Redonnez au suivant !

 

5 raisons de devenir mentors pour les stagiaires de SUCO

Vous aimeriez contribuer au développement professionnel de la relève mais ne savez pas quelle forme cela pourrait prendre ? Pourquoi ne pas devenir mentor pour une personne qui effectue un stage à l’international ?

Dans le cadre de son Programme de stages internationaux pour les jeunes (PSIJ), financé par Affaires mondiales Canada, SUCO offre un programme de mentorat qui vient bonifier l’accompagnement des stagiaires et maximiser leur développement professionnel durant le stage. L’objectif est de permettre aux personnes stagiaires, âgées entre 19 et 30 ans, de développer leurs compétences grâce à un contact privilégié auprès d’un ou une professionnelle du développement international.

Une activité bénévole valorisante au service de la coopération internationale

« Chez SUCO, nous souhaitons faire vivre une expérience complète à nos stagiaires, tant sur le plan de l’expérience internationale que sur celui du développement personnel et professionnel ! La contribution d’un mentor est d’être à l’écoute, avoir un regard objectif et une vision élargie qui aideront le mentoré à recadrer les problèmes, explorer des manières différentes de penser et d’entreprendre, valider des choix ou décisions. Il s’agit d’un excellent moyen de développement et d’apprentissage de nouvelles compétences et habiletés à acquérir pour poursuivre une carrière dans un domaine privilégié ! C’est en quelque sorte, une façon de redonner au suivant. » Éléonore Durocher-Bergeron, agente de programme, stages internationaux

Une  contribution qui prend peu de temps et qui rapporte

Le mentorat se fait au moment qui vous convient et selon votre disponibilité.  Notre programme requiert d’être disponible, à distance, sur une période de 6 mois à compter de juin 2018 ou de janvier 2019, pour une formation initiale, 4 rencontres d’une heure de mentorat par vidéoconférence, un suivi de mi-étape et un sondage final. En tant que mentor, vous aurez l’occasion de réfléchir à vos objectifs et pratiques personnelles, pourrez développer votre style de leadership personnel et de mentorat, aurez la reconnaissance en tant qu’expert sur un sujet et serez exposé(e) à de nouvelles perspectives, idées et approches.

Favoriser l’intégration au marché du travail après le stage

Votre contribution favorisera aussi l’insertion en emploi des stagiaires, un objectif clé du programme de SUCO. Entre 2015 et 2017, 73 % des personnes stagiaires ayant participé au PSIJ se sont trouvé un emploi dans leur domaine entre deux semaines à 4 mois après leur stage grâce à l’appui en employabilité offert. Aussi, lors du dernier programme, 93 % des stagiaires croiyaient fermement pouvoir se trouver un emploi après le stage, étaient satisfaits de l’amélioration de leurs compétences ainsi que des  connaissances et de la compréhension acquises par rapport aux enjeux de développement international!

Une multitudes de domaines à mentorer

Que vous soyez chargé de projet en coopération, spécialiste en égalité femmes-hommes ou agronome, vous pouvez participer à notre programme. Vous n’êtes pas certain si votre profil professionnel a le potentiel de capter l’intérêt des stagiaires? Laissez-nous la chance d’en discuter avec vous! Nous recherchons des professionnels avec au moins 2 à 3 ans d’expérience dans les domaines suivants (et pas nécessairement en coopération internationale) :

  • Développement économique communautaire
  • Agriculture durable : production maraîchère et animale, gestion des sols et des eaux
  • Développement organisationnel
  • Marketing et commercialisation de produits agricoles
  • Gestion de projet
  • Entrepreneuriat
  • Communication, animation et mobilisation communautaire
  • Nutrition
  • Égalité entre les femmes et les hommes

Bonifiez votre propre CV

De nombreux employeurs considèrent l’implication bénévole comme un critère d’embauche. De plus, cette expérience vous permettra d’acquérir des compétences en accompagnement et fonction conseil, un atout à plusieurs parcours professionnels.

Comment participer ?

