Solidarité Union Coopération



Témoignages

La zone du tropique sec

Jolyane Bérubé
Coopérante en techniques agricoles pour PROGA-Jeunes
Palacagüina, Nicaragua

Quelle surprise en arrivant à Managua : j’atterris dans une ville verdoyante avec des arbres, des plantes, des fleurs. Hier seulement j’étais dans la neige, alors toutes ces teintes de verts d’un seul coup m’éblouissent. Mais, je ne m’attarderai pas tellement dans la capitale, car mon mandat n’est pas ici, je dois me rendre dans le nord du Nicaragua, tout près de la frontière avec le Honduras.

À mesure que les kilomètres défilent sous mes yeux et que je m’approche de mon futur patelin, le paysage change pour devenir de plus en plus sec, désertique, désolé. On est en mars, le fort de la saison sèche. Les greniers se vident, on se serre la ceinture et espère déjà la prochaine récolte, qui viendra seulement en août prochain.

On entre dans la zone du tropique sec, caractérisée par des pluies irrégulières, parfois diluviennes, concentrées de juin à octobre. Palacagüina, la municipalité où je travaille, possède une topographie escarpée: 69% du territoire présente des pentes fortes à très fortes. Une telle région devrait être en grande partie boisée, mais, avec la pression démographique, l’avancée de la frontière agricole et le besoin en bois de cuisson, la forêt ne couvre plus qu’un maigre 10% du territoire. En résulte une zone à risque : des sols pauvres, érodés, à faible rendement agricole, vulnérables aux désastres naturels. Ses habitants vivent une grande insécurité alimentaire entre les mois de février et août. Les gens se voient obligés de migrer pour aller chercher des emplois saisonniers, que ce soit dans le pays ou à l’extérieur, abandonnant ainsi difficilement leur famille pour quelques mois.

À partir de la mi-mai, on scrute le ciel en espérant les gouttes bienfaitrices qui annonceront la prochaine saison de culture. Je vois enfin de gros nuages noirs ouf! Mais, en y regardant de plus près, je me rends compte que ce que j’avais pris pour de la pluie est plutôt de la fumée… les paysans de Palacagüina se préparant pour les semis, pratiquent encore le brûlis, technique culturale hautement dommageable pour les sols et l’environnement. Un beau défi!




Travailler en Haïti : toute une aventure !

Témoignage de Suzane Louchard
Représentante de SUCO en Haïti
Jacmel, Haïti

Suzane avec son fils _ photo: Ariane Sylvain-Salvador

J’aimerais vous partager mon expérience en Haïti. Vous en parler comme je la vis. Bien sûr, il y a la misère, la pauvreté, le manque de tout, la souffrance et une tragédie environnementale sans commune mesure… mais il y a aussi autre chose. Ce dont on parle très peu. Peut-être par pudeur ; peut-être pour se préserver de devoir justifier ce qui, de prime abord, peut défier l’entendement. Dur dur de décrire la vie ici! Je dis ça, car on me pose souvent la question quand je suis de passage au Canada. Des fois directement, d’autres fois par un simple regard d’étonnement.

Et puis depuis janvier 2010, on me demande sans cesse si j’étais là-bas pendant le tremblement de terre. Oui, j’y étais… et aux premières loges, à Delmas, une partie de l’agglomération de Port-au-Prince durement touchée par le séisme. Alors, pourquoi y retourner; pourquoi y rester ? Il faut avouer qu’entre ouragans et choléra, séismes et manifestations, troubles politiques et cacophonie humanitaire, on en vient à se poser la question. La vérité est qu’il existe au-delà de ces difficultés, au-delà de ce chaos, un terrain exceptionnellement riche pour celui ou celle qui a envie de s’investir dans le domaine de la coopération. Un terrain riche, en effet, doublé d’une société franchement unique, qui mérite qu’on s’y attarde.

Je suis allée à la rencontre d’Haïti en février 2009 à l’occasion d’un court mandat pour venir faire de la formation en gestion. J’ai mis du temps à prendre la décision d’y aller, notamment à cause de tout ce qu’on peut lire et entendre sur cette île. Une île dont l’histoire et la réalité sont un peu à l’image de son climat : doux et calme un jour, torride et déchaîné le lendemain!

