Projet QSF au Pérou : La vidéo pour promouvoir les produits locaux

 

 

Cet article a été rédigé dans le cadre du programme Québec sans Frontières (QSF) par les participant·e·s de la cohorte 2018-2019 au Pérou : Geneviève Martel, Rosalie Dumas, Sarah-Jade Lavallée-Hanlin, Dominique Duchesne, Maxence Sennett et leur responsable d’équipe Shakti Ortega St-Amant. Pendant 70 jours, le groupe travaille dans la communauté de Pacarán, avec notre partenaire IDMA, sur un projet d’initiation à la coopération internationale.


Après deux jours à Lima pour s’acclimater un peu, notre petit groupe de cinq arrive enfin à Cañete : Dominique, Rosalie, Sarah-Jade, Geneviève et Maxence. Notre responsable, Shakti, qui est arrivée depuis une semaine, vient nous chercher avec son père péruvien – nous restons avec des familles dans le village de Pacaràn, alors nous avons tou·te·s gagné de nouveaux et nouvelles mères, pères, frères et sœurs pour l’été. Dans l’heure de route qui nous sépare de notre destination finale, nous bombardons Shakti de questions : Maxence va vivre au milieu des champs de maïs; le père de Rosalie est plus jeune qu’elle; Geneviève a plein d’animaux dans sa cour; Dominique, à sa demande, est reçue dans une maison un petit peu plus rustique; Sarah-Jade a une sœur de 11 ans qui ne se peut plus de la rencontrer… Shakti nous comparera plus tard à des petits poulets.

 

Participant·e·s du projet La vidéo pour promouvoir les produits locaux

 
Environ 20 minutes avant Pacaràn, le ciel se dégage enfin, la brume, qui nous suivait de Lima à Cañete, nous quitte. C’est qu’à Lunahuana et Pacarán, le ciel est presque toujours bleu et dégagé. Les familles se sont rassemblées et nous ont organisé une fête de bienvenue. Les frères et sœurs de tout le groupe ont participé à la décoration. Les mamans ont préparé assez de nourriture (typiquement péruvienne) pour nous faire passer l’envie de souper, alors même que nous arrivons à 15h00! Le frère et la sœur de Maxence, Oscar et Flor, lui ont écrit une pancarte en anglais pour l’accueillir. Le jeu de mots « Bienveni2 » nous échappe, car la banderole s’est entortillée avec le vent. Nous sommes ravi·e·s, mais encore un peu gêné·e·s, et nous parlons encore beaucoup en français. Notre espagnol n’est pas au point, mais ce n’est pas grave, il s’améliorera au fil de l’été.

Le lendemain, nous retrouvons Shakti pour une visite du village. Pacaràn, c’est une vallée au milieu des montagnes, c’est un village coloré à côté du rio, dont la place centrale est un parc rempli de fleurs et d’enfants… Nos yeux sont comblés, on se partage avec empressement ce qu’on a mangé la veille, nous trouvons tou·te·s que notre famille est la meilleure. C’est qu’elles font tout pour nous faire sentir à l’aise, et elles veulent être sûres qu’on ne manque de rien. À leurs yeux, on mange très peu, et, pour la mère de Sarah, celle-ci ne s’habille pas assez pour le « froid » péruvien; elle la presse de se couvrir. C’est vraiment une deuxième famille.

 

Le village de Pacarán dans la province de Cañete
 

Pour la première journée complète, nous montons une montagne, pas jusqu’en haut, mais jusqu’à la croix sur le mirador. Seulement 20 minutes pour découvrir une vue d’ensemble de Pacaràn, mais elles sont pénibles pour ceux et celles d’entre nous qui manquons de cardio… Nous observons ce qui sera notre demeure et notre communauté pour l’été.

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La deuxième semaine commence… Beaucoup de planification est prévue ! Un 9 à 5 a lieu tous les jours à la maison de Shakti. Sabina, sa maman péruvienne, nous sert de l’eau chaude et des sachets de thé. Sa maison va devenir notre lieu de rendez-vous quotidien. Nous nous apportons des fruits (ou des desserts!) que nous partageons ensuite ensemble.

Notre projet a deux aspects. Tout d’abord, des ateliers de sensibilisation dans les écoles auprès des élèves de fin du primaire et des élèves du secondaire. Ensuite, et surtout, rencontrer des agriculteur·trice·s qui ont suivi le programme de formation Formagro, financé par le Pérou et le Canada, et qui vendent leurs produits, maintenant agroécologiques, dans un marché de rue. Nous y trouvons des fruits, des confitures, des jus, des yogourts, du miel… La première journée où nous les rencontrons, à la feria, nous nous régalons et devons nous empêcher de tout acheter! Notre projet consiste à filmer et réaliser trois vidéos de trois minutes qui promeuvent les trois étapes du programme (la formation, la production et la commercialisation) en plus de faire connaître le parcours des agriculteur·trice·s et de faire valoir leurs produits.

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En une semaine, nous devons rencontrer les directeur·trice·s des écoles, rencontrer les associé·e·s de la feria agroecologica, monter nos deux premiers ateliers dans les écoles, planifier les rendez-vous avec les agriculteur·trice·s pour leurs entrevues filmées… En tout, nous rencontrons dix agriculteur·trice·s qui sont maintenant indépendant·e·s, qui ont gagné une autonomie financière, et qui offrent désormais des produits purs et naturels tous les samedis et dimanches à la population de Lunahuana et aux touristes qui visitent ce petit village à côté du nôtre. Nous préparons aussi trois ateliers, pour sept groupes différents dans les écoles secondaires de Pacaràn et Lunahuana, qui se concentrent sur l’environnement et l’alimentation saine et locale. Pour le troisième atelier, nous gâtons les élèves – ainsi qu’un peu nous-mêmes – en préparant un atelier de cuisine! Ils et elles sont tou·te·s enthousiastes à cette annonce, mais tout d’abord, ils et elles doivent travailler et nous donner des solutions pour changer notre consommation de plastique à usage unique à l’aide des 6 R (rechazar, reducir, reutilisar, reinventar, reparar, recyclar).

