Carrière en développement international : trucs et astuces pour dénicher votre premier emploi et acquérir de l’expérience

 

 

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“Avant de commencer votre recherche d’emploi, ne vous demandez pas pour quel employeur vous souhaitez œuvrer, mais plutôt quel problème vous voulez résoudre !”

 

Cette citation est tirée d’un tweet que j’ai vu passé il y a quelque temps de Karen Warren de DevexCareers et je trouve qu’il reflète bien ce que j’essaie de transmettre comme message à nos stagiaires du Programme de stages internationaux pour les jeunes (PSIJ) lorsqu’ils et elles amorcent leur recherche d’emploi au retour du terrain. Une fois qu’on a ciblé les enjeux qui nous attirent, comment amorce-t-on une carrière, après un baccalauréat, un stage ou une brève expérience dans le domaine? Il n’y a pas de recette miracle pour amorcer sa carrière en développement international, selon moi, mais il est possible d’articuler son cheminement de façon stratégique. Pour bâtir une carrière en développement international, il importe d’acquérir des expériences à titre de généraliste, mais aussi dans le cadre de mandats plus spécialisés, tout en continuant de garder à jour vos compétences interculturelles ! Voici différentes pistes pour vous inspirer…

 

Considérez les postes “d’entrée” ou les plus petites organisations

Il est important de viser des postes qui vous attirent, mais bien que vous vouliez le poste de chargé de projets, n’hésitez pas à considérer celui d’assistant de programme ou d’analyste. Cela s’applique aussi au choix géographique: pensez considérer des mandats dans des pays moins populaires. Également, que ce soit des ONG présentes dans des régions plus éloignées du Québec ou de nouvelles “startups” à vocation sociale et internationale, envisagez de vous joindre à des employeurs de plus petite taille. Bien que les conditions puissent être moins avantageuses, ce genre d’organisation permet souvent de prendre plus de responsabilités et offre un potentiel de croissance. Si vous êtes généraliste, considérez des chemins moins typiques et spécialisez-vous en recrutement, en développement des affaires, etc.

 

Développez des compétences plus rares sur le marché de l’emploi en développement international

En effectuant vos recherches d’emploi, vous verrez apparaître des compétences spécialisées qui pourraient devenir un atout à votre candidature. En développement international, vous pouvez envisager de nombreuses options : vous spécialiser en utilisation de logiciels statistiques, en cartographie numérique (le data est en constante évolution dans le secteur), en traduction d’un dialecte spécifique, en gestion des volontaires, etc.

 

Prenez plus de responsabilités, diversifiez vos expériences et faites preuve de leadership

Si vous voulez poursuivre une longue carrière en développement international, vous arriverez à un point où vous envisagerez peut-être des postes de gestion. Assister à des conférences et faire du bénévolat, qui vous permettra de développer vos compétences en leadership, devient un atout pour faire avancer votre carrière. Rappelez-vous aussi que la flexibilité est le mot d’ordre dans le domaine du développement international. Il  est toujours bon de posséder une expérience dans au moins deux domaines comme la gestion de projets et l’égalité femmes-hommes, ou les communications et la recherche de financement, etc. Considérez aussi enrichir votre expérience au sein de différents types d’organisations : pensez à combiner une expérience dans l’administration publique avec une autre au privé ou en ONG.Il est aussi important de garder vos connaissances à jour. Si vous avez fait des études en marketing, mais que vous travaillez en égalité femmes-hommes, continuez de vous tenir informé dans votre premier domaine d’études. Il ne faut pas que vos compétences deviennent obsolètes. Les médias sociaux sont très utiles pour se garder à jour sur différents sujets. Utilisez Twitter et faites-vous des listes d’intérêts.

 

Cherchez des offres au sein de projets ou de programme qui se terminent

Ce point semble étrange effectivement, mais il arrive que des gens mettent fin à leur contrat avant terme. Il peut devenir stratégique d’appliquer sur des postes ouverts en raison de ces départs. Bien que moins attrayants (souvent des mandats à court terme), le fait que les employeurs soient à la recherche de quelqu’un en urgence peut faire en sorte que l’on permettra l’embauche de quelqu’un ayant moins d’expérience.

 

Combinez des expériences internationales et nationales

Selon le type de carrière que vous allez choisir, considérez acquérir de façon équilibrée votre expérience ici et ailleurs. Demandez-vous quelles compétences peuvent être développées outremer versus ici. Certains emplois exigeront des connaissances internationales sans aller à l’étranger. Si vous envisagez de travailler en siège social, considérez que la plupart des postes exigent entre une et trois années d’expérience terrain minimum. Cette expérience peut être acquise à travers des mandats de volontariat, de stages professionnels (comme ceux du PSIJ), d’études sur le terrain, etc. Privilégiez l’acquisition de cette expérience tôt dans votre carrière !

Vous avez envie d’obtenir d’autres conseils sur la carrière en développement international ou de découvrir les opportunités offertes par le milieu au Québec? Venez rencontrer notre équipe de recrutement dans le cadre de divers événements : suco.org/evenements et consultez nos offres d’emploi à suco.org/emploi.

Vous trouverez aussi plusieurs offres sur le site de l’AQOCI et du CCCI.

 


Un éléphant sous l’eau

 

Au Sénégal, j’ai découvert des choses magnifiques. J’ai aussi vu des choses moins splendides. Je peux même dire que je me suis retrouvée face à des situations assez déstabilisantes. Vous savez, ces moments où votre cerveau fait quatorze tours sur lui-même sans même pouvoir trouver une explication rationnelle ? Je pense que ces moments sont cruciaux en voyage. Ils vous permettent de repousser vos limites et de remettre en question vos conceptions du monde. 

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C’est un peu comme si vous preniez un éléphant et que vous l’ameniez vivre au fond de l’océan. Si une telle manipulation était possible, vous imaginez bien à quel point l’éléphant serait égaré ? Tout ce qu’il connaissait du monde (ou croyait connaître) prendrait certainement une toute nouvelle dimension. Je me sens un peu comme cet éléphant sous l’eau, à la fois émerveillée et perdue dans cet univers africain. Parfois, c’est comme si j’étais sur une autre planète. Et pourtant, je n’ai traversé qu’un océan…

On dit souvent qu’on a toujours le choix. C’est vrai, mais parfois, les choix sont limités. J’ai le choix ici de me noyer ou de m’adapter. La première option est trop facile, et la deuxième peut me rendre plus forte. La décision n’a pas été difficile. J’ai choisi de m’adapter à mon nouvel environnement. Le processus sera long et parsemé d’embûches, mais les retombées seront immenses. Je serai comme un poisson dans l’eau dans ce pays où le sable est maître.

