Soulignons la Journée mondiale de l’alimentation

 

16 octobre : Journée mondiale de l’alimentation

Orchestrée par l’Organisation pour l’alimentation et l’agriculture (FAO), la #JournéeMondialedelAlimentation, a pour thème cette année « Cultiver, nourrir, préserver. Ensemble. »

Selon la FAO, en 2020 près de 690 millions souffrent de la faim dans le monde, soit environ 10 millions de personnes de plus qu’en 2019. L’évolution de la pandémie et les scénarios de croissance économique laissent entrevoir la possibilité que 83 à 132 millions de personnes de plus souffrent de la faim au cours de l’année.

Devant cette réalité implacable, le thème de la Journée internationale de l’alimentation est plus que pertinent.

La COVID-19 et les systèmes alimentaires

Même si depuis 2014 nous constatons une augmentation constante de la faim dans le monde conjuguée étonnamment à une hausse de l’obésité, la pandémie de la COVID-19 et les mesures sanitaires mises en place pour limiter la propagation du coronavirus ont des impacts sur la capacité de nourrir, et de nourrir sainement la population mondiale. Les impacts se font principalement sentir sur la production alimentaire, En fait, la crise sanitaire a agi comme une loupe et a démontré les faiblesses, mais aussi les points forts des systèmes alimentaires, et ce, peu importe l’échelle. Les enjeux liés à l’alimentation ne sont pas uniquement une question de production agricole, et comme la pandémie l’a démontré, toutes les composantes d’un système alimentaire sont essentielles pour acheminer la nourriture de la ferme à la table.

Schéma de l'axe systèmes alimentaires viable - SUCO
Schéma de l’axe: systèmes alimentaires viables

Systèmes alimentaires menacés

Par exemple, des femmes membres de la coopérative Sell Sellal au Sénégal, productrices d’oignons, ont été contraintes laisser pourrir leur production faute d’accès aux marchés et aux consommateurs, mais aussi faute de capacité de transformation et de conservation des produits. Au Québec, nous avons vécu une situation similaire avec les productions de porcs, bœufs et volailles qui, faute d’abattoirs, ont vu leurs productions menacées avec l’article La filière alimentaire sinistrée. Ces deux exemples illustrent en fait l’interdépendance et de la fragilité des systèmes alimentaires .

La fragilité des systèmes alimentaires

Un rapport produit par IPES-Food à la fin mars 2020 et le communiqué La COVID-19 et la crise dans les systèmes alimentaires : Symptômes, causes et solutions potentielles soulignent que même si aucune défaillance généralisée des chaînes d’approvisionnement alimentaire ni de volatilité extrême des prix n’a été déplorée, il n’en demeure pas moins que les chaînes d’approvisionnement, longues et courtes, ont été mises à rude épreuve et que la résilience des systèmes alimentaires a été testée, entrainant des impacts différents autour du monde.

Le rôle des femmes dans l’alimentation

Alors que les femmes jouent un rôle prépondérant dans les systèmes alimentaires – de la production à la transformation en passant par le foyer où, en général, elles sont également responsables d’acheter et de cuisiner la nourriture pour la famille – leur travail est d’ordinaire invisible et trop souvent, elles sont les premières à souffrir de la faim.

Selon un rapport d’Oxfam-International publié en juillet dernier, il est juste de présumer que les femmes et les enfants sont affectés de manière disproportionnée par l’insécurité alimentaire.

« Les femmes représentent une part importante dans divers groupes comme la main d’œuvre informelle et les petites exploitations qui ont été les plus durement frappées par les conséquences économiques de la pandémie. Par ailleurs, les femmes sont souvent les plus vulnérables au sein de ces groupes en raison des obstacles systémiques auxquels elles sont confrontées, comme la discrimination au niveau des salaires et de la propriété foncière ou en raison de la stigmatisation sociale associée au fait d’être un parent isolé, une mère célibataire ou sujette à des violences sexuelles ». Extrait de l’article Le virus de la faim. Comment le coronavirus sème la faim dans un monde affamé.

Combattre les iniquités et les relations de pouvoir

Comme le souligne la vision féministe de l’agroécologie, une véritable transformation des systèmes alimentaires demande non seulement de porter attention à l’iniquité présente dans les systèmes alimentaires actuels, mais aussi de remettre en question l’ensemble des relations de pouvoir, et pas seulement celles entre les femmes et les hommes.

Par exemple, en octobre dernier l’un des articles du magazine Farming Matters soutenait que la capacité de l’agro-industrie à nourrir la population dépend principalement de l’industrialisation – processus par lequel le contrôle de la nourriture est hors des mains des productrices et producteurs – et à certains degrés, de l’exploitation des groupes vulnérables, dont les femmes.

A contrario, la FAO affirme plutôt que le rôle des femmes dans la lutte contre la faim est capital. Dans un rapport publié en 2011, la FAO estimait que si les femmes jouissaient du même accès aux ressources productives que les hommes, elles pourraient accroître jusqu’à 30% leurs productions agricoles, ce qui réduirait le nombre de personnes souffrant de la faim dans le monde jusqu’à 17 %.

Développer la résilience des systèmes alimentaires

La crise sanitaire actuelle n’est qu’une autre facette des chocs multiples auxquels les systèmes alimentaires sont confrontés. À la pandémie de la COVID-19, s’ajoutent également les crises économique et climatique. La multiplicité des crises démontre la nécessité de renforcer la résilience des systèmes!

Plusieurs actrices et acteurs de changement font preuve de créativité et d’ingéniosité, et grâce à des pratiques agroécologiques nourrissent le monde sans le mettre en péril.

SUCO salue dans le cadre de la Journée mondiale de l’alimentation et de la Journée internationale des femmes rurales ces #HéroïnesDelAlimentation et les #HérosDelAlimentation qui font la différence dans la vie des gens.

Elles et ils contribuent à la résilience des systèmes en acheminant la nourriture de la ferme à la table. SUCO est fière de travailler avec vous!

Pour mieux les connaître, n’hésitez pas à les entendre :

Nous vous invitons à soutenir nos projets en vous inscrivant au don mensuel. En appuyant SUCO, vous prenez part à un changement concret auprès des communautés que nous continuons de soutenir en ces temps de crise.

 


Renseignements supplémentaires:

Geneviève Talbot
Chargée de programme – Pôle Afrique
514 272-3019 poste 235

Pandémie et Relance juste

 
haiti2013 parcelle de choux et montagnes crédit photo mathieu roy
Parcelle de choux et montagnes – Haïti – crédit photo : Mathieu Roy, 2013

Une relance juste pour rebâtir en mieux

Récemment, le gouvernement fédéral présentait le discours du Trône, où l’on reconnait la nécessité « d’investir dans le développement international tout en soutenant les pays en développement dans le processus de reprise et de résilience » dû au contexte mondial. SUCO tiens à réitérer la pertinence des six principes mis de l’avant dans la déclaration pour une Relance juste.

Six principes pour une Relance juste

Signée par SUCO de même que par plus de deux cents organisations, cette Déclaration établit six principes nécessaires à une juste relance, soit :

  • Donner la priorité à la santé et au bien-être des populations, sans exception;
  • Renforcer le filet social et fournir de l’aide à la population;
  • Donner la priorité aux travailleuses et travailleurs, ainsi qu’à leurs communautés;
  • Renforcer la résilience pour prévenir de futures crises;
  • Renforcer la solidarité et l’équité entre les communautés et les générations au-delà des frontières;
  • Respecter les droits des peuples autochtones et travailler en partenariat avec eux.

Visant à « Rebâtir en mieux, en adoptant une approche durable pour les prochaines générations, » le discours du Trône est venu confirmer que les principes d’une relance juste doivent être au cœur de la réponse de l’après COVID-19.

