Contrer l’exode rural en formant la relève agricole

 

De juin à août 2017, 4 jeunes Québécoises ont effectué un stage Québec sans frontières à Huari, au Pérou, avec l’organisme local ALLPA en partenariat avec SUCO.

Comme dans plusieurs autres pays du monde, l’exode rural est un phénomène qui affecte le Pérou et en particulier la région où nous effectuons notre stage, qui a lieu plus précisément dans la petite ville de Huari, ainsi que les zones rurales qui l’entourent.

Notre stage Québec sans frontières sur la promotion des aliments locaux et du travail des personnes agricultrices, réalisé en collaboration avec notre partenaire local ALLPA, nous a amené à nous questionner sur les raisons qui poussent les jeunes à abandonner leur terre natale pour tenter leur chance ailleurs.

La dévitalisation des milieux ruraux

À la suite de nombreuses discussions avec des familles agricultrices, ainsi qu’avec des collègues d’ALLPA, nous avons tout d’abord constaté que les raisons qui poussent la plupart des gens à migrer vers de plus grandes villes ressemblent énormément à celles invoquées au Québec et au Canada : les zones rurales se dévitalisent plus ou moins rapidement, car les jeunes aspirent à un futur qu’ils peinent à imaginer en campagne. Pour vous donner une idée de la situation, il ne reste qu’une trentaine de famille à Ampas, petite communauté voisine de Huari, alors qu’il y’a trente ans, on en comptait trois cents. Les répercussions sont dramatiques puisque ce genre de phénomène implique que, dans des villes comme Huari qui ne possèdent pas leur propre université, les jeunes qui veulent poursuivre leurs études doivent déménager dans une autre ville, comme Huaraz ou Lima. Parmi ceux et celles qui partent pour les grandes villes, une poignée seulement revient dans leur petite ville natale pour y faire leur vie.

Un autre de nos questionnements portait sur les perceptions existantes du métier d’agriculteur. Bien évidemment, elles sont différentes d’une famille à l’autre, mais la différence est d’autant plus manifeste si l’on compare les familles qui vivent dans une zone rurale, comme Ampas, à celles qui vivent dans une zone plus urbanisée, comme Huari. Les familles de Huari avec lesquelles nous avons discuté ne vivent généralement pas de leur propre agriculture, et même si certaines d’entre elles possèdent une terre, il s’agit davantage d’une activité marginale que d’un réel métier. De plus, si quelques personnes considèrent que l’agriculture est un travail difficile, d’autres vont jusqu’à dire que ce n’est pas un « vrai » travail.

Des familles qui valorisent le travail de la terre

Certaines familles nous ont toutefois fait part d’opinions tout à fait différentes. Elles nous ont par exemple parlé de l’entraide et de la solidarité qui existent entre les familles d’agriculteurs. En effet, toute la communauté travaille une journée dans les champs de l’une des familles, puis dans ceux d’une autre famille le lendemain, et ainsi de suite. Cela témoigne d’un esprit de communauté très fort. De plus, une famille d’agriculteurs qui a vécu plusieurs années à Lima pour ensuite revenir à Ampas nous a confié que la qualité de vie était selon elle beaucoup moins bonne à Lima. Il y a beaucoup de bruit, le coût de vie y est élevé et les déplacements sont rendus difficiles par le trafic constant. Ces conditions ne peuvent être comparées au calme et à la tranquillité qui règnent à Ampas ou à Huari. Selon cette même famille, la délinquance a augmenté de manière importante depuis quelques années à Lima, ce qui en fait un environnement inadéquat pour établir une famille.

Des participants aux modules de formation d’ALLPA sur la production maraîchère dans le cadre du projet FORMAGRO.


Former et outiller la relève : le travail d’ALLPA

Un certain nombre de défis caractérisent la vie d’agriculteur. L’amélioration des conditions de vie en zone rurale se trouve justement le cœur du travail d’ALLPA, un organisme qui œuvre dans plusieurs régions rurales du Pérou pour en assurer le développement durable. ALLPA offre un soutien aux producteurs et productrices dans le développement de leurs activités maraîchères, d’élevage ou de production laitière, et travaille conjointement avec ceux-ci pour leur permettre de consolider leurs connaissances et techniques. Les familles productrices y voient par conséquent une opportunité d’amélioration. En effet, des changements ont été constatés à la suite de la participation aux formations. Bon nombre d’agriculteurs ont modifié leurs méthodes de production maraîchère pour se tourner vers le biologique alors qu’ils utilisaient auparavant des méthodes de production conventionnelle, lesquelles faisaient par exemple appel à des pesticides chimiques dangereux. ALPPA travaille aussi à la revalorisation du métier d’agriculteur et à la construction d’un meilleur avenir pour les jeunes vivant en zone rurale. En effet, les modules de formation dédiés aux jeunes de 18 à 35 ans permettent à la relève d’être plus motivée et mieux outillée pour travailler la terre. Notre mandat en tant que stagiaires était de collaborer avec ALLPA afin de sensibiliser la population à l’utilisation de produits locaux et biologiques.

À la fin de notre stage, nous avons pris conscience de l’étendue de nos apprentissages et nous avons également pu observer qu’une intervention semblable serait extrêmement pertinente chez nous, au Québec.

Claudio Estrada, un facilitateur communautaire d’ALLPA, donnant une formation participative sur le contrôle biologique des maladies.


