Louis : sortir constamment de sa zone de confort

 

Fais comme Louis !

Ce portrait fait partie d’une série de quatre articles mettant en vedette les stagiaires du Programme de stages internationaux pour les jeunes (PSIJ). Louis-Alexandre Saint-Laurent, 25 ans, est actuellement stagiaire en entrepreneuriat auprès du Réseau de commercialisation communautaire alternative RED Comal, au Honduras (février à août 2019). 

À la recherche constante de nouvelles expériences, Louis carbure aux sorties de zones de confort. À 18 ans et un mois, son passeport en poche, il décide de goûter à sa nouvelle liberté. Le Sherbrookois enfile son sac à dos. Cap sur l’Australie ou, ce qui lui semblait être à l’époque, le bout du monde. Après quatre ans de voyage et plusieurs expériences en service à la clientèle, il revient au pays. Il enchaîne une formation en tourisme d’aventure au Cégep de la Gaspésie et des Îles, puis un Certificat en science de l’activité physique à l’Université de Sherbrooke. Il développe ses aptitudes en leadership et aiguise son nouveau regard envers les enjeux environnementaux.

Louis est un guide professionnel de plein air au tempérament charismatique, créatif, curieux et empathique. Il encadre des groupes en canyoning et en ski alpin. Pourtant, il lui manque quelque chose. Il réalise que la seule constante dans ses passions, c’est le changement et la nouveauté. Il décide alors de se tourner vers l’entrepreneuriat social. Un choix qui lui permettra d’être maître de son destin et d’adapter sa réalité comme il l’entend. En 2018, il entame un Baccalauréat en administration des affaires, concentration entrepreneuriat. Toutes les compétences acquises durant son parcours atypique lui permettent de décrocher un stage en coopération internationale à SUCO.

Se réinventer au quotidien

« En tant que futur gestionnaire voulant se spécialiser en entrepreneuriat, je me dois de réagir vite sur mes pieds face à des situations inattendues. Je dois aussi innover lorsque tous les outils auxquels je suis accoutumé au Québec ne sont plus accessibles. En testant ainsi ma capacité d’adaptation lors de mon stage, je pense en sortir grandi et plus débrouillard. »

Depuis février 2019, Louis est stagiaire en entrepreneuriat auprès du Réseau de commercialisation communautaire alternative RED Comal, au Honduras. L’organisation regroupe des entreprises sociales de producteurs/trices et de consommateurs/trices avec qui elle développe des programmes de formation, de production, de transformation et de commercialisation, conformément aux principes de l’économie solidaire.

Malgré ses multiples expériences de voyage, Louis n’avait jamais été immergé dans une culture hispanophone ni dans une ville où le tourisme était quasi inexistant. Dépaysé et déboussolé lors du premier mois, il a rapidement trouvé ses marques. Sa nouvelle routine s’est installée : épicerie le mardi, parties de soccer le mercredi soir. Tous les matins en arrivant au travail, il retrouve ses collègues pour un café et des baleadas (tortillas honduriennes) préparées par Dilcia, leur deuxième maman. En d’autres termes, il a trouvé un nouveau chez-lui.

« C’est fascinant, la capacité d’adaptation d’un être humain. Sans s’en rendre compte, on s’adapte, on s’intègre et les différences s’effacent. Ce stage, c’est sans l’ombre d’un doute l’une des plus grandes expériences de croissance personnelle que j’ai vécue. »

Des rencontres qui influencent nos perceptions

Keidi, une de ses collègues de travail, est également étudiante en administration des affaires. Sur les bancs de l’université, ils ont appris à utiliser les mêmes outils, mais de façon complètement différente. En échangeant et partageant leurs connaissances, ils enrichissent et colorent leurs visions du monde respectives. Ils grandissent ensemble en quelques sortes, en influençant leurs perceptions, ce qui va parfois jusqu’à ébranler leurs certitudes les plus profondes.

Avant son stage, Louis reconnaît qu’il n’était pas conscient des enjeux de souveraineté alimentaire auxquels font face certaines communautés. « Les formations pré-départ de SUCO m’ont rendu beaucoup plus critique par rapport aux enjeux d’importation et d’exportation de matières premières. » En participant à l’organisation de la coopérative de producteurs de produits locaux au Honduras, Louis contribue à l’autonomisation des communautés, ainsi qu’à la redistribution des richesses. Il apprend également à affiner sa cartographie intérieure et à nourrir sa citoyenneté mondiale.

 

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Edgar : quand la réorientation mène aux racines familiales

 

Fais comme Edgar !