Les inégalités sociales dans l’ombre de la pandémie

Comme il a été possible de le constater dans les récents mois, les dommages économiques causés par la pandémie de la COVID-19 et les mesures sanitaires mises en place pour y faire face renforcent les inégalités ici et ailleurs. Les impacts économiques de cette crise sanitaire sont majeurs : l’économie mondiale connaît d’ailleurs sa pire récession depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale.

En fait, pas moins de 37 millions de personnes devraient basculer sous le seuil de la pauvreté sur le plan mondial. C’est du moins, l’une des conclusions à laquelle le rapport Goalkeeper2020, publié par la fondation Bill & Melinda Gates, est arrivée.

Le Conseil canadien de la coopération internationale (CCCI) indiquait récemment que la crise provoquée par la COVID-19 ferait basculer 71 millions de personnes dans la pauvreté extrême  et  265 millions d’autres souffriront d’insécurité alimentaire aiguë à travers le monde si aucune action n’est mise en œuvre. L’Organisation mondiale de la santé (OMS), pour sa part, soulevait aussi des inquiétudes importantes par rapport à la vaccination des enfants : elle estime que quelque 117 millions d’enfants ne seront pas vaccinés.  Le fonds des Nations Unies pour la population (UNFPA) estimait que près de 31 millions de cas de violence sexospécifique s’ajouteraient au bilan mondial.

Des axes d’interventions pour soutenir une relance juste

Parallèlement à ce contexte mondial, les axes d’action identifiés par SUCO et mises en œuvre depuis des années demeurent des plus stratégiques :

Droits et participation des femmes

Par une analyse intersectionnelle, nous abordons la réalité des femmes de manière différenciée et nous construisons, avec elles, des solutions adaptées. Nous mettons en place des conditions assurant le respect des droits et la participation l’élaboration des solutions et aux bénéfices qui en découlent.

Système alimentaire viable

Nous soutenons le développement de systèmes alimentaires viables, capables de répondre aux besoins nutritionnels et économiques humains, tout en respectant les écosystèmes.

Résilience aux changements climatiques

Puisque les populations rurales pauvres sont particulièrement vulnérables, nous travaillons à augmenter leur résilience aux changements climatiques par des solutions concrètes et innovantes.

Acteurs et actrices de changements

Nous travaillons avec les acteurs et actrices concernées et cherchons à renforcer leur capacité à bien jouer leur rôle. Nous proposons des opportunités permettant aux citoyens et citoyennes de s’engager positivement et concrètement pour transformer la société. Nous sommes, nous aussi, activement engagés·es dans le changement.

Il est donc naturel que SUCO soutienne et se joigne au mouvement pour une Relance juste afin de s’assurer que les paroles se transforment en actions, avec des politiques et des investissements à la hauteur des défis mondiaux amenés par la pandémie de la COVID-19.

Nous vous invitons à soutenir nos projets en vous inscrivant au don mensuel. En appuyant SUCO, vous prenez part à un changement concret auprès des communautés que nous continuons de soutenir en ces temps de crise.


Renseignements supplémentaires:

Geneviève Talbot
Chargée de programme – Pôle Afrique
514 272-3019 poste 235

12 août : journée internationale de la jeunesse

 

 

Le 12 août est la journée internationale de la jeunesse. Désignée par l’Assemblée générale des Nations Unies en 1999, cette journée est une célébration annuelle du rôle des jeunes femmes et des jeunes hommes comme partenaires essentiels dans la promotion des droits humaines et du développement. En cette année de pandémie de COVID 19, la jeunesse est particulièrement vulnérable et les défis auxquels sont confrontés les jeunes du monde entier sont grands.

Pour 2020, le thème de la journée est « L’engagement des jeunes pour une action mondiale ». Ce thème vise à mettre en évidence la manière dont l’engagement des jeunes aux niveaux local, national et mondial enrichit les institutions et les processus nationaux et multilatéraux. Ce thème vise aussi à tirer des leçons sur l’amélioration de leur représentation et leur engagement dans la politique institutionnelle formelle. Comme le souligne le rapport OXFAM Québec et de ses partenaires , il n’y aura pas de reprise post COVID 19 sans l’inclusion d’une perspective jeunesse dans l’idéation t la mise en œuvre d’un plan de relance. 

 

SUCO accompagne la jeunesse

SUCO accompagne des mouvements et des associations de jeunes depuis plusieurs années, et a d’ailleurs développé en Afrique de l’Ouest un partenariat avec le Réseau des Jeunes Volontaires pour l’Environnement (JVE). Réseau international créé en 2001, JVE vise à développer le leadership et l’écocitoyenneté des jeunes en vue de leur implication dans la promotion durable des communautés. Maintenant l’une des plus grandes organisations environnementales, de volontariat et de jeunesse en Afrique, JVE est née dans un village au Togo, Kpélé-Tsiko dans la région des plateaux, elle a franchi les frontières et bâti les ponts entre des esprits engagés à travers toute l’Afrique et l’Europe notamment. Elle dispose de représentations nationales dans 28 pays sur le continent mais aussi des bureaux de liaison à Bruxelles et Genève

JVE porte le flambeau de la jeunesse et œuvre pour sa formation, sons autonomisation et son émergence via son auto promotion et sa prise en charge entre autre par l’auto-emploi. À ce jour, SUCO travaille principalement avec JVE Sénégal, mais devrait élargir sa collaboration avec les autres JVE présents dans nos pays d’intervention dans les années à venir.

 

JVE Sénégal : un mouvement jeunesse dynamique et créatif!

Lors du webinaire intitulé « Du cimetière de plastique à la GreenTeam: des actions pour mettre en oeuvre une réelle vision écologique! »  qui a eu lieu le 10 juin dernier  nous avons eu la possibilité de d’échanger avec des représentants de JVE Sénégal.

 

Djibril Niang, directeur de JVE Sénégal

 

C’est suite à une conférence donnée à Dakar en 2010 par le directeur de JVE Côte d’Ivoire que 7 jeunes activistes dont 4 hommes et 3 femmes se sont regroupés pour mettre en place JVE Sénégal. Officiellement ouverte en 2013, l’organisation a rapidement fait sa place dans la société civile sénégalaise et est maintenant reconnue pour ses capacités de mobilisation citoyenne et par actions terrains.

 

Des actions pour l’environnement et la résilience climatique 

En quelques années JVE Sénégal, grâce à ses actions terrains et sa compréhension des enjeux a su prendre sa place. La philosophie de JVE Sénégal est de sensibiliser les adultes à l’environnement, alors que les enfants peuvent encore être éduqués et apprendre les bonnes pratiques environnementales. De 18 à 35 ans,  les jeunes ne sont pas que l’avenir du pays, mais font aussi partie de la force vive du pays.

Voici quelques exemples du travail fait par JVE Sénégal : 

  • Création d’une plateforme intitulée la Green Team qui regroupe différentes organisations jeunesse, dont JVE Sénégal. La Green team célèbre ensemble les journées qui parlent d’environnement, dont le 22 avril et a aussi organisé le Green Month en juin 2020. Depuis la création de la plateforme, plusieurs événements virtuels ont été organisés et ont attiré des milliers de personnes.
  • Recyclage et valorisation des déchets plastiques – JVE a été le catalyseur du vote de l’Assemblée Nationale du Sénégal de la loi sur l’interdiction des déchets plastiques et cela suite à sa pétition qui a permis de recueillir plus de 7000 signatures, contre 5000 exigées par la loi. Maintenant, JVE accompagne les institutions et les gens pour les outiller afin de mettre en œuvre cette nouvelle loi.
  • Le programme Bon Geste qui se déroule dans les écoles primaires: Programme à l’éducation à l’environnement avec des sensibilisations sur les changements climatiques, sur la gestion des déchets qui conduit à la reconstruction des cours d’école grâce à la revalorisation des déchets et l’installtion, avec les élèves et dans chaque école, de jardins.
  • Collaboration avec le Ministère de l’environnement et le Ministère de l’urbanisme pour le développement de Plans d’aménagement qui revalorisent les déchets plastique. 
  • JVE est aussi reconnu pour son programme formation action (form-action) qui consiste à identifier chaque année des petites actions faisables (PAF) et à recruter des volontaires pour les exécuter par exemple nettoyer une plage, construire des bancs écologiques, installer des poubelles artisanes de rues, etc. 