Stagiaires : Éliane Voisard, Anika Ste-Marie, Laurence Dupont et Elisabeth Bergeron

Accompagnatrice : Anne-Sophie Côté


Les semences : un enjeu trop souvent oublié !

 

Lorsque l’on parle de revoir les systèmes alimentaires, on entend régulièrement parler du mode de production, des circuits de distribution qui doivent être plus courts, de la diversification des productions, mais on entend peu parler du premier maillon de ce système : les semences. Peu de choses sur cette terre sont aussi vitales que ce qui constitue notre héritage alimentaire vieux de plus de 12 000 ans; magnifique miracle de la vie que sont les semences, maillon de renaissance entre la fin d’une plante et le renouveau.

Un précieux premier maillon

En regardant le documentaire Seeds, the untold story, on est surpris, voire choqué d’apprendre qu’au cours du dernier siècle, c’est plus de 94 % des variétés de semences partout dans le monde qui ont disparu. Il s’agit-là d’un constat d’autant plus alarmant lorsque l’on sait que ce sont maintenant en majeure partie les entreprises biotechnologiques qui produisent et contrôlent le renouvellement de ce patrimoine naturel.

Au Sénégal, les changements climatiques se sont intensifiés comme partout ailleurs en Afrique subsaharienne. Les précipitations s’affaiblissent et sont de moins en moins prévisibles. Au cours des dernières années, le prix des céréales a donc baissé, ce qui a entraîné un manque de fonds pour acheter des équipements et des semences. Cette situation contribue toujours, à l’heure actuelle, à rendre le travail agricole moins intéressant, et ce, surtout pour les jeunes.

Favoriser l’accès

En Afrique de l’Ouest, 70 % de la production agricole provient des petites exploitations familiales. Et pourtant, malgré la force du nombre, ce sont les hommes et les femmes vivant de cette agriculture familiale qui ont le plus difficilement accès à des intrants semenciers de qualité et surtout non modifiés. Au Sénégal, la Centrale d’achat de Touba Toul, ancien partenaire de SUCO, s’est mobilisée afin de solutionner l’incapacité financière des ruraux à accéder à un stock suffisant de semences de qualité. Des paysans et des paysannes se sont regroupés afin de créer une association qui achète en gros les semences fournies par l’État, elle les redistribue par la suite sous forme de prêt. Ainsi, les paysans et les paysannes ne sont pas obligés de payer l’entièreté de l’achat. Après les récoltes, lorsqu’ils et elles auront pu vendre leurs productions, le remboursement s’effectuera. La Centrale a à cœur d’organiser une distribution à échelle humaine. Anta Babou, membre de la Centrale d’achat de Touba Toul et présidente de son propre groupement d’intérêt économique m’explique dans ses mots :

« Les semences, c’est important de les garder, parce que c’est bon pour nous, paysans et paysannes. C’est nécessaire même, car souvent à cause de l’hivernage et des imprévus de la vie, on ne peut pas en produire assez soi-même. Si quelqu’un veut cultiver de l’arachide pour subvenir à ses besoins et générer un petit revenu, il aura besoin d’avoir suffisamment de grains. C’est aussi une bonne façon de faire preuve de résilience face aux changements climatiques, comme on ne sait jamais ce qui viendra ensuite, sécheresse ou autre… »

Par ailleurs, en achetant principalement de l’État, les paysans et les paysannes ne savent pas toujours d’où viennent les semences. Ces dernières ne sont donc pas nécessairement toujours adaptées au sol ou au climat de la région; un enjeu de traçabilité des cultures persiste. Et pour répondre à cet enjeu, plusieurs prônent le recours à la certification des semences.

Cultiver l’autonomie

Au Sénégal, comme dans plusieurs autres pays du monde, les paysans et les paysannes se battent afin de faire reconnaître leur droit de savoir et de gérer directement les variétés locales, en plus de dénoncer la pratique de la certification des semences. Ce modèle fortement inspiré de la législation européenne et nord-américaine entraîne des coûts faramineux, mais aussi des contraintes liées à l’exigence d’une qualité très homogène et uniforme dans les semences (ce qui va également à l’encontre des principes agroécologiques).

Quant à la pratique de l’extension des brevets à des plantes (principalement dans le secteur des organismes génétiquement modifiés (OGM)), prônée par de grandes multinationales, mais aussi certains gouvernements, elle comporte des accords contractuels stricts qui engendrent des restrictions sur l’échange de semences et les pratiques de recyclage des semences. Cela a le plus souvent pour effet de confronter les agriculteurs et les agricultrices à un choix restreint pour l’acquisition commerciale de semences. Au final, tout cela a une répercussion directe sur le droit à l’alimentation, une alimentation de qualité en quantité suffisante.

« L’agroécologie c’est plus qu’un choix. Moi je sais que c’est ce dont la terre du Sénégal a besoin. Je veux qu’on soit autonome du début à la fin de nos productions, et qu’on soit en santé grâce à ce qu’on mange et cela passe aussi par les semences », précise Ndongo Fall, coordonnateur de la Coopérative Agricole Biologique de Notto-Diobass (COPEBAN), ancien partenaire de SUCO au Sénégal.