Ce portrait fait partie d’une série de quatre articles mettant en vedette les stagiaires du Programme de stages internationaux pour les jeunes (PSIJ). Edgar Hernandez, 29 ans, est actuellement stagiaire en développement économique auprès de l’union des paysans autochtones UTC-La Paz, au Honduras (février à août 2019). 

De nature plutôt réservée, Edgar s’illumine quand il parle de ses motivations qui l’ont poussées à postuler pour un stage à SUCO. Au fil de ses voyages et expériences de volontariat et de travail à l’étranger, Edgar s’est découvert un intérêt pour la conservation de la nature. De retour au Québec, il obtient un DEC en Comptabilité et gestion. Au cours d’un stage en recouvrement fiscal, il constate qu’il ne peut plus nier la tension qui l’habite : un désaccord profond entre ses désirs et ses études. Il repart sur la route pendant deux ans, avant d’obtenir un poste d’agent d’aide à l’emploi à Emploi-Québec à Montréal pendant deux ans. Son rêve de travailler en contact avec la nature est devenu trop fort. Cette fois, il entend cet appel intérieur et décide d’agir. Il démissionne et s’inscrit à temps plein au DEC en Gestion d’entreprises agricoles. Il obtient son diplôme en 2018.

De fonctionnaire à entrepreneur agricole

« Dès que j’ai commencé ma technique en agriculture au Cégep de Victoriaville, j’étais curieux de voir comment ça se passait dans les campagnes en Amérique latine. Je voulais comprendre la réalité agricole là-bas et ce qu’avait vécu mon grand-père au Mexique. C’est pour cela que j’ai choisi de faire un stage avec SUCO. Je veux partager mes connaissances dans le but d’améliorer les conditions de vie de personnes ici, dans les campagnes au Honduras afin d’éviter l’exode rurale et les migrations. »

Depuis février 2019, Edgar est stagiaire en développement économique auprès de l’union des paysans autochtones UTC-La Paz, au Honduras. Il s’agit d’une organisation de paysans et paysannes autochtones dédiés à la formation et l’accompagnement de groupes de base. La UTC-La Paz travaille à la défense de leurs droits par le biais de programmes et de projets qui contribuent au développement local et à l’amélioration de leur qualité de vie, principalement pour les communautés lencas.

Sa motivation première, il la puise dans son histoire familiale. Issu de la diaspora mexicaine, Edgar a réalisé qu’en conjuguant son expertise agricole, sa formation en gestion et sa maîtrise de l’espagnol, il pouvait avoir un impact durable sur les populations en Amérique latine. En partageant ses connaissances, il lutte pour la souveraineté alimentaire et l’émancipation des individus et des communautés. Sur le plan personnel, il souhaite incarner le fait que l’on peut choisir sa propre culture avant de chercher à en imiter une autre.

Créer du lien

Même si les codes culturels honduriens ne sont pas une barrière pour lui, Edgar a dû en découdre avec les poules du voisin. Il a mis quelques jours avant de découvrir que les semis de radis, poivrons, concombres et courgettes de son jardin n’étaient pas attaqués par un mystérieux insecte ravageur, mais bel et bien par une communauté avicole effrontée et caquetante. Au moment d’écrire ces lignes, Edgar et les poules sont à match nul, deux partout. Cette saga a permis à Edgar de se rapprocher de ses voisins et de tisser des liens avec eux.  

Après son stage, Edgar aimerait poursuivre dans le domaine de l’agriculture biologique en encourageant la formation d’associations ou de coopératives. Il est surpris et fasciné par la résistance et la force de résilience qui émanent des organisations paysannes face aux intérêts privés. Quant à l’entrepreneuriat des jeunes, il y croit fermement. « C’est une voie vers l’épanouissement financier et personnel. J’observe que lorsque les jeunes produisent eux-mêmes leurs aliments, ils retrouvent une fierté et un amour pour leur environnement et leur milieu de vie. »

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La communication: un véhicule pour le développement durable

 

Cela fait maintenant près de 5 mois que j’habite à Tegucigalpa, communément appelé Tegus par la population hondurienne, les catrachos.

Dans le cadre du programme de stages internationaux pour les jeunes (PSIJ), je travaille en tant que conseillère en production audiovisuelle au sein de La Red de Desarrollo Sostenible – Honduras (RDS-HN). La RDS-HN est une organisation non gouvernementale créée le 16 janvier 1998 qui a pour mission de promouvoir le développement durable à travers la démocratisation de l’information. Elle est spécialisée dans le domaine des Technologies de l’Information et de la Communication (TIC) et celui de la production audiovisuelle et radiophonique.

