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Témoignages

Avec SUCO – De près, on va réellement plus loin !

Témoignage de Jacques Pelaige Antoine
Coopérant œuvrant en agriculture
Projet: PROGA-jeunes
Estelí, Nicaragua

Je m’appelle Jacques Pelaige Antoine et je travaille pour SUCO au Nicaragua, plus spécialement dans le Département d’Estelí à titre de coopérant volontaire chargé de la coordination et de la mise en œuvre de PROGA-Jeunes conjointement avec le responsable de la direction régionale de l’Institut national de technologie (INATEC) au Nicaragua. PROGA-Jeunes est un projet qui vise à donner de nouvelles connaissances en agroécologie aux jeunes producteurs et productrices afin qu’ils et elles améliorent le rendement de leurs petites fermes, et donc les conditions de vie de leur famille.

D’entrée de jeux, laissez-moi vous dire que j’ai été vraiment chanceux d’être présent sur le terrain bien avant le début des opérations d’exécution du projet. Cela m’a permis de participer aux différentes sessions d’élaboration du curriculum de cours « Gestion intégrée et écologique de ferme » qui est actuellement adapté et mis en œuvre par PROGA-Jeunes. Nous effectuons aussi présentement des ateliers d’échanges d’expériences et de compétences sur la réalité sociale et agroécologique de la région en compagnie de certains acteurs locaux : FIDER, MOPAFMA, Cooperativa Franscisco Rivera Quinto, etc. Grâce à ce processus, mes aptitudes ont été très vite renforcées, ce qui a facilité ma contribution à la mise en œuvre efficace et durable du projet.

Notre approche a d’abord consisté à évaluer le degré de vulnérabilité des territoires et villages du comté de San Nicolás, dans le département d’Estelí, afin de mieux orienter nos activités de renforcement des capacités des jeunes, en vue de leur permettre de mettre en valeur leur parcelle de façon écologique. Durant cette première année, deux centres locaux de formation ont été mis sur pied. Ils desservent 55 jeunes provenant de 11 communautés différentes. Puisqu’il y a une forte demande pour la création de nouveaux centres dans ce même compté de San Nicolás, PROGA-Jeunes pourra y recruter une nouvelle cohorte de jeunes producteurs et productrices, pour la 2e année du projet, avant de s’étendre au comté de San Juan de Limay, deuxième commune la plus marginalisée du département.

Le projet a été mis en place et organisé de manière à fournir un encadrement de qualité aux jeunes, tout en tenant compte de certains défis. Au Nicaragua en général et à Estelí particulièrement des projets semblables ont tenté de viser cette même « couche défavorisée » de la population, cependant ils ont été mis en œuvre de manière très paternaliste. Ces projets ne visent donc pas le développement du leadership des jeunes en agriculture. PROGA-Jeunes vise l’autonomisation des jeunes, le renforcement de leur savoir et savoir-faire (pratiques agricoles et cultures mises en valeurs dans leur parcelle). J’aimerais vous citer le commentaire d’un père de famille, lors d’une réunion avec les parents des jeunes : «Il ne faut pas hésiter à dire la vérité : pour nous jusqu’à aujourd’hui, projet international était synonyme de don de charité. Dans cette nouvelle approche, nous devons nous engager nous-mêmes, et mettre nos efforts pour le bien de nos enfants et de la communauté».

Notre défi consiste donc à former une nouvelle génération de jeunes producteurs et productrices qui, grâce aux nouvelles capacités et valeurs acquises, pourra utiliser son sens de l’observation et analyser son unité de production, afin de réaliser une agriculture propre, saine, efficace et qui a zéro impact négatif sur l’environnement, au bénéfice de toute la communauté.

La région d’Estelí, comme tout le reste du Nicaragua, est essentiellement agricole. Il y existe d’importantes inégalités en matière de répartition des terres cultivables. Seulement 9,1% des producteurs et productrices contrôlent 57% des terres agricoles.

Nous constatons cette dure réalité lorsque les parents ont de la difficulté à remettre un lopin de terre d’environ 300 mètres carrés à leurs jeunes afin d’expérimenter ce qu’ils et elles apprennent durant la formation. Pour de petits producteurs et petites productrices, qui n’ont environ qu’un hectare de terre, cela représente un très gros risque. Cependant, comprenant les bénéfices que leur famille peut en tirer en y apprenant de nouvelles techniques agricoles plus efficaces, la majorité des parents ayant une petite ferme n’ont pas hésité à céder une partie de leur terre à leur fils ou à leur fille.