Ici, les organisations paysannes travaillent aussi à reconstruire des droits collectifs et les systèmes semenciers ancestraux pour protéger leurs semences. Il y a de plus en plus d’initiatives porteuses, comme celles de l’organisation AGRECOL Afrique, partenaire de SUCO, qui a organisé une journée de promotion de l’agriculture biologique ayant pour thème « les semences paysannes pour une agriculture durable ». Cette journée a permis de favoriser le réseautage entre organisations de la société civile, paysans et autres acteurs croyant également à la survie du patrimoine semencier. Ces initiatives de mise en réseau sont d’autant plus importantes dans un contexte de revendication auprès des décideurs.

« AGRECOL Afrique effectue en ce moment du plaidoyer pour les semences paysannes au Sénégal, notamment parce que la législation sénégalaise reconnaît uniquement les semences certifiées. Un paysan qui commercialise des semences paysannes est passible d’une amende à l’heure actuelle! », m’écrit Milaine Bédard, ancienne conseillère volontaire en gestion des savoirs pour SUCO. Il faut savoir qu’au Sénégal, la loi relative à l’inscription des variétés stipule que « la production de semences en vue de la vente ne peut être effectuée que par des personnes (…) agréées à cet effet »; agrément difficilement accessible, mais aussi peu compatible avec la réalité paysanne.

Bref, une réalité complexe

Le défi à l’heure actuelle pour les paysans et les paysannes du Sénégal est donc de continuer à augmenter la production de leurs propres semences. Il y va de leur survie économique et de l’avenir alimentaire de la région. Mais cela n’a rien de facile!

« Souvent, en Occident, on nous renvoie une image très polarisée sur la question des semences, mais il faut prendre conscience que la réalité terrain, c’est une réalité beaucoup plus complexe. Le Sénégal est un grand territoire avec une forte densité de population, une croissance démographique importante, les impacts des changements climatiques y sont de plus en plus perceptibles. Tous ces enjeux réunis compliquent la gestion et la distribution des semences. Au final, pour arriver à améliorer l’accès des petits producteurs et des petites productrices à des semences adaptées, il faut avoir la capacité de comprendre tous ces enjeux et de s’y intéresser en synergie. C’est pour cela que SUCO travaille avec d’autres organisations pour impulser un mouvement collectif », conclut Sophie Bourdon, représentante de SUCO au Sénégal.

Des pistes d’action simples

L’enjeu des semences paysannes est tout aussi d’actualité au Canada. Si vous voulez poser un geste simple afin de prendre part au mouvement, voici des idées à la portée de tous et toutes :


Agroécologie et transition vers des systèmes alimentaires durables

 

Opportunité pour la mise en œuvre des priorités de la politique d’aide internationale féministe du Canada

Madame Marie-Claude Bibeau, Ministre du Développement international et de la Francophonie,

Nous saluons l’engagement du gouvernement du Canada envers la promotion du plein exercice des droits des femmes et des filles, condition indispensable pour l’atteinte des Objectifs de développement durable (ODD). Nous espérons que la mise en place d’une politique d’aide internationale féministe pourra également inspirer d’autres États.

Nous sommes reconnaissants à votre gouvernement d’avoir accordé une place importante aux organismes de coopération internationale dans le cadre des consultations publiques pour l’élaboration de la nouvelle politique. De plus, nous accueillons favorablement l’initiative donnant priorité aux populations les plus vulnérables, ainsi qu’à l’adaptation et la mitigation des effets des changements climatiques.

Dans le monde, les femmes jouent un rôle majeur dans le domaine de l’agriculture, l’une des activités les plus affectées par les changements climatiques. Nous vous encourageons à soutenir davantage l’agriculture durable et la transition vers des systèmes alimentaires diversifiés et agroécologiques. Ces modèles, axés sur la diversification des exploitations et des paysages agricoles, la substitution des intrants chimiques par des techniques écologiques, l’optimisation de la biodiversité, ainsi que les interactions entre différentes espèces, peuvent renforcer l’autonomisation économique des femmes et des filles qui pratiquent, pour la majorité d’entre elles, une agriculture à petite échelle.

Plus d’un demi-siècle d’expérience nous permet d’observer les répercussions positives de la diversification des systèmes agroécologiques sur le développement économique local et régional, ainsi que sur la résilience des populations qui doivent faire face à des catastrophes naturelles de plus en plus fréquentes, graves et imprévisibles. De plus, les systèmes alimentaires durables peuvent devenir une stratégie d’adaptation, mais aussi de mitigation des effets des changements climatiques. Un nombre croissant de recherches démontrent que ces systèmes augmentent la concentration en carbone des sols, préservent la biodiversité, permettent aux sols de retrouver leur fertilité à long terme, maintiennent les rendements, et offrent une base solide pour soutenir les moyens de subsistance des familles d’agriculteurs et d’agricultrices.

Le Canada investit déjà dans ce secteur en renforçant les capacités des communautés paysannes. Cet appui a permis aux communautés de passer d’une agriculture de subsistance à une agriculture de marché, tout en améliorant la qualité de leur environnement et en assurant la pleine inclusion des femmes dans l’économie et la société. L’agriculture est devenue un secteur de choix pour accroître et diriger les investissements.

Nous sommes convaincus que le Canada peut en faire davantage et devenir un leader de ce secteur innovateur, qui permet de répondre à plusieurs des défis auxquels les pays en développement font face. Nous encourageons le Canada à investir davantage dans le secteur de l’agriculture durable à petite échelle. Un investissement accru dans ce seul secteur permettrait de contribuer à l’atteinte de douze des objectifs de développement durable, de réduire la pauvreté, d’autonomiser les femmes, de créer des possibilités d’emploi pour les jeunes et de lutter contre les effets des changements climatiques.

