvoir récolter.

«Mes voisins croient que c’est de la chance, me confie-t-il. Mais moi, je sais que ce n’est pas de la chance. C’est du travail, car ce n’est pas facile de faire un canal d’irrigation.»

Mais ce n’est pas tout : les producteurs bénéficient aussi indirectement de l’établissement de ces bonnes pratiques. Don Concepción, l’agriculteur qui nous a prêté sa maison et un petit lopin de terre pour qu’on puisse installer un centre d’études local de Proga-Jeunes, est fier de me montrer le puits qu’il a récemment rénové. Celui-ci est situé tout en bas de la parcelle école et depuis que les jeunes y ont établi différentes pratiques, entre autres, les canaux d’irrigation, le ruisseau a repris vie et le puits s’est rempli! Il bénéficie maintenant à une quinzaine de familles.

Une nouvelle stratégie pour s’adapter au climat

L’équipe du projet PROGA-Jeunes intervient dans plusieurs zones gravement touchées par la sécheresse et il est clair que l’agroécologie, bien qu’extrêmement bénéfique, ne peut pas non plus être la seule intervention pour mitiger les effets des changements climatiques. Des ouvrages environnementaux communautaires comme la construction et la réparation de systèmes de captation d’eau de pluie et de puits ont déjà été réalisés. Cette année, constatant que la pluie se fait toujours rare, mon équipe régionale a décidé d’adopter une nouvelle stratégie en axant ses efforts sur deux plans :

  • L’installation de filtres qui permettent de récupérer les eaux usées domestiques pour l’arrosage des plants du potager comme solution à court terme.
  • Le développement d’alliances avec les comités de bassins versants en vue d’organiser les communautés pour l’établissement de pépinières d’arbres forestiers et fruitiers qui serviront à la reforestation comme action à long terme.

Témoin des bons résultats de cette stratégie combinée aux pratiques agroécologiques, je reviens de cette visite sur le terrain le cœur plus léger, avec la fierté de contribuer réellement à améliorer le niveau de vie de ces paysans et paysannes. Mais il n’y a plus aucun doute pour moi : l’agroécologie est définitivement la voie à suivre dans la production agricole.

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Don Concho est fier de nous montrer le puits qu’il a rénové grâce à l’établissement de nouvelles techniques agroécologiques

 

Par Rachel Vincent, volontaire au Nicaragua


L’union fait la force

 

 Un peu de panela ganulada dans votre refresco ?

La famille hondurienne moyenne consomme entre 3 et 4 livres de sucre par semaine. C’est une pratique commune de préparer ses propres « refrescos », ou jus de fruits, et d’y ajouter une grande quantité de sucre. Les entreprises de sucre blanc raffiné ou encore de sucre brun possèdent une très grande part de ce marché dans ce pays, alors qu’il existe une alternative traditionnelle, agroécologique et beaucoup moins néfaste pour la santé : le sucre de canne non raffiné, localement appelé « panela granulada ». En effet, ce produit qui s’apparente visuellement au sucre brun contient les vitamines et minéraux présents naturellement dans la canne à sucre, et est absorbé plus facilement par l’organisme que le sucre raffiné. L’Association de producteurs et productrices de canne à sucre de Tulanguare (APROCATY), légalement formée en 2009 dans la région de Yoro grâce à la campagne de conscientisation menée par la Red COMAL, organisation partenaire de SUCO, s’est donné comme défi d’industrialiser la production de cet aliment et de le commercialiser à travers le pays, selon les principes de l’économie solidaire. La Red COMAL promeut un modèle économique où existent des principes éthiques, et où la nature est protégée.

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Le transport de la canne à sucre

 

La force d’un réseau basé sur l’économie solidaire

Doña Zoila, productrice et membre de l’association depuis sa création en 2009, cultive plusieurs aliments sur ses terres comme le maïs, les fèves, le café, et bien sûr, la canne à sucre. Cette dernière est d’une importance cruciale puisqu’on peut en faire un usage varié. En effet, la canne à sucre est utilisée comme édulcorant, combustible et nourriture pour les animaux. De plus, les récoltes ont lieu tout au long de l’année. Doña Zoila vit dans une communauté où le climat est idéal pour cultiver cette plante ce qui fait qu’elle n’a pas besoin d’y ajouter d’engrais. Malgré cela, la culture de la canne à sucre n’a pas toujours été facile dans cette région. Avant le projet d’usine de production de la panela, Doña Zoila nous explique qu’il était très difficile de vendre les récoltes en raison de la forte compétition et des maigres revenus qu’elles rapportaient, et que ceux et celles qui s’aventuraient à produire leur propre panela devaient y investir jusqu’à trois jours de leur temps par cycle de production, et ce pour obtenir une maigre quantité. Depuis que les producteurs et productrices de la région travaillent ensemble au sein de l’association, ils n’ont qu’à récolter la canne à sucre et la livrer à l’usine.  Dona Zoila est particulièrement fière de faire partie d’un réseau basé sur l’économie solidaire: « La force est dans l’union, puisque nous résolvons les problèmes ensemble. Ceci est notre rêve, à nous les producteurs et productrices. L’économie solidaire nous garantit que les gains restent dans la communauté, et nous assurent un revenu tout au long de l’année ».