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Savoir d’où l’on vient pour savoir où l’on va

Pour l’instant, je me suis fixée des objectifs simples. Un pas à la fois, car rien ne sert de courir. Je dois d’abord réussir à trouver un équilibre entre mon identité et celle de l’autre. Pour bien appréhender la différence, il faut savoir à quoi on ressemble. J’ai compris qu’il me faudrait inévitablement sacrifier une partie de moi-même. Il m’est impossible de vivre ici comme je vis au Canada. L’éléphant ne peut pas vivre sous l’eau comme il vivait dans les plaines tanzaniennes. Il doit laisser certaines choses de côté pour en acquérir de nouvelles. Par contre, il faut savoir préserver les fondements de son identité. Et même en y parvenant, on ne sort jamais indemne d’une telle aventure. On devient en quelque sorte un organisme « culturellement » modifié.

J’ai souvent entendu dire qu’il fallait savoir d’où l’on vient pour savoir où l’on va. Personnellement, je pense aussi qu’il faut savoir où on est allé pour retrouver le chemin de sa maison. L’éléphant doit apprendre à parler aux poissons, mais il doit aussi se souvenir qu’il aura toujours quatre pattes. C’est ainsi qu’il saura un jour retrouver la terre ferme. Et jamais il n’oubliera les mille et une couleurs de l’océan.

Les éléphants amphibiens ont une conception du monde très vaste. Ils sont aussi curieux. Ils ont goûté à la mer, ils veulent maintenant toucher le ciel. Les voyages m’ont donné envie de voir et de connaître davantage. Ils ont fait de mon unique réalité un monde à multiples facettes. J’ai ajouté une nouvelle dimension à mon univers. Depuis, ma vie est plus complexe, mais tellement plus captivante.

 

Par Milaine Bédard-Lamirande, conseillère en gestion du savoir ( stage PSIJ 2015-2016)

 

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Crédit-photo: Cheikh Kandji

 

 

 

Le Programme de stages internationaux pour les jeunes (PSIJ) est réalisé avec l’appui financier du gouvernement du Canada accordé par l’entremise d’Affaires mondiales Canada.

 

 


L’union fait la force

 

 Un peu de panela ganulada dans votre refresco ?

La famille hondurienne moyenne consomme entre 3 et 4 livres de sucre par semaine. C’est une pratique commune de préparer ses propres « refrescos », ou jus de fruits, et d’y ajouter une grande quantité de sucre. Les entreprises de sucre blanc raffiné ou encore de sucre brun possèdent une très grande part de ce marché dans ce pays, alors qu’il existe une alternative traditionnelle, agroécologique et beaucoup moins néfaste pour la santé : le sucre de canne non raffiné, localement appelé « panela granulada ». En effet, ce produit qui s’apparente visuellement au sucre brun contient les vitamines et minéraux présents naturellement dans la canne à sucre, et est absorbé plus facilement par l’organisme que le sucre raffiné. L’Association de producteurs et productrices de canne à sucre de Tulanguare (APROCATY), légalement formée en 2009 dans la région de Yoro grâce à la campagne de conscientisation menée par la Red COMAL, organisation partenaire de SUCO, s’est donné comme défi d’industrialiser la production de cet aliment et de le commercialiser à travers le pays, selon les principes de l’économie solidaire. La Red COMAL promeut un modèle économique où existent des principes éthiques, et où la nature est protégée.

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Le transport de la canne à sucre

 

La force d’un réseau basé sur l’économie solidaire

Doña Zoila, productrice et membre de l’association depuis sa création en 2009, cultive plusieurs aliments sur ses terres comme le maïs, les fèves, le café, et bien sûr, la canne à sucre. Cette dernière est d’une importance cruciale puisqu’on peut en faire un usage varié. En effet, la canne à sucre est utilisée comme édulcorant, combustible et nourriture pour les animaux. De plus, les récoltes ont lieu tout au long de l’année. Doña Zoila vit dans une communauté où le climat est idéal pour cultiver cette plante ce qui fait qu’elle n’a pas besoin d’y ajouter d’engrais. Malgré cela, la culture de la canne à sucre n’a pas toujours été facile dans cette région. Avant le projet d’usine de production de la panela, Doña Zoila nous explique qu’il était très difficile de vendre les récoltes en raison de la forte compétition et des maigres revenus qu’elles rapportaient, et que ceux et celles qui s’aventuraient à produire leur propre panela devaient y investir jusqu’à trois jours de leur temps par cycle de production, et ce pour obtenir une maigre quantité. Depuis que les producteurs et productrices de la région travaillent ensemble au sein de l’association, ils n’ont qu’à récolter la canne à sucre et la livrer à l’usine.  Dona Zoila est particulièrement fière de faire partie d’un réseau basé sur l’économie solidaire: « La force est dans l’union, puisque nous résolvons les problèmes ensemble. Ceci est notre rêve, à nous les producteurs et productrices. L’économie solidaire nous garantit que les gains restent dans la communauté, et nous assurent un revenu tout au long de l’année ».

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Dona Zoila

Même son de cloche auprès de Jorge Santiago Rodriguez, producteur et administrateur d’une usine de transformation. Il est d’ailleurs responsable des opérations quotidiennes de l’usine. Il nous explique l’importance de l’organisation et de la mise en commun des activités de production : « non seulement la centralisation de la transformation mène à de meilleurs revenus pour les familles, mais elle offre également des opportunités d’emplois à plusieurs jeunes de la région. » Selon lui, le processus d’intégration à un réseau solidaire a fait naître une nouvelle conscience chez les membres, qui sont maintenant plus que jamais motivés à travailler ensemble et à continuer à investir leurs efforts dans la production d’un aliment sain et écologique. Bien sûr, l’APROCATY fait face à plusieurs défis, notamment le transport de la canne à sucre des terres plus éloignées jusqu’à l’usine, et qui se fait au moyen de charrettes tirées par des bœufs. La solution envisagée par le jeune homme, qui consiste à mettre sur pied des groupes bien organisés à qui incombera la responsabilité des récoltes et du transport, démontre sa confiance en la force de l’union.