 

Richard Veenstra

Directeur général

 

Émile Frison

Membre du Groupe international d’experts sur les systèmes alimentaires durables

Crédit photo : Nitsé Mathelier

 

 

 


La jeunesse québécoise, une vraie force de changement!

 

C’est un départ pour nos 7 jeunes Québécoises qui iront réaliser un stage d’initiation à la solidarité internationale avec notre partenaire ALLPA, dans la région de Huari au Pérou ! Les jeunes femmes ont pour mandat de contribuer au développement durable de cette région andine du Pérou. Plus spécifiquement, il s’agira de sensibiliser la communauté sur la production et la consommation de produits locaux.

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Québec sans frontières, un programme qui mise sur des valeurs de partage et de solidarité

Basé sur des principes de partage, de solidarité et d’engagement social, le programme Québec sans frontières (QSF) dans lequel s’inscrit ce stage a pour objectif de favoriser la création de liens privilégiés entre les jeunes du Québec et les populations du Sud, dans ce cas-ci la population andine du Pérou, tout en prônant des valeurs de participation populaire et de réciprocité. Le programme, qui existe depuis 20 ans, mise avant tout sur le potentiel de la jeunesse québécoise à devenir une vraie force de changement et d’action.

Pourquoi partir et qu’est-ce qu’on en retire ?

Se mettre au défi et sortir de sa zone de confort, en apprendre davantage sur une autre culture et vivre dans un rapport de réciprocité avec elle, partager ses connaissances sont quelques-unes des raisons qui ont attiré les jeunes femmes à s’initier au monde de la coopération internationale. Nos stagiaires, qui vivront d’ailleurs dans des familles d’accueil durant toute la durée du séjour, espèrent retirer beaucoup de cette expérience, tant d’un point de vue plus personnel que professionnel. Ainsi, se connaître davantage, approfondir ses connaissances sur certains enjeux internationaux pour mieux agir de retour au Québec, se doter de nouveaux outils et de nouvelles compétences (écoute, vie de groupe, apprentissage d’une nouvelle langue, sens de l’organisation, autonomie) sont parmi les objectifs que les filles espèrent atteindre durant ces deux mois et demi au Pérou. Et il y a fort à parier qu’elles réussiront !

Ce programme de stage est financé par l’intermédiaire du Ministère des relations internationales et de la francophonie.

 

 

 

 

 

 


En 2017, SUCO vous propose une expérience interactive et collective de théâtre-forum!

 

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Le 11 août dernier, dans le cadre du Forum social mondial, SUCO avait lancé en collaboration avec l’organisme Mise au jeu « Allons voir là-bas si j’y suis » et « Les femmes au cœur des solutions face aux changements climatiques ». En 2017, comme promis, nous réitérons l’expérience avec une tournée dans les institutions scolaires (écoles secondaires, cégeps, universités) et événements grand public, l’idée étant de contribuer à la formation d’une jeunesse engagée, critique et sensibilisée à la solidarité Nord-Sud.

Pourquoi  des ateliers de théâtre forum ? Parce que c’est un moyen participatif et ludique d’observer, de réfléchir et d’agir face à des défis et questionnements particuliers. Les participantes et participants sont invités à devenir « spect-acteurs » en prenant part au jeu, en exprimant leurs idées, réactions et perspectives. Ces ateliers se veulent un échange de proximité et une prise de conscience, de parole et d’action.

 

Et plus concrètement, ça ressemble à quoi ?

 LES FEMMES AU CŒUR DES SOLUTIONS FACE AUX CHANGEMENTS CLIMATIQUES

Les catastrophes naturelles et les changements climatiques affectent principalement les personnes les plus vulnérables, qui sont à 70 % des femmes. Quel est l’impact de ces changements sur les femmes et comment s’y adaptent-elles ?

Suivez l’histoire d’une famille sénégalaise dans un village touché par des inondations sévères et celle de Camille, jeune québécoise en pleine réflexion face aux changements climatiques. Catastrophes naturelles, résilience, systèmes d’adaptation, rapports hommes-femmes et solidarité Nord-Sud sont parmi les thèmes abordés. Une activité qui sensibilise vos élèves de manière simple et imagée sur les dynamiques des changements climatiques.

DURÉE : 1H30

 

ALLONS VOIR LÀ-BAS SI J’Y SUIS

Quel est le regard que nous portons sur la coopération internationale et sur les populations du Sud ? Quel est notre rapport à l’autre ?

Dans cet atelier de théâtre forum, suivez les expériences de Justin, jeune étudiant qui réalise un stage de 2 mois en agriculture auprès d’une association de producteurs au Burkina Faso. Cet atelier explore les thématiques des relations interculturelles et tente de démystifier certains préjugés face aux relations Nord-Sud. Il permettra à vos élèves de réfléchir à des situations concrètes et de favoriser une résolution collective aux situations que peuvent vivre les jeunes à l’étranger.