Maintenant, c’est à PROGA-Estelí de jouer pour démontrer que ces jeunes apprennent de nouvelles connaissances, et surtout, qu’ils et elles se servent de ces nouvelles connaissances pour améliorer la productivité de leur parcelle et diversifier la production. Bref, pour prendre les meilleures décisions afin d’utiliser leurs ressources de façon plus profitable, écologique et plus durable. PROGA-Jeunes contribue à ce que ces jeunes demeurent attachés à leur terre, et ne se retrouvent pas comme bien d’autres dans des bidonvilles urbains, ou encore qu’ils et elles tentent d’émigrer illégalement vers le Nord.

Cette expérience est également pour nous, coopérants et coopérantes, une bonne occasion de tester la pertinence de notre contribution, et de notre priorité la biodiversité d’abord ! Nous visons une diversité des techniques agricoles ainsi qu’une diversité dans le choix des cultures. Au tournant de cette première année, l’équipe du projet et les jeunes en sont toutes et tous venus à l’évidence que : la biodiversité fonctionne et peut leur servir d’instrument efficace pour contrer les menaces de l’insécurité alimentaire, tout en protégeant l’environnement.

Alizés ou vents atlantiques

Après la pluie ce n’est pas nécessairement le beau temps, comme on a tendance à le croire. À San Nicolas, ce sont les alizés atlantiques qui prennent le relais après la pluie. Il s’agit d’une série de rafales chaudes et humides qui frappent régulièrement les différentes communes et localités du département, en provoquant de sérieux dommages aux cultures des parcelles exposées au vent. Avec une force quasi constante de 25 à 30km/h, ils causent la destruction des plantes et accélèrent du même coup l’évapotranspiration. Ce phénomène résulte en une incapacité des plantes à avoir accès aux nutriments du sol. La non-exposition aux alizés constitue donc un critère essentiel dans le choix de la localisation des parcelles agricoles. L’ignorance de ce phénomène a ruiné l’une de nos parcelles-écoles, où nous avons perdu pratiquement toutes nos cultures. Des barrières constituées d’arbres et de plantes résistantes au vent pourraient constituer la solution.

Je développe actuellement de très bonnes compétences, tout en aidant réellement les jeunes garçons et filles d’Estelí. Ça me donne envie de continuer, c’est excitant et on se sent utile. Bref le slogan de SUCO s’applique totalement à mon travail : Avec SUCO « De près, on va réellement plus loin ! »


La zone du tropique sec

Jolyane Bérubé
Coopérante en techniques agricoles pour PROGA-Jeunes
Palacagüina, Nicaragua

Quelle surprise en arrivant à Managua : j’atterris dans une ville verdoyante avec des arbres, des plantes, des fleurs. Hier seulement j’étais dans la neige, alors toutes ces teintes de verts d’un seul coup m’éblouissent. Mais, je ne m’attarderai pas tellement dans la capitale, car mon mandat n’est pas ici, je dois me rendre dans le nord du Nicaragua, tout près de la frontière avec le Honduras.

À mesure que les kilomètres défilent sous mes yeux et que je m’approche de mon futur patelin, le paysage change pour devenir de plus en plus sec, désertique, désolé. On est en mars, le fort de la saison sèche. Les greniers se vident, on se serre la ceinture et espère déjà la prochaine récolte, qui viendra seulement en août prochain.

On entre dans la zone du tropique sec, caractérisée par des pluies irrégulières, parfois diluviennes, concentrées de juin à octobre. Palacagüina, la municipalité où je travaille, possède une topographie escarpée: 69% du territoire présente des pentes fortes à très fortes. Une telle région devrait être en grande partie boisée, mais, avec la pression démographique, l’avancée de la frontière agricole et le besoin en bois de cuisson, la forêt ne couvre plus qu’un maigre 10% du territoire. En résulte une zone à risque : des sols pauvres, érodés, à faible rendement agricole, vulnérables aux désastres naturels. Ses habitants vivent une grande insécurité alimentaire entre les mois de février et août. Les gens se voient obligés de migrer pour aller chercher des emplois saisonniers, que ce soit dans le pays ou à l’extérieur, abandonnant ainsi difficilement leur famille pour quelques mois.

À partir de la mi-mai, on scrute le ciel en espérant les gouttes bienfaitrices qui annonceront la prochaine saison de culture. Je vois enfin de gros nuages noirs ouf! Mais, en y regardant de plus près, je me rends compte que ce que j’avais pris pour de la pluie est plutôt de la fumée… les paysans de Palacagüina se préparant pour les semis, pratiquent encore le brûlis, technique culturale hautement dommageable pour les sols et l’environnement. Un beau défi!




Travailler en Haïti : toute une aventure !