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Jorge Santiago Rodriguez

Une nouvelle stratégie de commercialisation de la panela

Les succès démontrés par Doña Zoila et Jorge sont possibles grâce au vaste travail de mobilisation réalisé par la Red COMAL, un réseau national de producteurs et productrices agricoles, qui a formé ses membres au niveau du leadership local, la gestion de projets, la vie communautaire, l’incidence politique, les pratiques agricoles agroécologiques, l’hygiène et la sécurité, ainsi que la philosophie de l’économie solidaire. C’est grâce à ces formations que les familles productrices ont décidé de former leur propre association. SUCO appuie la Red COMAL en renforçant ses capacités dans les domaines de la commercialisation et de la promotion, notamment à travers l’élaboration d’une toute nouvelle stratégie de commercialisation de la panela. Lors de votre prochaine visite au Honduras, prenez le temps d’y goûter et vous ne serez pas déçus, ce sont Doña Zoila son collègue Jorge qui vous le disent !

 Par Catherine Perras, ancienne stagiaire PSIJ en commercialisation au Honduras

 

Le Programme de stages internationaux pour les jeunes (PSIJ) est réalisé avec l’appui financier du gouvernement du Canada accordé par l’entremise d’Affaires mondiales Canada.


Alicia et la fleur de Huaganku

 
Alicia Chávez et ses trois enfants – Ocshapampa Crédit-photo : Lauriane Beaulieu

 

Agricultrice et productrice de fromage, Alicia Chávez vit dans la communauté d’Ocshapampa, située dans la partie alto-andine de Huari. La famille d’Alicia fait partie des nombreuses familles bénéficiaires du projet de fromageries artisanales familiales démarrées en 2010 par SUCO et Allpa, partenaire local à Huari. La fromagerie est une petite pièce très modeste, souvent annexée à la maison, équipée d’une petite table, d’une cuisinette à gaz ou à bois et d’une étagère pour entreposer le matériel et les fromages. Ce sont principalement les femmes qui produisent le fromage. Cela leur permet d’acquérir une très grande autonomie, car elles participent désormais à l’économie familiale en gagnant un revenu avec la vente de leurs produits. Ces femmes ne sont plus seulement confinées aux tâches ménagères, à la cuisine et au soin des enfants. Elles possèdent un travail qui leur permet de développer de nouvelles compétences et qui leur procurent un revenu.

Depuis 2011, la famille d’Alicia possède sa propre fromagerie. À travers les formations et les ateliers sur l’élaboration de fromage frais donnés par Allpa, Alicia a commencé à produire du fromage artisanal pour sa consommation personnelle et celle de sa famille. Elle a, par la suite, commencé à vendre une partie de sa production afin d’en tirer des bénéfices. La production de fromage artisanal ne représente pas seulement une source de revenus pour les familles, mais également une source nutritive d’alimentation. La production hebdomadaire d’Alicia dépend de la quantité de lait fournie par ses vaches laitières. Elle dépend également de nombreux éléments comme la santé des animaux, les pâturages et l’installation de systèmes d’irrigation. Alicia possède huit vaches, dont deux qui sont laitières. Lorsque la production de lait est insuffisante pour produire du fromage, Alicia achète du lait à une voisine. La production de fromage n’est donc pas uniquement bénéfique pour les familles productrices, mais également pour les familles qui produisent seulement du lait. C’est un cercle vertueux qui est créé dans la communauté. Alicia produit environ une dizaine de fromages par semaine, dépendamment de la quantité de lait disponible. Une partie de sa production est consommée par son mari et ses trois enfants, et l’autre est vendue dans sa communauté et au marché local de Huari.

 

Fromage frais artisanal « Jallga Queso » Crédit-photo : Julia Steiner

 

Alicia est l’une des premières femmes fromagères à recevoir la certification pour utiliser la marque locale « Jallga Queso ». Cette marque fut créée en 2012 par les familles rurales des communautés andines avec l’appui d’Allpa et de SUCO. Sur la vingtaine de familles productrices de fromage avec lesquelles travaille Allpa, seules cinq sont certifiées, dont celle d’Alicia au début 2013. Cette certification assure entre autres, un niveau de qualité du produit et son attribution fait l’objet d’une évaluation. Le fromage d’Alicia a donc une particularité, une image y est gravée : une vache, la fleur de Huaganku (fleur typique de Huari), une rivière et des collines, pour représenter la région. Ces quatre éléments représentent le logo de la marque. Cela permet de différencier le « Jallga Queso » des autres fromages mis en vente et d’assurer la qualité du fromage vendu.

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Alicia Chávez – fromagerie artisanale Crédit-photo : Lauriane Beaulieu

 

Grâce au projet des fromageries familiales, Alicia a développé des compétences dans la production de fromage frais et dans la conservation de pâturage pour ses animaux. Elle participe à toutes les réunions mensuelles qui ont lieu dans sa communauté et continue d’assister à des formations sur l’élaboration de fromage donné par Allpa. Produire du fromage lui permet d’avoir plus d’autonomie, lui procure un travail qu’elle aime et lui permet de rapporter un revenu à sa famille. Les femmes que j’ai rencontrées lors de mes visites dans les communautés rurales démontrent toutes beaucoup de motivation et d’enthousiasme dans l’apprentissage du processus de production et dans le développement de leurs compétences. Alicia fait partie des meilleures productrices avec lesquelles travaille Allpa. C’est un modèle pour les femmes de sa communauté qui rêvent d’avoir une fromagerie et qui aspirent à être formées sur les techniques de production du fromage. Pour sa part, Alicia aspire à la création d’une association de productrices de fromage pour la production et la vente. C’est également l’un des rêves d’Allpa, qui étudie et analyse cette possibilité depuis quelques années.

Par Lauriane Beaulieu, ancienne volontaire (programme PSIJ) au Pérou.

Le Programme de stages internationaux pour les jeunes (PSIJ) est réalisé avec l’appui financier du gouvernement du Canada accordé par l’entremise d’Affaires mondiales Canada.