 

 

En cette journée internationale de la jeunesse, SUCO salue le travail des associations et mouvements jeunesse, qui tout comme JVE font un travail essentiel pour assurer une pleine participation des jeunes femmes et jeunes hommes aux décisions qui les concernent. 

 


Renseignements supplémentaires

Geneviève Talbot
Chargée de programme – Pôle Afrique
Courriel: genevievetalbot@suco.org

 


Impact et ajustement des partenaires de SUCO en Afrique de l’Ouest face au COVID-19 et aux mesures sanitaires

 

 

Crédit photo : Djigui Soumare

 

Dans un premier billet, un survol global de l’impact de la COVID 19 et des mesures sanitaires en Afrique, plus particulièrement en Afrique de l’Ouest a été présenté. Celui-ci présente comment les partenaires de SUCO ont su s’adapter face à ce nouveau contexte et l’impact sur les populations locales de ces mesures sanitaires. 

 

Tel que mentionné dans l’article Une crise en attente? La COVID 19 en Afrique de l’Ouest, l’Afrique, plus particulièrement les pays d’intervention de SUCO en Afrique de l’Ouest, n’ont pas été aussi durement touchés par le coronavirus lui-même. Ce sont les mesures sanitaires adoptées par les États qui ont un important impact sur nos partenaires et les populations locales. 

Un obstacle à la sécurité alimentaire

Dans le billet Circuits courts et approvisionnement local  paru sur le blogue de SUCO, on démontrait que les restrictions imposées ont grandement affecté les chaînes alimentaires et les capacités d’achat des populations locales, entraînant un problème d’insécurité alimentaire, voire de faim. Les témoignages recueillis par SUCO auprès de nos partenaires sont très évocateurs.

« Je m’appelle Agbo Epiphane, je suis responsable du volet agricole du programme de l’ONG ALDIPE depuis vingt-cinq ans. Mon métier consiste à aider les communautés à lutter contre l’insécurité alimentaire en améliorant et en augmentant leurs productions agricoles afin de mieux les rentabiliser.

La pandémie du COVID-19 a amené le gouvernement de mon pays à prendre quelques mesures sanitaires notamment la distanciation sociale, la mise en place du cordon sanitaire, l’interdiction de tenir des réunions de plus de dix personnes, le port du masque, etc. Ces mesures ont freiné mes activités dont les formations et les sensibilisations à l’endroit des producteurs, mais elles ont favorisé également l’émergence d’un climat de méfiance entre collègues de peur d’être contaminé. On note également un manque de motivation des producteurs autour de l’exercice de leurs activités. »

Agbo Epiphane 



Les restrictions imposées ont eu un impact sur la production agricole, mais aussi sur l’écoulement des produits affectant le gagne-pain des gens et par conséquent leur capacité d’achat. Florence, revendeuse de légumes à Bohicon au Bénin, nous en partage les conséquences : 

« L’arrivée de la pandémie du coronavirus a eu beaucoup d’impacts sur mes activités au nombre desquels je peux citer la mévente des légumes et la chute de leur prix. Parmi mes clients se trouvent aussi des étrangers qui ne peuvent plus venir s’approvisionner librement à cause du cordon sanitaire installé par le gouvernement ainsi que le port de masque et la distanciation sociale qui créent un climat de méfiance des uns envers les autres. Tout cela rend difficile l’écoulement de nos produits qui sont pour la plupart périssables, ce qui du coup affecte mes revenus. »

Abode Florence, vendeuse de légumes à Bohicon au Bénin et participante aux activités de notre partenaire ALDIPE

Les femmes et les filles, encore une fois plus vulnérables

Dans une série d’articles parus en mars 2020, Linda Gagnon faisait ressortir que les femmes sont clairement plus vulnérables en temps de pandémie. Ce constat s’applique aussi pour l’Afrique. 

Le 18 juin dernier, l’OMS soulignait s’inquiéter de l’impact de la COVID sur les femmes et les filles en Afrique. L’OMS confirme les résultats préliminaires publié par CARE dans le rapport Analyse rapide du genre – Covid 19. Afrique de l’Ouest, paru en avril dernier. 

Les impacts directement liés à la crise se font sentir entre autres sur la réduction des revenus et la limitation de l’accès aux besoins de base, en raison des fermetures des services gouvernementaux, comme les cliniques de santé maternelle, de la modification des rôles de genre dans les ménages – les femmes étant parfois le revenu principal du ménage – et de l’augmentation de la violence basée sur le genre. La pandémie de COVID-19 en Afrique de l’Ouest exacerbe actuellement les problèmes socio-économiques : les femmes supportant le plus gros fardeau de prendre soin de leur famille tout en cherchant également à diriger les communautés dans la prévention et l’adaptation.

« Nous constatons déjà que l’impact de COVID-19 sur les femmes et les filles est profond. Les femmes sont touchées de manière disproportionnée par les confinements et cela se traduit par un accès réduit aux services de santé », a déclaré Dr Matshidiso Moeti (L’OMS inquiète de l’impact de COVID-19 sur les femmes et les filles en Afrique). Par exemple, alors que les efforts se concentrent sur la réduction de la propagation de la COVID-19, des services essentiels tels que l’accès aux services de santé sexuelle et reproductive ont été perturbés. Une analyse récente publiée dans le Lancet Global Health suggère qu’une réduction des services de santé maternelle de seulement 9,8 à 18,5 % pourrait entraîner jusqu’à 12 200 décès maternels supplémentaires sur six mois dans les pays à faibles et moyens revenus.

Les femmes toutefois s’organisent et luttent pour s’assurer que leurs droits soient respectés. SUCO travaille de concert avec elles pour veiller à ce que la réponse à la COVID-19 ne signifie pas un recul pour les droits et la participation des femmes. 

 

Et la résilience aux changements climatiques? 

La réduction des activités économiques a eu un impact positif sur la qualité de l’environnement, c’est indéniable. Ceci sera peut-être l’un des aspects positifs de cette crise. Cependant, une crainte est que les fonds disponibles pour la coopération internationale soient redirigés uniquement vers des appuis directs à la lutte à la COVID-19, ce qui dans le long terme pourrait être néfaste. 

C’est pourquoi SUCO, par l’entremise de l’appui du Programme de coopération climatique internationale du gouvernement du Québec, est fière que le GRAIM, partenaire au Sénégal, ait su s’adapter afin de maintenir les activités du projet  Dund ak keew bi  : Gouvernance locale pour l’adaptation et la résilience aux changements climatiques dans 6 communes du Plateau de ThièsCe projet vise à renforcer les capacités d’adaptation et de résilience aux changements climatiques de ces 6 communes.

Ainsi, tout en respectant les restrictions sanitaires, le GRAIM a pu installer des pépinières communautaires, distribuer aux femmes des fourneaux à faible coût énergétique et installer des systèmes de captation d’eau. Agir sur la résilience des populations locales aux impacts des changements climatiques, c’est aussi renforcer, dans le long terme, leur résilience face aux crises sanitaires, tout en diminuant la probabilité de ces crises. 