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Dona Zoila

Même son de cloche auprès de Jorge Santiago Rodriguez, producteur et administrateur d’une usine de transformation. Il est d’ailleurs responsable des opérations quotidiennes de l’usine. Il nous explique l’importance de l’organisation et de la mise en commun des activités de production : « non seulement la centralisation de la transformation mène à de meilleurs revenus pour les familles, mais elle offre également des opportunités d’emplois à plusieurs jeunes de la région. » Selon lui, le processus d’intégration à un réseau solidaire a fait naître une nouvelle conscience chez les membres, qui sont maintenant plus que jamais motivés à travailler ensemble et à continuer à investir leurs efforts dans la production d’un aliment sain et écologique. Bien sûr, l’APROCATY fait face à plusieurs défis, notamment le transport de la canne à sucre des terres plus éloignées jusqu’à l’usine, et qui se fait au moyen de charrettes tirées par des bœufs. La solution envisagée par le jeune homme, qui consiste à mettre sur pied des groupes bien organisés à qui incombera la responsabilité des récoltes et du transport, démontre sa confiance en la force de l’union.

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Jorge Santiago Rodriguez

Une nouvelle stratégie de commercialisation de la panela

Les succès démontrés par Doña Zoila et Jorge sont possibles grâce au vaste travail de mobilisation réalisé par la Red COMAL, un réseau national de producteurs et productrices agricoles, qui a formé ses membres au niveau du leadership local, la gestion de projets, la vie communautaire, l’incidence politique, les pratiques agricoles agroécologiques, l’hygiène et la sécurité, ainsi que la philosophie de l’économie solidaire. C’est grâce à ces formations que les familles productrices ont décidé de former leur propre association. SUCO appuie la Red COMAL en renforçant ses capacités dans les domaines de la commercialisation et de la promotion, notamment à travers l’élaboration d’une toute nouvelle stratégie de commercialisation de la panela. Lors de votre prochaine visite au Honduras, prenez le temps d’y goûter et vous ne serez pas déçus, ce sont Doña Zoila son collègue Jorge qui vous le disent !

 Par Catherine Perras, ancienne stagiaire PSIJ en commercialisation au Honduras

 

Le Programme de stages internationaux pour les jeunes (PSIJ) est réalisé avec l’appui financier du gouvernement du Canada accordé par l’entremise d’Affaires mondiales Canada.


Alicia et la fleur de Huaganku

 
Alicia Chávez et ses trois enfants – Ocshapampa Crédit-photo : Lauriane Beaulieu

 

Agricultrice et productrice de fromage, Alicia Chávez vit dans la communauté d’Ocshapampa, située dans la partie alto-andine de Huari. La famille d’Alicia fait partie des nombreuses familles bénéficiaires du projet de fromageries artisanales familiales démarrées en 2010 par SUCO et Allpa, partenaire local à Huari. La fromagerie est une petite pièce très modeste, souvent annexée à la maison, équipée d’une petite table, d’une cuisinette à gaz ou à bois et d’une étagère pour entreposer le matériel et les fromages. Ce sont principalement les femmes qui produisent le fromage. Cela leur permet d’acquérir une très grande autonomie, car elles participent désormais à l’économie familiale en gagnant un revenu avec la vente de leurs produits. Ces femmes ne sont plus seulement confinées aux tâches ménagères, à la cuisine et au soin des enfants. Elles possèdent un travail qui leur permet de développer de nouvelles compétences et qui leur procurent un revenu.