DURÉE : 1H30

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Crédit-Photo: Mise au Jeu

 

Une méthode qui rejoint l’approche de SUCO sur le terrain

Cette méthode d’intervention participative développée par le brésilien Augusto Boal dans son théâtre de l’opprimé trouve un écho dans le travail réalisé par SUCO dans ses différents pays d’intervention. En effet, nous travaillons de près avec les gens, dans l’objectif de promouvoir un réel échange de connaissances, d’expertises, de vécus et de compétences. Nous croyons que cette façon de faire très participative permet de développer et de favoriser davantage l’apprentissage puisque les personnes sont impliquées directement dans le processus.

 

 

Cette activité est rendue possible en partie grâce au Fonds pour l’éducation et l’engagement du public à la solidarité internationale (FEEPSI) financé par le ministère des Relations internationales et de la Francophonie (MRIF).

 


Grain de café blanc

 

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Moi, c’est Milaine. Mon travail, c’est la coopération internationale. Depuis deux ans, je passe le plus clair de mon temps au Sénégal, pays de la Teranga. Là-bas, je suis une « toubab », une étrangère à la peau blanche. Je dirais même plus que blanche, translucide. Une pinte de lait sur deux pattes. Je me sens très minoritaire. Je suis une « minorité visible », plus que visible même.

Quand je prends l’autobus à Dakar, je suis souvent la seule translucide. Pendant les premières secondes du trajet, je me sens très petite. J’ai l’impression que tout le monde m’observe. Je suis mal à l’aise dans ces moments-là, je sens des bouffées de chaleur envahirent le haut de mon corps. Près de moi, je vois deux jeunes filles qui rigolent entre elles. Est-ce qu’elles rient de moi ? Je baisse les yeux subtilement à la recherche d’une tache sur mes vêtements. Je cherche ce qui cloche. Pourtant, rien ne cloche, je suis simplement un grain de café blanc. Au début, j’avais du mal à faire avec ma différence. Il m’a fallu plusieurs mois pour apprivoiser mon statut d’étrangère. J’étais vite submergée par la timidité. J’essayais par tous les moyens de cacher ma gêne. Je souriais, je communiquais en wolof. Malgré tout, on me rappelait constamment que je ne venais pas d’ici. « Hey toubab, comment t’appelles-tu ? ». Ça m’agaçait. Pourquoi est-ce qu’on me surnomme toujours l’étrangère ? Je voulais changer de couleur, je voulais qu’on me laisse tranquille.

Aujourd’hui, je me sens beaucoup plus à l’aise au pays de la Teranga. Être constamment hors de ma zone de confort m’a permis de développer une plus grande confiance en moi. Je suis plus solide. Je me suis même habituée à mon nouveau surnom. Chaque fois, ça me fait rire. Je m’appelle moi-même l’étrangère. Après tout, je ne peux pas en vouloir aux gens d’ici. La première chose qu’on voit de moi, qu’on le veuille ou non, c’est que je viens d’ailleurs. C’est écrit sur ma peau, ça se lit dans ma manière de bouger, ça se comprend dans ma façon de voir le monde. Je ne peux pas faire fi de qui je suis. J’ai vécu 24 ans au Québec. Je serai toujours une Québécoise blanche comme la neige. Comme on dit ici, « la violence du vent n’enlève pas les taches du léopard ». Rien ne pourra changer ma vraie nature. Par contre, je peux ajouter différentes couleurs à mon identité. Je m’enrichis des autres. J’ai maintenant plusieurs cordes à mon arc identitaire.


Toubab en terres mystiques

 

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Je suis une Toubab[1], étrangère dans ce pays de mystères. Pourtant aux aguets, quelque chose m’échappe…

Sénégal, pays intemporel

M’étendre et penser pendant des heures, synonyme d’improductivité dans ma tête d’Occidentale, m’apparaît désormais comme la chose la plus importante. Mon esprit, qui a enfin pu faire le tri dans le tourbillon d’informations accumulées contre mon gré, permet à mes pensées une infinie liberté.Une fois endormie, même mes rêves sont libérés et me transportent plus loin chaque nuit. Et eux, Sénégalais étalés de tout leur long sur la natte, à quoi pensent-ils chaque jour de leur vie ? Ici, ni les minutes ni les heures n’existent, tout comme les années d’ailleurs. Quel âge a Chiatchi[2] ? Andim[3].

Elle sèche le poisson, pile les arachides, nourrit le bétail, s’occupe des poules et commerce avec le voisinage chaque jour, infatigable. Chiatchi, pilier de la famille alors que chez moi, on peine à trouver une place à nos aînés. Je pense que les gens d’ici n’ont pas d’âge, ils vivent au gré des saisons. L’âge est peut-être une construction occidentale. C’est l’âge qui nous fait vieillir alors que le temps, au Sénégal, est relatif. Mais si le temps n’est rien, qu’en est-il de la jeunesse de cette jeune femme, là-bas ? Maman de quatre bambins, elle me semble pourtant si jeune. N’ayant jamais eu la chance d’aller à l’école, elle s’est mariée sans avoir pu compter ses années. Est-ce que le fait de vivre dans l’inconnu diminue les regrets ?

