Les semences : un enjeu trop souvent oublié !

 

Lorsque l’on parle de revoir les systèmes alimentaires, on entend régulièrement parler du mode de production, des circuits de distribution qui doivent être plus courts, de la diversification des productions, mais on entend peu parler du premier maillon de ce système : les semences. Peu de choses sur cette terre sont aussi vitales que ce qui constitue notre héritage alimentaire vieux de plus de 12 000 ans; magnifique miracle de la vie que sont les semences, maillon de renaissance entre la fin d’une plante et le renouveau.

Un précieux premier maillon

En regardant le documentaire Seeds, the untold story, on est surpris, voire choqué d’apprendre qu’au cours du dernier siècle, c’est plus de 94 % des variétés de semences partout dans le monde qui ont disparu. Il s’agit-là d’un constat d’autant plus alarmant lorsque l’on sait que ce sont maintenant en majeure partie les entreprises biotechnologiques qui produisent et contrôlent le renouvellement de ce patrimoine naturel.

Au Sénégal, les changements climatiques se sont intensifiés comme partout ailleurs en Afrique subsaharienne. Les précipitations s’affaiblissent et sont de moins en moins prévisibles. Au cours des dernières années, le prix des céréales a donc baissé, ce qui a entraîné un manque de fonds pour acheter des équipements et des semences. Cette situation contribue toujours, à l’heure actuelle, à rendre le travail agricole moins intéressant, et ce, surtout pour les jeunes.

Favoriser l’accès

En Afrique de l’Ouest, 70 % de la production agricole provient des petites exploitations familiales. Et pourtant, malgré la force du nombre, ce sont les hommes et les femmes vivant de cette agriculture familiale qui ont le plus difficilement accès à des intrants semenciers de qualité et surtout non modifiés. Au Sénégal, la Centrale d’achat de Touba Toul, ancien partenaire de SUCO, s’est mobilisée afin de solutionner l’incapacité financière des ruraux à accéder à un stock suffisant de semences de qualité. Des paysans et des paysannes se sont regroupés afin de créer une association qui achète en gros les semences fournies par l’État, elle les redistribue par la suite sous forme de prêt. Ainsi, les paysans et les paysannes ne sont pas obligés de payer l’entièreté de l’achat. Après les récoltes, lorsqu’ils et elles auront pu vendre leurs productions, le remboursement s’effectuera. La Centrale a à cœur d’organiser une distribution à échelle humaine. Anta Babou, membre de la Centrale d’achat de Touba Toul et présidente de son propre groupement d’intérêt économique m’explique dans ses mots :

« Les semences, c’est important de les garder, parce que c’est bon pour nous, paysans et paysannes. C’est nécessaire même, car souvent à cause de l’hivernage et des imprévus de la vie, on ne peut pas en produire assez soi-même. Si quelqu’un veut cultiver de l’arachide pour subvenir à ses besoins et générer un petit revenu, il aura besoin d’avoir suffisamment de grains. C’est aussi une bonne façon de faire preuve de résilience face aux changements climatiques, comme on ne sait jamais ce qui viendra ensuite, sécheresse ou autre… »

Par ailleurs, en achetant principalement de l’État, les paysans et les paysannes ne savent pas toujours d’où viennent les semences. Ces dernières ne sont donc pas nécessairement toujours adaptées au sol ou au climat de la région; un enjeu de traçabilité des cultures persiste. Et pour répondre à cet enjeu, plusieurs prônent le recours à la certification des semences.

Cultiver l’autonomie

Au Sénégal, comme dans plusieurs autres pays du monde, les paysans et les paysannes se battent afin de faire reconnaître leur droit de savoir et de gérer directement les variétés locales, en plus de dénoncer la pratique de la certification des semences. Ce modèle fortement inspiré de la législation européenne et nord-américaine entraîne des coûts faramineux, mais aussi des contraintes liées à l’exigence d’une qualité très homogène et uniforme dans les semences (ce qui va également à l’encontre des principes agroécologiques).

Quant à la pratique de l’extension des brevets à des plantes (principalement dans le secteur des organismes génétiquement modifiés (OGM)), prônée par de grandes multinationales, mais aussi certains gouvernements, elle comporte des accords contractuels stricts qui engendrent des restrictions sur l’échange de semences et les pratiques de recyclage des semences. Cela a le plus souvent pour effet de confronter les agriculteurs et les agricultrices à un choix restreint pour l’acquisition commerciale de semences. Au final, tout cela a une répercussion directe sur le droit à l’alimentation, une alimentation de qualité en quantité suffisante.

« L’agroécologie c’est plus qu’un choix. Moi je sais que c’est ce dont la terre du Sénégal a besoin. Je veux qu’on soit autonome du début à la fin de nos productions, et qu’on soit en santé grâce à ce qu’on mange et cela passe aussi par les semences », précise Ndongo Fall, coordonnateur de la Coopérative Agricole Biologique de Notto-Diobass (COPEBAN), ancien partenaire de SUCO au Sénégal.

Ici, les organisations paysannes travaillent aussi à reconstruire des droits collectifs et les systèmes semenciers ancestraux pour protéger leurs semences. Il y a de plus en plus d’initiatives porteuses, comme celles de l’organisation AGRECOL Afrique, partenaire de SUCO, qui a organisé une journée de promotion de l’agriculture biologique ayant pour thème « les semences paysannes pour une agriculture durable ». Cette journée a permis de favoriser le réseautage entre organisations de la société civile, paysans et autres acteurs croyant également à la survie du patrimoine semencier. Ces initiatives de mise en réseau sont d’autant plus importantes dans un contexte de revendication auprès des décideurs.

