La révolution verte

 

Elle, c’est Nidia Flores. C’est une mère monoparentale de 45 ans vivant dans la communauté de San Miguelito, au Honduras. Elle fait partie de La Felicidad,un regroupement de femmes et d’hommes cultivant la terre.

Et oui, elle, c’est Nidia.
Une des nombreuses femmes extraordinaires avec laquelle j’ai eu la chance de travailler.

Laissez-moi vous raconter…

J’ai fait la rencontre de Nidia au début de mon mandat en agroécologie. C’était en septembre ; je m’en rappelle comme si c’était hier. Quand je suis arrivé pour la première fois chez elle, j’ai été émerveillé par sa ténacité. C’était l’une des rares femmes de la communauté d’El Liver à oser affronter ces sols durs et arides. Ces mêmes terres inhospitalières en avait effrayé plus d’une, mais pas elle. Son potager à elle, c’était comme une oasis en plein milieu du désert. Avec un amalgame de pneus, barbelés et branches, elle avait assemblé un périmètre bien protégé afin de pouvoir coloniser ce petit espace de terre grisâtre à l’abri des poules plutôt gourmandes. On y retrouvait même un vieil ordinateur dans lequel on y voyait des tagètes pousser ; comme quoi la nature reprend toujours le dessus sur la technologie.
Pendant plusieurs mois, elle s’est battue. Battue parce que ressusciter la vie dans de telles conditions semblait impossible.

Aujourd’hui, après plusieurs mois de travail acharné, c’est avec une grande fierté qu’elle nous fait visiter son potager. Je me souviens encore que la dernière fois que j’y ai mis les pieds, c’était l’abondance. Du basilic en passant par les tomates mûrissantes jusqu’aux gigantesques radis, tout y était. Quand j’ai les deux pieds dans ce potager, je me rends compte qu’aller au marché devient inutile. Chacun de ces petits plats prend naissance dans ce jardin de légumes, de fleurs et de condiments. Les voisins aussi, toute tranche d’âge confondue, ont commencé à s’inspirer de son travail. Ils ont enfin osé cultiver la terre. Tout cela, grâce au dévouement et à la persévérance de cette femme incroyable.

Cette femme, c’est un modèle et une inspiration pour moi et plusieurs autres membres de la communauté. Ce sont des femmes comme Nidia qui m’inspirent chaque jour dans mon travail. C’est elle et plusieurs autres qui sont derrière cette révolution verte : l’art de coloniser jusqu’aux espaces les plus hostiles.

Un jour, vous vous rendrez à San Miguelito, dans la communauté d’El Liver, au kilomètre 30.
Un jour, vous vous rendrez dans le département d’Intibucá, au Honduras.
Un jour, vous serez accueilli dans cette oasis par Nidia vous aussi.
Alors ce jour-là, vous comprendrez tout ce que j’essayais de vous dire dans ce bref écrit…

Jean-Philippe Gélinas, stagiaire en agroécologie au Honduras

Jean-Phillippe a entamé un deuxième mandat avec SUCO comme conseiller volontaire au Honduras.