 

 


La belle histoire de Kelvin Montoya

 

À travers mon mandat de conseillère en commercialisation pour le projet PROGA-JOVENES au Nicaragua, j’ai pu durant ces derniers mois, accompagner quelques jeunes dans leur processus de démarrage de micro entreprises. Lors de mes visites sur le terrain, j’ai rencontré Kelvin Montoya, jeune entrepreneur de 21 ans, qui a commencé sa formation en agroécologie en 2011, lorsqu’il était alors âgé à peine de 17 ans. Jeune homme particulièrement dynamique et motivé, c’est avec succès que Kelvin a terminé non seulement son secondaire, mais aussi sa formation avec SUCO, en 2013. Pendant cette formation d’une durée de trois ans, il a pu apprendre différentes méthodes agroécologiques qu’il a pu appliquer sur la terre de ses parents. Lors de notre conversation, il m’avoue être très heureux de ses accomplissements personnels et professionnels suite à la formation dont il a bénéficié :

« Je suis très heureux, car le projet de SUCO a été pour moi d’une grande importance. Il a permis d’appuyer des familles qui ont peu de ressources dans l’élaboration de leur plan d’affaire et dans la production de la ferme. »

C’est durant sa dernière année de formation que Kelvin a eu l’idée de démarrer une micro entreprise de transformation et commercialisation de café dans le cadre de ses cours d’entrepreneuriat. Pourquoi le café? Tout simplement parce que c’est un produit qui se vend matin, midi et soir en hiver comme en été.

 

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En effet, le café se consomme énormément au Nicaragua. Avec ce produit, il n’y a aucun problème au niveau de la demande. Et c’est à partir de cette opportunité, une demande qui ne s’épuise jamais, que Kelvin a crée sa micro entreprise de café. C’est donc durant ses cours d’entrepreneuriat qu’il a appris à rédiger son plan d’affaire : il a évalué ses coûts et ses bénéfices,  effectué une analyse FODA (forces, faiblesses, opportunités et menaces),  étudié bien entendu la compétition, dessiné un plan de sa ferme et a ainsi complété  la cinquantaine de pages exigée par le programme afin de mettre en place sa micro entreprise de café. Par l’intermédiaire de ce projet, SUCO offre une subvention de 60% en  matériel afin d’aider les jeunes dans leur démarrage d’entreprise tandis qu’ une coopérative de microcrédit, partenaire de SUCO, complète le 40% de crédit du montant total que nécessite leurs projets d’entreprise.

« Le projet nous offre une opportunité et il ne faut pas la rater; il faut aller de l’avant, il faut être un modèle de réussite et en être fier. »

Ainsi, c’est avec cette opportunité financière que kelvin a pu démarrer petit à petit sa micro entreprise avec une production de 5 livres de café de manière hebdomadaire.  Aujourd’hui, presque 2 ans après, il produit près de 90 livres de café par semaine et emploie 4 personnes de sa communauté!

Je lui ai alors demandé s’il n’avait pas rencontré  quelques difficultés dans cette belle aventure. Il m’avoue qu’il a su, effectivement,  surmonter quelques obstacles  grâce à l’aide de sa famille et de l’appui des formateurs du projet. Il m’explique alors que le micro-crédit qu’il avait sollicité au tout début était insuffisant pour acheter la machine appelée tostadora (machine de torréfaction du café) et qu’il a dû emprunter de l’argent auprès d’un prêteur informel en plus d’accéder à l’aide financière de son père.

 

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Kelvin et sa machine de torrefaction

 

SUCO lui a également fourni un appui par l’intermédiaire des formateurs du projet qui lui ont demandé de planter 2000 semences de cacao sur sa terre. L’idée derrière tout cela?  Permettre aux étudiants de pratiquer certaines méthodes agroécologiques apprises en classe  dans la parcela-escuela (petit lopin de terre à cultiver lors des cours de pratique). Effectivement, c’est avec les bénéfices des plantes de cacao vendues à SUCO qu’il a pu compléter ses ressources financières afin d’acheter la tostadora dont il avait besoin pour démarrer son activité de transformation de café. Il a su ainsi démontrer un grand professionnalisme et un esprit entrepreneurial en liquidant ses dettes de crédit.  Aujourd’hui, il en est à son troisième crédit avec la coopérative Santiago qui lui permet d’assurer l’extension de sa micro entreprise avec l’agrandissement de la salle d’emballage qui lui sert également de bureau pour le moment.

 

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Salle d’emballage et bureau de Kelvin

 

Kelvin qui souhaite faire l’acquisition d’une autre machine qui lui permettra de transformer lui-même ses graines de café, espère aussi obtenir un numéro de registre qui est indispensable s’il veut commercialiser son produit dans les grandes surfaces commerciales avoisinantes , mais aussi pour l’exporter en Amérique centrale et au Japon.  Il conclut notre conversation en me confiant qu’en produisant du café de manière agroécologique, il souhaite être un exemple pour sa famille, ses amis ainsi que pour le reste de sa communauté.

 

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Kelvin et moi

 

Par Amira Beghdadi, conseillère en commercialisation ( programme PSIJ), Nicaragua

Le Programme de stages internationaux pour les jeunes (PSIJ) est réalisé avec l’appui financier du gouvernement du Canada accordé par l’entremise d’Affaires mondiales Canada.

 


Valeriana, une agricultrice qui s’implique dans sa communauté!

 

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Valeriana, 34 ans, est l’une des participantes actives des projets développés par Allpa et SUCO. Depuis 2012, Allpa intervient dans la communauté d’Ampas, centro poblado de Huari situé un peu plus-haut dans les montagnes, à une quinzaine de minutes de la ville. En collaboration avec SUCO et la Municipalité de Huari, Allpa a commencé à travailler à Ampas sur le projet « Croissance économique et développement local avec les familles rurales de Huari ». Les principaux axes d’intervention d’Allpa dans cette communauté concernent les pâturages, les potagers biologiques familiaux (agriculture), l’irrigation et l’élevage de cuyes (cochons d’Inde).

Valeriana participe à ces activités organisées dans sa communauté depuis le début, en étant présente à toutes les réunions qui y sont organisées. Qu’elle soit assise au premier ou au dernier rang, elle s’exprime sur les sujets qui l’interpellent et émet son opinion de façon claire et franche. Souvent occupée à tricoter lors des réunions, elle demeure néanmoins très attentive à ce qui se dit et participe activement aux discussions et débats, tout en gardant sa bonne humeur et son sourire. Elle a une voix et elle la fait valoir à chaque fois. Lors de  ces réunions, l’assistance est composée majoritairement de femmes. Selon Valeriana, la faible présence d’hommes s’explique par le fait que les femmes sont plus franches et qu’elles n’ont pas peur de parler en public contrairement aux hommes. Les femmes sont ainsi très impliquées dans leur communauté et participent en grand nombre aux activités qui y sont organisées.