Sénégal, pays de spiritualité

Jeunes et moins jeunes, totalement dévoués à Allah dans ce pays presque entièrement musulman, multiplient prières et privations dans un islam en plein essor. Dans ce pays musulman, le port du voile côtoie les taille-basses[4] multicolores que l’on soulève bien haut en dansant, exposant sans gêne les sous-pagnes excentriques des jeunes femmes. J’observe ces femmes vêtues de leur pagne bien long, s’assurant de bien cacher leurs genoux, mais qui dénudent leurs seins sans pudeur sur la concession, les seins étant plus associés à l’allaitement qu’à la sexualité. Islam pratiqué par tous, mais tous n’arrivent pas à comprendre et à m’expliquer les fondements du Coran, comme si pratiquer l’islam était simplement acquis à la naissance. J’écoute cet homme me parler de ses deux épouses : avoir une seule épouse, c’est comme avoir un seul œil, que fais-tu si tu en perds un ? Polygamie tellement répandue qu’elle est la norme ici, créant d’immenses familles multigénérationnelles. Difficile de bien comprendre les liens unissant ces hommes et ces femmes dans cette culture où l’amour n’est pas visible au premier abord si amour il y a, entre mariage consentant et mariage arrangé.

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Sénégal, pays de superstitions

Islam exubérant conjugué au maraboutage traditionnel, sorte de vaudou sénégalais. Islam si puissant n’ayant pourtant pas réussi à déloger ces traditions mystiques où le marabout, provenant de la tradition animiste, joue ici le rôle de leader musulman. Au Sénégal, gare à toi si l’on te lance quelque chose, car il pourrait s’agir d’un mauvais sort ! Les lutteurs, imposants de par leur carrure et leur force, sont tout de même de grands clients des marabouts. Pour gagner, ils sont prêts à tout : un petit bout du bâton d’un aveugle, porté dans un grigri[5] attaché au bras empêchera l’adversaire de bien le voir et lui assurera la victoire. Encore faut-il s’assurer que son marabout ne soit pas vendu à son adversaire ! Et puis la voisine, parait-il que sa coépouse a pris la fuite depuis la visite du marabout, comme si elle n’arrivait plus à entrer dans la maison. Malgré une apparence de saine cohabitation conjugale dans les familles polygames, les coépouses demeurent les plus importantes clientes du marabout. Dieu n’est-il pas censé être au-dessus de tout ? Ici, difficile de savoir qui a le dernier mot.

Sénégal, pays de générosité et de simplicité où l’entraide est la norme

Alors pourquoi donc tout le monde veut mon argent ? Dans cette culture de partage, le capitalisme s’infiltre comme du venin. Prenant conscience de la valeur de l’argent, les gens s’individualisent peu à peu. Arriveront-ils à vaincre ce fléau comme ils ont survécu à la colonisation ?Dans ce pays en pleine évolution, c’est malgré tout la Teranga, ou hospitalité sénégalaise, qui prévaut. Et moi, peut-être serai-je toujours une Toubab ? Éternelle étrangère dans ce pays de mystères et de spiritualité ? Me baladant dans le village, je reconnais tous ces visages maintenant familiers. Je m’assois sur la natte et me sens à la maison. J’observe ma famille et ressens une bouffée d’amour.

Toubab ou non, le Sénégal m’a eue. Reviendrai-je un jour ?

Nchallah[6]

Par Joanie Chevrier, stagiaire Québec sans frontières au Sénégal.

 

[1] Étranger (langue wolof)

[2] Grand-mère (langue sérère)
[3] Je ne sais pas (langue sérère)
[4] Robes traditionnelles des Sénégalaises composées d’une jupe-pagne et d’un haut assorti
[5] Amulette porte chance
[6] Si Dieu le veut (langue arabe)

 

Pour en savoir plus sur les stages Québec sans frontières
Consultez la section de notre site Web dédiée aux stages QSF. Consultez le site Web du programme QSF. Suivez la page Facebook de QSF.

 

 


Le toucher

 

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Une journée à Gatte Gallo, c’est un peu comme une journée à la plage, sans la mer et le maillot de bain. J’apprécie le massage du sable sur mes premiers pas, mais ça devient rapidement discutable quand il se retrouve par poignées dans mon lit, dans mon repas, dans mes cheveux, à tel point qu’il finit par me camoufler et que je peine à distinguer la réelle couleur de ma peau.

La chaleur est accablante. Effectivement, mon corps scintille de tant de sueur accumulée, ma respiration se fait de plus en plus haletante, mes mains deviennent moites, mon front surchauffe et les rayons du soleil finissent par se faufiler entre mes tresses bien tissées sur ma tête. Le village se rend silencieux d’enfants et l’objectif devient commun : perquisitionner un arbre et bénéficier de sa parcelle d’ombre pour survivre à l’après-midi sénégalais.

Les petites bêtes ne mangent pas les grosses

Paraîtrait-il que les petites bibittes ne mangent pas les grosses. Sincèrement, ici c’est souvent les plus petites qui sont les plus redoutables. Je pense entre autres aux minuscules fourmis qui attaquent mes fesses comme si celles-ci étaient la terre promise d’hospitalité. Elles font aussi compétition aux moustiques qui souhaitent mettre mon esprit et mon corps à rude épreuve. Chose qu’ils arrivent presque à accomplir lorsque je me retrouve avec 200 piqures sur ma jambe droite à mon réveil. Les mouches, quant à elles, se collent et souhaitent former un tout avec mon être. Malgré mon désintérêt, elles persistent et je renonce au combat probablement perdu d’avance. Je finis donc par m’habituer à elles, me disant qu’elles vont peut-être me manquer lorsque je les quitterai.