Depuis 2011, la famille d’Alicia possède sa propre fromagerie. À travers les formations et les ateliers sur l’élaboration de fromage frais donnés par Allpa, Alicia a commencé à produire du fromage artisanal pour sa consommation personnelle et celle de sa famille. Elle a, par la suite, commencé à vendre une partie de sa production afin d’en tirer des bénéfices. La production de fromage artisanal ne représente pas seulement une source de revenus pour les familles, mais également une source nutritive d’alimentation. La production hebdomadaire d’Alicia dépend de la quantité de lait fournie par ses vaches laitières. Elle dépend également de nombreux éléments comme la santé des animaux, les pâturages et l’installation de systèmes d’irrigation. Alicia possède huit vaches, dont deux qui sont laitières. Lorsque la production de lait est insuffisante pour produire du fromage, Alicia achète du lait à une voisine. La production de fromage n’est donc pas uniquement bénéfique pour les familles productrices, mais également pour les familles qui produisent seulement du lait. C’est un cercle vertueux qui est créé dans la communauté. Alicia produit environ une dizaine de fromages par semaine, dépendamment de la quantité de lait disponible. Une partie de sa production est consommée par son mari et ses trois enfants, et l’autre est vendue dans sa communauté et au marché local de Huari.

 

Fromage frais artisanal « Jallga Queso » Crédit-photo : Julia Steiner

 

Alicia est l’une des premières femmes fromagères à recevoir la certification pour utiliser la marque locale « Jallga Queso ». Cette marque fut créée en 2012 par les familles rurales des communautés andines avec l’appui d’Allpa et de SUCO. Sur la vingtaine de familles productrices de fromage avec lesquelles travaille Allpa, seules cinq sont certifiées, dont celle d’Alicia au début 2013. Cette certification assure entre autres, un niveau de qualité du produit et son attribution fait l’objet d’une évaluation. Le fromage d’Alicia a donc une particularité, une image y est gravée : une vache, la fleur de Huaganku (fleur typique de Huari), une rivière et des collines, pour représenter la région. Ces quatre éléments représentent le logo de la marque. Cela permet de différencier le « Jallga Queso » des autres fromages mis en vente et d’assurer la qualité du fromage vendu.

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Alicia Chávez – fromagerie artisanale Crédit-photo : Lauriane Beaulieu

 

Grâce au projet des fromageries familiales, Alicia a développé des compétences dans la production de fromage frais et dans la conservation de pâturage pour ses animaux. Elle participe à toutes les réunions mensuelles qui ont lieu dans sa communauté et continue d’assister à des formations sur l’élaboration de fromage donné par Allpa. Produire du fromage lui permet d’avoir plus d’autonomie, lui procure un travail qu’elle aime et lui permet de rapporter un revenu à sa famille. Les femmes que j’ai rencontrées lors de mes visites dans les communautés rurales démontrent toutes beaucoup de motivation et d’enthousiasme dans l’apprentissage du processus de production et dans le développement de leurs compétences. Alicia fait partie des meilleures productrices avec lesquelles travaille Allpa. C’est un modèle pour les femmes de sa communauté qui rêvent d’avoir une fromagerie et qui aspirent à être formées sur les techniques de production du fromage. Pour sa part, Alicia aspire à la création d’une association de productrices de fromage pour la production et la vente. C’est également l’un des rêves d’Allpa, qui étudie et analyse cette possibilité depuis quelques années.

Par Lauriane Beaulieu, ancienne volontaire (programme PSIJ) au Pérou.

Le Programme de stages internationaux pour les jeunes (PSIJ) est réalisé avec l’appui financier du gouvernement du Canada accordé par l’entremise d’Affaires mondiales Canada.

 

 


Entregent d’affaires au Sénégal

 

À la rencontre d’un pays rempli de persévérance et de sagesse !

Je suis une femme de 34 ans, mère de trois enfants, entrepreneure et productrice maraîchère depuis près de 4 ans. J’ai également exercé le métier d’agronome en tant que conseillère en agroenvironnement pendant plus de 10 ans. J’ai donc eu le plaisir d’accompagner pendant deux semaines, des Sénégalaises vivant une réalité bien différente de la mienne dans la production maraîchère et l’entrepreneuriat, via un projet de paniers bio.