 

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Valeriana

 

Valeriana vit depuis toujours dans la communauté d’Ampas. Elle est mariée et a quatre enfants, un garçon et trois filles (que l’on peut souvent voir aux réunions mensuelles). Sa famille possède un élevage de cuyes et une « chakra » (une terre cultivable) où son mari cultive notamment des patates et du maïs. Lorsqu’on lui demande quelle est sa profession, elle répond qu’elle est femme au foyer. Elle s’occupe des enfants, de la cuisine, du ménage et de la maison. Cependant, Valeriana est aussi agricultrice et entrepreneure. En effet, en plus de s’occuper de l’entretien de la maison, elle s’occupe du potager biologique familial. Elle cultive notamment des légumes, des fines herbes et des fleurs qu’elle vend au marché. Grâce à l’appui de SUCO et d’Allpa, celle-ci est passée d’un système de production traditionnel de subsistance à un système de production commercial. Avant leur intervention, Valeriana semait seulement pour sa propre consommation et celle de sa famille. Maintenant, elle sème également pour vendre.

 

Valeriana

 

 

La sécurité et la souveraineté alimentaire des familles sont d’ailleurs des préoccupations  importantes de SUCO. L’organisme vise entre autres, à améliorer les capacités de production des familles, car l’amélioration productive crée des excédents qui peuvent alors être vendus au marché. C’est une source importante de revenus pour ces familles rurales. Tous les dimanches, Valeriana descend à Huari pour vendre ses produits au marché local. Depuis le mois de décembre, en partenariat avec Allpa et en coopération avec SUCO et IDMA, la Municipalité de Huari a lancé une Éco-Feria dominicale au marché local pour les productrices et producteurs locaux, qui avant, vendaient leurs produits à même le sol. C’est ainsi que tous les dimanches, nous pouvons voir Valeriana et ses filles installées à l’une des premières tables dans l’entrée où sont étalés ses bouquets de fleurs colorées et ses différentes herbes aromatiques. La vente de ses produits représente la principale source de revenus pour elle et sa famille.

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Valeria à l’Eco-feria dominicale au marché local de Huari

 

Toutefois, en tant qu’agricultrice, Valeriana doit faire face à certains obstacles et difficultés, la principale étant les conséquences des changements climatiques. Durant la saison sèche, la production est moins abondante que durant la saison des pluies. C’est pourquoi Valeriana est équipée d’un réservoir pour irriguer son potager, qui alimente quatre familles et qui les aide durant la période sèche. Les rêves et aspirations de Valeriana sont orientés vers sa famille et sa communauté. Elle veut travailler et pouvoir semer toute l’année pour appuyer ses enfants et sa famille afin de pourvoir à leurs besoins (alimentation, vêtements, école). Elle veut être en mesure d’envoyer ses quatre enfants à l’université. Attachée à sa communauté et à ses racines, elle n’a aucun désir de la quitter. Elle souhaite, au contraire, du changement et de l’amélioration pour celle-ci. Elle aspire à une communauté où tout le monde contribue au maintien et à l’entretien de la propreté des espaces publics. Elle aspire à ce que tout le monde ait accès à de l’eau propre et potable. Elle aspire à voir des animaux en santé pouvant fournir une production accrue et améliorée.. Comme beaucoup d’autres résidents d’Ampas, elle espère également la construction d’une école secondaire pour les jeunes. Depuis l’implication de SUCO et d’Allpa dans la communauté, Valeriana croit fermement que ses compétences en agriculture et enproduction ont été renforcées. Elle a par ailleurs pu observer plusieurs changements au sein de sa communauté, comme par exemple, une amélioration dans la production de légumes, de fèves, de patates, d’herbes fraîches, et aussi, dans la qualité de vie de ses habitants. Durant les prochaines années, on pourra continuer de la voir, fière de sa communauté, de sa culture et de son identité, participer aux projets, activités et réunions visant à renforcer ses capacités humaines, productrices et organisationnelles ainsi que le développement socio-économique de sa communauté.

 

Par Lauriane Beaulieu, conseillère en commercialisation ( stages PSIJ), Pérou

Le Programme de stages internationaux pour les jeunes (PSIJ) est réalisé avec l’appui financier du gouvernement du Canada accordé par l’entremise d’Affaires mondiales Canada.

 

 


La communication: un véhicule pour le développement durable

 

Cela fait maintenant près de 5 mois que j’habite à Tegucigalpa, communément appelé Tegus par la population hondurienne, les catrachos.

Dans le cadre du programme de stages internationaux pour les jeunes (PSIJ), je travaille en tant que conseillère en production audiovisuelle au sein de La Red de Desarrollo Sostenible – Honduras (RDS-HN). La RDS-HN est une organisation non gouvernementale créée le 16 janvier 1998 qui a pour mission de promouvoir le développement durable à travers la démocratisation de l’information. Elle est spécialisée dans le domaine des Technologies de l’Information et de la Communication (TIC) et celui de la production audiovisuelle et radiophonique.

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Atelier de photo

Un environnement de travail chaleureux, une équipe dynamique

Dès ma première visite, j’ai eu droit à un accueil chaleureux de la part tous les membres de RDS, une équipe dynamique et motivée. C’est une grande famille où rire, blagues, taquineries et solidarité occupent une place de choix ! À l’heure du lunch, personne n’a le droit de manger seul. C’est d’ailleurs une des politiques de l’organisation. L’anniversaire de chacun des membres de l’équipe est célébré. Les collègues sont tous invités à se réunir pour couper un gâteau. J’ai aussi redécouvert avec joie une tradition pour les anniversaires au Honduras : la estrellita (la bascule). Celle-ci consiste à tenir la personne par les bras et jambes pour ensuite la soulever dans les airs pour son anniversaire. Toujours dans cette atmosphère de fraternité et de partage d’expériences, une petite fête est organisée pour marquer la fin du mois, souligner le début d’un nouveau et souhaiter la bienvenue à la Directrice après un voyage.