« AGRECOL Afrique effectue en ce moment du plaidoyer pour les semences paysannes au Sénégal, notamment parce que la législation sénégalaise reconnaît uniquement les semences certifiées. Un paysan qui commercialise des semences paysannes est passible d’une amende à l’heure actuelle! », m’écrit Milaine Bédard, ancienne conseillère volontaire en gestion des savoirs pour SUCO. Il faut savoir qu’au Sénégal, la loi relative à l’inscription des variétés stipule que « la production de semences en vue de la vente ne peut être effectuée que par des personnes (…) agréées à cet effet »; agrément difficilement accessible, mais aussi peu compatible avec la réalité paysanne.

Bref, une réalité complexe

Le défi à l’heure actuelle pour les paysans et les paysannes du Sénégal est donc de continuer à augmenter la production de leurs propres semences. Il y va de leur survie économique et de l’avenir alimentaire de la région. Mais cela n’a rien de facile!

« Souvent, en Occident, on nous renvoie une image très polarisée sur la question des semences, mais il faut prendre conscience que la réalité terrain, c’est une réalité beaucoup plus complexe. Le Sénégal est un grand territoire avec une forte densité de population, une croissance démographique importante, les impacts des changements climatiques y sont de plus en plus perceptibles. Tous ces enjeux réunis compliquent la gestion et la distribution des semences. Au final, pour arriver à améliorer l’accès des petits producteurs et des petites productrices à des semences adaptées, il faut avoir la capacité de comprendre tous ces enjeux et de s’y intéresser en synergie. C’est pour cela que SUCO travaille avec d’autres organisations pour impulser un mouvement collectif », conclut Sophie Bourdon, représentante de SUCO au Sénégal.

Des pistes d’action simples

L’enjeu des semences paysannes est tout aussi d’actualité au Canada. Si vous voulez poser un geste simple afin de prendre part au mouvement, voici des idées à la portée de tous et toutes :


La jeunesse québécoise, une vraie force de changement!

 

C’est un départ pour nos 7 jeunes Québécoises qui iront réaliser un stage d’initiation à la solidarité internationale avec notre partenaire ALLPA, dans la région de Huari au Pérou ! Les jeunes femmes ont pour mandat de contribuer au développement durable de cette région andine du Pérou. Plus spécifiquement, il s’agira de sensibiliser la communauté sur la production et la consommation de produits locaux.

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Québec sans frontières, un programme qui mise sur des valeurs de partage et de solidarité

Basé sur des principes de partage, de solidarité et d’engagement social, le programme Québec sans frontières (QSF) dans lequel s’inscrit ce stage a pour objectif de favoriser la création de liens privilégiés entre les jeunes du Québec et les populations du Sud, dans ce cas-ci la population andine du Pérou, tout en prônant des valeurs de participation populaire et de réciprocité. Le programme, qui existe depuis 20 ans, mise avant tout sur le potentiel de la jeunesse québécoise à devenir une vraie force de changement et d’action.

Pourquoi partir et qu’est-ce qu’on en retire ?

Se mettre au défi et sortir de sa zone de confort, en apprendre davantage sur une autre culture et vivre dans un rapport de réciprocité avec elle, partager ses connaissances sont quelques-unes des raisons qui ont attiré les jeunes femmes à s’initier au monde de la coopération internationale. Nos stagiaires, qui vivront d’ailleurs dans des familles d’accueil durant toute la durée du séjour, espèrent retirer beaucoup de cette expérience, tant d’un point de vue plus personnel que professionnel. Ainsi, se connaître davantage, approfondir ses connaissances sur certains enjeux internationaux pour mieux agir de retour au Québec, se doter de nouveaux outils et de nouvelles compétences (écoute, vie de groupe, apprentissage d’une nouvelle langue, sens de l’organisation, autonomie) sont parmi les objectifs que les filles espèrent atteindre durant ces deux mois et demi au Pérou. Et il y a fort à parier qu’elles réussiront !

Ce programme de stage est financé par l’intermédiaire du Ministère des relations internationales et de la francophonie.

 

 

 

 

 

 


Inondations au Pérou : qu’en est-il de la sécurité alimentaire ?

 

 Réagir à la dernière minute, s’adapter au contexte régional, et s’impliquer activement dans notre communauté d’accueil, c’est aussi ça, être volontaire avec SUCO ! Depuis quelques semaines, des pluies diluviennes s’abattent sur plusieurs régions du Pérou, entraînant inondations et glissements de terrain. Puisque j’étais basée à Lima, je croyais que mon mandat comme conseillère en nutrition pour le Réseau d’agriculture écologique du Pérou (RAE Perú) ne serait pas perturbé. Erreur ! Les changements climatiques nous affectent tous et toutes, car ils modifient l’environnement et donc les pratiques agricoles, la sécurité alimentaire et, enfin, l’accès à une alimentation saine.

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L’état d’urgence déclaré dans plusieurs régions du Pérou

Après avoir constaté l’état d’urgence dans le secteur agricole des régions de Piura, La Libertad, Lambayeque et Lima, où interviennent les partenaires de la RAE Perú, la nécessité d’être solidaire s’est manifestée. Les inondations et les glissements terrain ont causé d’énormes dégâts : des agriculteurs et des agricultrices ont perdu leurs récoltes et leurs troupeaux d’élevage ont été durement touchés. Il fallait donc s’organiser ! Un comité multisectoriel a donc été créé avec des organisations de la société civile œuvrant en agriculture et alimentation, ainsi qu’un regroupement de producteurs et productrices. L’objectif du comité est de proposer des actions humanitaires de réhabilitation et de reconstruction des zones gravement affectées. Par l’entremise de la RAE Perú, l’un des principaux acteurs de ce comité, j’ai été invitée à réfléchir conjointement à des actions que nous pouvons entreprendre en marge de celles réalisées par l’État.