 

 

SUCO et ses partenaires ont su s’adapter 

Au Sénégal, au Burkina Faso et au Bénin, nos partenaires ont su adapter leurs pratiques afin de maintenir leurs activités. Celles touchant l’amélioration de l’environnement (plantation d’arbre, pépinières, régénération naturelle des sols…), l’agriculture (production biologiques, marchés publiques) et celles de sensibilisation (émission de radio, web…) ont été maintenues dans la plupart des pays. Des idées innovantes pour écouler ou transformer les produits agricoles ont été testées, comme le démontre Yélémani au Burkina Faso qui a mis sur pied un service de livraison à travers l’application WhatsApp, afin d’apporter les paniers de légumes locaux et bio directement à leurs clients. Certaines de ces idées resteront, d’autres non. Chose certaine, nous continuerons à travailler de concert avec nos partenaires pour assurer l’amélioration des conditions environnementales, l’appui aux petits producteurs et aux petites productrices pour qu’ils et elles assurent la continuité de leur production agricole, approvisionnent les marchés locaux d’aliments sains et de produits alimentaires de première nécessité. 

Cette crise nous aura fait saisir l’importance de toutes et tous dans le soin des autres. Nous laissons le mot de la fin au producteur Bertrand Yegnissou, du village de Adanminankougon dans la commune de Bohicon, au Bénin qui, par cette crise, a pris conscience de l’importance de son métier :

« J’aime bien mon métier d’agriculteur parce que j’ai découvert au fil du temps que la terre ne ment jamais  et que grâce à ma production, la population arrive à se nourrir. Depuis le mois de mars, notre pays a été touché par la pandémie mondiale du coronavirus. Notre travail et notre train de vie ont pris un coup. (…) Nous producteurs, nous avons un rôle capital à jouer dans la riposte à cette pandémie car sans une production sécurisante, le Bénin risque de connaitre une crise alimentaire. Avec l’accompagnement d’ALDIPE, nous développons déjà des pratiques agro-écologiques et cela nous rassure sur la qualité des produits et la durabilité de l’exploitation. Nous allons cette année renforcer la production vivrière pour faire chuter les prix et permettre à nos communautés de pouvoir mieux nourrir. »

Bertrand Yegnissou, de la commune de Bohicon, au Bénin.

 


Renseignements supplémentaires:

Geneviève Talbot
Chargée de programme – Pôle Afrique
Courriel: genevievetalbot@suco.org

 


Une crise en attente? La COVID-19 en Afrique de l’Ouest

 

 

 

Ce premier billet fait un survol global de l’impact de la COVID-19 et des mesures sanitaires en Afrique, plus particulièrement en Afrique de l’Ouest. Dans un second billet, nous verrons comment les partenaires de SUCO ont su s’adapter face à ce nouveau contexte et l’impact de ces mesures sanitaires sur les populations locales. 

 

Si dans un premier temps, il a semblé que la pandémie avait épargné l’Afrique, le 11 juin dernier la directrice régionale de l’Organisation mondiale de la santé (OMS), la Dr. Matshidiso Moeti lançait un avis disant que l’Afrique n’est pas à l’abri de la pandémie. « Il a fallu 98 jours pour atteindre la barre des 100 000 cas [de coronavirus en Afrique] et 18 seulement pour franchir celle des 200 000, a-t-elle martelé lors d’un point de presse par vidéo au siège de l’OMS à Genève, avant d’insister : il est clair que la pandémie s’accélère ». 

Si cet avertissement a lieu d’être, objectivement, il faut relativiser : les cas sont moindres sur le continent africain qu’ailleurs, le rythme de propagation du virus y semble plus lent qu’ailleurs et de plus, les cas sont assez concentrés dans certains pays. Enfin, le taux de létalité du virus est moindre sur le continent africain (taux de létalité de 2,5% pour l’Afrique comparé à un taux d’environ 9% au Québec) et le nombre de patients guéris est important (192 364 cas guéris sur un total de 403 692 cas) soit un taux de guérison de 47% (OMS COVID-19 Outbreak Sitrep 18 (2020)).

Selon nos partenaires sur le terrain, ce qui fait le plus mal aux populations locales n’est pas tant la COVID 19 que les mesures de prévention prises pour limiter la propagation du virus. D’ailleurs, dans certains pays, les populations se révoltent contre ces mesures. Les chiffres semblent appuyer ces révoltes populaires car même si le virus est toujours présent, l’impact sanitaire de la pandémie reste à ce jour limité. Cependant, les conséquences économiques et sociales, elles, sont déjà dramatiques dans certaines régions et risquent de s’empirer. 

 

Survol de la situation en Afrique et des mesures mises de l’avant pour stopper la propagation du virus. 

 

Selon la mise à jour de l’OMS en date du 1er juillet 2020, le plus grand nombre de cas en Afrique est concentré dans 10 pays soit l’Afrique du Sud (151 209), le Nigéria (25 694), le Ghana (17 741), l’Algérie (13 907), le Cameroun (12 592), la Côte d’Ivoire (9 214), la République démocratique du Congo (7 039), le Sénégal (6 793), le Kenya (6 366) et l’Éthiopie (5 848). Ces 10 pays ensemble comptent en effet pour 84% (256 401) des cas reportés (OMS Covid 19 OutbreakSitrep). Sur le continent, l’Afrique du Sud, le Nigéria, l’Algérie, le Ghana et le Cameroun, sont donc les pays les plus affectés, en terme de nombre de cas mais aussi de décès : selon l’OMS ces 5 pays comptent pour 74% des décès rapportés, selon les chiffres rapportés par l’OMS. . 

Actuellement, 30 pays de la région connaissent une transmission communautaire, neuf ont des foyers d’éclosions communautaires et huit ont des cas sporadiques de COVID-19. La région a aussi observé une augmentation des cas importés en provenance des pays touchés de la région. Ces cas sont en grande partie alimentés par les chauffeurs routiers transfrontaliers et les déplacements irréguliers de personnes et bien à travers des frontières poreuses. D’où le maintien de la fermeture des frontières terrestres. (OMS COVID-19 Outbreak Sitrep 19 ).

Cependant, la situation dans les pays d’intervention de SUCO en Afrique de l’Ouest est différente.

 

Sénégal

En date du 6 juillet 2020, au Sénégal il y avait 7 478 cas positifs, dont 4 909 guéris, 136 décès et 2 432 sous traitements.  On constate aussi une augmentation des cas issus de la transmission communautaire (Ministère de la santé et de l’action sociale)

Le Sénégal a pris très au sérieux l’urgence sanitaire causée par la COVID-19. Le pays a réagi assez rapidement dès la mi-mars par la fermeture de ses frontières de même que les écoles et universités, mise en place de couvre-feu, contrôle du transport inter-région, et interdiction de tous les rassemblements de plus de 50 personnes, incluant les rassemblements religieux. Cependant, tout comme le soulignait l’article sur la situation en Amérique latine et Caraïbes, l a distanciation physique est difficile à imposer. De plus, au Sénégal, le confinement est partiel : les usines et les marchés sont ouverts, sauf exception comme à Dakar ou les marchés sont fermés les samedi et dimanche depuis le 2 mai.