Une autre particularité à RDS est la forte présence de jeunes dont certains se sont formés seuls en production audiovisuelle. Par ailleurs, il existe une forte dynamique interactive; les échanges sont fréquents pour planifier et discuter de l’avancement du travail. De plus, les interactions lors de la production de vidéos ou de segments radiophoniques sont courantes. Ceci crée un espace intéressant d’échanges qui permet un enrichissement mutuel et souligne le fait qu’il s’agit d’un travail d’équipe. « Expresa y construye comunidad » (Exprimez-vous et construisez la communauté), slogan de Radio-RDS, pourrait également être appliqué au fonctionnement de RDS dans son ensemble.

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Un engagement continu dans la promotion du développement durable

Durant les 3 premiers mois de mon stage, j’ai participé à la post-production d’un court-métrage de fiction qui traite du droit des enfants à l’éducation et au loisir. Celui-ci a été soumis à un concours organisé par un des journaux locaux, El Heraldo. Cela a été une expérience intense et intéressante, un véritable travail d’équipe.

La formation et le renforcement de capacités constituent deux axes importants de travail à RDS. Un atelier de photographie de base a donc été réalisé et les participants, pour la plupart, étaient des membres de RDS ou d’organisations partenaires. L’accent tout au long de la formation a été mis sur la manière dont la photographie, notamment la photographie documentaire, peut être un outil pouvant contribuer au développement durable. Une sortie prévue dans le cadre cet atelier a permis de mettre en application les différentes notions apprises. Santa-Lucia, une petite ville située à environ 30 minutes de Tegucigalpa a été le lieu retenu.

Je suis tombée sous le charme cette petite ville montagneuse, calme, à l’allure coloniale avec ses petites ruelles, ses cafés, ses parcs et sa « laguna ». Une ville bien différente de Tegucigalpa où les préoccupations par rapport à la sécurité et l’embouteillage font partie du quotidien. On peut marcher tranquillement à Santa-Lucia ; le climat y est frais et agréable. J’ai vraiment apprécié – tout comme les participants – ce petit « paseo » qui m’a permis de continuer ma découverte du Honduras. Cela a aussi été un espace d’interactions, d’échanges. J’ai pu répondre aux questions posées, clarifier des doutes en lien avec des notions abordées la veille.

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L’équipe de RDS

Le premier Colloque sur la Recherche et la Production cinématographique de l’Amérique centrale organisé par le Centre d’Art et de la Culture (CAC-UNAH) et l’Association de cinéastes honduriens « Linterna Mágica » auquel j’ai assisté en compagnie de trois membres de RDS m’a permis de découvrir d’autres aspects de la culture cinématographique latine. L’histoire du cinéma d’Amérique centrale ainsi que la réalité de la production cinématographique dans la région m’étaient jusqu’alors méconnues. En travaillant sur les archives vidéo de RDS, j’ai aussi découvert l’ampleur, la diversité et la qualité de leur production audiovisuelle. Les thèmes abordés sont généralement en lien avec des problématiques de développement durable comme l’accès à l’eau, la biodiversité, etc.

Côtoyer des professionnels expérimentés, échanger avec eux lors de la préparation de l’atelier ou la réalisation de montage vidéo a été particulièrement enrichissant. J’ai aussi pu voir comment le cinéma de fiction peut, par son engagement, être un véhicule de sensibilisation et de promotion du développement durable. À mi-parcours de mon stage, je sens que cette expérience a contribué positivement à mon développement sur le plan personnel et professionnel. Les activités à venir me permettront d’explorer d’autres champs, de faire d’autres découvertes et, aussi de continuer à apporter ma contribution au sein de l’équipe de RDS.

Par Nitsé Mathelier, conseillère en audiovisuel (stages PSIJ), Honduras

Le Programme de stages internationaux pour les jeunes (PSIJ) est réalisé avec l’appui financier du gouvernement du Canada accordé par l’entremise d’Affaires mondiales Canada.


Le wolof, une langue aux mille proverbes

 

Un stage de coopération internationale, c’est bien plus qu’une expérience professionnelle à l’étranger. C’est aussi l’occasion de découvrir une nouvelle culture et d’apprendre à communiquer dans une langue étrangère. Pour ma part, je maîtrise le wolof, une langue aux mille proverbes.

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La langue est une manière efficace de s’intégrer aux autres. Vous devenez en quelque sorte un membre de la famille.

 

Ethnies et langues

 Au Sénégal, il existe plus d’une vingtaine d’ethnies. Parmi celles-ci, certaines sont divisées en sous-groupes. Par exemple, l’ethnie Balante regroupe les Bnagas, les Manodges et les Gandias. Chaque groupe se distingue par une langue et des coutumes particulières. La cohésion sociale est assurée par la religion et les fêtes traditionnelles, qui sont célébrées de façon similaire dans tout le pays.

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Les Sérères proviennent du Sine Saloum, qui s’étend du Saloum jusqu’à l’ancien Cayor, aujourd’hui appelé région de Thiès.

 

La langue officielle est le français. Elle a été imposée par la France à l’époque du colonialisme. Aujourd’hui, même si le français est appris dès l’école primaire par les enfants, les gens communiquent principalement en wolof, la langue nationale. C’est en quelque sorte la courroie de transmission entre les ethnies qui ne parlent pas la même langue. Il faut dire qu’en plus du français et du wolof, on recense une trentaine de langues parlées dans une moindre mesure. Elles se déclinent parfois en sous-groupes, comme pour les ethnies. Par exemple, les Sérères peuvent parler le sérère sine, none, ndoute ou safène. Ces différences s’expliquent par les migrations de populations au fil du temps. Les Sérères qui parlent le sine proviennent de la région du Sine Saloum, tandis que les Sérères qui parlent safène sont issus de la région de Thiès.

 

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L’arbre à palabres

 

 

Je parle, donc je suis

 Un matin, j’étais assise près de mon ami Moussa sous le grand arbre à palabres du village. Nous avions une discussion très intéressante sur ses origines.