Témoignage de Suzane Louchard
Représentante de SUCO en Haïti
Jacmel, Haïti

Suzane avec son fils _ photo: Ariane Sylvain-Salvador

J’aimerais vous partager mon expérience en Haïti. Vous en parler comme je la vis. Bien sûr, il y a la misère, la pauvreté, le manque de tout, la souffrance et une tragédie environnementale sans commune mesure… mais il y a aussi autre chose. Ce dont on parle très peu. Peut-être par pudeur ; peut-être pour se préserver de devoir justifier ce qui, de prime abord, peut défier l’entendement. Dur dur de décrire la vie ici! Je dis ça, car on me pose souvent la question quand je suis de passage au Canada. Des fois directement, d’autres fois par un simple regard d’étonnement.

Et puis depuis janvier 2010, on me demande sans cesse si j’étais là-bas pendant le tremblement de terre. Oui, j’y étais… et aux premières loges, à Delmas, une partie de l’agglomération de Port-au-Prince durement touchée par le séisme. Alors, pourquoi y retourner; pourquoi y rester ? Il faut avouer qu’entre ouragans et choléra, séismes et manifestations, troubles politiques et cacophonie humanitaire, on en vient à se poser la question. La vérité est qu’il existe au-delà de ces difficultés, au-delà de ce chaos, un terrain exceptionnellement riche pour celui ou celle qui a envie de s’investir dans le domaine de la coopération. Un terrain riche, en effet, doublé d’une société franchement unique, qui mérite qu’on s’y attarde.

Je suis allée à la rencontre d’Haïti en février 2009 à l’occasion d’un court mandat pour venir faire de la formation en gestion. J’ai mis du temps à prendre la décision d’y aller, notamment à cause de tout ce qu’on peut lire et entendre sur cette île. Une île dont l’histoire et la réalité sont un peu à l’image de son climat : doux et calme un jour, torride et déchaîné le lendemain!

Réunion d’équipe SUCO en Haïti_ photo: Ariane Sylvain-Salvador

J’y vis maintenant avec mes trois enfants et mon conjoint. Je partage mon temps entre le travail, qui nous tient vraiment très occupé, une vie de famille tout aussi remplie, le tout dans une atmosphère conviviale et qui permet d’apprécier le temps qui passe. La petite famille SUCO ici est tricotée plutôt serrée! Entre coopérants, personnel local, collaborateurs, amis et partenaires, on ne manque jamais de gens à saluer et avec qui partager une blague ou quelques mots sur le temps qu’il fait. On sait aussi qu’on peut compter les uns sur les autres car, voyez-vous, c’est l’un des effets secondaires de vivre dans un environnement où tout est tellement imprévisible.


Les choses qui me plaisent le plus : la religion vaudou (fascinant !), la musique (bien entendu !), la couleur de la mer (un beau bleu laiteux), le créole (une langue colorée qui a emprunté au français une bonne partie de son vocabulaire mais qui s’exprime comme une langue africaine : en images), la convivialité, la conviction et la détermination des Haïtiens qui choisissent de rester, la qualité des collaborateurs locaux, la vie tranquille de province (Jacmel) ; la « crème maï » (un genre de bâtonnet de crème glacée à la vanille et noix de coco) ; les papitas (des chips de bananes)… et j’en passe!

Ce qui m’horripile : pa genyen ! (expression courante qui veut simplement dire : y’en n’a pas… ce qui arrive fréquemment) ; la coupe des arbres ; les déchets partout ; la température au mois d’août (on fond littéralement !) ; le trafic de Port-au-Prince (arghhh !!!) ; gérer la logistique des véhicules ; les contraintes liées à la sécurité.

Voilà! J’espère vous avoir permis d’apprécier et de connaître Haïti sous un angle différent. En tout cas, pour moi, ça a valu le coup et ça le vaut toujours!


Véronique, coopérante pour SUCO nous explique son mandat

Témoignage de Véronique Chaput
Coopérante en renforcement organisationnel et coordination de stage
Esteli, Nicaragua

Réunion des membres de l'Unité denre de FIDER _ photo: Magali Laramée Vézin

Depuis maintenant plus d’un an, j’occupe un poste de coopérante au Nicaragua. J’habite dans la ville d’Estelí à deux heures au nord de Managua, la capitale du pays. Je partage mon quotidien entre trois organisations établies dans trois villes différentes au nord du pays (Esteli, Palacaguina et Somoto).
Dans le cadre de mon mandat, je coordonne entre autres les stages du programme PSIJ (Stages internationaux pour les jeunes) de l’ACDI. Chaque année, SUCO reçoit au Nicaragua cinq stagiaires qui appuient durant cinq mois le travail de trois organisations locales. Mon travail consiste à m’assurer que l’intégration des stagiaires et que leur travail se déroule bien dans les organisations qui les accueillent.