Je pense aussi aux enfants qui m’entourent le soir lorsque je me couche sur la natte afin d’admirer le ciel étoilé. Des petites mains qui me touchent, qui me collent et qui, parfois, me tirent les cheveux sont des marques d’affection que je reçois quotidiennement. Ces mêmes petites mains se glissent dans les miennes et m’accompagnent assidument lors de mes balades à travers Gatte Gallo. Ils sont si mignons ces petits.

L’hospitalité sénégalaise: un sens réel du partage

À l’heure du repas, manger devient maintenant un art lorsqu’il est question de le faire avec comme seul outil, ses mains. Après 20 ans de maniement d’ustensiles, je me retrouve à devoir réapprendre à me nourrir. Mention spéciale aux gauchers qui doivent adapter leur dextérité à la main droite puisqu’ici, elle devient la main de prédilection pour confectionner la boule parfaite de riz au poisson.Parfois, il m’arrive de discuter avec mon estomac lorsque celui-ci m’informe par des grognements qu’il est goinfré d’une quantité immesurable de nourriture. Et oui, l’hospitalité sénégalaise se traduit par des invitations incessantes à partager le repas.

D’ailleurs, cette hospitalité singulière se distingue de beaucoup d’autres. L’invité devient rapidement partie intégrante de la famille d’accueil et témoigne du réel sens du partage. Effectivement, cette valeur est omniprésente et s’exploite dans chaque petit moment du quotidien. Chaque objet devient l’objet de tout le monde et peut être emprunté. On parle d’une réelle cohabitation entre les membres du village. Les voisins s’entraident, les familles entretiennent des liens indestructibles et chacun peut compter sur son prochain en cas de petits malheurs. Les enfants gambadent de concession en concession, se font dorloter par différentes mamans et finissent même par s’échanger leurs microbes autour du bol commun de tiboudiem. La fraternité prend pleinement son sens. Vivre en communauté et entretenir des relations significatives, c’est la beauté que je perçois ici. Proche de chacun, je ressens une proximité humaine.

Mon corps est maintenant un réel combattant. Il est en mesure de s’adapter à la chaleur sénégalaise, d’amadouer les différents insectes, de doser les succulentes bouchées de riz et d’apprécier les petites mains baladeuses des tout-petits. Même de passage, je me sens membre de cette communauté si accueillante et je peux dire fièrement : «  nous sommes ensemble».

Par Joanie Chevrier

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Prendre soin de la terre, c’est prendre soin de la vie !

 

Me joindre à l’équipe de SUCO, il y a un an, m’aura permis de développer un vif intérêt pour les questions d’agriculture durable et plus précisément l’agroécologie. Si j’ai pourtant grandi en milieu rural, le terme ne m’était pas familier jusqu’à il y a un an ou deux. Aujourd’hui, je dévore tout ce qui se rattache au sujet et qui alimente ma réflexion quant aux enjeux du système alimentaire mondial. Réflexion que j’ai d’ailleurs poursuivie il y a deux semaines alors que se tenait le Forum social mondial (FSM) auquel SUCO a activement participé. À l’issue de cette semaine foisonnante en idées et débats, voici un retour sur l’atelier L’agroécologie au service de la planète, que nous avons co-organisé avec Développement et paix, USC Canada et le Centre Paysan.

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Nourrir la planète durablement et convenablement 

Si le système alimentaire mondial a réussi son pari des 70 dernières années, soit celui d’augmenter la quantité d’aliments sur les marchés mondiaux, il n’en demeure pas moins que la répartition de ce volume ne s’est pas faite de façon efficiente. Aujourd’hui, encore environ 793 millions de personnes sont sous-alimentées. Pendant ce temps, plus du tiers de la nourriture est gaspillé dans l’hémisphère nord de notre planète.

Qui plus est, le modèle « d’agriculture industrielle » qui domine dans la plupart des pays occidentaux et émergents n’est pas en reste en terme d’impact négatif sur l’environnement : dégradation générale des sols en raison des monocultures à haut rendement, pollution des eaux et des écosystèmes avec les intrants chimiques, émissions de gaz à effet de serre, pertes de biodiversité et j’en passe. C’est aussi l’élevage animal intensif (et les choix productifs qui en découlent) qui entraîne à lui seul près de 30 % des émissions massives de gaz à effet de serre.

En plus de ces constats inquiétants, l’agriculture industrielle actuelle crée des conditions de vie et de travail extrêmement difficiles pour les agriculteurs et agricultrices, toute provenance confondue, soumis aux aléas des marchés internationaux. De fait, 50 % des personnes souffrant de la malnutrition sont des gens qui vivent de la terre. Bref, la planète fait face à un mur et il est temps de repenser le système alimentaire. Mais comment pourrait-on en arriver à renverser la la vapeur ? Plusieurs pistes de solutions, déjà mises en œuvre par une partie de la société civile, ont été amenées tout au long du Forum social mondial.

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Les pistes de solutions

Plusieurs acteurs sont arrivés à la conclusion de la nécessité d’un système alimentaire à mi-chemin entre l’agriculture de subsistance et l’agriculture intensive ; un modèle agricole qui nous permettra de réduire notre empreinte écologique, d’améliorer notre résilience face aux changements climatiques et surtout d’augmenter les rendements à long terme afin de nourrir tous les êtres qui peuplent la Terre tout en répartissant les volumes de façon équitable.