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Atelier de photo

Un environnement de travail chaleureux, une équipe dynamique

Dès ma première visite, j’ai eu droit à un accueil chaleureux de la part tous les membres de RDS, une équipe dynamique et motivée. C’est une grande famille où rire, blagues, taquineries et solidarité occupent une place de choix ! À l’heure du lunch, personne n’a le droit de manger seul. C’est d’ailleurs une des politiques de l’organisation. L’anniversaire de chacun des membres de l’équipe est célébré. Les collègues sont tous invités à se réunir pour couper un gâteau. J’ai aussi redécouvert avec joie une tradition pour les anniversaires au Honduras : la estrellita (la bascule). Celle-ci consiste à tenir la personne par les bras et jambes pour ensuite la soulever dans les airs pour son anniversaire. Toujours dans cette atmosphère de fraternité et de partage d’expériences, une petite fête est organisée pour marquer la fin du mois, souligner le début d’un nouveau et souhaiter la bienvenue à la Directrice après un voyage.

Une autre particularité à RDS est la forte présence de jeunes dont certains se sont formés seuls en production audiovisuelle. Par ailleurs, il existe une forte dynamique interactive; les échanges sont fréquents pour planifier et discuter de l’avancement du travail. De plus, les interactions lors de la production de vidéos ou de segments radiophoniques sont courantes. Ceci crée un espace intéressant d’échanges qui permet un enrichissement mutuel et souligne le fait qu’il s’agit d’un travail d’équipe. « Expresa y construye comunidad » (Exprimez-vous et construisez la communauté), slogan de Radio-RDS, pourrait également être appliqué au fonctionnement de RDS dans son ensemble.

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Un engagement continu dans la promotion du développement durable

Durant les 3 premiers mois de mon stage, j’ai participé à la post-production d’un court-métrage de fiction qui traite du droit des enfants à l’éducation et au loisir. Celui-ci a été soumis à un concours organisé par un des journaux locaux, El Heraldo. Cela a été une expérience intense et intéressante, un véritable travail d’équipe.

La formation et le renforcement de capacités constituent deux axes importants de travail à RDS. Un atelier de photographie de base a donc été réalisé et les participants, pour la plupart, étaient des membres de RDS ou d’organisations partenaires. L’accent tout au long de la formation a été mis sur la manière dont la photographie, notamment la photographie documentaire, peut être un outil pouvant contribuer au développement durable. Une sortie prévue dans le cadre cet atelier a permis de mettre en application les différentes notions apprises. Santa-Lucia, une petite ville située à environ 30 minutes de Tegucigalpa a été le lieu retenu.

Je suis tombée sous le charme cette petite ville montagneuse, calme, à l’allure coloniale avec ses petites ruelles, ses cafés, ses parcs et sa « laguna ». Une ville bien différente de Tegucigalpa où les préoccupations par rapport à la sécurité et l’embouteillage font partie du quotidien. On peut marcher tranquillement à Santa-Lucia ; le climat y est frais et agréable. J’ai vraiment apprécié – tout comme les participants – ce petit « paseo » qui m’a permis de continuer ma découverte du Honduras. Cela a aussi été un espace d’interactions, d’échanges. J’ai pu répondre aux questions posées, clarifier des doutes en lien avec des notions abordées la veille.

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L’équipe de RDS

Le premier Colloque sur la Recherche et la Production cinématographique de l’Amérique centrale organisé par le Centre d’Art et de la Culture (CAC-UNAH) et l’Association de cinéastes honduriens « Linterna Mágica » auquel j’ai assisté en compagnie de trois membres de RDS m’a permis de découvrir d’autres aspects de la culture cinématographique latine. L’histoire du cinéma d’Amérique centrale ainsi que la réalité de la production cinématographique dans la région m’étaient jusqu’alors méconnues. En travaillant sur les archives vidéo de RDS, j’ai aussi découvert l’ampleur, la diversité et la qualité de leur production audiovisuelle. Les thèmes abordés sont généralement en lien avec des problématiques de développement durable comme l’accès à l’eau, la biodiversité, etc.

Côtoyer des professionnels expérimentés, échanger avec eux lors de la préparation de l’atelier ou la réalisation de montage vidéo a été particulièrement enrichissant. J’ai aussi pu voir comment le cinéma de fiction peut, par son engagement, être un véhicule de sensibilisation et de promotion du développement durable. À mi-parcours de mon stage, je sens que cette expérience a contribué positivement à mon développement sur le plan personnel et professionnel. Les activités à venir me permettront d’explorer d’autres champs, de faire d’autres découvertes et, aussi de continuer à apporter ma contribution au sein de l’équipe de RDS.