De plus, SUCO encadre chaque année le stage Liaisonneuve du collège Maisonneuve à Montréal. En tant que coordinatrice, mon travail consiste à planifier et encadrer le stage d’une durée de 6 semaines. Cette année, 18 jeunes ont été jumelés à la réserve naturelle de Miraflor où ils et elles ont travaillé à l’aménagement d’un terrain de baseball, d’une pépinière et à la préparation d’ateliers de sensibilisation sur les infections transmises sexuellement.

Enfin, une autre partie bien importante de mon mandat est le renforcement organisationnel. J’appuie présentement deux organisations dans l’actualisation de leur politique d’égalité entre les hommes et les femmes et dans la création de leur plan d’action. Au cours de ce processus, j’ai eu l’opportunité d’appuyer ces organisations lors de différentes activités, dont des « focus groups » et des diagnostics, afin de connaître la situation actuelle des femmes dans les zones d’interventions.

Atelier de sensibilisation sur l'équité des genres _ photo: Nestor Morales

Nous travaillons conjointement avec ces femmes à l’élaboration et au déploiement d’actions positives afin d’instaurer un climat d’égalité au sein des organisations.
Cette expérience est très enrichissante au plan professionnel et principalement personnel. En effet, grâce à toutes ses activités, j’ai l’opportunité de côtoyer quotidiennement des gens travaillant et croyant à un meilleur lendemain pour les Nicaraguayens et les Nicaraguayennes.


Sur la route de Macary – Reforestation et aménagement de bassins versants

Témoignage d’Ariane Sylvain-Salvador
Coopérante en communication
Jacmel, Haïti

La semaine dernière, j’ai eu la chance d’aller sur le terrain avec notre agronome, Meus, pour documenter un projet qui vient tout juste de prendre fin. Après deux heures et demie de trajet sur une route cahoteuse à souhaits, nous sommes finalement arrivés sur les lieux.

Tout d’abord, une remise en contexte

Haïti fait face à d’importants enjeux environnementaux, dont la déforestation. Les montagnes, à l’origine, étaient de larges étendues forestières. Cependant, au fil des années, les grands propriétaires terriens ont transformé le tout en vastes terrains agricoles. Avec le temps, l’érosion a amoindri la fertilité des sols jusqu’à la roche mère. Ainsi, non seulement l’agriculture y est devenue difficile, voire impossible, mais en plus, les glissements de terrain y sont devenus fréquents. À chaque année, d’importantes quantités de terre et de pierres sont déversées dans la mer lors de la saison des pluies, amenant également de nombreux problèmes socio-économiques.

C’est ainsi que SUCO en Haiti, en collaboration avec le Centre de Coopération Haïti Canada (CCHC), a mis en place en août 2010 un projet d’aménagement de bassins versants dans la section communale de Macary, dans le département du Sud-Est d’Haïti. Ce projet s’insère dans une perspective de développement durable, de façon à améliorer les conditions de vie des familles paysannes de la région.

Ce projet s’est conçu en deux phases. En aval, SUCO a mis en place une pépinière de production de plantules d’arbres fruitiers et forestiers, en partenariat avec une association de femmes appelée Mafam, association faisant partie du regroupement Fanm Leve Kanpe. Ce sont donc ces femmes qui assurent la gestion de la pépinière. Depuis les débuts du projet, plus de 36 000 arbres ont ainsi été plantés dans la région. Malgré la fin du projet, Mafam continue de produire des plantules et d’alimenter la zone en arbres, en plus de concevoir des projets de jardinage.

La deuxième phase de ce projet visait à aménager les bassins versants. Afin d’éviter les glissements de terrain, un grand travail d’infrastructure a été fait. Pendant des mois, toute la population de la région a été impliquée dans un projet de construction de murets de pierres. Ces grands cordons de pierres sont disposés en palliers, comme d’énormes escaliers, et ont été renforcés par la plantation de pousses de bambou, qui sont très résistantes et qui permettent de soutenir la structure de pierres. Plus de 30 000 mètres de murets ont ainsi été érigés dans le cadre de ce projet. De cette façon, lors de grandes pluies, cela redirige l’écoulement des eaux, en ralentit le débit et freine alors l’érosion des sols.

Maintenant que le projet est terminé, des formations ont été faites pour assurer une prise en charge des infrastructures par les autorités locales, de façon à assurer une pérennité au projet.

Afin de clôre le tout, l’agronome responsable et deux caméramans se sont rendus sur le terrain pour interroger les paysans à propos des impacts du projet dans la région. Le documentaire sera éventuellement disponible sur le site web de SUCO!

Pour avoir un avant-goût de ce documentaire, vous pouvez regarder le vidéo « 8 femmes, 8 façons d’agir ensemble » à l’adresse suivante : http://suco.org/suco/publications/publications-multimedias/videos/. La partie se déroulant en Haïti a été faite dans les débuts de ce projet et vous en donnera un petit aperçu!

Bonne écoute!