Cependant, face à la grogne populaire, le gouvernement a dû alléger les mesures de restriction. Ainsi dans un discours prononcé le 29 juin dernier, le Président Macky Sall levait l’état d’urgence et le couvre-feu, annonçait la réouverture des frontières aériennes pour le 15 juillet, maintenait, par contre, la fermeture des frontières terrestres et maritimes de même la fermeture des marchés un jour par semaine. Les restrictions sur les transports inter-région sont levées depuis le 4 juin, de même que les restrictions sur les réunions qui sont de nouveau autorisées. Les restaurants et les salles de sport sont rouvertes avec masque et distanciation obligatoire. Enfin, les vols intérieurs ont repris de façon progressive depuis le 15 juin, de même que les  et les écoles, collèges et lycées qui rouvrent aussi de façon progressive depuis le 25 juin. (Source Jeune Afrique)

 

Burkina Faso 

Au Burkina Faso, en date du 3 juillet, il y avait 1000 cas déclarés, 858 cas guéris et 53 morts. 

Le Burkina Faso est le pays le plus touché d’Afrique de l’Ouest par la COVID 19. La pandémie s’ajoute à l’insécurité grandissante au pays. Cependant, il semble que le Burkina ait réussi à en limiter la propagation. Le 21 juin dernier, la Dr. Matshidiso Moeti affirmait qu’on observait un ralentissement important de la transmission communautaire, avec uniquement ou principalement de nouveaux cas importés, au Burkina Faso  (Jeune Afrique, Coronavirus : une explosion des contaminations est-elle possible en Afrique?)

Cependant, l’état d’urgence demeure au Burkina, même si le gouvernement commence à envisager la possibilité de lever certaines restrictions dont la réouverture des frontières terrestres. Dès la mi-mars le gouvernement prenait des mesures drastiques pour limiter la propagation du coronavirus : fermeture des établissements scolaires, liaisons terrestres et aériennes suspendues (à l’exception du fret), déclaration de l’état d’alerte sanitaire, mise en quarantaine des villes touchées (Ouagadougou, Bobo-Dioulasso, Boromo et Dédougou), couvre-feu de 21 h. à 4 h., fermeture des marchés, des bars, des restaurants et des lieux de culte, restriction des rassemblements, des transports publics et du trafic interurbain. 

La population commence toutefois à trouver ces mesures difficiles à vivre, les impacts économiques étant grands. Une coalition d’une cinquantaine de syndicats a organisé un rallye national le 4 juillet et une grève générale de 48 heures les 8 et 9 juillet pour dénoncer, entre autres, l’impact de ces mesures sanitaires. 

Bénin

Au Bénin en date du 6 juillet il y avait 1199 cas confirmé au Bénin, 845 cas sous traitement, 333 guéris et 21 décès. (Gouvernement du Bénin)

Le gouvernement a instauré un cordon sanitaire pour 15 communes. Ce cordon limite les transports des personnes mais pas des denrées. Depuis le 11 mai, les autorités lèvent progressivement ce cordon sanitaire. Cependant, toute personne suspecte est mise en quarantaine et il y a une restriction de délivrance des visas d’entrée. Les bars, discothèques et autres lieux de réjouissances demeurent fermés. La suspension des célébrations religieuses est toujours en cours. Depuis le 11 mai, les écoles, lycées et université rouvrent de façon graduelle. (Gouvernement du Bénin) Toutes les autres mesures barrières restent en vigueur dont le lavage des mains, le port du masque et le respect de la distanciation (1 m). 

 

Que valent ces chiffres?

 

Ces résultats étonnent et détonnent, et plusieurs remettent en question leur validité. Certains se demandent si le faible nombre de cas affichés en Afrique n’est pas tout simplement dû à des lacunes dans la détection ou encore au trop faible nombre de tests effectués. Pourtant, sur ce point, plusieurs organisations internationales de santé dont l’OMS et le Centre pour le contrôle et la prévention des maladie –Afrique (CDC) se veulent rassurants : même s’il est possible que le continent compte un taux de malades asymptomatiques supérieur à ce qui a été observé ailleurs – du fait notamment de la jeunesse de sa population –, il semble exclu que des malades ou des décès liés à la COVID 19 échappent aux radars dans des proportions autres que marginales. Le Dr Moumouni Kinda, directeur des opérations de l’organisation non gouvernementale ALIMA, en poste au Sénégal est clair sur le sujet : « Il y a certes une faiblesse dans le testing, qu’on a aussi observée dans des pays ayant beaucoup plus de ressources. Mais on a aujourd’hui suffisamment de recul pour lier le faible nombre de cas à d’autres facteurs : jeunesse de la population, faible urbanisation, moins de brassage intra- et inter-urbain, plus grande précocité dans la prise des mesures de protection… Je suis affirmatif sur ce point. » (Jeune Afrique, Coronavirus : une explosion des contaminations est-elle possible en Afrique?)

Ainsi selon la directrice régionale de l’OMS, « l’action rapide et précoce des pays africains a contribué à maintenir les chiffres à un niveau bas, mais une vigilance constante est nécessaire pour empêcher que le Covid-19 ne submerge les établissements de santé », a-t-elle indiqué. Cependant, l’application de ces mesures est de plus en plus difficile car leur impact sur la vie des populations locales semblent plus sévère que le coronavirus lui-même. 

Et si le remède était pire que la maladie? 

 

L’impact des restrictions imposées par les pays africains n’est pas sans effet d’où l’allégement de certaines mesures afin de relancer les économies. D’ailleurs, les témoignages recueillis par SUCO auprès des partenaires et relayé sur nos médias sociaux témoignent de l’impact des restrictions : 

« Depuis près de deux mois (i.e. depuis le mois de mars) certaines activités sont suspendues, ce qui cause préjudice à Yélémani qui aura du mal à faire face à ses dépenses ». 

Blandine Sankara, sociologue et coordonnatrice de Yélémani, partenaire de SUCO au Burkina Faso 

 

 

« Du 3 mars au 2 juin, l’État a décrété l’état d’urgence qui a été accompagné de beaucoup d’autres mesures comme le couvre-feu et la limitation de la circulation. Au Sénégal, nous travaillons avec une espèce d’abeille agressive donc le travail de récolte de miel se fait la nuit. Avec le couvre-feu qui démarrait à 21h, les apiculteurs·trices ont été bloqué chez eux. Depuis la levée des restrictions, nous travaillons fort pour rattraper le retard et récolter un miel de qualité. Je suis également très sollicité pour appuyer les apiculteurs·trices mais nous n’avons pas encore eu la chance de reprendre les formations. De plus, la vente de miel est devenue difficile car d’habitude nous le vendons dans les marchés hebdomadaires, sur les sites touristiques ou nous l’exportons, ce qui est maintenant impossible. L’avantage que nous avons est que le miel est un produit non périssable. »

Étienne Manga, apiculteur et président de l’association APISEN en Casamance au Sénégal

 

 

Ces témoignages confirment une tendance lourde, comme le soulignait le Président Macky Sall dans le quotidien Le Soleil à titre d’éditorialiste invité le 8 avril dernier :

« Avec une population estimée à 1,3 milliard d’habitants, l’Afrique est atteinte par le COVID-19 au moment où plusieurs de ses pays, malgré les défis du sous-développement, sont sur une trajectoire d’émergence alors que d’autres continuent de faire face à la lutte contre le terrorisme. Le COVID-19 freine ainsi l’élan des uns, aggrave la situation des autres et remet en cause les efforts de tous. De plus, il soumettra à rude épreuve des systèmes nationaux de santé publique déjà vulnérables. »

Président Macky Sall

En fait, les restrictions qui ont dû être imposées pour contrôler la pandémie menacent, selon la Banque Mondiale, de mettre en situation de pauvreté extrême près de 58 millions d’Africains, détruisant au passage une classe moyenne émergente. Ce constat n’est pas sans conséquences néfastes pour les plus vulnérables. 

Dans un second billet, nous présentons l’impact de ces mesures sur les partenaires de SUCO et comment ces derniers, avec l’appui de SUCO, ont su s’adapter face à ce nouveau contexte.

Vous pouvez soutenir les acteurs et actrices de changement comme Blandine et Étienne en cliquant ici.