Réunion d’équipe SUCO en Haïti_ photo: Ariane Sylvain-Salvador

J’y vis maintenant avec mes trois enfants et mon conjoint. Je partage mon temps entre le travail, qui nous tient vraiment très occupé, une vie de famille tout aussi remplie, le tout dans une atmosphère conviviale et qui permet d’apprécier le temps qui passe. La petite famille SUCO ici est tricotée plutôt serrée! Entre coopérants, personnel local, collaborateurs, amis et partenaires, on ne manque jamais de gens à saluer et avec qui partager une blague ou quelques mots sur le temps qu’il fait. On sait aussi qu’on peut compter les uns sur les autres car, voyez-vous, c’est l’un des effets secondaires de vivre dans un environnement où tout est tellement imprévisible.


Les choses qui me plaisent le plus : la religion vaudou (fascinant !), la musique (bien entendu !), la couleur de la mer (un beau bleu laiteux), le créole (une langue colorée qui a emprunté au français une bonne partie de son vocabulaire mais qui s’exprime comme une langue africaine : en images), la convivialité, la conviction et la détermination des Haïtiens qui choisissent de rester, la qualité des collaborateurs locaux, la vie tranquille de province (Jacmel) ; la « crème maï » (un genre de bâtonnet de crème glacée à la vanille et noix de coco) ; les papitas (des chips de bananes)… et j’en passe!

Ce qui m’horripile : pa genyen ! (expression courante qui veut simplement dire : y’en n’a pas… ce qui arrive fréquemment) ; la coupe des arbres ; les déchets partout ; la température au mois d’août (on fond littéralement !) ; le trafic de Port-au-Prince (arghhh !!!) ; gérer la logistique des véhicules ; les contraintes liées à la sécurité.

Voilà! J’espère vous avoir permis d’apprécier et de connaître Haïti sous un angle différent. En tout cas, pour moi, ça a valu le coup et ça le vaut toujours!


Véronique, coopérante pour SUCO nous explique son mandat

Témoignage de Véronique Chaput
Coopérante en renforcement organisationnel et coordination de stage
Esteli, Nicaragua

Réunion des membres de l'Unité denre de FIDER _ photo: Magali Laramée Vézin

Depuis maintenant plus d’un an, j’occupe un poste de coopérante au Nicaragua. J’habite dans la ville d’Estelí à deux heures au nord de Managua, la capitale du pays. Je partage mon quotidien entre trois organisations établies dans trois villes différentes au nord du pays (Esteli, Palacaguina et Somoto).
Dans le cadre de mon mandat, je coordonne entre autres les stages du programme PSIJ (Stages internationaux pour les jeunes) de l’ACDI. Chaque année, SUCO reçoit au Nicaragua cinq stagiaires qui appuient durant cinq mois le travail de trois organisations locales. Mon travail consiste à m’assurer que l’intégration des stagiaires et que leur travail se déroule bien dans les organisations qui les accueillent.

De plus, SUCO encadre chaque année le stage Liaisonneuve du collège Maisonneuve à Montréal. En tant que coordinatrice, mon travail consiste à planifier et encadrer le stage d’une durée de 6 semaines. Cette année, 18 jeunes ont été jumelés à la réserve naturelle de Miraflor où ils et elles ont travaillé à l’aménagement d’un terrain de baseball, d’une pépinière et à la préparation d’ateliers de sensibilisation sur les infections transmises sexuellement.

Enfin, une autre partie bien importante de mon mandat est le renforcement organisationnel. J’appuie présentement deux organisations dans l’actualisation de leur politique d’égalité entre les hommes et les femmes et dans la création de leur plan d’action. Au cours de ce processus, j’ai eu l’opportunité d’appuyer ces organisations lors de différentes activités, dont des « focus groups » et des diagnostics, afin de connaître la situation actuelle des femmes dans les zones d’interventions.

Atelier de sensibilisation sur l'équité des genres _ photo: Nestor Morales

Nous travaillons conjointement avec ces femmes à l’élaboration et au déploiement d’actions positives afin d’instaurer un climat d’égalité au sein des organisations.
Cette expérience est très enrichissante au plan professionnel et principalement personnel. En effet, grâce à toutes ses activités, j’ai l’opportunité de côtoyer quotidiennement des gens travaillant et croyant à un meilleur lendemain pour les Nicaraguayens et les Nicaraguayennes.