Les professionnels qui souhaitent devenir mentor doivent :

  1. Soumettre leur formulaire de candidature par courriel à eleonoredurocher@suco.org avant le 25 mai 2018.
  2. Participer à l’entrevue de sélection auprès de l’agente de programme en juin.
  3. Participer au webinaire de démarrage en juin, puis au jumelage.

Renseignements :
Éléonore Durocher-Bergeron
Agente de programme – stages internationaux
eleonoredurocher@suco.org
(514) 272-3019, p.224


5 raisons de faire un stage à l’international

 

Vous aimeriez vivre une expérience professionnelle hors du commun, mais vous ne savez pas si un stage à l’international est le chemin à suivre?

Les stages internationaux offrent non seulement la chance d’obtenir une première formation en lien avec votre domaine d’études, mais vous permettent aussi de vivre une expérience à l’étranger, dans le milieu de la coopération internationale. Cette expérience peut avoir un grand impact sur un parcours professionnel et personnel. Chose certaine, un stage à l’international est l’occasion de sortir des sentiers battus et de vivre quelque chose d’unique!

Ce type de stage amène bien plus que de simples connaissances techniques. Il permet d’en apprendre beaucoup sur les échanges humains, particulièrement sur soi-même. Pour plusieurs, cette expérience est une étape permettant de découvrir de nouvelles passions, d’enrichir ses connaissances et de renforcer ses compétences, telles que l’autonomie ou même son leadership.

L’exemple parfait pour illustrer ces propos est l’expérience professionnelle des employés et employées qui composent l’équipe de SUCO du siège social à Montréal. Bien que la plupart d’entre nous aient des parcours professionnels complètement différents, plus de la moitié de l’équipe a commencé sa carrière par un stage international. Nous nous accordons tous sur un point : ce volontariat constitue un tournant dans nos vies.

Cinq grandes raisons ressortent des différentes expériences des stagiaires et de l’équipe de SUCO :

Apprendre à changer le monde

« Apprendre à changer le monde, voilà ce qui caractérise une expérience de stage en développement international. Un stage professionnel est un apprentissage en soi, mais imaginez le faire dans un autre pays, dans une autre langue. Imaginez le faire pour contribuer au développement durable dans des communautés d’Afrique ou d’Amérique latine. Les apprentissages qui en ressortent sont multiples et serviront pendant tout le parcours professionnel des stagiaires. » Anne Vincent, chargée de programme, volontariat (ancienne stagiaire Québec sans frontières (QSF)).

 Une première expérience dans le milieu de la coopération internationale

« Si je n’avais pas fait un premier stage en coopération internationale, je ne serais sans doute pas dans le domaine aujourd’hui! C’est cette expérience qui m’a permis d’abord de découvrir les défis stimulants qu’offre le milieu de la coopération internationale, puis de valider mon intérêt pour la gestion de projets. J’ai, par la suite, décidé d’ajouter un certificat en coopération internationale à mon parcours universitaire pour me spécialiser. Ce premier stage m’a aussi permis d’acquérir un plus grand leadership et des compétences essentielles au travail dans le domaine international : travailler dans un contexte interculturel, être capable de lire des enjeux liés à des thèmes transversaux, surtout l’égalité entre les femmes et les hommes et la gouvernance communautaire! » Éléonore Durocher-Bergeron, agente de programme, stages internationaux (ancienne stagiaire Québec sans frontières (QSF)).

Apprendre ou perfectionner une nouvelle langue, tout en développant son réseau

«Mon expérience en tant que stagiaire au programme de stages internationaux pour les jeunes (PSIJ) a contribué à mon développement tant sur le plan personnel que professionnel. Mon stage m’a permis de maîtriser l’espagnol et de perfectionner mes capacités en production audiovisuelle. Grâce à ce stage, j’ai pu continuer mon parcours professionnel en coopération internationale en devenant coopérante volontaire avec SUCO. Ce cheminement m’a ensuite donné la possibilité d’entrer en poste comme adjointe aux communications au siège social, à Montréal. Toutes ces expériences ont été un moyen d’élargir mon réseau, de rencontrer des professionnels du milieu des communications et de relever de nouveaux défis tel que l’animation d’ateliers de formation.» Nitsé Mathelier, adjointe aux communications (ancienne stagiaire du Programme de stages internationaux pour les jeunes (PSIJ)).