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Geneviève Talbot
Chargée de programme – Pôle Afrique
Courriel: genevievetalbot@suco.org

 


Journée mondiale de lutte contre la désertification et la sécheresse

 

 

Crédit photo : Jean-Pierre Faye

 

C’est le 17 juin 1992 que l’ONU a adopté la convention des Nations Unies sur la lutte contre la désertification (UNCCD). Depuis, afin d’en rappeler les dangers, le 17 juin a été nommé Journée mondiale de lutte contre la désertification et la sécheresse. Cette journée est célébrée chaque année pour sensibiliser l’opinion publique à cette question et aux efforts à faire au niveau international pour améliorer la situation.

Contrairement à ce qu’on pourrait croire, la désertification n’est pas la transformation de la terre en désert.  La désertification tient plus du fait de la dégradation des sols, de la surexploitation et de l’utilisation inappropriée des terres. Au Sénégal, comme le souligne l’article ‘Les enjeux de la déforestation au Sénégal’, deux facteurs influencent la dégradation des sols et ultimement la désertification et la sécheresse : la salinisation des terres et le déboisement.

La salinisation des terres est le processus d’accumulation des sels dans les sols à des niveaux toxiques pour la plupart des plantes, animaux et champignons. Elle est devenue une cause importante de désertification, d’érosion et de dégradation des sols et de l’agriculture au Sénégal. Les causes de la salinisation des terres sont diverses, mais comme le souligne Charles Pierre Sarr, chef du service régional de l’environnement de Fatick au ministère de l’Environnement du Sénégal, les perturbations climatiques, tel que la hausse du niveau des océans, la diminution des précipitations et une hausse des températures sont des facteurs qui expliquent la salinisation. Selon M. Sarr, le Sénégal est « perpétuellement confronté aux effets adverses des changements climatiques du fait de sa façade maritime longue de 700 kilomètres qui subit l’impact de l’élévation du niveau marin avec comme corollaire l’érosion côtière, l’intrusion saline dans les terres agricoles, la salinisation des ressources en eaux et la destruction des infrastructures. Du fait d’une agriculture essentiellement pluviale, les perturbations climatiques risquent de compromettre les efforts de lutte contre la pauvreté et l’objectif d’atteindre l’autosuffisance alimentaire » (Les agriculteurs sénégalais luttent contre la salinisation des sols). En raison de la salinisation des terres on constate aussi une surexploitation ou une dérivation des ressources en eau douce, le défrichement, les incendies de forêt, ce qui a une incidence sur la désertification.

Le déboisement, c’est-à-dire la coupe des arbres pour subvenir aux activités humaines, est aussi un facteur responsable de la dégradation des sols et des forêts. Le déboisement a plusieurs causes : la progression rapide de la population des villages et la mauvaise politique énergétique qui oblige les populations à surexploiter les ressources les plus accessibles : le bois et le charbon. 

SUCO et la lutte au déboisement au Sénégal 

Afin de contribuer à la lutte contre le déboisement, en 2017, SUCO, le Réseau Environnement et le GRAIM, avec l’appui du Programme de coopération climatique internationale du gouvernement du Québec, ont lancé le projet Dund ak Kéew bi. Ce projet vise à renforcer les capacités d’adaptation et de résilience aux impacts des changements climatiques de six communes du Plateau de Thiès, entre autre par la mise sur pied de pépinières communautaires et d’activités de reboisement. 

Ces activités sont essentielles, car le déboisement n’est pas sans effet. De par le monde, les arbres sont des symboles de vie, ils offrent le confort de leur ombre, l’abondance de leurs fruits, redonnent vie aux terres stériles, fournissent un combustible essentiel, enrichissent et stabilisent les sols. Bref, ils présentent la particularité essentielle d’être à la base de toute chaîne alimentaire, ils sont indispensables. 

Les femmes et les pépinières

Le Plateau de Thiès étant une zone souffrant de déboisement, l’amélioration et le maintien de pépinières communautaires appuient la lutte contre la disparition des espèces forestières et du couvert végétal en assurant une disponibilité continue de plants destinés au reboisement. Les pépinières sont gérées par des groupes de femmes. Les arbres plantés provenant de ces pépinières diminuent la déforestation, augmentent la qualité des sols, la capacité de rétention d’eau et la qualité de l’air (moins de poussières) ce qui a un impact positif sur la santé respiratoire, la santé en général (entre autres, en augmentant la quantité d’eau dans les puits) et les rendements agricoles. 

Ces pépinières ont aussi pour objectif secondaire de renforcer la sécurité alimentaire des groupes de femmes. Deux types d’arbres sont plantés : des arbres forestiers pour donner de l’ombre et des arbres fruitiers. Avoir des arbres fruitiers est très important et apprécié par les populations locales car ça augmente la sécurité alimentaire à moyen et long terme des populations vulnérables. 

La plantation d’arbres fruitiers et forestiers est une façon d’accroître la résilience des populations à moyen et long terme en luttant contre la désertification et la sécheresse et, par conséquent, en améliorant la sécurité alimentaire. Dans le cadre du projet Dund ak Kéew bi au Sénégal, 15 239 arbres ont été plantés en décembre 2019. En prévision de la saison des pluies prévues en juin-juillet 2020, les pépinières redémarrent et les femmes sont à pied d’œuvre!

 

Crédit photo : Jean-Pierre Faye

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Geneviève Talbot
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Circuits courts et approvisionnement local : les solutions pour assurer la sécurité alimentaire?

 
La pandémie actuelle a mis en lumière les failles dans le système alimentaire mondial et la fragilité des chaînes d’approvisionnement. Les discussions autour de la souveraineté alimentaire, l’autosuffisance et l’autonomie alimentaire reviennent donc au goût du jour et ce tant au niveau global que local, au Québec comme dans les pays d’intervention de SUCO. 

 

Autonomie alimentaire : un sujet de l’heure

Au Québec, face à la fermeture des frontières, les questions de sécurité alimentaire et de souveraineté alimentaire ont surgi : aurons-nous toujours accès à de la nourriture? Pouvons-nous produire suffisamment de fruits et légumes au Québec pour se nourrir? Marcel Groleau, président de l’UPA a rappelé que le taux d’autosuffisance alimentaire du Québec ne dépasse pas présentement 30%, et plus de 40% des fruits et légumes consommés en hiver viennent des États-UnisLa crise nous a ainsi fait prendre conscience de notre dépendance aux États-Unis, d’où le Québec s’approvisionne majoritairement en hiver, mais aussi de l’importance des travailleurs agricoles étrangers, principalement du Mexique et du Guatemala, pour la main d’œuvre à l’été et l’automne. SUCO a d’ailleurs tenu deux événements sur ce thème (Le webinaire « Quel rôle pour les systèmes alimentaires en temps de pandémie? » et le panel de discussion « Pour une souveraineté alimentaire au Québec » organisé par Ciné Vert, festival de films documentaires sur l’environnement initié par SUCO et Funambules Médias).  L’UPA a de son côté lancé le mouvement Mangeons local plus que jamais et les articles sur l’autonomie alimentaire du Québec se sont multipliés. On n’a en effet jamais autant parlé d’autonomie alimentaire au Québec que maintenant. 

Circuits courts et approvisionnement local, une panacée? 

Si la pandémie a favorisé les échanges sur le rôle des circuits courts¹ et de l’approvisionnement local, la situation aura aussi fait valoir la fragilité de ces options. Notre collègue Julie Potvin-Lajoie soulignait récemment l’apport possible de l’agriculture urbaine et des jardins communautaires et collectifs à la souveraineté alimentaire. Pourtant, il n’est pas évident que les circuits courts et les approvisionnements locaux soient, seuls, capables d’assurer la sécurité alimentaire de la population. La souveraineté alimentaire, qui n’est pas synonyme de circuits courts ni d’autarcie alimentaire, est certainement une voie de solution.