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Des enjeux nutritionnels bien présents

Mon rôle de nutritionniste s’est alors vu élargi à un nouveau pays, soit le Pérou; à une nouvelle expertise, soit le milieu agricole; et à une situation hors du commun, soit l’état d’urgence actuel dans lequel baigne le pays. Une crise alimentaire pourrait survenir à tout moment puisque les récoltes sont gravement compromises. En plus, l’inondation des terres retarde l’ensemencement et limite le transport vers les marchés régionaux, ce qui réduit largement les revenus familiaux. C’est en ayant en tête la boucle de l’insécurité alimentaire que j’ai voulu ajouter mon grain de sel. Les enjeux nutritionnels sont présents à l’échelle mondiale, que ce soit par la dénutrition ou la malnutrition. La disponibilité d’aliments sains qui répondent aux besoins nutritionnels de chacun et chacune, l’accès à ces aliments grâce à des ressources financières suffisantes et à la stabilité de l’offre sont essentiels pour préserver la santé de la population, et particulièrement celle des enfants.

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Crédit photo : Carlos Ly

 Faire sa part comme membre de la société civile

Ce qui ressort de cette première rencontre est la solidarité et la volonté d’agir, peu importe l’ampleur qu’auront les actions posées. Même si je n’ai pas vécu personnellement les inondations au Pérou, je considère qu’il est important de faire sa part comme membre de la société civile. Étant donné les nombreuses pertes agricoles, la survie immédiate des agriculteurs et des agricultrices familiaux dépend de leur possibilité d’écouler rapidement les produits alimentaires épargnés par les inondations. C’est donc en consommant des produits locaux et de saison disponibles dans tous les marchés écologiques de la ville, que nous pouvons les appuyer de manière concrète. Aucun geste n’est un trop petit geste !

– Par Amélie Bertrand, volontaire en nutrition au Pérou

 

Au Québec, la meilleure façon de soutenir les Péruviens et les Péruviennes victimes des inondations est de faire un don.

 

 


Carrière en développement international : trucs et astuces pour dénicher votre premier emploi et acquérir de l’expérience

 

 

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“Avant de commencer votre recherche d’emploi, ne vous demandez pas pour quel employeur vous souhaitez œuvrer, mais plutôt quel problème vous voulez résoudre !”

 

Cette citation est tirée d’un tweet que j’ai vu passé il y a quelque temps de Karen Warren de DevexCareers et je trouve qu’il reflète bien ce que j’essaie de transmettre comme message à nos stagiaires du Programme de stages internationaux pour les jeunes (PSIJ) lorsqu’ils et elles amorcent leur recherche d’emploi au retour du terrain. Une fois qu’on a ciblé les enjeux qui nous attirent, comment amorce-t-on une carrière, après un baccalauréat, un stage ou une brève expérience dans le domaine? Il n’y a pas de recette miracle pour amorcer sa carrière en développement international, selon moi, mais il est possible d’articuler son cheminement de façon stratégique. Pour bâtir une carrière en développement international, il importe d’acquérir des expériences à titre de généraliste, mais aussi dans le cadre de mandats plus spécialisés, tout en continuant de garder à jour vos compétences interculturelles ! Voici différentes pistes pour vous inspirer…

 

Considérez les postes “d’entrée” ou les plus petites organisations

Il est important de viser des postes qui vous attirent, mais bien que vous vouliez le poste de chargé de projets, n’hésitez pas à considérer celui d’assistant de programme ou d’analyste. Cela s’applique aussi au choix géographique: pensez considérer des mandats dans des pays moins populaires. Également, que ce soit des ONG présentes dans des régions plus éloignées du Québec ou de nouvelles “startups” à vocation sociale et internationale, envisagez de vous joindre à des employeurs de plus petite taille. Bien que les conditions puissent être moins avantageuses, ce genre d’organisation permet souvent de prendre plus de responsabilités et offre un potentiel de croissance. Si vous êtes généraliste, considérez des chemins moins typiques et spécialisez-vous en recrutement, en développement des affaires, etc.

 

Développez des compétences plus rares sur le marché de l’emploi en développement international

En effectuant vos recherches d’emploi, vous verrez apparaître des compétences spécialisées qui pourraient devenir un atout à votre candidature. En développement international, vous pouvez envisager de nombreuses options : vous spécialiser en utilisation de logiciels statistiques, en cartographie numérique (le data est en constante évolution dans le secteur), en traduction d’un dialecte spécifique, en gestion des volontaires, etc.

 

Prenez plus de responsabilités, diversifiez vos expériences et faites preuve de leadership

Si vous voulez poursuivre une longue carrière en développement international, vous arriverez à un point où vous envisagerez peut-être des postes de gestion. Assister à des conférences et faire du bénévolat, qui vous permettra de développer vos compétences en leadership, devient un atout pour faire avancer votre carrière. Rappelez-vous aussi que la flexibilité est le mot d’ordre dans le domaine du développement international. Il  est toujours bon de posséder une expérience dans au moins deux domaines comme la gestion de projets et l’égalité femmes-hommes, ou les communications et la recherche de financement, etc. Considérez aussi enrichir votre expérience au sein de différents types d’organisations : pensez à combiner une expérience dans l’administration publique avec une autre au privé ou en ONG.Il est aussi important de garder vos connaissances à jour. Si vous avez fait des études en marketing, mais que vous travaillez en égalité femmes-hommes, continuez de vous tenir informé dans votre premier domaine d’études. Il ne faut pas que vos compétences deviennent obsolètes. Les médias sociaux sont très utiles pour se garder à jour sur différents sujets. Utilisez Twitter et faites-vous des listes d’intérêts.

 

Cherchez des offres au sein de projets ou de programme qui se terminent

Ce point semble étrange effectivement, mais il arrive que des gens mettent fin à leur contrat avant terme. Il peut devenir stratégique d’appliquer sur des postes ouverts en raison de ces départs. Bien que moins attrayants (souvent des mandats à court terme), le fait que les employeurs soient à la recherche de quelqu’un en urgence peut faire en sorte que l’on permettra l’embauche de quelqu’un ayant moins d’expérience.

