Portrait d’une jeune leader

 

Témoignage de Anik Laverdière
Conseillère en nutrition

Dans le cadre de mon mandat, j’ai eu l’honneur de travailler avec des femmes inspirantes qui se battent pour un avenir meilleur. Je vous présente Mercedes Garcia Dominguez, 33 ans, de Silimania dans le département d’Intibucá dans l’ouest du Honduras, et cheffe de projets chez AMIR (Asociacion de Mujeres Intibucanas Renovadas). AMIR a été fondée en 1980 par des femmes Lenca (autochtones) de la région afin de pallier le manque d’opportunités pour les femmes et le machisme. Elles ont décidé de s’organiser, afin de pouvoir se former, se rencontrer et améliorer leurs conditions de vie et celles de leurs communautés.

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Mercedes Garcia Dominguez ; crédit photo : Anik Laverdière

Il y a environ 15 ans, Mercedes a décidé de s’impliquer dans les activités du groupe de base d’AMIR présent dans sa communauté… décision qui changea le cours de sa vie. À l’époque, elle avait terminé sa 6e année et travaillait dans les champs, ce qui est fréquent dans cette partie du pays. « Si je n’avais pas participé aux formations, je n’aurais jamais eu la motivation de poursuivre mes études, je ne serais pas ici, je travaillerais probablement encore dans les champs. » Elle a commencé par suivre les formations populaires offertes par l’association sur des thèmes d’intérêt pour les femmes dont l’estime de soi, la violence domestique, le leadership, les droits. Elle a ensuite donné ces formations à d’autres femmes dans les communautés. « Dans ce temps-là, on n’avait aucun financement et on devait tout payer nous-même : le transport, la nourriture pour la semaine. On s’organisait pour se rencontrer et faire des formations, mais la participation était limitée. » Ça c’était avant l’ouverture de l’usine de transformation de produits en 2004

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Des femmes de l’association AMIR ; crédit photo : Anik Laverdière

AMIR a pris la décision d’ouvrir une « usine » de transformation de produits alimentaires comme solution à deux problèmes : le gaspillage des fruits et légumes dans les communautés, et les faibles revenus de ses membres. Les femmes de l’association perdaient souvent leurs récoltes de fruits et légumes, car le prix de production et de transport pour se rendre au marché leur coûtait plus cher que le prix de vente. Donc, en achetant les matières primaires directement de ses membres, AMIR permet à ces femmes d’augmenter leurs revenus. La vente de ces produits permet aussi à l’association de générer des revenus afin qu’elle soit autonome. En d’autres mots, elle peut continuer à offrir des formations sans financement extérieur, et payer sa part afin d’être appuyée par des projets de développement.

Mercedes a travaillé à l’usine dès ses débuts. « La première année, on ne gagnait rien. Après cela, on ne nous payait pas beaucoup, mais mes gains m’ont permis d’étudier. J’ai terminé mon bachillerato en administration d’entreprise. Au début, nous avons été formées en administration agroalimentaire, en planification et en fabrication de marinades et de confitures. Je me suis aperçue que la demande du marché était plus grande pour des pâtes de fruits (dulces) et des légumineuses cuites (frijoles). » Mercedes a donc pu faire usage de sa créativité. « Les dulces sont de mon invention », dit-elle avec fierté. Les frijoles sont le produit vedette et les dulces, très en demande.

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Mercedes Garcia Dominguez ; crédit photo : Anik Laverdière

Elle a travaillé à l’usine pendant ses études et en 2006, elle a commencé à travailler comme cheffe de projets, son poste actuel. L’association l’a aidée, et maintenant elle utilise ses connaissances pour aider l’organisation à accomplir sa mission et à avancer, redonnant donc à sa communauté.

Elle m’a raconté les défis auxquels l’association a dû faire face afin d’être aujourd’hui une association dirigée par ses membres – les femmes, libre, autonome, autosuffisante et durable. « On continue d’exister même sans financement d’un projet. »

Quels sont vos rêves ?

« Au niveau personnel, je rêve de terminer mon premier cycle universitaire, car je n’ai pas pu le faire. Je veux aussi toujours avoir un travail et un travail qui me permet d’être au service des autres.

Pour ma communauté, l’idée est qu’avec le groupe de base, les femmes seront formées, les familles s’intègreront au groupe et qu’en bout de ligne, les choses changeront et les femmes amélioreront leurs conditions de vie.

Au niveau de l’organisation, je rêve qu’elle soit durable. L’idée de l’usine de transformation est qu’elle nous permette de rester autonomes et de continuer d’améliorer les conditions de vie des femmes, sur le plan économique par l’achat de la matière primaire et la vente de produits, mais aussi par le biais de formations pour les femmes. On se rend compte que les femmes ont été tellement marginalisées et auto marginalisées, et l’on voit encore des femmes qui croient qu’elles ne servent à rien. C’est tout un processus qui reste à faire avec les femmes pour changer ces attitudes. J’aimerais aussi qu’on puisse atteindre une vraie égalité et équité entre les hommes et les femmes, une égalité basée sur les droits et le respect des deux sexes. Pour atteindre ce but, un travail avec les familles s’impose. »

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Équipe de l’association AMIR avec Anik Laverdière

Mercedes parle aussi des défis qui restent à relever. « On doit rejoindre et former plus de gens si l’on veut atteindre un véritable développement et que les choses changent vraiment. On doit donc changer la méthodologie utilisée pour les formations afin que ce ne soit pas toujours les mêmes femmes qui participent aux différentes formations et projets. De plus, il faut impliquer davantage les jeunes et leur transmettre la vision et la culture organisationnelles. L’idéal est de travailler en même temps avec les femmes et les jeunes, car les deux groupes se complètent. Les jeunes ont plus d’énergie physique, tandis que les femmes plus âgées ont des connaissances et de l’expérience de vie. »

Cette jeune femme énergique, fonceuse, positive, persévérante, travaille pour un monde plus juste, équitable et pour améliorer les conditions de vie des femmes dans sa communauté. Elle est une inspiration pour moi, et pour d’autres jeunes dans sa communauté qui suivent maintenant son exemple.