En fait, comme le souligne le rapport d’IPES Food, la plupart des mesures adoptées par les pays (fermeture des frontières, des marchés publics, restrictions sur les déplacements inter-régions et imposition de couvre-feu) pour lutter contre la COVID 19 ont révélé les vulnérabilités dans les chaînes d’approvisionnement courtes. Cela continue d’avoir un fort impact sur l’accès à la nourriture, et ce, surtout pour les populations du Sud. En effet, la majorité des populations du Sud dépendent des marchés locaux pour se nourrir. Les fermetures des marchés publics en Afrique — notamment au Burkina Faso, au Rwanda, au Sénégal, en Afrique du Sud et au Zimbabwe — ont coupé des voies d’approvisionnement vitales pour des communautés et supprimé des débouchés pour les fermiers. D’ailleurs comme le souligne GRAIN, l’expression « Je préférerais mourir du coronavirus plutôt que de faim » est couramment entendue en Haïti, en Angola, au Liban, en République démocratique du Congo, à Mayotte, en Inde et en Amérique latine. En Afrique de l’Ouest, elle devient : « la faim nous tuera avant le coronavirus».

Si le Québec devient autonome sur le plan alimentaire, de même que d’autres pays, quel peut être l’impact sur l’économie des pays du Sud? « L’achat de produits alimentaires provenant de pays du Sud (exemple : fruits et légumes en hiver) ne contribue-t-il pas au développement économique de ces pays en développement? » Cette question posée lors du webinaire du 22 avril soulève la question de l’impact de la souveraineté alimentaire dans une économie alimentaire mondiale libéralisée. 

Souveraineté alimentaire dans un contexte néolibéral?   

Cette question est importante pour SUCO et ses partenaires car notre travail vise justement à contribuer au développement économique des populations avec lesquelles nous travaillons. Si l’achat de produits alimentaires provenant du Sud contribue au développement de ces pays, alors nous allons souhaiter maintenir ces achats. Toutefois, lors du webinaire du 22 avril dernier, Hugo Beauregard-Langelier, Secrétaire général d’UPA Développement international, a apporté des nuances importantes, en spécifiant que l’achat de produits importés peut contribuer au développement des pays du Sud, selon le type d’agriculture qui produit ces aliments. Selon lui : 

« Une agriculture familiale où les producteurs et leur famille contrôlent les décisions de la ferme, participent aux travaux agricoles et sont les détenteurs des moyens de production est une façon de produire dont les retours développementaux sont plus importants. Une agriculture contrôlée par des intérêts étrangers, dont l’approche est délocalisée et où le producteur n’est qu’un ouvrier agricole a beaucoup moins de portée développementale à la fois pour les familles agricoles que pour les pays. »

Hugo Beauregard-Langelier, Secrétaire général d’UPA Développement international

Donc, la question n’est pas tant si nous devons nous procurer des produits issus de l’importation, mais plutôt comment et par qui ces aliments sont produits, et à qui profitent les bénéfices. 

Lors du même événement, Érika Salem, Agente de programme pour Montréal Métropole en santé, nous a aussi rappelé l’importance des certifications :

« Plusieurs pays ont une très faible capacité d’application de règles et lois permettant de protéger les agricultrices et agriculteurs ainsi que l’environnement. C’est pourquoi, lorsque l’on choisit d’acheter des produits importés, il est important de rechercher des certifications telles que Équitable, Rainforest Alliance ou encore biologique. Cela permet de nous assurer que ces denrées ont été produites par des travailleurs recevant un salaire leur permettant de subvenir à leurs besoins et dans des conditions sanitaires protégeant leur santé. Les certifications sont un outil parmi d’autres. » 

Érika Salem, Agente de programme pour Montréal Métropole en santé

L’achat de produits importés n’est pas contradictoire avec la notion de souveraineté alimentaire. La souveraineté alimentaire ne veut pas nécessairement dire autarcie, elle signifie plutôt le droit des peuples à définir leur propre politique agricole. Le mérite de la crise actuelle est qu’elle aura forcé la réflexion sur les politiques agricoles et quels en sont les moteurs. Comme le soulignait Stéphane Poirier de l’Iris dans son billet Autonomie alimentaire : Québec devrait envisager la création d’une nouvelle société d’État, « la prémisse voulant que la finalité première de l’agriculture soit de produire, en appliquant les principes du développement durable, des aliments de qualité pour la population québécoise » devrait guider l’élaboration des politiques agricole.

Pourtant, ce que la crise actuelle aura fait ressortir est que l’élaboration de ces politiques semble plutôt être basée sur la marchandisation des aliments, c’est-à-dire être construite sur l’offre : « on va produire ça, on va le transformer, et après on va faire de la publicité pour que les gens l’achètent. » Clairement, la crise nous aura fait voir que nourrir les populations, c’est beaucoup plus que la production agricole mais que cela doit impliquer plusieurs acteurs interdépendants et donc, être adressé par une approche systémique. 

Les solutions 

Si la crise nous aura fait voir les vulnérabilités des systèmes alimentaires, elle aura aussi permis d’entrevoir de nouveaux systèmes alimentaires, plus résilients. On peut voir les communautés se rassembler pour combler les lacunes des systèmes alimentaires. Par exemple Yélémani au Burkina Faso a mis sur pied un service de livraison sur WhatsApp afin d’apporter les paniers de légumes locaux et bio directement à leurs clients. Les jeunes producteurs agroécologiques membres du projet Formagro de SUCO au Pérou ont pour leur part élaboré un catalogue virtuel de leurs yaourts organiques fruités et organisé leurs distribution à domicile en suivant les règles de biosécurité. Ces deux initiatives sont des exemples notoires d’innovations communautaires en temps de pandémie. 

 

 

Les autorités publiques tentent aussi de mettre de l’avant des mesures extraordinaires pour garantir la production et l’approvisionnement de nourriture. Par exemple, le gouvernement Legault a parlé d’un projet d’augmenter la production en serres au Québec et les abonnements aux fermiers de famille auraient explosés depuis les dernières semaines.  

Si ces exemples démontrent à quel point les crises peuvent être des moments transformateurs, il ne faut pas non plus se leurrer et les acteurs du monde agroalimentaire tentent de maintenir le statu quo sous prétexte de répondre à la crise. Par exemple, les entreprises de transformation alimentaire et les entreprises qui vendent de la nourriture (les supermarchés bien sûr, mais aussi d’autres grandes surfaces qui vendent plein de produits, dont de la nourriture) ont pu obtenir des dérogations au confinement maintenant à risque les employés alors que les marchés publics et les jardins communautaires et collectifs ont été fermés. Ces décisions portent en effet à réflexion. 

Pourtant, les solutions viables à cette crise semblent plutôt être la reconstruction des systèmes alimentaires publics. Comme le dit GRAIN, « si une chose positive ressort de cette crise, c’est peut-être l’opportunité de reconquérir et de réaffirmer des systèmes publics dans nos pays, après des décennies de privatisation et de pouvoir envahissant des entreprises. Ces systèmes doivent soutenir et s’appuyer sur les solutions que les communautés locales fournissent déjà. »

 

Par circuit-court, on fait référence à un cycle commercial d’avoir tout au plus un intermédiaire entre le producteur et le consommateur.

 


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Geneviève Talbot
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17 avril, Journée internationale des luttes paysannes

 

Labourez, semez et récoltez des idées transformatrices pour l’avenir

En cette importante journée, SUCO salue le travail de ses partenaires et des paysannes et paysans pour nourrir les populations locales.  En ces temps de pandémie et de fermeture des frontières, la souveraineté alimentaire et l’importance des luttes paysannes sont certainement à souligner.