Plus de confiance pour entamer sa carrière

« Mon niveau de confiance pour trouver un emploi a augmenté. Lors d’une récente entrevue, la responsable des ressources humaines m’a indiqué que mon profil était très intéressant et qu’elle était impressionnée par mon expérience à l’international. Je ne doute pas que plusieurs occasions s’offriront à moi à la suite de cette expérience. » Constance Morel, conseillère en gestion des eaux au Pérou (ancienne stagiaire PSIJ en environnement au Nicaragua)

Vivre une expérience à la fois professionnelle et personnelle permettant d’acquérir de l’expérience de travail

« Bien que je possède une formation générale en communication, je n’avais pas eu l’occasion d’acquérir de l’expérience pour accéder au poste de responsable des communications. En réalisant ce stage, j’ai pu mieux me qualifier pour ces postes. Le stage m’a permis de découvrir comment fonctionnent les ONG, c’est tout un univers qui s’est ouvert à moi. J’ai maintenant vraiment envie de poursuivre ma carrière auprès d’organismes communautaires. » Rébecca Bleau, ancienne stagiaire PSIJ en communication au Sénégal.

Alors, vous avez envie de vous lancer? SUCO est actuellement à la recherche de 18 stagiaires internationaux!

Consultez notre site suco.org/stages pour découvrir toutes les occasions.

Vous avez des questions sur le Programme de stages internationaux pour les jeunes (PSIJ), souhaitez discuter de carrière en développement international ou voulez en apprendre plus sur ce que l’on fait? Écrivez à michelelemoeligou@suco.org ou à eleonoredurocher@suco.org.


Chaque volontaire a une histoire à raconter !

 

Depuis 2015, près de 2500 volontaires ont participé aux programmes de coopération volontaire financé par Affaires mondiales Canada pour créer un changement dans des pays du Sud et au sein de leurs communautés au Canada. Le 18 janvier dernier, 60 volontaires se sont réunis à Ottawa pour raconter leurs histoires dans le cadre d’une expérience de bibliothèque humaine. Découvrez les histoires de Sophie, Éléonore et Catherine, volontaires de SUCO au Sénégal et Nicaragua !

« Si tu vois une chèvre dans le repaire d’un lion, aie peur d’elle »
Par Sophie Bourdon

Ce proverbe sénégalais, Sophie Bourdon l’a entendu à plusieurs reprises. En s’engageant comme représentante de SUCO au Sénégal, après plusieurs mandats de volontariat, elle savait à quoi s’attendre … ou presque!

Peut-on occuper un poste de responsabilité de la même manière qu’un homme, lorsqu’on est une jeune femme blanche, en Afrique de l’Ouest? Comment exercer un leadership inclusif lorsque l’on évolue dans un environnement où nos pairs sont majoritairement des hommes? Y a-t-il de la place pour repenser l’égalité par l’accompagnement des volontaires canadiens et canadiennes? Est-ce qu’il suffit d’avoir des cibles sexospécifiques pour documenter nos actions auprès des femmes et des filles? Autant de questions que ce livre prend un malin plaisir à soulever et à nuancer.

Sophie Bourdon signe ici, avec humour et humilité, le récit surprenant des défis de l’égalité entre les femmes et les hommes au sein des réseaux de coopération internationale, de Montréal à Dakar. Une histoire évocatrice qui bouscule nos certitudes et nous laisse sur cette sempiternelle vérité : le vrai changement ne se fait pas tout seul!

Entre cîmes et racines, une histoire de développement organisationnel
Par Éléonore Durocher-Bergeron 

Inclure. Être incluse.
Explorer leur histoire d’abord.
Un mois, un petit mois pour comprendre.
Comprendre l’histoire d’un homme, de son projet organisationnel.

Entre la cîme et les racines du Réseau MUUD.
MUUD, ça signifie « l’union des chances » en langue sérère.
Au coeur de Ndiaganiao, au coeur de 63 Associations Villageoises de Développement, au coeur de 132 familles.
J’ai accompagné Seck Faye et son équipe dans la réalisation d’un diagnostic organisationnel participatif.
Un diagnostic pour mieux se rappeler où étaient ses racines 20 ans après la création du Réseau, sa base solide qui lui permet de faire face aux vents et tempêtes.