 

Combinez des expériences internationales et nationales

Selon le type de carrière que vous allez choisir, considérez acquérir de façon équilibrée votre expérience ici et ailleurs. Demandez-vous quelles compétences peuvent être développées outremer versus ici. Certains emplois exigeront des connaissances internationales sans aller à l’étranger. Si vous envisagez de travailler en siège social, considérez que la plupart des postes exigent entre une et trois années d’expérience terrain minimum. Cette expérience peut être acquise à travers des mandats de volontariat, de stages professionnels (comme ceux du PSIJ), d’études sur le terrain, etc. Privilégiez l’acquisition de cette expérience tôt dans votre carrière !

Vous avez envie d’obtenir d’autres conseils sur la carrière en développement international ou de découvrir les opportunités offertes par le milieu au Québec? Venez rencontrer notre équipe de recrutement dans le cadre de divers événements : suco.org/evenements et consultez nos offres d’emploi à suco.org/emploi.

Vous trouverez aussi plusieurs offres sur le site de l’AQOCI et du CCCI.

 


Donner au suivant

 

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Il est 15 h 30. La pause du midi est terminée. Assise à mon bureau, je réponds à mes courriels. Concentrée, je remarque à peine la tête de Siméon qui s’est glissée dans l’entrebâillement de la porte. Coiffé de sa casquette verte kaki, il revient très certainement d’une visite en brousse.

Siméon Diédhiou est originaire de la Casamance. À 31 ans, il est chargé de programme à AGRECOL Afrique, organisation appuyée par SUCO. Il prend son travail très à cœur. À chaque semaine, le jeune homme et son équipe technique déferlent sur les routes cahoteuses du Sénégal pour visiter les différents périmètres encadrés par le programme. Ils ont pour mission de renforcer les capacités des petits producteurs en agriculture biologique et les aider à obtenir de bons rendements agricoles.

L’année passée, au mois de décembre, un défi de taille s’est présenté au chargé de programme. Il a eu pour responsabilité d’organiser la quatrième édition des Journées de promotion de l’agriculture biologique. « J’avoue qu’au départ, j’étais inquiet, car je n’avais jamais organisé une journée de promotion », confie-t-il. Cet événement, qui a lieu à chaque année, vise à sensibiliser les agents du développement et la population aux bienfaits de l’agriculture biologique.

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Village de Keur Mangary Ka, Sénégal.

 

Assis face à moi, Siméon expose en toute honnêteté le défi auquel il a dû faire face pour organiser la journée : « J’ai d’abord commencé par chercher des informations écrites sur les éditions précédentes. Quand on fait une chose pour la première fois, on a forcément besoin de repères. Malheureusement, je n’ai rien trouvé. J’ai dû me tourner vers les techniciens horticoles pour discuter avec eux du déroulement de l’édition passée ».

Pour le jeune homme, toute organisation doit conserver une trace écrite de ses expériences. « Traduire, c’est parfois trahir. Certaines informations se perdent quand elles sont transmises d’une personne à l’autre. Quand tu écris, au moins, ça reste; d’où la nécessité d’avoir des documents en amont pour te servir d’appui », explique-t-il. C’est à partir de cette problématique que Siméon a eu l’idée de rédiger un guide avec des recommandations pour les événements futurs.

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Une des bénéficiaires du programme géré par Siméon Diédhiou.

 

« J’ai eu envie de capitaliser mon expérience. Je pense qu’il faut laisser quelque chose derrière soi afin d’éviter que d’autres ne vivent les mêmes difficultés. Je veux que les gens puissent avoir un modèle, et même l’améliorer au fil du temps », indique-t-il. « Je suis content d’avoir capitalisé la journée de promotion. Maintenant, je comprends toute la pertinence d’utiliser des outils participatifs comme la ligne du temps », assure-t-il. Emballé à l’idée de partager ces nouveaux acquis, le jeune homme ajoute : « Non seulement je vais réutiliser cet outil dans mon travail, mais je vais aussi l’utiliser pour former, car je compte moi aussi aider les gens à capitaliser leurs expériences. Je veux donner au suivant ».

Particulièrement intéressé par la capitalisation, le Casamançais relate le chemin parcouru depuis qu’il bénéficie de l’appui d’une volontaire de SUCO dans ce domaine. « Au départ, je ne comprenais rien. Après un an, grâce aux formations et aux activités de renforcement de capacités, je suis très impliqué dans la capitalisation d’expériences », affirme-t-il. En attendant la publication du guide, Siméon partage ses réflexions sur l’importance de capitaliser : « Si on travaille avec des informations fiables et des documents bien faits, normalement, on réussit ce que l’on fait. En tout cas, ça nous permet de ne pas aller dans tous les sens. On sait où l’on va ».

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Siméon Diédhiou et Noël Tine lors de la journée de promotion de l’agriculture biologique

 

 

 

 

 

 

 


Grain de café blanc

 

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Moi, c’est Milaine. Mon travail, c’est la coopération internationale. Depuis deux ans, je passe le plus clair de mon temps au Sénégal, pays de la Teranga. Là-bas, je suis une « toubab », une étrangère à la peau blanche. Je dirais même plus que blanche, translucide. Une pinte de lait sur deux pattes. Je me sens très minoritaire. Je suis une « minorité visible », plus que visible même.

