Chaque volontaire a une histoire à raconter !

 

Depuis 2015, près de 2500 volontaires ont participé aux programmes de coopération volontaire financé par Affaires mondiales Canada pour créer un changement dans des pays du Sud et au sein de leurs communautés au Canada. Le 18 janvier dernier, 60 volontaires se sont réunis à Ottawa pour raconter leurs histoires dans le cadre d’une expérience de bibliothèque humaine. Découvrez les histoires de Sophie, Éléonore et Catherine, volontaires de SUCO au Sénégal et Nicaragua !

« Si tu vois une chèvre dans le repaire d’un lion, aie peur d’elle »
Par Sophie Bourdon

Ce proverbe sénégalais, Sophie Bourdon l’a entendu à plusieurs reprises. En s’engageant comme représentante de SUCO au Sénégal, après plusieurs mandats de volontariat, elle savait à quoi s’attendre … ou presque!

Peut-on occuper un poste de responsabilité de la même manière qu’un homme, lorsqu’on est une jeune femme blanche, en Afrique de l’Ouest? Comment exercer un leadership inclusif lorsque l’on évolue dans un environnement où nos pairs sont majoritairement des hommes? Y a-t-il de la place pour repenser l’égalité par l’accompagnement des volontaires canadiens et canadiennes? Est-ce qu’il suffit d’avoir des cibles sexospécifiques pour documenter nos actions auprès des femmes et des filles? Autant de questions que ce livre prend un malin plaisir à soulever et à nuancer.

Sophie Bourdon signe ici, avec humour et humilité, le récit surprenant des défis de l’égalité entre les femmes et les hommes au sein des réseaux de coopération internationale, de Montréal à Dakar. Une histoire évocatrice qui bouscule nos certitudes et nous laisse sur cette sempiternelle vérité : le vrai changement ne se fait pas tout seul!

Entre cîmes et racines, une histoire de développement organisationnel
Par Éléonore Durocher-Bergeron 

Inclure. Être incluse.
Explorer leur histoire d’abord.
Un mois, un petit mois pour comprendre.
Comprendre l’histoire d’un homme, de son projet organisationnel.

Entre la cîme et les racines du Réseau MUUD.
MUUD, ça signifie « l’union des chances » en langue sérère.
Au coeur de Ndiaganiao, au coeur de 63 Associations Villageoises de Développement, au coeur de 132 familles.
J’ai accompagné Seck Faye et son équipe dans la réalisation d’un diagnostic organisationnel participatif.
Un diagnostic pour mieux se rappeler où étaient ses racines 20 ans après la création du Réseau, sa base solide qui lui permet de faire face aux vents et tempêtes.

Puis créer de l’espace, de l’ouverture.
« Je ne savais pas que j’étais capable ; c’est grâce à toi que je m’en rends compte et que j’ai envie de continuer», m’a lancé Seck, à la sortie d’une animation de groupe qu’il venait de faciliter par lui-même.

Donner confiance.
À un homme. Également à une organisation, qui elle aussi prend de l’assurance à travers les succès qu’elle accumule.

La valeur du volontariat se trouve toute là.
Une bonne relation d’accompagnement et de mentorat va au-delà du sujet même de la conversation. Cette relation est à même de modeler une façon d’interagir et de créer un style de leadership.

Coop et bouffe
Par Catherine Fallon

L’un des défis de la personne volontaire en pays étranger est d’adapter ses pratiques culinaires aux disponibilités du pays. Qu’en est-il lorsqu’en plus d’apprendre à cuisiner ces aliments à la maison, il faut enseigner des pratiques de transformation adaptées aux coutumes, aux ressources disponibles, aux besoins nutritionnels, à la culture?

 Selon le pays d’accueil, les façons de voir l’alimentation et la variété alimentaire ne sont pas les mêmes et peuvent être très différentes du pays d’origine. Certains fruits et légumes sont tout à fait nouveaux, alors que d’autres sont transformés d’une autre façon, les classifications d’aliments sont différentes tout comme les habitudes et traditions liées aux repas.

 Pour les aider à relever ce défi supplémentaire, les personnes volontaires en sécurité alimentaire et nutritionnelle peuvent compter sur une ressource essentielle pour qui la bouffe est plus souvent au centre des préoccupations : les femmes.

Le programme de coopération volontaire de SUCO est financé par le gouvernement canadien par l’entremise d’Affaires mondiales Canada

 


Du rêve à la relève!

