Petit éloge au tiboudiem

 

photo le goût

 

Les saveurs atteignent vos papilles. Le Sénégal vous souhaite officiellement la bienvenue. Vous percevez un morceau de carotte entre un morceau de poisson séché et de riz frit. On dirait presque Matante Denise qui fait une bouillie d’automne… changeons le riz pour les patates pilées et le poisson pour le bœuf à Jeannette et nous y sommes presque. Les saveurs ne sont pas nouvelles : le sel et l’huile, on connait. Par contre, le poisson séché nous fait vivre de nouvelles émotions.

Le tout semble bien simple, on va chez Métro chercher le « stock » et on part le four à 400 °F, mais le processus style « Gatte Gallo » est bien plus complexe. On parle ici de plusieurs heures de travail pour nourrir une panoplie de petites bouches qui n’attendent qu’à plonger la main et à se lécher les doigts à chaque bouchée, à se les enfoncer dans la bouche jusqu’à la gorge comme si demain n’existait pas, puis à remettre une part de salive dans le bol commun, car c’était l’ingrédient manquant.

Il faut d’abord, si le cœur vous en dit, se procurer du riz concassé, des carottes, des aubergines communes et celles plus amères, des oignons, du chou et du poisson séché ou frais. Pour cela, il vous faudra attendre une charrette pendant de nombreuses minutes (voire heures !), l’enjamber sans montrer votre cuisse sous votre pagne et vous accompagner d’un sceau ou deux où vous pourrez disposer les aliments tant convoités.

Au retour, vous devrez vous procurer de nombreuses brindilles pour satisfaire le 400 °F requis. Déposer la casserole sur le feu, faire frire le riz, suivi des légumes, ajouter le sel, le adja et la préparation d’oignons pillés dans un grand mortier. Vous obtiendrez, après plusieurs heures de cuisson, le « tiboudiem » parfait. Pour terminer, il faudra ajouter une pincée de sable pour raviver l’esprit sénégalais, sans quoi il manquerait de croquant au plat national. Et c’est ainsi que, deux fois par jour ou presque, nous sommes réunis autour de cette délectable bouillie qui devient, jour après jour, un peu meilleure car nous apprenons à apprécier tout l’amour qui entoure sa préparation. Non seulement nous apprenons à y prendre goût, mais nous apprenons à prendre goût à tout, « façon tiboudiem ».

Outre ceci, les saveurs sénégalaises se rassemblent en une simple recette : répétition de plats qui deviennent familiers.

Vous boirez du café épicé appelé « café Touba » et mangerez la baguette sortant tout droit du four du village chaque matin.

Vous mangerez du baobab, étrange mélange entre la texture du litchi et celle de la craie, presque toutes les feuilles possibles et imaginables ainsi que le bœuf qui se baladait chez vous depuis plusieurs mois.

Vous partagerez une mangue à 18. La méthode : mettre la mangue en purée sous la pelure, faire un petit trou, téter, passer au suivant, téter, passer au suivant (bis x18).

Vous trouverez un partenaire avec qui séparer les entrailles de bœuf que vous venez de piger dans le grand plat, en tirant, chacun de son côté, jusqu’à ce que le morceau se divise et que vous perdiez l’équilibre vers l’arrière.

Vous apprécierez l’eau chaude à tout moment et le café matinal, les pieds dans le sable, entre une chèvre et une douzaine de petits.

Vous développerez un goût pour chacun de ces moments, qui deviendront, bientôt, un souvenir doré des petits jours sénégalais.

 

Par Charlotte Coutin-Beaulieu, stagiaire QSF au Sénégal

 

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