  • « Moussa, de quelle ethnie es-tu ? », lui demandais-je.
  • « Moi, je suis Wolof. Mon père est Peulh et ma mère est Sérère », répondit-il avec fierté.
  • « Ah bon, pourquoi es-tu Wolof alors ? », lui dis-je, un peu confuse.
  • « Je suis né d’un mariage interethnique. Mon père parle le peulh, tandis que ma mère s’exprime en sérère. Pour se comprendre, ils communiquent en wolof. Petit, ils ont décidé de m’apprendre cette langue. C’était plus simple. Aujourd’hui, je parle uniquement le wolof, je suis donc un Wolof », m’expliqua-t-il.

Les propos de Moussa montrent qu’il existe une mince frontière entre langue et identité. Le wolof n’est pas uniquement une ethnie ou une langue, c’est une identité commune partagée par ceux et celles qui parlent cette langue. Fait intéressant, en psychologie, la langue et l’ethnie sont deux des nombreuses composantes de l’identité sociale.

 

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Moussa Sene

 

Grammaire et sons

Le wolof est une langue nigéro-congolaise construite sur la base de l’alphabet latin. Par contre, certaines sonorités en wolof n’existent pas en français. Et l’inverse est vrai aussi. À mon arrivée, j’éprouvais beaucoup de difficulté à dire correctement le nom de famille Ndiaye. Je le prononçais en deux temps : « N » et « diaye ». Pourtant, la façon adéquate de le dire est en un temps : « Ndiaye ». Heureusement, avec des efforts, on parvient progressivement à émettre de nouveaux sons. Maintenant, c’est tout naturel !

 

Des différences générationnelles

Les personnes âgées (environ 60 ans et plus) et les plus jeunes ne parlent pas le même wolof. Les plus vieux utilisent des mots anciens, souvent incompris par les plus jeunes, tandis que les adolescents ont recours à des termes qui n’existaient pas autrefois. Par exemple, de nos jours, les jeunes se fréquentent sans être mariés. Il y a quelques années, c’était impensable. Pour nommer cette nouvelle réalité, les mots « gel » et « far », respectivement « copine » et « copain » en français, sont apparus dans le vocabulaire. Par respect pour les aînés, il faut éviter de prononcer ces mots devant eux. Certains termes sont réservés aux gens de même génération.

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Les plus jeunes utilisent un wolof plus moderne, qui prend forme au gré des transformations de la société.

La langue, une fenêtre sur la culture

Finalement, une langue, c’est bien plus que des mots. C’est une identité, une manière de concevoir le monde, une véritable fenêtre sur la culture. Avant de partir au Sénégal, j’ai eu la chance de suivre des cours privés grâce à SUCO. Ils m’ont permis d’être préparée pour mon mandat de six mois à titre de conseillère en gestion du savoir. Aujourd’hui, je maîtrise bien la langue du pays. C’est un outil de plus dans mon bagage de la vie. Je suis reconnaissante envers SUCO de m’avoir permis de vivre une telle expérience et recommande vivement cet organisme à toute personne désireuse de s’impliquer à l’étranger.

 

« Bakkan waruw dàll la : fa muy dagge dooko yëg »

« La vie, c’est comme une lanière de sandale : avant qu’elle ne soit rompue, on ne peut pas savoir où cela va se produire ». – Proverbe wolof

 

Par Milaine Bédard, conseillère en gestion du savoir ( stages PSIJ), Sénégal

Le Programme de stages internationaux pour les jeunes (PSIJ) est réalisé avec l’appui financier du gouvernement du Canada accordé par l’entremise d’Affaires mondiales Canada.


Une autre réalité

 

 

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Dona Valeria Crédit-photo: Lauriane Beaulieu

Une des premières questions que l’on pose quand on rencontre une nouvelle personne est : « Qu’est-ce que tu fais dans la vie ? » Quand on me posait cette question, je répondais que j’étais étudiante. C’était facile. C’était en quelque sorte mon étiquette. En terminant mes études en avril dernier, je perdais ce statut qui m’était si cher. Je me retrouvais en période de transition où il y avait plus d’incertitudes que de certitudes et des questionnements sans réponse.

À la fin de mon baccalauréat, deux options se dessinaient devant moi : poursuivre mes études au second cycle ou rentrer sur le marché du travail. Je n’avais envie ni de l’une, ni de l’autre, pas tout de suite. Pour ma part, je voyais d’autres options, notamment celle de partir avec mon backpack à la découverte de notre si belle planète ou bien partir travailler à l’étranger. Une chose était certaine, je voulais vivre de nouvelles expériences à l’international. C’est ainsi que je tombai sur les offres de stage de SUCO dans le cadre du Programme de stages internationaux pour les jeunes (PSIJ). Passé le processus d’entretien et de sélection, l’équipe de SUCO  m’a attribué le stage de conseillère en commercialisation dans la ville de Huari, située dans le département d’Ancash, au Pérou.

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Productrices de la communauté d’Ampas Crédit-photo: Fléchère Francoeur

 

 

Arrivée à Huari, j’entrais dans un nouveau monde. Cette ville, située dans la sierra péruvienne, se trouve à une altitude de 3150 mètres au-dessus du niveau de la mer. Comme on me l’avait maintes fois répété durant ma formation pré-départ à Montréal et à mon arrivée à Lima, j’étais vraiment en el campo ! Le partenaire local avec qui j’effectue mon stage se nomme Allpa, mot en quechua qui signifie « terre ». L’association Allpa pour la Coopération et le Développement Durable travaille principalement avec les familles rurales dans les communautés andines, populations dont la langue première est le quechua et qui ont souvent un faible niveau de scolarisation. L’association intervient sur différents axes, notamment l’agriculture familiale (irrigation et potagers biologiques), l’élevage familial (pâturages, santé animale, insémination artificielle, produits laitiers et commercialisation), le renforcement organisationnel, l’environnement et l’égalité des genres.

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Habitante de la communauté de Yanagaga. Crédit-photo: Lauriane Beaulieu

Mon travail avec Allpa a deux facettes : la oficina, le travail de bureau et el campo, les visites dans les communautés. Depuis mon arrivée, j’ai pu aller à la rencontre de différentes communautés appartenant au district de Huari avec lesquelles travaille Allpa. Les sorties en el campo font changement du cadre du bureau et m’ont permis de découvrir une toute autre réalité, celle des familles rurales des Andes péruviennes. Rencontrer ces familles, voir leur milieu de vie, constater tout le travail accompli par SUCO et Allpa au cours des dernières années ainsi que les efforts qui sont déployés jour après jour pour appuyer ces dernières m’ont en effet, fait prendre conscience d’une réalité qui m’était étrangère.