Puis créer de l’espace, de l’ouverture.
« Je ne savais pas que j’étais capable ; c’est grâce à toi que je m’en rends compte et que j’ai envie de continuer», m’a lancé Seck, à la sortie d’une animation de groupe qu’il venait de faciliter par lui-même.

Donner confiance.
À un homme. Également à une organisation, qui elle aussi prend de l’assurance à travers les succès qu’elle accumule.

La valeur du volontariat se trouve toute là.
Une bonne relation d’accompagnement et de mentorat va au-delà du sujet même de la conversation. Cette relation est à même de modeler une façon d’interagir et de créer un style de leadership.

Coup et bouffe
Par Catherine Fallon

L’un des défis de la personne volontaire en pays étranger est d’adapter ses pratiques culinaires aux disponibilités du pays. Qu’en est-il lorsqu’en plus d’apprendre à cuisiner ces aliments à la maison, il faut enseigner des pratiques de transformation adaptées aux coutumes, aux ressources disponibles, aux besoins nutritionnels, à la culture?

 Selon le pays d’accueil, les façons de voir l’alimentation et la variété alimentaire ne sont pas les mêmes et peuvent être très différentes du pays d’origine. Certains fruits et légumes sont tout à fait nouveaux, alors que d’autres sont transformés d’une autre façon, les classifications d’aliments sont différentes tout comme les habitudes et traditions liées aux repas.

 Pour les aider à relever ce défi supplémentaire, les personnes volontaires en sécurité alimentaire et nutritionnelle peuvent compter sur une ressource essentielle pour qui la bouffe est plus souvent au centre des préoccupations : les femmes.

Le programme de coopération volontaire de SUCO est financé par le gouvernement canadien par l’entremise d’Affaires mondiales Canada

 


Baser la pratique sur les faits, ce n’est pas une évidence…

 

Des faits pour orienter les futurs programmes

Lors d’une rencontre que le premier ministre Justin Trudeau et la ministre du Développement international et de la Francophonie, Marie- Claude Bibeau, tenaient avec les dirigeants de la société civile au début du mois dernier,  j’ai entendu madame Bibeau parler d’evidence base, soit « la base factuelle » comme un élément nécessaire pour évaluer les initiatives proposées en développement international. J’ai passé la semaine à Ottawa. Eh bien en cette même semaine, le terme
« base factuelle » est revenu deux autres fois de la bouche de différents fonctionnaires d’Affaires mondiales Canada.

Sortir des sentiers battus pour mieux innover

Je connais bien le terme. Ayant travaillé à  Action contre la faim, une organisation en grande partie axée sur le traitement thérapeutique de la malnutrition aiguë, j’y ai souvent entendu le terme
« pratique basée sur les faits », largement utilisé dans le cadre du traitement et de la thérapie. Ce terme ne s’oppose pas tout à fait à la pratique d’exploration ou à la pratique fondée sur la théorie. Il est davantage un moyen de remettre en question les hypothèses sur ce qui fonctionne et ce qui ne fonctionne pas dans les procédés de traitement. Il incite surtout les praticiens à compter sur une pratique éprouvée.

Cette approche fondée sur les faits est très sensée dans de nombreux cas de mon secteur.  Notamment en agroécologie, une grande partie des techniques employées dans le cadre des projets de SUCO reposent aujourd’hui sur la démonstration qu’elles fonctionnent. Mais cela n’a pas toujours été le cas, et même aujourd’hui, ce  n’est pas le cas pour tout. Il y a vingt et quelques années, il était nécessaire d’innover, de théoriser sur ce qui pourrait fonctionner pour retenir l’eau, pour arrêter l’érosion du sol, pour lutter contre les parasites sans utiliser de produits nocifs pour  la terre ou  pour les producteurs ou les consommateurs. Même à l’heure actuelle, de nouvelles techniques en la matière sont explorées régulièrement. Donc, une base factuelle n’est pas toujours possible. Cela peut être une partie de la réponse, tout autant que l’innovation.