 

Le groupe présentant un atelier de sensibilisation dans une école
 

Nous commençons à nous acclimater à la région. Les plus gros chocs culturels se trouvent dans les toilettes! Certaines n’ont pas de sièges (nous devons nous accroupir au-dessus du bol) et certaines douches n’offrent que de l’eau froide. Aussi, la variété et l’omniprésence de bruits dans les rues nous étonnent : les klaxons (les chauffeur·euse·s les utilisent pour nous dire qu’ils et elles passent, de nous tasser, pour nous demander si nous voulons embarquer, pour nous saluer, parce qu’il y a une autre auto dans la rue…), las bandas de musique qui répètent, le camion de crème glacée qui se promène jouant sa chanson promotionnelle. Ça ne nous empêche pas de profiter et d’apprécier le travail que nous entreprenons ensemble.

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C’est la troisième semaine. Aujourd’hui, depuis que nous sommes arrivé·e·s dans la communauté, nous mangeons tou·te·s ensemble pour la deuxième fois seulement. Nous nous voyons à tous les jours, de la course du matin au travail dans les écoles jusqu’au feu de camp en soirée, mais les repas échappent à notre vie commune. Ce sont des moments où nous nous retrouvons en famille. Est-ce plus tranquille? A-t-on plus un moment pour soi? C’est une autre question. Au menu ce soir: purée de pommes de terre avec riz et légumes bouillis, le tout accompagné d’une dinde. On se croirait chez nous, à Noël.

Reçu·e·s comme des rois et reines, nous ne sommes pas venu·e·s les mains vides : jus, confiture et miel d’un agriculteur de la feria que nous avons rencontré la veille pour tourner une vidéo. À la fin du repas, Shakti lit la carte confectionnée par nos soins. Elle corrige nos erreurs d’espagnol au fur et à mesure en lisant nos mots à Ynès qui doit deviner l’auteur·trice de chaque message. Shakti termine par son propre mot qui porte le coup de grâce : Ynès a les larmes aux yeux. Elle nous livre un discours touchant et nous assure qu’elle est plus qu’heureuse de nous recevoir! À notre tour de verser une larme ou deux. Flor, la sœur de Maxence, nous invite à sa fête d’anniversaire le lendemain; nous prétextons devoir travailler. Nous ne voulons pas dévoiler notre présence à son anniversaire puisqu’il s’agit d’une fête surprise.

 

Tournage avec un agriculteur péruvien
 

En repartant, après de plus ou moins longues étreintes, nous arrêtons au parc où se déroule – une autre – célébration: une compétition de danse entre des écoles de différentes régions. Il y a foule! Ça fait des jours qu’on voit les jeunes de l’institut se pratiquer le soir dans la rue. La nuit, il fait frais, autour de 12 degrés, mais les élèves sont quand même en jupe ou en robe dans des costumes traditionnels. Marita, la mère de Geneviève, vend de délicieux gâteaux. Natie et Lady, la mère et la sœur de Rosalie, assistent au spectacle. Toute la famille de Sarah s’enquiert de l’endroit où se situe celle-ci; après une grosse journée et un bon repas, elle est allée se coucher.

On parle tou·te·s ensemble un peu, puis on se concentre sur la danse; les élèves terminent leur numéro abruptement, ils et elles s’arrêtent d’un coup et quittent la place. Nous rions tout en on applaudissant cette belle performance. Oups, nous sommes presque les seul·e·s à le faire… il y a quand même quelques différences culturelles.

Sabina, la mère de Shakti, vient nous rejoindre tout sourire dans son foulard : ici, au mois de juin, c’est l’hiver! Avec les familles, nous parlons beaucoup de la température qui varie au cours de la journée. Bon, nous ne sommes pas trop dépaysé·e·s non plus. Vilma, la mère de Dominique, l’appelle pour savoir si elle va bien et si elle rentre bientôt. Dans la lumière diffuse des lampadaires, nous plissons un peu les yeux pour voir la dernière danse à travers le nuage qui a envahi le parc et qui traverse la ville. Ça change du ciel bleu qu’on voit tous les jours.

Le spectacle prend fin, nous nous disons bonne nuit et à demain. Ce sera samedi, une journée de congé, je vais à la montagne ou à la rivière ?


À propos du programme Québec sans frontières

Par l’entremise du programme de stage international Québec sans frontières (QSF), SUCO permet aux Québécoises et Québécois ayant entre 18 et 35 ans de vivre une expérience d’initiation à la solidarité internationale. Ce programme est financé par la Direction du développement international du ministère des Relations internationales et de la Francophonie du Québec (MRIF) et coordonné par l’Association québécoise des organismes de coopération internationale (AQOCI)Les stagiaires réalisent en groupe une immersion interculturelle unique en son genre d’une durée de 70 jours, au sein d’une communauté en Afrique de l’Ouest ou en Amérique latine.

En savoir plus sur le programme QSF »

Renseignements supplémentaires :

Marylène Leduc
Adjointe à la programmation, coopération volontaire et stages
maryleneleduc@suco.org
514 272-3019, poste 229