Créée en 1996 par le mouvement paysan international la Via Campesina, la journée d’action du 17 avril commémore le massacre de 19 paysans sans terre du Brésil. Elle est aussi l’occasion de célébrer la solidarité et la résistance des mouvements paysans et d’intensifier les alliances entre la campagne et la ville au bénéfice d’un projet de société fondé sur la justice sociale et la dignité des peuples.

SUCO profite de cette journée pour joindre sa voix à la mobilisation internationale en faveur de la Déclaration sur les droits humains des paysans et des autres personnes travaillant en milieu rural.  En mai aura lieu la 4ème session du groupe de travail intergouvernemental de l’ONU qui a pour objectif de finaliser cette Déclaration. Nos élus·es ont à cet égard un rôle clé. Vous pouvez faire entendre votre voix et demander leur appui à ce projet et l’adhésion future du Canada à la Déclaration, en signant dès maintenant la pétition à cet effet.

 

Ressources

Via Campesina : https://viacampesina.org/fr/17avril-labourez-semez-et-recoltez-des-idees-transformatrices-pour-lavenir/

Pétition en faveur de la Déclaration, proposée par l’Union Paysanne: https://unionpaysanne.com/communiques/lunion-paysanne-lance-un-appel-a-la-solidarite-et-pour-une-reconnaissance-des-droits-des-paysan-ne-s-du-monde-entier/

 


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Le défi de la consommation locale en temps de la COVID-19 | L’exemple du Sénégal

 

 

Le Centre d’Écoute et d’encadrement pour un développement durable (CEEDD), partenaire de SUCO au Sénégal, est un acteur clé dans le développement de marché fermier bio-locaux non seulement à Thiès, mais au Sénégal. Ce rôle était essentiel au Sénégal et l’est encore plus en ce contexte de réponse à la COVID 19 qui force la fermeture des frontières. En effet, alors que le Sénégal a une grande tradition agricole, le pays dépend des marchés internationaux pour combler ses besoins alimentaires. Même avant la COVID 19,  la consommation d’aliment local était un défi de taille! Cette tendance à la dépendance des marchés internationaux n’a fait que s’accentuer avec l’urbanisation rapide de ces dernières décennies, en plus de la faiblesse des infrastructures agricoles et de contraintes structurelles clés. Pourtant, des solutions existent! Et en raison de la fermeture actuelle, la mise en œuvre de ces solutions est essentielle. Le CEEDD a développé des stratégies intéressantes pour à la fois nourrir la population locale en aliments locaux sains et assurer un revenu aux familles : l’agriculture urbaine, la transformation alimentaire et le développement de marchés fermiers bio-locaux.

Des pénuries alimentaires

Le Sénégal est non seulement confronté à des pénuries alimentaires, mais est aussi un gros importateur de céréales, telles que le riz et le blé, ainsi que de produits intermédiaires comme le sucre, l’huile végétale, lait en poudre. Or, les augmentations des importations au Sénégal ont un impact sévère sur la production locale. La quasi-destruction du secteur aviaire sénégalais, maintenant dépendant de l’importation de volaille en provenance de l’Union européenne, en est un triste exemple.

Pourtant, au Sénégal tout est là pour produire suffisamment de nourriture et satisfaire la demande locale. Il est vrai que les changements climatiques ont des impacts importants sur les systèmes alimentaires sénégalais. En effet, les modes de production agricole doivent s’adapter aux nouvelles réalités climatiques. Or, bien qu’ils ne soient pas sans effet sur les changements en cours et qu’ils en subissent les conséquences de façon directe, les systèmes agricoles peuvent aussi contribuer efficacement à la lutte aux changements climatiques et, ainsi, participer à l’atteinte d’une plus grande sécurité alimentaire. En fait, les enjeux de la consommation locale concernent la production, mais aussi la transformation et la mise en marché des produits locaux.

Des solutions mises en place

Les initiatives du CEEDD en micro-jardinage, agriculture urbaine, transformation alimentaire alliées à la mise en place de marchés fermiers bio-locaux illustrent pourtant que des solutions existent. Comme le dit si bien le CEEDD sur son site web :

« Le micro-jardinage permet à chaque famille de cultiver dans un espace restreint plusieurs variétés de légumes et plantes aromatiques. Ces récoltes, qui s’adaptent parfaitement aux besoins alimentaires des ménages, peuvent être constituées de salades, choux, gombos, aubergines amères ou encore menthe et basilic, selon les goûts de chacun. De plus, la vente des excédents des récoltes constitue une activité génératrice de revenus pour les femmes actives dans ce domaine. Cela leur permet ainsi d’améliorer leurs conditions de vie et d’assumer plus facilement leurs dépenses quotidiennes. »

Ces initiatives sont porteuses de réels changements qui favorisent l’autonomisation des femmes, le développement d’une économie locale, de système alimentaires à circuits courts, d’une agriculture adaptée aux impacts des changements climatiques et l’amélioration de la santé des populations locales qui auront accès à des aliments sains. D’une pierre, milles coups! Bravo au CEEDD, acteur de changements!

 

En venant au CEEDD, vous pourrez visiter ses jardins, véritables vitrines d’expositions des techniques employées et exemples pour les femmes bénéficiaires.

Crédit photos : CEEDD


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Manger local et bio du plus jeune âge! | Journée internationale de l’éducation

 

 

En cette Journée internationale de l’éducation, SUCO souligne l’effort et le travail acharné des organismes partout dans le monde qui œuvrent à soutenir l’éducation comme force d’inclusion propice à la réalisation des objectifs du développement durable. La Journée internationale de l’éducation, proclamée par l’Assemblée générale des Nations Unies en 2018, met en lumière le rôle de l’éducation pour la paix et le développement.

À SUCO nous sommes fièrs·es de contribuer, entre autres, à la mise en place et à la réussite du projet « Apprenons la souveraineté alimentaire ». Financé par la Fondation Roncalli, le projet permet de sensibiliser près de 80 élèves de 2 classes élémentaires de Ouagadougou, au Burkina Faso, sur les thématiques de la souveraineté alimentaire. La théorie, alliée à la pratique, leur permet de mettre en œuvre leurs nouvelles compétences par la mise en place et l’entretien d’un jardin agroécologique, de pouvoir échanger avec les producteurs et productrices de la région, de visiter des initiatives agroécologiques, de préparer des mets à base de produits locaux et de divulguer par la suite leurs apprentissages dans leurs communautés. Et tout cela, du plus jeune âge!

Ainsi, accompagnés·es par deux maraîchers expérimentés de Yelemani, notre partenaire burkinabé, les jeunes filles et garçons, de même que les enseignantes et enseignants et les parents des élèves ont appris la pratique de l’agroécologie. Les élèves sont formés, entre autres, à la préparation du terrain, à la connaissance des différentes cultures et aux techniques de production. Des sous-groupes sont responsables de la gestion des différentes phases pour que, de façon rotative, tous les élèves puissent avoir la possibilité de participer directement à l’activité. Les heures dédiées au jardin s’alternent aux leçons en classe. En plus, les jardins permettent une amélioration dans l’alimentation des jeunes élèves, car les légumes produits par le jardin scolaire sont destinés à la cantine scolaire!

L’agriculture durable permet d’augmenter et diversifier la production agricole, d’assurer la quantité et qualité des aliments pour les familles agricultrices, et de protéger et restaurer les écosystèmes afin de s’adapter aux changements climatiques.

 

 


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Geneviève Talbot
Chargée de programme -Pôle Afrique
(514) 272-3019 poste 235
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