La diversification des cultures dans le temps et l’espace, mais également des variétés cultivées (abandonnons les monocultures et réintégrons les espèces qui s’adaptent localement, qui peuvent être anciennes ou qui s’intègrent à l’écosystème existant) doit être mise de l’avant. Il faut voir l’agriculture sous l’angle des écosystèmes en misant sur les synergies naturelles (miser sur des fermes qui intègrent à la fois culture, élevage, agroforesterie) et moins utiliser la machinerie qui nous rend dépendants au pétrole. Une phrase célèbre dit que rien ne se perd, rien ne se crée, tout se transforme. Si on applique ce principe à l’agriculture, on peut réutiliser le fumier du bétail pour fertiliser les sols, les résidus végétaux pour faire du compost, afin de réduire les pertes et maximiser la réutilisation des déchets organiques. Ces principes, ce sont d’ailleurs ceux que SUCO met en œuvre à travers ses projets et les manuels de formation paysanne qui accompagnent les communautés que nous appuyons.

Pourquoi ne pas pousser encore plus loin et miser sur la valorisation des chaînes de production et des circuits de distribution courts ? Le système agricole doit fournir les marchés localement avec des produits moins homogènes et plus diversifiés.C’est ainsi que nous arriverons à réduire les impacts environnementaux de l’agriculture, à améliorer la qualité nutritive des aliments, à préserver et à développer les écosystèmes locaux et la biodiversité générale, mais aussi à améliorer la qualité de vie des travailleurs agricoles ainsi que l’emploi local. Au final, ce sont presque tous les problèmes liés à la crise agricole qui pourraient être résolus grâce à une transition vers des écosystèmes agricoles plus diversifiés, plus locaux, plus HUMAINS.

Le slogan du FSM cette année était « Un autre monde est nécessaire, ensemble, il devient possible ». Et, je ne sais pas pour vous, mais moi, j’ai envie d’y croire. Envie de croire qu’en misant sur notre créativité et notre potentiel, on arrivera à mettre en place de plus en plus de solutions novatrices avec l’agroécologie.

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Femmes au cœur des luttes contre les changements climatiques

 

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«Dis-moi, et j’oublierai. Enseigne-moi, et je me souviendrai.  Implique-moi, et j’apprendrai».

Cette citation de Benjamin Franklin résume le constat réalisé lors de la présentation de  la capsule de  théâtre forum sur les femmes et les changements climatiques  que nous avons faite en collaboration avec Mise au jeu dans le cadre du Forum social mondial. Ce constat n’est toutefois pas nouveau. Dans ses pays d’intervention, SUCO emploie des méthodologies participatives pour promouvoir un véritable échange de connaissances, compétences et habiletés entre volontaires du Canada et populations du Sud. Ce type de méthodologies favorise le développement des apprentissages significatifs, puisque les personnes sont impliquées dans le rythme, le contenu et la mise en œuvre de leur formation. De plus, l’emploi de ces méthodologies permet de vivre au quotidien des valeurs telles que le respect, la liberté et l’autonomie.

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Le thème de l’atelier, qui porte sur le lien entre les femmes et les changements climatiques, n’a pas été choisi au hasard. En effet, celles-ci sont touchées de façon disproportionnée par les effets des changements climatiques. En fait, à l’échelle mondiale, les femmes représentent la majorité des petits exploitants agricoles et dépendent donc fortement des ressources naturelles qui sont menacées par les effets des changements climatiques. En raison des rôles sociaux qui leur sont attribués pour combler les besoins de leurs familles (santé, production de nourriture, approvisionnement en eau et sources d’énergie), elles font face à davantage de contraintes pour avoir accès à une formation ou à des activités productives dans des secteurs moins vulnérables au climat. De plus, l’augmentation de la fréquence et de l’intensité des catastrophes climatiques (sécheresses, tempêtes, inondations, fonte des glaces) affecte davantage les femmes. En effet, le risque de décès lors d’une catastrophe naturelle est 14 fois plus élevé pour les femmes et les enfants,  particulièrement lorsque ces derniers vivent en situation de pauvreté.

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Bien que les femmes soient victimes des effets des changements climatiques, elles ont un rôle primordial dans la recherche de solutions. L’expérience de SUCO démontre l’impact positif de l’empowerment des femmes. À travers des solutions comme la formation ciblant les jeunes femmes pour l’adoption de pratiques d’agriculture durable, SUCO renforce leur capacité à relever le double défi de s’adapter aux effets du réchauffement de la planète et de développer une plus grande résilience économique et sociale. En amont, le travail de SUCO pour promouvoir l’égalité entre les femmes et les hommes influence positivement les communautés et permet de mettre en place des conditions favorables pour que les femmes puissent gagner ou augmenter leur revenu (accès à la terre, changements dans les rôles traditionnels déterminés par le genre), participer à des formations et aux processus décisionnels.

Ce travail ne peut pas se faire sans la précieuse contribution des volontaires du Canada et des membres de la population qui appuient nos efforts. Leur apport est primordial pour mobiliser les femmes en tant qu’actrices de leur développement et agentes de changement, améliorant ainsi les possibilités de trouver des solutions économiques ou environnementales dans des pays vulnérables aux aléas du climat.

Le théâtre forum a été une belle occasion d’approfondir des connaissances, de susciter un plus grand sentiment de solidarité et de rappeler l’importance de passer à l’action!

Par Nadia Ponce-Morales, chargée de programmes  chez SUCO

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