Un éléphant sous l’eau

 

Au Sénégal, j’ai découvert des choses magnifiques. J’ai aussi vu des choses moins splendides. Je peux même dire que je me suis retrouvée face à des situations assez déstabilisantes. Vous savez, ces moments où votre cerveau fait quatorze tours sur lui-même sans même pouvoir trouver une explication rationnelle ? Je pense que ces moments sont cruciaux en voyage. Ils vous permettent de repousser vos limites et de remettre en question vos conceptions du monde. 

Image libre de droits

C’est un peu comme si vous preniez un éléphant et que vous l’ameniez vivre au fond de l’océan. Si une telle manipulation était possible, vous imaginez bien à quel point l’éléphant serait égaré ? Tout ce qu’il connaissait du monde (ou croyait connaître) prendrait certainement une toute nouvelle dimension. Je me sens un peu comme cet éléphant sous l’eau, à la fois émerveillée et perdue dans cet univers africain. Parfois, c’est comme si j’étais sur une autre planète. Et pourtant, je n’ai traversé qu’un océan…

On dit souvent qu’on a toujours le choix. C’est vrai, mais parfois, les choix sont limités. J’ai le choix ici de me noyer ou de m’adapter. La première option est trop facile, et la deuxième peut me rendre plus forte. La décision n’a pas été difficile. J’ai choisi de m’adapter à mon nouvel environnement. Le processus sera long et parsemé d’embûches, mais les retombées seront immenses. Je serai comme un poisson dans l’eau dans ce pays où le sable est maître.

DSC01213 (1)

Savoir d’où l’on vient pour savoir où l’on va

Pour l’instant, je me suis fixée des objectifs simples. Un pas à la fois, car rien ne sert de courir. Je dois d’abord réussir à trouver un équilibre entre mon identité et celle de l’autre. Pour bien appréhender la différence, il faut savoir à quoi on ressemble. J’ai compris qu’il me faudrait inévitablement sacrifier une partie de moi-même. Il m’est impossible de vivre ici comme je vis au Canada. L’éléphant ne peut pas vivre sous l’eau comme il vivait dans les plaines tanzaniennes. Il doit laisser certaines choses de côté pour en acquérir de nouvelles. Par contre, il faut savoir préserver les fondements de son identité. Et même en y parvenant, on ne sort jamais indemne d’une telle aventure. On devient en quelque sorte un organisme « culturellement » modifié.

J’ai souvent entendu dire qu’il fallait savoir d’où l’on vient pour savoir où l’on va. Personnellement, je pense aussi qu’il faut savoir où on est allé pour retrouver le chemin de sa maison. L’éléphant doit apprendre à parler aux poissons, mais il doit aussi se souvenir qu’il aura toujours quatre pattes. C’est ainsi qu’il saura un jour retrouver la terre ferme. Et jamais il n’oubliera les mille et une couleurs de l’océan.

Les éléphants amphibiens ont une conception du monde très vaste. Ils sont aussi curieux. Ils ont goûté à la mer, ils veulent maintenant toucher le ciel. Les voyages m’ont donné envie de voir et de connaître davantage. Ils ont fait de mon unique réalité un monde à multiples facettes. J’ai ajouté une nouvelle dimension à mon univers. Depuis, ma vie est plus complexe, mais tellement plus captivante.

 

Par Milaine Bédard-Lamirande, conseillère en gestion du savoir ( stage PSIJ 2015-2016)

 

DSC00995
Crédit-photo: Cheikh Kandji

 

 

 

Le Programme de stages internationaux pour les jeunes (PSIJ) est réalisé avec l’appui financier du gouvernement du Canada accordé par l’entremise d’Affaires mondiales Canada.