Quand je prends l’autobus à Dakar, je suis souvent la seule translucide. Pendant les premières secondes du trajet, je me sens très petite. J’ai l’impression que tout le monde m’observe. Je suis mal à l’aise dans ces moments-là, je sens des bouffées de chaleur envahirent le haut de mon corps. Près de moi, je vois deux jeunes filles qui rigolent entre elles. Est-ce qu’elles rient de moi ? Je baisse les yeux subtilement à la recherche d’une tache sur mes vêtements. Je cherche ce qui cloche. Pourtant, rien ne cloche, je suis simplement un grain de café blanc. Au début, j’avais du mal à faire avec ma différence. Il m’a fallu plusieurs mois pour apprivoiser mon statut d’étrangère. J’étais vite submergée par la timidité. J’essayais par tous les moyens de cacher ma gêne. Je souriais, je communiquais en wolof. Malgré tout, on me rappelait constamment que je ne venais pas d’ici. « Hey toubab, comment t’appelles-tu ? ». Ça m’agaçait. Pourquoi est-ce qu’on me surnomme toujours l’étrangère ? Je voulais changer de couleur, je voulais qu’on me laisse tranquille.

Aujourd’hui, je me sens beaucoup plus à l’aise au pays de la Teranga. Être constamment hors de ma zone de confort m’a permis de développer une plus grande confiance en moi. Je suis plus solide. Je me suis même habituée à mon nouveau surnom. Chaque fois, ça me fait rire. Je m’appelle moi-même l’étrangère. Après tout, je ne peux pas en vouloir aux gens d’ici. La première chose qu’on voit de moi, qu’on le veuille ou non, c’est que je viens d’ailleurs. C’est écrit sur ma peau, ça se lit dans ma manière de bouger, ça se comprend dans ma façon de voir le monde. Je ne peux pas faire fi de qui je suis. J’ai vécu 24 ans au Québec. Je serai toujours une Québécoise blanche comme la neige. Comme on dit ici, « la violence du vent n’enlève pas les taches du léopard ». Rien ne pourra changer ma vraie nature. Par contre, je peux ajouter différentes couleurs à mon identité. Je m’enrichis des autres. J’ai maintenant plusieurs cordes à mon arc identitaire.


Toubab en terres mystiques

 

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Je suis une Toubab[1], étrangère dans ce pays de mystères. Pourtant aux aguets, quelque chose m’échappe…

Sénégal, pays intemporel

M’étendre et penser pendant des heures, synonyme d’improductivité dans ma tête d’Occidentale, m’apparaît désormais comme la chose la plus importante. Mon esprit, qui a enfin pu faire le tri dans le tourbillon d’informations accumulées contre mon gré, permet à mes pensées une infinie liberté.Une fois endormie, même mes rêves sont libérés et me transportent plus loin chaque nuit. Et eux, Sénégalais étalés de tout leur long sur la natte, à quoi pensent-ils chaque jour de leur vie ? Ici, ni les minutes ni les heures n’existent, tout comme les années d’ailleurs. Quel âge a Chiatchi[2] ? Andim[3].

Elle sèche le poisson, pile les arachides, nourrit le bétail, s’occupe des poules et commerce avec le voisinage chaque jour, infatigable. Chiatchi, pilier de la famille alors que chez moi, on peine à trouver une place à nos aînés. Je pense que les gens d’ici n’ont pas d’âge, ils vivent au gré des saisons. L’âge est peut-être une construction occidentale. C’est l’âge qui nous fait vieillir alors que le temps, au Sénégal, est relatif. Mais si le temps n’est rien, qu’en est-il de la jeunesse de cette jeune femme, là-bas ? Maman de quatre bambins, elle me semble pourtant si jeune. N’ayant jamais eu la chance d’aller à l’école, elle s’est mariée sans avoir pu compter ses années. Est-ce que le fait de vivre dans l’inconnu diminue les regrets ?

Sénégal, pays de spiritualité

Jeunes et moins jeunes, totalement dévoués à Allah dans ce pays presque entièrement musulman, multiplient prières et privations dans un islam en plein essor. Dans ce pays musulman, le port du voile côtoie les taille-basses[4] multicolores que l’on soulève bien haut en dansant, exposant sans gêne les sous-pagnes excentriques des jeunes femmes. J’observe ces femmes vêtues de leur pagne bien long, s’assurant de bien cacher leurs genoux, mais qui dénudent leurs seins sans pudeur sur la concession, les seins étant plus associés à l’allaitement qu’à la sexualité. Islam pratiqué par tous, mais tous n’arrivent pas à comprendre et à m’expliquer les fondements du Coran, comme si pratiquer l’islam était simplement acquis à la naissance. J’écoute cet homme me parler de ses deux épouses : avoir une seule épouse, c’est comme avoir un seul œil, que fais-tu si tu en perds un ? Polygamie tellement répandue qu’elle est la norme ici, créant d’immenses familles multigénérationnelles. Difficile de bien comprendre les liens unissant ces hommes et ces femmes dans cette culture où l’amour n’est pas visible au premier abord si amour il y a, entre mariage consentant et mariage arrangé.

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Sénégal, pays de superstitions

Islam exubérant conjugué au maraboutage traditionnel, sorte de vaudou sénégalais. Islam si puissant n’ayant pourtant pas réussi à déloger ces traditions mystiques où le marabout, provenant de la tradition animiste, joue ici le rôle de leader musulman. Au Sénégal, gare à toi si l’on te lance quelque chose, car il pourrait s’agir d’un mauvais sort ! Les lutteurs, imposants de par leur carrure et leur force, sont tout de même de grands clients des marabouts. Pour gagner, ils sont prêts à tout : un petit bout du bâton d’un aveugle, porté dans un grigri[5] attaché au bras empêchera l’adversaire de bien le voir et lui assurera la victoire. Encore faut-il s’assurer que son marabout ne soit pas vendu à son adversaire ! Et puis la voisine, parait-il que sa coépouse a pris la fuite depuis la visite du marabout, comme si elle n’arrivait plus à entrer dans la maison. Malgré une apparence de saine cohabitation conjugale dans les familles polygames, les coépouses demeurent les plus importantes clientes du marabout. Dieu n’est-il pas censé être au-dessus de tout ? Ici, difficile de savoir qui a le dernier mot.