Mais tout ceci n’est qu’une petite partie de la question que je veux aborder. Deux autres points me préoccupent
davantage : une base factuelle sur les effets des changements climatiques, et comment les faits orienteront les programmes et les politiques à l’avenir.

Il existe des schémas pour comprendre les effets des changements climatiques. J’ai vu une carte du monde de 2060 des plus convaincantes, dans  laquelle de nombreuses îles n’existent plus, ni une grande partie de la Floride.  Poussons plus
loin : regardez la réaction future des gens face à ces réalités, où vont-ils aller ?  Et quel impact aura leur venue sur leur communauté d’accueil ? C’est le travail des démographes de répondre à ces questions. Quelles répercussions auront ces schémas sur les politiques et programmes visant à atténuer les changements climatiques et à aider les populations à s’adapter à ses effets ? Il ne s’agit pas de faits, mais de projections basées sur la théorie, soutenues par des modèles mathématiques. Dans le discours prévalent ici au Canada, il n’a pas encore été démontré qu’on réfléchit sérieusement à l’avenir.

Comment la pratique fondée sur des faits pourra-t-elle intégrer les politiques de développement ?

D’après mon expérience, élaborer un projet de 5 ans peut nécessiter un an de travail, plus deux ans avant qu’il ne soit approuvé –  à compter de la réception du projet, à son analyse, jusqu’à la signature du contrat – et plus cinq ans pour mettre en œuvre. Donc après analyse de tous les éléments, nous pouvons compter près de 8 ans avant de concrétiser un projet.  Si le projet qui se termine en 2024 est basé sur les faits connus en 2016, ne serait-il pas caduque ?  Il doit bien y avoir un espace pour se concentrer sur l’avenir, et pas seulement sur le passé : des faits, oui ! Mais aussi de l’innovation, et un sérieux effort pour comprendre ce qui s’en vient.

Comment participer aux consultations publiques ?
Vous pouvez participer à la consultation via le site web d’Affaires mondiales Canada (AMC) en remplissant le formulaire de consultation et en vous informant  sur les principaux défis auxquels se heurte l’aide internationale.
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Adaptation ou mitigation

 

Un débat entourant la lutte aux changements climatiques

Adaptation ou mitigation, voilà la question. C’est l’un des débats en cours en ce qui a trait aux changements climatiques. Où devrait se concentrer l’aide au développement international? Aider les gens à s’adapter aux effets des changements climatiques, ou aider l’humanité à mitiger le changement climatique, minimisant ainsi ses effets? La réponse peut paraître évidente : c’est la mitigation qui importe à long terme. À l’échelle globale je suis d’accord. Mais cette logique ne doit pas s’appliquer de façon unilatérale. En effet, lors de la conception de notre politique en matière d’aide au développement, nous courons le risque de commettre une erreur si nous mettons seulement l’accent, ou trop l’accent, sur la mitigation.

Il y a trois semaines, la ministre Marie-Claude Bibeau lançait un processus de consultation au sujet des enjeux de développement global. Elle veut comprendre quelles devraient être, selon les Canadiens et Canadiennes, les priorités en matière d’aide au développement. Son annonce arrivait une semaine après une série de rencontres « pré-consultation » auprès des leaders de la société civile. Lors d’une de ces rencontres, il fut mentionné que le gouvernement canadien entendait consacrer 25% de son budget alloué à la lutte contre les changements climatiques, à des mesures d’adaptation, et 75% à des mesures de mitigation. Cette nouvelle proportion fut perçue comme un progrès si on se réfère aux discussions antérieures; pourtant elle s’avère toujours insuffisante.