Crédit-photo: Oussmane Bassoum
Crédit-photo: Oussmane Bassoum

 

Du diagnostic aux pistes de solutions

Mon mandat qui se divisait en deux parties m’aura permis de mieux comprendre la réalité et les défis vécus chaque jour au Sénégal.  En particulier lors de mon séjour dans un village paysan situé à Koulouck, où des femmes persévérantes et fières cultivent des légumes en régie écologique sans pesticides, ni engrais chimiques de synthèse.  J’ai constaté que la dynamique et le mode de vie dans les villages paysans sont très différents de ceux vécus en ville.  Les traditions et la proximité des maisons et des familles se comparent à un mode de vie en communauté où la solidarité et les discussions animées font partie du quotidien.  Il est génial de constater que les femmes vivant de l’agriculture mettent beaucoup d’efforts et qu’elles sont ouvertes et intéressées à effectuer des changements et à apprendre de nouvelles techniques et méthodes en culture maraîchère.  En compagnie des femmes du village, j’ai pu poser un diagnostic concernant les problématiques observées et vécues et ainsi proposer des pistes de solutions.  À cet effet, j’ai pu enseigner concrètement aux femmes la technique de greffage afin de diminuer les effets néfastes des nématodes, un ravageur qui vit dans le sol et qui s’attaque aux racines dans la tomate et l’aubergine, afin de permettre d’obtenir une récolte.

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Crédit-photo: Ndeye Coumba Diéye.

Accompagner des femmes dans un projet de paniers biologiques

La seconde partie de mon mandat était d’observer, d’étudier et d’accompagner les femmes de Nat-Bi dans leur projet de paniers bio. Un bon bout de chemin était déjà fait lors de mon arrivée grâce au volontaire de SUCO déjà sur place. J’ai donc pu proposer des éléments qui allaient améliorer la gestion de l’approvisionnement et du suivi du budget hebdomadaire via des tables Excel.  Aussi, j’ai témoigné de mon expérience de production de légumes et de production de paniers bio avec ma ferme, « Les Jardins bio du Solstice » au Québec.  J’ai pu partager certains éléments dans la réussite de mon entreprise tels que le service et l’approche de la clientèle, la gestion du contenu des paniers, le suivi des paiements et l’utilisation des réseaux sociaux pour la promotion des paniers.  Les femmes responsables de ce projet ont pu, à mon grand bonheur, le mener à terme et effectuer avec succès leur première livraison de paniers juste avant mon départ.

 

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Crédit-photo: Félix Beaudet

 

Créativité et débrouillardise

Les femmes du village m’ont enseignée quelques traditions africaines que j’ai pu mettre en pratique lors de mon séjour auprès d’elles.  Cette immersion dans la vie et la réalité de tous les jours vécue par ces africaines m’a ouvert l’esprit sur un mode de vie simple souvent observé dans les pays en voie de développement. Plusieurs réflexions et questionnements me sont venus à l’esprit.  Ce cheminement personnel et professionnel laissera des traces dans ma façon d’être et j’en suis très heureuse.  Les Africains et les Africaines sont débrouillards et inventifs, ce qui a suscité beaucoup d’intérêt et d’admiration chez moi. Par exemple, malgré la presqu’inexistence d’un système de gestion des déchets, les gens recyclent beaucoup le matériel et trouvent souvent une multitude d’utilités post-consommation aux déchets leur donnant ainsi une deuxième, voire une troisième vie, comme c’est le cas des bouteilles,des sacs de plastique et des boîtes de conserve.

Bien que la durée du mandat fut courte, je suis fière d’avoir pu poser des diagnostics et dresser un portrait de la situation.  J’ai beaucoup apprécié les échanges culturels, cuisiner avec les femmes et discuter avec les gens que je rencontrais lorsque je sortais marcher dans la ville de Thiès. Cette expérience hors du commun m’aura permis de sortir de ma zone de confort et d’élargir ma vision et ma compréhension de la culture au Sénégal.  Je recommanderais cette belle expérience  du programme Entregent d’affaires à quiconque désire vivre et échanger avec des gens exceptionnels.  La sagesse et la persévérance des Sénégalais et des Sénégalaises font d’eux un peuple remarquable avec des valeurs humaines d’entraide bien ancrées dans leur façon d’être.

 

Par Valérie Campeau, conseillère en agroenvironnement, programme Entregent d’affaires, Sénégal

 


La belle histoire de Kelvin Montoya

 

À travers mon mandat de conseillère en commercialisation pour le projet PROGA-JOVENES au Nicaragua, j’ai pu durant ces derniers mois, accompagner quelques jeunes dans leur processus de démarrage de micro entreprises. Lors de mes visites sur le terrain, j’ai rencontré Kelvin Montoya, jeune entrepreneur de 21 ans, qui a commencé sa formation en agroécologie en 2011, lorsqu’il était alors âgé à peine de 17 ans. Jeune homme particulièrement dynamique et motivé, c’est avec succès que Kelvin a terminé non seulement son secondaire, mais aussi sa formation avec SUCO, en 2013. Pendant cette formation d’une durée de trois ans, il a pu apprendre différentes méthodes agroécologiques qu’il a pu appliquer sur la terre de ses parents. Lors de notre conversation, il m’avoue être très heureux de ses accomplissements personnels et professionnels suite à la formation dont il a bénéficié :