Sénégal, pays de générosité et de simplicité où l’entraide est la norme

Alors pourquoi donc tout le monde veut mon argent ? Dans cette culture de partage, le capitalisme s’infiltre comme du venin. Prenant conscience de la valeur de l’argent, les gens s’individualisent peu à peu. Arriveront-ils à vaincre ce fléau comme ils ont survécu à la colonisation ?Dans ce pays en pleine évolution, c’est malgré tout la Teranga, ou hospitalité sénégalaise, qui prévaut. Et moi, peut-être serai-je toujours une Toubab ? Éternelle étrangère dans ce pays de mystères et de spiritualité ? Me baladant dans le village, je reconnais tous ces visages maintenant familiers. Je m’assois sur la natte et me sens à la maison. J’observe ma famille et ressens une bouffée d’amour.

Toubab ou non, le Sénégal m’a eue. Reviendrai-je un jour ?

Nchallah[6]

Par Joanie Chevrier, stagiaire Québec sans frontières au Sénégal.

 

[1] Étranger (langue wolof)

[2] Grand-mère (langue sérère)
[3] Je ne sais pas (langue sérère)
[4] Robes traditionnelles des Sénégalaises composées d’une jupe-pagne et d’un haut assorti
[5] Amulette porte chance
[6] Si Dieu le veut (langue arabe)

 

Pour en savoir plus sur les stages Québec sans frontières
Consultez la section de notre site Web dédiée aux stages QSF. Consultez le site Web du programme QSF. Suivez la page Facebook de QSF.

 

 


Le toucher

 

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Une journée à Gatte Gallo, c’est un peu comme une journée à la plage, sans la mer et le maillot de bain. J’apprécie le massage du sable sur mes premiers pas, mais ça devient rapidement discutable quand il se retrouve par poignées dans mon lit, dans mon repas, dans mes cheveux, à tel point qu’il finit par me camoufler et que je peine à distinguer la réelle couleur de ma peau.

La chaleur est accablante. Effectivement, mon corps scintille de tant de sueur accumulée, ma respiration se fait de plus en plus haletante, mes mains deviennent moites, mon front surchauffe et les rayons du soleil finissent par se faufiler entre mes tresses bien tissées sur ma tête. Le village se rend silencieux d’enfants et l’objectif devient commun : perquisitionner un arbre et bénéficier de sa parcelle d’ombre pour survivre à l’après-midi sénégalais.

Les petites bêtes ne mangent pas les grosses

Paraîtrait-il que les petites bibittes ne mangent pas les grosses. Sincèrement, ici c’est souvent les plus petites qui sont les plus redoutables. Je pense entre autres aux minuscules fourmis qui attaquent mes fesses comme si celles-ci étaient la terre promise d’hospitalité. Elles font aussi compétition aux moustiques qui souhaitent mettre mon esprit et mon corps à rude épreuve. Chose qu’ils arrivent presque à accomplir lorsque je me retrouve avec 200 piqures sur ma jambe droite à mon réveil. Les mouches, quant à elles, se collent et souhaitent former un tout avec mon être. Malgré mon désintérêt, elles persistent et je renonce au combat probablement perdu d’avance. Je finis donc par m’habituer à elles, me disant qu’elles vont peut-être me manquer lorsque je les quitterai.

Je pense aussi aux enfants qui m’entourent le soir lorsque je me couche sur la natte afin d’admirer le ciel étoilé. Des petites mains qui me touchent, qui me collent et qui, parfois, me tirent les cheveux sont des marques d’affection que je reçois quotidiennement. Ces mêmes petites mains se glissent dans les miennes et m’accompagnent assidument lors de mes balades à travers Gatte Gallo. Ils sont si mignons ces petits.

L’hospitalité sénégalaise: un sens réel du partage

À l’heure du repas, manger devient maintenant un art lorsqu’il est question de le faire avec comme seul outil, ses mains. Après 20 ans de maniement d’ustensiles, je me retrouve à devoir réapprendre à me nourrir. Mention spéciale aux gauchers qui doivent adapter leur dextérité à la main droite puisqu’ici, elle devient la main de prédilection pour confectionner la boule parfaite de riz au poisson.Parfois, il m’arrive de discuter avec mon estomac lorsque celui-ci m’informe par des grognements qu’il est goinfré d’une quantité immesurable de nourriture. Et oui, l’hospitalité sénégalaise se traduit par des invitations incessantes à partager le repas.

D’ailleurs, cette hospitalité singulière se distingue de beaucoup d’autres. L’invité devient rapidement partie intégrante de la famille d’accueil et témoigne du réel sens du partage. Effectivement, cette valeur est omniprésente et s’exploite dans chaque petit moment du quotidien. Chaque objet devient l’objet de tout le monde et peut être emprunté. On parle d’une réelle cohabitation entre les membres du village. Les voisins s’entraident, les familles entretiennent des liens indestructibles et chacun peut compter sur son prochain en cas de petits malheurs. Les enfants gambadent de concession en concession, se font dorloter par différentes mamans et finissent même par s’échanger leurs microbes autour du bol commun de tiboudiem. La fraternité prend pleinement son sens. Vivre en communauté et entretenir des relations significatives, c’est la beauté que je perçois ici. Proche de chacun, je ressens une proximité humaine.

Mon corps est maintenant un réel combattant. Il est en mesure de s’adapter à la chaleur sénégalaise, d’amadouer les différents insectes, de doser les succulentes bouchées de riz et d’apprécier les petites mains baladeuses des tout-petits. Même de passage, je me sens membre de cette communauté si accueillante et je peux dire fièrement : «  nous sommes ensemble».