 

Amour, famille et agroécologie

Comme bien d’autres jeunes, Maria et Yelsing, jeune couple dans la vingtaine, rêvaient de bâtir leur propre entreprise familiale, mais pas n’importe laquelle. Une entreprise cohérente avec leurs valeurs écologiques et qui permettrait de développer l’économie de leur communauté, voire de leur belle région nicaraguayenne, la réserve naturelle Miraflor.

Laissez-moi vous raconter leur histoire…

La rencontre de ce jeune couple nicaraguayen m’a profondément marquée. Moi, jeune professionnelle et maman dans la trentaine. J’ai été grandement impressionnée par la débrouillardise, le leadership et le sens des affaires de ces jeunes, mes cadets de 10 ans, qui ont eux aussi un enfant en bas âge.

Maria, 22 ans et Yelsing, 23 ans, deux jeunes agriculteurs maintenant devenus entrepreneurs grâce à Proga-Jeunes : un programme de formation en agroécologie comprenant un volet entièrement dédié à la création de microentreprises et à la commercialisation de produits agricoles.

Quand agroécologie rime avec amour et ambition

De plus, l’histoire de Maria et Yelsing est romantique à souhait. Imaginez deux jeunes étudiants en ingénierie agricole qui tombent amoureux et qui, après leur graduation, décident de retourner vivre ensemble dans leur communauté, Apaguis, pour y fonder une famille et cultiver la terre familiale, laquelle est entourée de paysages à couper le souffle. Mais leur histoire ne s’arrête pas ici.
C’est avec les yeux brillants et remplis de détermination que le jeune couple me raconte à quel point ils étaient enthousiasmés en 2016 d’apprendre qu’un programme de formation en agroécologie allait prendre place dans leur région.

« Pour nous, c’était vraiment important de savoir que nous avions une autre occasion de poursuivre nos études ensemble, dans une carrière qui se consacre à la protection de l’environnement et à l’utilisation de techniques agroécologiques », me raconte Maria.

Des chances comme celle-là, il n’y en a pas des tonnes pour les jeunes du Nicaragua qui vivent en milieu rural. Au contraire, elles se font plutôt rares, ce qui pousse les jeunes à migrer vers d’autres pays pour trouver un emploi et subvenir aux besoins de leur famille.

«Un des problèmes majeurs qui affectent les jeunes du Nicaragua est le manque d’emploi. Souvent, nous n’avons même pas la capacité de créer un petit commerce, faute de capital. Mais grâce à Proga-Jeunes, nous avons eu accès à du microcrédit avec lequel nous avons pu mettre en œuvre notre plan d’affaires et rester dans notre communauté», témoigne Maria.

 

Étincelle de génie pendant la classe de fertilisation

« Comme jeunes entrepreneurs, nous sommes capables de mettre un plan d’affaires en œuvre avec nos idées novatrices. » – Maria

C’est pendant leur classe de fertilisation agroécologique que Maria et Yelsing ont eu une idée de génie. Celle de fabriquer un fertilisant agroécologique qui permettrait aux producteurs et aux productrices de la région de cultiver leur terre tout en conservant les sols, en éliminant les produits toxiques et les maladies, et en assurant la production d’aliments de meilleure qualité nutritionnelle. Voilà comment est née l’idée de produire le fertilisant PRINEC (Productos integrados y ecológicos).
Leur ambition ne s’arrête toutefois pas ici. Si Proga-Jeunes leur a appris une chose, c’est qu’il faut savoir mettre ses apprentissages en pratique pour réaliser ses rêves.

C’est ainsi que Yelsing et Maria me partagent leur vision :

« Mon plus grand rêve serait de continuer à travailler avec ma microentreprise de production maraîchère et de fertilisant. De positionner mon entreprise sur les marchés régionaux et nationaux. Je souhaite aussi que ma microentreprise soit reconnue pour son travail agroécologique », raconte Maria, main dans la main avec Yelsing.

Maria et Yelsing m’ont ensuite invité à prendre un café avec toute leur famille, au cœur des montagnes verdoyantes de Miraflor, sous un magnifique coucher de soleil.


Proga-Jeunes en bref !

De 2011 à 2017…

  • 2378 jeunes formés en agroécologie, transformation et commercialisation
  • 1 471 d’entre eux, dont 640 femmes, ont maintenant un diplôme reconnu par le gouvernement nicaraguayen
  • 234 microentreprises agricoles
  • Un impact direct sur les revenus et la sécurité alimentaire de 10 000 familles des départements de Madriz, de Nueva Segovia et d’Estelí

Projet financé par le gouvernement du Canada par l’entremise d’Affaires mondiales Canada.

*Crédits photos : Jacinthe Moffatt