Contribuer au développement de communautés locales et participer à des actions concrètes visant à améliorer les conditions de vie et à renforcer les capacités de personnes plus vulnérables est une réelle source de  motivation.. C’est une expérience enrichissante tant sur le plan personnel que professionnel. Ce stage me permet entre autres, d’ouvrir les yeux sur une réalité jusqu’alors inexplorée.


Par Lauriane Beaulieu, conseillère en commercialisation ( stages PSIJ), Pérou

Le Programme de stages internationaux pour les jeunes (PSIJ) est réalisé avec l’appui financier du gouvernement du Canada accordé par l’entremise d’Affaires mondiales Canada.


Aux grands maux les grands remèdes : l’économie solidaire au Honduras

 

Depuis déjà 4 mois, j’ai le privilège de travailler comme conseillère en commercialisation au Honduras au sein de la Red COMAL, dont l’acronyme signifie « Réseau de Commercialisation Communautaire Alternative ». Fait intéressant, le comal est aussi le disque d’argile sur lequel on prépare les traditionnelles tortillas de maïs en Amérique centrale. Il s’agit donc d’un symbole culturel puissant en lien avec la souveraineté alimentaire.

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Expo-vente des produits de la Red COMAL Crédit-photo: Delmy Martinez

 

Depuis 20 ans, l’association fait la promotion la production locale et le développement de marchés justes et équitables pour appuyer la centaine de coopératives et de regroupements de familles paysannes qui la composent. La Red COMAL est née en 1995 avec l’objectif de répondre aux conséquences désastreuses des politiques néolibérales implantées par le gouvernement: abolition des programmes de crédit et d’assistance technique au profit de l’industrie du textile, du capital étranger et de l’industrie touristique, et réduction des tarifs pour permettre l’importation de riz, de maïs et de fèves hautement subventionnés des États-Unis. Ces mesures ont complètement détruit les possibilités de marché des petits producteurs et productrices du Honduras, les laissés-pour-compte du système. La Red COMAL est l’une des rares organisations luttant sans relâche contre ces politiques, et je suis fière de pouvoir partager son excellent travail.

Envers et contre tous

Comment fait-on, à la Red COMAL, pour travailler à contre-courant? En appliquant l’adage « A grandes males, grandes remedios », ou « Aux grands maux les grands remèdes ». La solution consiste à bâtir une économie alternative basée sur la solidarité. De façon simplifiée, on entend par « économie solidaire » une manière d’effectuer les activités commerciales en priorisant l’être humain avant le capital et ce, pour toutes les étapes de la production, de la distribution, et même jusqu’à la consommation. Les objectifs de la Red COMAL en matière de commercialisation se résument ainsi : implanter les valeurs et pratiques de l’économie solidaire, favoriser des relations de marché garantissant un prix juste, et promouvoir la consommation locale. On cherche à ce que les producteurs et productrices prennent le contrôle de la commercialisation de leurs produits pour cesser de vivre aux dépens des intermédiaires avares du système traditionnel. En somme, ces objectifs sont similaires à ce que de nombreuses associations agricoles cherchent à accomplir à travers le monde, y compris au Québec. Cependant, au Honduras, nous faisons face à des défis particuliers reliés au contexte local. Ce sont des éléments que je dois comprendre et prendre en considération dans mon travail.

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Démonstration du nouvel emballage du café produit par la coopérative de femmes COMUCAP, membre de la Red COMAL Crédit-photo: Jorge Diaz

À titre d’exemple, depuis les réformes des années 1990 mentionnées plus haut, les organisations solidaires comme la Red COMAL ne bénéficient d’aucun appui technique autre que celui provenant de la coopération internationale. C’est pourquoi l’approche de SUCO vise le renforcement des capacités organisationnelles afin de sortir ces partenaires locaux du cycle de dépendance à la coopération internationale. Un autre défi majeur pour la population hondurienne travaillant dans le secteur agricole est l’insécurité palpable qui règne dans plusieurs régions. Cet enjeu me marque particulièrement depuis mon arrivée au pays puisque il rend les déplacements, livraisons et entreposages complexes et coûteux. Aucune organisation ne peut se permettre de négliger son budget « sécurité », car elles ne peuvent malheureusement pas se fier aux autorités pour s’en charger.

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Réalisation d’un groupe focus sur la commercialisation de la panela, afin de recueillir l’opinion des consommateurs sur le produit. Crédit-photo: Donaldo Zuniga

L’humain avant tout

Bien que l’essentiel de mon mandat consiste en l’accompagnement de la Red COMAL dans l’élaboration d’un stratégie de commercialisation pour les produits agricoles (sucre non raffiné, fèves, miel, vins, café, produits d’aloès), j’ai également eu l’occasion de participer directement à plusieurs activités commerciales concrètes telles que les sondages auprès des clients, les dégustations, les foires agricoles, ainsi qu’à l’élaboration d’un catalogue de produits disponible en version digitale et imprimée. Ceux-ci visent bien sûr à faire connaitre les produits pour augmenter les ventes, mais sans jamais négliger la raison d’être fondamentale de l’organisation : le bien-être de chaque individu participant à une chaîne de valeur. Ainsi, l’équipe de commercialisation de la Red COMAL étudie avec soin ses opportunités d’affaires pour s’assurer que chaque membre y trouvera son compte, quitte à laisser passer des offres potentiellement lucratives, mais néfastes pour la qualité de vie des personnes impliquées dans la production, comme l’utilisation d’engrais chimiques par exemple,  ou l’exportation de produits par un intermédiaire qui s’approprierait  tous les profits au détriment des familles paysannes.

En travaillant au sein de cette équipe dévouée d’experts de l’économie solidaire, je me permets de rêver à un monde où toutes les personnes impliquées de près ou de loin dans les échanges commerciaux accorderaient une plus grande priorité au bien-être des individus plutôt qu’au profit. Mon stage en terre Hondurienne me confirme qu’affaires économiques et dignité humaine sont tout à fait compatibles tant que la solidarité règne.

Par Catherine P.Perras, conseillère en commercialisation ( stage PSIJ), Honduras

Le Programme de stages internationaux pour les jeunes (PSIJ) est réalisé avec l’appui financier du gouvernement du Canada accordé par l’entremise d’Affaires mondiales Canada.