Parce qu’ensemble, on est plus fort que seul !

 

Article de Noémi Côté
Conseillère en agriculture, Bambey, Sénégal

Nous sommes la dernière semaine de juin au magasin de la coopérative des producteurs et productrices de semences de la communauté rurale de Ngoye. À l’entrée, des hommes et quelques femmes se pressent, se saluent, discutent ensemble. Personne n’est vraiment pressé, mais tous aimeraient être partis avant que la chaleur ne soit vraiment présente. Depuis quelques jours a commencé la distribution de semences d’arachides et d’engrais subventionnée par l’État.

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Il ne s’agit pas des semences de la coopérative. Celles-ci ont déjà été distribuées aux membres de la coopérative. Ce sont celles qui, depuis deux ans, sont subventionnées à 50 % afin d’aider les producteurs et productrices. Les listes des bénéficiaires ont été établies par la communauté rurale, en partenariat avec les chefs de villages. Mais c’est la coopérative, en tant qu’acteur important du milieu agricole de la communauté, qui s’occupe de la distribution en mettant à contribution son personnel et son magasin.

Au Sénégal, les arachides c’est du sérieux. Il s’agit du principal revenu de nombreuses familles, et l’apport de l’État est sans aucun doute bénéfique pour les bénéficiaires. Mais il s’agit d’une aide récente, une aide étatique qui fluctue selon les politiques et, surtout, qui ne peut être accordée à tous les paysans et paysannes en raison de leur trop grand nombre.

La coopérative de producteurs et productrices de semences de Ngoye a été fondée en 2010. C’est récent, bien sûr, mais déjà les aspects positifs se font sentir dans les familles. Les semences que les membres de la coopérative ont achetées ont été payées au prix du marché. Mais déjà, elles sont pratiquement toutes écoulées. La centaine de membres a l’assurance de semences de qualité. Mais ils ont surtout l’assurance d’un bon revenu, car la coopérative s’engage à acheter les arachides à un prix fixe. De plus, les membres ont accès à un prêt, remboursable à la récolte, sans intérêt, pour l’achat de leurs semences. Au final, ces seules mesures ont permis d’augmenter les revenus de récolte pour la majorité des membres.

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Voilà le nerf de la guerre : permettre aux productrices et producteurs d’avoir un prix juste pour leur production. Ce qui signifie, entre autres, un prix qui ne varie pas en fonction du cours du marché, un prix juste. Et ensemble, c’est possible. En 2010, la coopérative avait 49 membres, et aujourd’hui elle a dépassé les 100 membres. Elle est aussi membre d’un réseau de 30 coopératives situées partout au Sénégal qui fonctionnent de la même façon. Un réseau qui en fin de campagne semencière, à l’heure des bilans et des comptes, peut s’appuyer sur lui-même pour s’aider, pour coopérer. Les coopératives déficitaires auront le soutien de celles en surplus. Par l’intermédiaire de ce réseau, de petits prêts pourront être accordés aux membres. À l’heure où une grande majorité de familles sénégalaises pense à acheter un mouton pour la Tabaski, c’est un appui important. Non pas tant en terme d’argent, mais en terme d’attachement de la coopérative pour ses membres, de présence dans son milieu. Bien sûr, la Coprosa n’a pas été fondée pour accorder des prêts. Mais si elle peut le faire, et si cela permet à ses membres un sentiment d’appartenance envers leur coopérative, c’est un grand plus.

Surtout que la coopérative demeure fragile, et que les défis sont nombreux. La pérennité et l’autonomie : deux défis intrinsèquement liés. Sans une autonomie financière, elle pourra s’écrouler rapidement. Et l’autonomie, comment ça s’acquiert ? Entre autre par l’attachement de ses membres à la coopérative, mais aussi par les formations et par une gestion claire et simple.

Et tout cela est important. Car c’est ensemble que nous pouvons surmonter les obstacles. En production arachidière, en zone sahélienne, il faut la force d’un réseau, il faut des membres actifs, des gens impliqués, des paysans et paysannes formés. Car nous sommes à la fin juin. Nous attendons la pluie et, sans elle, rien ne sera possible. Pour faire face aux aléas climatiques, il faut être nombreux. Une coopérative, surtout une coopérative forte, peut faire cela. Parce qu’ensemble, on est plus fort que seul !