Par Joanie Chevrier

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Souvenirs de Huari

 

 

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Vue de Huari                                                                                                                                                                               Crédit photo: Rosalie Dumont

« Lorsqu’on arrive dans un nouveau pays, il est souvent inévitable de faire des comparaisons avec notre pays d’origine. Toutefois, après avoir passé 70 jours dans l’aimable village de Huari, des éléments qui nous semblaient inusités au départ font maintenant partie intégrante de notre quotidien. Nous sommes maintenant partagés entre l’envie de rentrer à la maison et le désir de rester avec ceux qui sont désormais des nôtres. Certaines choses vont nous manquer…

Je vais m’ennuyer de laver mes longs cheveux, à l’extérieur, dans le grand lavabo en béton, sous le soleil de plomb du midi. Je vais m’ennuyer du ciel tapissé de milliers d’étoiles d’une extrême beauté et de l’excitation qui m’habite quand j’ai la chance de voir une étoile filante. Je vais m’ennuyer d’aller m’étendre dans l’herbe, le ventre bien rempli après dîner, entourée d’animaux et de montagnes sublimes. Je vais m’ennuyer de me faire dire sienta par la petite d’un an et demi, qui me pointe un endroit où m’asseoir pour ensuite jouer avec moi. Je vais m’ennuyer des petits cris des cochons d’Inde lorsqu’on s’approche de la pièce où ils se trouvent. Je vais m’ennuyer de sursauter chaque fois qu’un feu d’artifice explose à n’importe quelle heure de la journée. Je vais m’ennuyer de manger tranquillement, sans aucun stress, et parfois même en silence, avec ma famille d’accueil. Je vais m’ennuyer de la vue extraordinaire que j’admire tous les matins tout en me réveillant doucement. Tout compte fait, je m’ennuierai de beaucoup de choses… »

Raphaëlle

« Ce qui va me manquer le plus de Huari sont définitivement les montagnes et les étoiles. Il y a si peu de pollution sonore et lumineuse que cela permet de profiter pleinement de la tranquillité et de la beauté des alentours. Passer des heures couchée dans le gazon, les yeux rivés au ciel est un plaisir qui sera dur à battre ! Je vais aussi m’ennuyer de la délicieuse nourriture péruvienne. Les produits locaux débordent de saveurs et de riches arômes. De la pachamanca (viandes et patates cuites dans la terre) au savoureux breuvage de quinoa chaud, sans oublier les fruits succulents et le ceviche, tous ces aliments inoubliables de la culture du Pérou m’auront marquée. »

Tatyana

« À toi ma tendre Huari. J’ai eu la chance de te voir danser, t’enflammer et t’illuminer sous un ciel étoilé. Je t’ai sentie fourmiller les dimanches matins, te réveiller les jeudis soirs et j’ai senti tes entrailles s’ouvrir à moi chaque soir en accompagnant mes vagabondages agrémentés d’odeurs de pattes de poulet. Je t’ai goûté de toute ta douceur et ta délicatesse grâce aux emolientes et aux alfajores. Et surtout, je t’ai touchée avec mon cœur, ou du moins ce dernier a été touché par la splendeur de tes paysages et la générosité de tes habitants. Finalement, tu as également su te faire entendre à toute heure du jour ou de la nuit, que ce soit par le chant des coqs ou celui des mototaxis. Ainsi, mes repères n’ont pas failli une seule fois, ils ont su me guider dans un univers totalement nouveau, dans un inconnu intriguant et surtout, ô combien attachant. À l’aube de mon retour, tu me laisses ce goût amer en bouche, celui de la nostalgie, car bientôt tes montagnes ne seront plus celles qui agrémentent ma routine et tes rayons brûlants de midi ne seront plus ceux qui réchauffent mes lectures quotidiennes à la place d’Armes ou dans le champ de maïs. Huari, tu me laisses sans mots, le cœur gros, mais la tête, elle, remplie de souvenirs inoubliables et de moments hauts en couleurs. »

Rosalie

« Lever les yeux, où que l’on soit dans Huari, et admirer les majestueuses montagnes tout autour. Voilà une des choses que j’adorais. Chaque fois qu’il se passait quelque chose, que ce soit une petite sortie ou un simple repas, c’est certain que ça se passait en famille. Aussi, vivre dans une maison où l’on peut être à la fois dehors et à l’intérieur me paraissait tellement étrange à l’arrivée, mais maintenant j’aimerais que ma propre maison soit comme ça. Être avec le groupe. Nous avons passé deux mois et demi les sept ensemble. Ça me manquera de ne plus les voir tous les jours. Bref, la vie à Huari restera pour toujours un agréable souvenir dans ma mémoire et dans mon cœur. »

Marilou

« Les mots me manquent. C’est aussi simple que ça, je ne peux pas en mettre sur cette expérience stimulante et enrichissante que nous avons communément vécue. Ces émotions, ces sensations et ces instants magiques que j’ai partagés avec les gens d’ici sont indescriptibles. Des rires sincères de ma petite Estefany aux sommets verts englobant Huari, aucune phrase ne peut décrire et exprimer adéquatement la richesse de l’endroit. Qu’y a-t-il de plus beau que la joie de vivre d’un enfant en bas âge qui s’émerveille au quotidien ? Je me sens extrêmement chanceux d’avoir eu l’occasion de l’accompagner et de la voir s’épanouir. Un périple comme le mien, ça ne se résume pas, ça se vit.