« Je suis très heureux, car le projet de SUCO a été pour moi d’une grande importance. Il a permis d’appuyer des familles qui ont peu de ressources dans l’élaboration de leur plan d’affaire et dans la production de la ferme. »

C’est durant sa dernière année de formation que Kelvin a eu l’idée de démarrer une micro entreprise de transformation et commercialisation de café dans le cadre de ses cours d’entrepreneuriat. Pourquoi le café? Tout simplement parce que c’est un produit qui se vend matin, midi et soir en hiver comme en été.

 

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En effet, le café se consomme énormément au Nicaragua. Avec ce produit, il n’y a aucun problème au niveau de la demande. Et c’est à partir de cette opportunité, une demande qui ne s’épuise jamais, que Kelvin a crée sa micro entreprise de café. C’est donc durant ses cours d’entrepreneuriat qu’il a appris à rédiger son plan d’affaire : il a évalué ses coûts et ses bénéfices,  effectué une analyse FODA (forces, faiblesses, opportunités et menaces),  étudié bien entendu la compétition, dessiné un plan de sa ferme et a ainsi complété  la cinquantaine de pages exigée par le programme afin de mettre en place sa micro entreprise de café. Par l’intermédiaire de ce projet, SUCO offre une subvention de 60% en  matériel afin d’aider les jeunes dans leur démarrage d’entreprise tandis qu’ une coopérative de microcrédit, partenaire de SUCO, complète le 40% de crédit du montant total que nécessite leurs projets d’entreprise.

« Le projet nous offre une opportunité et il ne faut pas la rater; il faut aller de l’avant, il faut être un modèle de réussite et en être fier. »

Ainsi, c’est avec cette opportunité financière que kelvin a pu démarrer petit à petit sa micro entreprise avec une production de 5 livres de café de manière hebdomadaire.  Aujourd’hui, presque 2 ans après, il produit près de 90 livres de café par semaine et emploie 4 personnes de sa communauté!

Je lui ai alors demandé s’il n’avait pas rencontré  quelques difficultés dans cette belle aventure. Il m’avoue qu’il a su, effectivement,  surmonter quelques obstacles  grâce à l’aide de sa famille et de l’appui des formateurs du projet. Il m’explique alors que le micro-crédit qu’il avait sollicité au tout début était insuffisant pour acheter la machine appelée tostadora (machine de torréfaction du café) et qu’il a dû emprunter de l’argent auprès d’un prêteur informel en plus d’accéder à l’aide financière de son père.

 

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Kelvin et sa machine de torrefaction

 

SUCO lui a également fourni un appui par l’intermédiaire des formateurs du projet qui lui ont demandé de planter 2000 semences de cacao sur sa terre. L’idée derrière tout cela?  Permettre aux étudiants de pratiquer certaines méthodes agroécologiques apprises en classe  dans la parcela-escuela (petit lopin de terre à cultiver lors des cours de pratique). Effectivement, c’est avec les bénéfices des plantes de cacao vendues à SUCO qu’il a pu compléter ses ressources financières afin d’acheter la tostadora dont il avait besoin pour démarrer son activité de transformation de café. Il a su ainsi démontrer un grand professionnalisme et un esprit entrepreneurial en liquidant ses dettes de crédit.  Aujourd’hui, il en est à son troisième crédit avec la coopérative Santiago qui lui permet d’assurer l’extension de sa micro entreprise avec l’agrandissement de la salle d’emballage qui lui sert également de bureau pour le moment.

 

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Salle d’emballage et bureau de Kelvin

 

Kelvin qui souhaite faire l’acquisition d’une autre machine qui lui permettra de transformer lui-même ses graines de café, espère aussi obtenir un numéro de registre qui est indispensable s’il veut commercialiser son produit dans les grandes surfaces commerciales avoisinantes , mais aussi pour l’exporter en Amérique centrale et au Japon.  Il conclut notre conversation en me confiant qu’en produisant du café de manière agroécologique, il souhaite être un exemple pour sa famille, ses amis ainsi que pour le reste de sa communauté.

 

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Kelvin et moi

 

Par Amira Beghdadi, conseillère en commercialisation ( programme PSIJ), Nicaragua

Le Programme de stages internationaux pour les jeunes (PSIJ) est réalisé avec l’appui financier du gouvernement du Canada accordé par l’entremise d’Affaires mondiales Canada.