Sur la route de Macary – Reforestation et aménagement de bassins versants

Témoignage d’Ariane Sylvain-Salvador
Coopérante en communication
Jacmel, Haïti

La semaine dernière, j’ai eu la chance d’aller sur le terrain avec notre agronome, Meus, pour documenter un projet qui vient tout juste de prendre fin. Après deux heures et demie de trajet sur une route cahoteuse à souhaits, nous sommes finalement arrivés sur les lieux.

Tout d’abord, une remise en contexte

Haïti fait face à d’importants enjeux environnementaux, dont la déforestation. Les montagnes, à l’origine, étaient de larges étendues forestières. Cependant, au fil des années, les grands propriétaires terriens ont transformé le tout en vastes terrains agricoles. Avec le temps, l’érosion a amoindri la fertilité des sols jusqu’à la roche mère. Ainsi, non seulement l’agriculture y est devenue difficile, voire impossible, mais en plus, les glissements de terrain y sont devenus fréquents. À chaque année, d’importantes quantités de terre et de pierres sont déversées dans la mer lors de la saison des pluies, amenant également de nombreux problèmes socio-économiques.

C’est ainsi que SUCO en Haiti, en collaboration avec le Centre de Coopération Haïti Canada (CCHC), a mis en place en août 2010 un projet d’aménagement de bassins versants dans la section communale de Macary, dans le département du Sud-Est d’Haïti. Ce projet s’insère dans une perspective de développement durable, de façon à améliorer les conditions de vie des familles paysannes de la région.

Ce projet s’est conçu en deux phases. En aval, SUCO a mis en place une pépinière de production de plantules d’arbres fruitiers et forestiers, en partenariat avec une association de femmes appelée Mafam, association faisant partie du regroupement Fanm Leve Kanpe. Ce sont donc ces femmes qui assurent la gestion de la pépinière. Depuis les débuts du projet, plus de 36 000 arbres ont ainsi été plantés dans la région. Malgré la fin du projet, Mafam continue de produire des plantules et d’alimenter la zone en arbres, en plus de concevoir des projets de jardinage.

La deuxième phase de ce projet visait à aménager les bassins versants. Afin d’éviter les glissements de terrain, un grand travail d’infrastructure a été fait. Pendant des mois, toute la population de la région a été impliquée dans un projet de construction de murets de pierres. Ces grands cordons de pierres sont disposés en palliers, comme d’énormes escaliers, et ont été renforcés par la plantation de pousses de bambou, qui sont très résistantes et qui permettent de soutenir la structure de pierres. Plus de 30 000 mètres de murets ont ainsi été érigés dans le cadre de ce projet. De cette façon, lors de grandes pluies, cela redirige l’écoulement des eaux, en ralentit le débit et freine alors l’érosion des sols.

Maintenant que le projet est terminé, des formations ont été faites pour assurer une prise en charge des infrastructures par les autorités locales, de façon à assurer une pérennité au projet.

Afin de clôre le tout, l’agronome responsable et deux caméramans se sont rendus sur le terrain pour interroger les paysans à propos des impacts du projet dans la région. Le documentaire sera éventuellement disponible sur le site web de SUCO!

Pour avoir un avant-goût de ce documentaire, vous pouvez regarder le vidéo « 8 femmes, 8 façons d’agir ensemble » à l’adresse suivante : http://suco.org/suco/publications/publications-multimedias/videos/. La partie se déroulant en Haïti a été faite dans les débuts de ce projet et vous en donnera un petit aperçu!

Bonne écoute!


Ariane en Haïti, le blogue d’Ariane Sylvain-Salvador

Par Ariane Sylvain-Salvador

Coopérante – Conseillère en communication
Jacmel, Sud-Est, Haïti

Me voilà repartie pour une toute nouvelle aventure!

En effet, j’ai quitté le Québec le 10 août dernier pour effectuer un mandat de conseillère en communication en Haïti en tant que coopérante court-terme avec SUCO. Je travaillerai en collaboration avec l’équipe de SUCO en Haïti au renforcement des activités de communication en lien avec les activités des partenaires haïtiens de SUCO ainsi qu’au développement d’outils de classement et de diffusion de la programmation.

http://arianess.wordpress.com/

Je vous invite à visiter régulièrement mon blogue, Ariane en Haïti, vous y trouverez des articles traitant de mon mandat en Haïti. Il y a également une section « photo », où vous pouvez voir quelques images de ma vie quotidienne!

 Bonne visite!

Suivez le blogue d’Ariane au : http://arianess.wordpress.com/