Par Nitsé Mathelier, conseillère en audiovisuel (stages PSIJ), Honduras

Le Programme de stages internationaux pour les jeunes (PSIJ) est réalisé avec l’appui financier du gouvernement du Canada accordé par l’entremise d’Affaires mondiales Canada.


L’agriculture à Intibucá au Honduras : Entre machete y azadón

 

La machette (machete) et la houe (azadón) sont les deux outils agricoles les plus utilisés par les agricultrices et les agriculteurs de la région d’Intibucá, située à l’ouest du Honduras, en Amérique centrale. Il s’agit de la région la plus élevée du pays (1700 mètres), et par le fait même, la plus « froide ». Les principales cultures sont le maïs, les haricots et la patate, contrairement à d’autres régions plus chaudes ou le café, la banane et les palmiers (huile de palme) sont cultivés.

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En moyenne, la superficie cultivée par une famille agricole est de 0,72 hectares. À titre comparatif, la superficie moyenne d’une ferme au Québec est d’environ 115 hectares. Tout le travail, du semis jusqu’à la récolte, est réalisé à la main. Beaucoup de familles agricoles vivent dans un état de pauvreté extrême. En effet, 77% de la population vit avec environ 60 $ par mois, c’est-à-dire environ 720 $ par année. Cela va sans dire que dans cette situation, il est plutôt difficile pour les agricultrices et les agriculteurs d’investir dans leur entreprise. D’où la présence de plusieurs organisations non-gouvernementales (ONG) sur le terrain travaillant à combattre l’insécurité alimentaire pour ces familles. Les principaux défis rencontrés pour le développement des communautés est l’absence d’investissement et de développement économique, le manque de services publics de base tel que l’eau ou l’électricité, le faible niveau d’éducation de la population et la topographie très accidentée qui rend l’accès difficile à certaines communautés. Imaginez le casse-tête de la mise en marché des produits agricoles lorsque le point de vente le plus proche est à une journée de marche!

 

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AMIR (Asociación de Mujeres Intibucanas Renovadas) est une association locale de femmes indigènes qui travaille en appui à l’amélioration du niveau de vie pour des familles agricoles de ses membres. L’association élabore des projets touchant les droits humains et l’égalité homme-femme, l’éducation et la formation, le développement entrepreneurial et la commercialisation ainsi que la sécurité alimentaire. Les projets de SUCO avec AMIR ont touchés jusqu’à maintenant la nutrition et l’agroécologie. Présentement, l’un des projets terrain d’AMIR auquel SUCO prend part est la mise en place et le soutien de 28 fermes familiales intégrales et de 2 fermes modèles. L’objectif des fermes familiales intégrales est d’appuyer la famille dans la diversification de la production agricole en fournissant un support technique et matériel pour la production, par exemple, de légumes (carottes, radis, tomates, etc.) et de fruits (pêches, agrumes, cerises, etc.). Cela permet à la famille de diversifier son alimentation et ses sources de revenus, tout en répartissant les risques en cas de problèmes dans une production en particulier. L’objectif des 2 fermes modèles est semblable à celui des fermes familiales intégrales par rapport à la diversification de la production agricole mais comporte également un volet éducatif. Elles font l’objet d’un suivi plus serré de la part de l’équipe agricole de AMIR et de la volontaire de SUCO afin d’en faire un lieu de démonstration pour les autres familles agricoles, où des ateliers et des formations y sont organisées par exemple. Les 2 fermes modèles possèdent chacune un petit pavillon éducatif dédié spécifiquement à recevoir les gens lors des formations. SUCO s’implique également auprès d’AMIR dans un projet d’accès à l’eau pour les agricultrices et les agriculteurs. En effet, il s’agit de construire des réservoirs de conservation d’eau permettant aux familles agricoles d’arroser les cultures durant les périodes les plus sèches. Jusqu’à maintenant, 5 réservoirs ont été construits, sur un total de 6, pour les participantes d’un projet de production de tomates en conditions semi-contrôlée.

 

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En définitive, à l’aide de leur machete ou de leur azadón, et principalement de leur motivation et de leur détermination, les familles agricoles d’Intibucá sociétaires d’AMIR, n’ont pas froid aux yeux (car réellement il fait parfois très froid dans la région la plus élevée du pays!) pour travailler sans relâche et faire de leur milieu de vie un endroit un peu plus confortable, un défi à la fois.

 

Par Cassandre Hervieux Gaudreau, volontaire de SUCO au Honduras

 

Pour connaître les actions de SUCO au Honduras, consultez notre page pays !