Responsabiliser les pays qui génèrent le plus haut taux de gaz à effet de serre

Appliquer aux pays en développement la logique en faveur de la mitigation serait injuste et inapproprié. D’abord, pour mitiger les changements climatiques, il s’agit de réduire ou de contrer les émissions de gaz à effet de serre. Mais si l’on regarde d’où proviennent ces émissions maintenant, on remarque qu’elles proviennent surtout des pays dits développés, mais aussi de la Chine et de l’Inde et d’autres pays fortement industrialisés. Ne serait-ce que par leur population, la Chine et l’Inde se trouvent dans bon nombre de palmarès. L’Inde compte le plus grand nombre de personnes pauvres et arrive en quatrième position en terme de plus grand nombre de milliardaires. La Chine se range bon deuxième dans les deux cas (Banque mondiale, Forbes, Our World In Data). Est-ce que par cela j’insinue que la mitigation n’a pas sa place dans les pays en développement? Pas du tout. Je veux simplement dire qu’il est plus logique, et plus équitable, de responsabiliser les 20 pays qui génèrent 80% des émissions des gaz à effet de serre, et d’autres pays dont les taux sont élevés, que de responsabiliser, par exemple, les pays africains qui n’en génèrent que 2,3%.

Lutter contre la pauvreté : comment ces mesures d’adaptation contribueront à la mitigation à long terme ?

La réponse-type au débat sur la question “adapter ou mitiger” est que les pays en développement luttent maintenant, pas plus tard, contre les effets des changements climatiques : les sols s’érodent, l’approvisionnement en eau est moins prévisible, les phénomènes météorologiques le sont tout autant, provoquant tantôt sécheresses tantôt inondations. Ces enjeux affectent les vies maintenant, et dans les conditions actuelles, étant donné les pratiques courantes dans les domaines productifs comme l’agriculture, les gagne-pains de centaines de millions de personnes ne sont pas durables. En fait, ces vérités touchent autant les pays riches que les pays pauvres. Ce qui manque au débat, outre le fait que le mandat de l’aide au développement est la réduction de la pauvreté, qui est rattachée aux mesures d’adaptation, ce qui manque est une compréhension du comment ces mesures d’adaptation contribueront à la mitigation à long terme. L’illustration la plus exemplaire est la déforestation. Nous connaissons bien le rôle des arbres pour contrer la prévalence des gaz à effet de serre. La simple logique « Planter les arbres, c’est bon. Couper les arbres, c’est mal. » – sauf lorsqu’il s’agit d’une gestion durable des fermes – tient bien (il vaut mieux planter et couper que de ne jamais planter). Avec cet exemple, il est facile de comprendre pourquoi une famille en Haïti ou au Sénégal, qui n’a d’autre choix pour cuisiner que d’utiliser du bois ou du charbon, coupera bien un arbre, et brûlera bien du bois ou du charbon si elle doit cuisiner. Si des alternatives moins dommageables (gaz naturel, électricité non-carbonique, des fours améliorés) étaient accessibles et abordables sur le plan financier, de telles pratiques cèderaient leur place à des pratiques moins néfastes. Ainsi, une mesure économique, aidant les gens à s’adapter à leur condition et à bien gagner leur vie, les aiderait à mitiger les changements climatiques. Ce phénomène a été démontré au Costa Rica, où 50% de la terre est couverte de forêts, comparé à 20% il y a 30 ans. Ces résultats ont été atteints largement par le biais d’un programme de création d’emploi (Banque mondiale).

Favoriser le développement local

Une autre façon de comprendre cette dynamique est de mettre l’accent sur le développement local. En faisant la promotion de la dynamisation économique sur le plan local et régional, nous aidons les communautés à tirer profit davantage de la production alimentaire locale, réduisant ainsi leur dépendance sur des sources alimentaires externes nécessitant des transports qui émettent des gaz à effet de serre. Nous proposerions aussi aux jeunes hommes et jeunes femmes des options économiques qui leur permettraient de résister à l’appel des grandes villes qui, dans de nombreux pays en développement, ne jouissent pas encore d’une efficacité énergétique enviable. Encore une fois, l’adaptation mènera à la mitigation.

Cette question démographique est un autre enjeu qui doit être abordé, et cela renvoie au déficit de l’attention portée aux modèles scientifiques offrant des projections des effets des changements climatiques. Les modèles existent, mais les politiques et les programmes n’en tiennent pas encore assez compte. Mais ça, ça fera l’objet d’un autre billet.

 

Comment participer aux consultations publiques ?
Vous pouvez participer à la consultation via le site web d’Affaires mondiales Canada (AMC) en remplissant le formulaire de consultation et en vous informant  sur les principaux défis auxquels se heurte l’aide internationale.
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