Tant d’autres choses font qu’il m’est difficile de correctement verbaliser le tout. Toutefois, ce que je peux dire avec certitude, c’est qu’il faut vivre une telle aventure. Il faut plonger la tête la première et s’ouvrir au monde, à tout ce qu’il a à offrir. Il y a tant de choses à découvrir et c’est ce que permet ce genre d’expérience. Un stage d’initiation à la coopération internationale, c’est plus qu’un partage de connaissances et qu’un simple coup de main, c’est une aventure, riche en émotions où tous nos sens sont plus que stimulés, afin de donner au monde le meilleur de nous-mêmes. »

Maxime

« Déjà deux mois de passés et on dirait que nous sommes arrivés il y a quelques semaines à peine. Malgré cela, j’ai le sentiment que je connais ma famille depuis beaucoup plus longtemps. En très peu de temps, ils ont su me faire sentir comme un membre de la famille. Papa Rolando qui parle très fort en pensant que mon incompréhension provient d’une surdité passagère plutôt que de la barrière linguistique ; maman Jessica qui s’inquiète toujours que je ne mange pas assez ; hermana Estefany qui veut jouer « juste huit dernières parties de cartes » ; bébé Yaleska qui, telle une vraie Inca, possède des patates pour jouets préférés ; la gardienne Josi qui connaît toutes les recettes de mazamorra et finalement Arianna, sa fille, aussi connue sous le nom de la araña ou « la petite fille qui aime la mayonnaise », tant de personnes qui me manqueront énormément. Ce sont elles qui auront permis de donner un sens à ce séjour et qui l’auront rendu mémorable car, c’est bien connu, ce sont les rencontres qui font les plus beaux voyages. »

Camille N.

« Certes après plusieurs semaines à l’extérieur, certains éléments de notre quotidien québécois nous manquent. Par contre, voyant la fin de mon aventure « huarienne » arriver, je me rends compte que oui, la routine est différente, mais aussi que je délaisserai certaines habitudes contre mon gré. Les sourires du voisinage et les salutations ajoutent une belle touche d’humanité à l’atmosphère de Huari. Parfois, j’expliquais à certains curieux que dans ma ville natale, Montréal, les gens se regardent à peine ou même pas du tout lorsqu’ils se croisent. Autant je me sens confortable avec cette habitude très « urbaine », autant je sais que les regards heureux, sourires sincères et cordiales salutations de mes voisins me manqueront…

Aussi, une chose qui m’a marquée est le fait que rien n’est grave, que rien ne presse. J’ai senti qu’il y a beaucoup moins de conventions sociales non écrites qu’au Québec. On se sent libre à Huari. »

Camille DT (accompagnatrice)

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Dégustation de la pachamanca                                                                                                                                           Crédit photo Rolando Vega

 

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Petit éloge au tiboudiem

 

photo le goût

 

Les saveurs atteignent vos papilles. Le Sénégal vous souhaite officiellement la bienvenue. Vous percevez un morceau de carotte entre un morceau de poisson séché et de riz frit. On dirait presque Matante Denise qui fait une bouillie d’automne… changeons le riz pour les patates pilées et le poisson pour le bœuf à Jeannette et nous y sommes presque. Les saveurs ne sont pas nouvelles : le sel et l’huile, on connait. Par contre, le poisson séché nous fait vivre de nouvelles émotions.

Le tout semble bien simple, on va chez Métro chercher le « stock » et on part le four à 400 °F, mais le processus style « Gatte Gallo » est bien plus complexe. On parle ici de plusieurs heures de travail pour nourrir une panoplie de petites bouches qui n’attendent qu’à plonger la main et à se lécher les doigts à chaque bouchée, à se les enfoncer dans la bouche jusqu’à la gorge comme si demain n’existait pas, puis à remettre une part de salive dans le bol commun, car c’était l’ingrédient manquant.

Il faut d’abord, si le cœur vous en dit, se procurer du riz concassé, des carottes, des aubergines communes et celles plus amères, des oignons, du chou et du poisson séché ou frais. Pour cela, il vous faudra attendre une charrette pendant de nombreuses minutes (voire heures !), l’enjamber sans montrer votre cuisse sous votre pagne et vous accompagner d’un sceau ou deux où vous pourrez disposer les aliments tant convoités.

Au retour, vous devrez vous procurer de nombreuses brindilles pour satisfaire le 400 °F requis. Déposer la casserole sur le feu, faire frire le riz, suivi des légumes, ajouter le sel, le adja et la préparation d’oignons pillés dans un grand mortier. Vous obtiendrez, après plusieurs heures de cuisson, le « tiboudiem » parfait. Pour terminer, il faudra ajouter une pincée de sable pour raviver l’esprit sénégalais, sans quoi il manquerait de croquant au plat national. Et c’est ainsi que, deux fois par jour ou presque, nous sommes réunis autour de cette délectable bouillie qui devient, jour après jour, un peu meilleure car nous apprenons à apprécier tout l’amour qui entoure sa préparation. Non seulement nous apprenons à y prendre goût, mais nous apprenons à prendre goût à tout, « façon tiboudiem ».

Outre ceci, les saveurs sénégalaises se rassemblent en une simple recette : répétition de plats qui deviennent familiers.

Vous boirez du café épicé appelé « café Touba » et mangerez la baguette sortant tout droit du four du village chaque matin.

Vous mangerez du baobab, étrange mélange entre la texture du litchi et celle de la craie, presque toutes les feuilles possibles et imaginables ainsi que le bœuf qui se baladait chez vous depuis plusieurs mois.

Vous partagerez une mangue à 18. La méthode : mettre la mangue en purée sous la pelure, faire un petit trou, téter, passer au suivant, téter, passer au suivant (bis x18).

Vous trouverez un partenaire avec qui séparer les entrailles de bœuf que vous venez de piger dans le grand plat, en tirant, chacun de son côté, jusqu’à ce que le morceau se divise et que vous perdiez l’équilibre vers l’arrière.

Vous apprécierez l’eau chaude à tout moment et le café matinal, les pieds dans le sable, entre une chèvre et une douzaine de petits.

Vous développerez un goût pour chacun de ces moments, qui deviendront, bientôt, un souvenir doré des petits jours sénégalais.

 

Par Charlotte Coutin-Beaulieu, stagiaire QSF au Sénégal

 

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