Une crise en attente? La COVID-19 en Afrique de l’Ouest

 

 

 

Ce premier billet fait un survol global de l’impact de la COVID-19 et des mesures sanitaires en Afrique, plus particulièrement en Afrique de l’Ouest. Dans un second billet, nous verrons comment les partenaires de SUCO ont su s’adapter face à ce nouveau contexte et l’impact de ces mesures sanitaires sur les populations locales. 

 

Si dans un premier temps, il a semblé que la pandémie avait épargné l’Afrique, le 11 juin dernier la directrice régionale de l’Organisation mondiale de la santé (OMS), la Dr. Matshidiso Moeti lançait un avis disant que l’Afrique n’est pas à l’abri de la pandémie. « Il a fallu 98 jours pour atteindre la barre des 100 000 cas [de coronavirus en Afrique] et 18 seulement pour franchir celle des 200 000, a-t-elle martelé lors d’un point de presse par vidéo au siège de l’OMS à Genève, avant d’insister : il est clair que la pandémie s’accélère ». 

Si cet avertissement a lieu d’être, objectivement, il faut relativiser : les cas sont moindres sur le continent africain qu’ailleurs, le rythme de propagation du virus y semble plus lent qu’ailleurs et de plus, les cas sont assez concentrés dans certains pays. Enfin, le taux de létalité du virus est moindre sur le continent africain (taux de létalité de 2,5% pour l’Afrique comparé à un taux d’environ 9% au Québec) et le nombre de patients guéris est important (192 364 cas guéris sur un total de 403 692 cas) soit un taux de guérison de 47% (OMS COVID-19 Outbreak Sitrep 18 (2020)).

Selon nos partenaires sur le terrain, ce qui fait le plus mal aux populations locales n’est pas tant la COVID 19 que les mesures de prévention prises pour limiter la propagation du virus. D’ailleurs, dans certains pays, les populations se révoltent contre ces mesures. Les chiffres semblent appuyer ces révoltes populaires car même si le virus est toujours présent, l’impact sanitaire de la pandémie reste à ce jour limité. Cependant, les conséquences économiques et sociales, elles, sont déjà dramatiques dans certaines régions et risquent de s’empirer. 

 

Survol de la situation en Afrique et des mesures mises de l’avant pour stopper la propagation du virus. 

 

Selon la mise à jour de l’OMS en date du 1er juillet 2020, le plus grand nombre de cas en Afrique est concentré dans 10 pays soit l’Afrique du Sud (151 209), le Nigéria (25 694), le Ghana (17 741), l’Algérie (13 907), le Cameroun (12 592), la Côte d’Ivoire (9 214), la République démocratique du Congo (7 039), le Sénégal (6 793), le Kenya (6 366) et l’Éthiopie (5 848). Ces 10 pays ensemble comptent en effet pour 84% (256 401) des cas reportés (OMS Covid 19 OutbreakSitrep). Sur le continent, l’Afrique du Sud, le Nigéria, l’Algérie, le Ghana et le Cameroun, sont donc les pays les plus affectés, en terme de nombre de cas mais aussi de décès : selon l’OMS ces 5 pays comptent pour 74% des décès rapportés, selon les chiffres rapportés par l’OMS. . 

Actuellement, 30 pays de la région connaissent une transmission communautaire, neuf ont des foyers d’éclosions communautaires et huit ont des cas sporadiques de COVID-19. La région a aussi observé une augmentation des cas importés en provenance des pays touchés de la région. Ces cas sont en grande partie alimentés par les chauffeurs routiers transfrontaliers et les déplacements irréguliers de personnes et bien à travers des frontières poreuses. D’où le maintien de la fermeture des frontières terrestres. (OMS COVID-19 Outbreak Sitrep 19 ).

Cependant, la situation dans les pays d’intervention de SUCO en Afrique de l’Ouest est différente.

 

Sénégal

En date du 6 juillet 2020, au Sénégal il y avait 7 478 cas positifs, dont 4 909 guéris, 136 décès et 2 432 sous traitements.  On constate aussi une augmentation des cas issus de la transmission communautaire (Ministère de la santé et de l’action sociale)

Le Sénégal a pris très au sérieux l’urgence sanitaire causée par la COVID-19. Le pays a réagi assez rapidement dès la mi-mars par la fermeture de ses frontières de même que les écoles et universités, mise en place de couvre-feu, contrôle du transport inter-région, et interdiction de tous les rassemblements de plus de 50 personnes, incluant les rassemblements religieux. Cependant, tout comme le soulignait l’article sur la situation en Amérique latine et Caraïbes, l a distanciation physique est difficile à imposer. De plus, au Sénégal, le confinement est partiel : les usines et les marchés sont ouverts, sauf exception comme à Dakar ou les marchés sont fermés les samedi et dimanche depuis le 2 mai.

Cependant, face à la grogne populaire, le gouvernement a dû alléger les mesures de restriction. Ainsi dans un discours prononcé le 29 juin dernier, le Président Macky Sall levait l’état d’urgence et le couvre-feu, annonçait la réouverture des frontières aériennes pour le 15 juillet, maintenait, par contre, la fermeture des frontières terrestres et maritimes de même la fermeture des marchés un jour par semaine. Les restrictions sur les transports inter-région sont levées depuis le 4 juin, de même que les restrictions sur les réunions qui sont de nouveau autorisées. Les restaurants et les salles de sport sont rouvertes avec masque et distanciation obligatoire. Enfin, les vols intérieurs ont repris de façon progressive depuis le 15 juin, de même que les  et les écoles, collèges et lycées qui rouvrent aussi de façon progressive depuis le 25 juin. (Source Jeune Afrique)

 

Burkina Faso 

Au Burkina Faso, en date du 3 juillet, il y avait 1000 cas déclarés, 858 cas guéris et 53 morts. 

Le Burkina Faso est le pays le plus touché d’Afrique de l’Ouest par la COVID 19. La pandémie s’ajoute à l’insécurité grandissante au pays. Cependant, il semble que le Burkina ait réussi à en limiter la propagation. Le 21 juin dernier, la Dr. Matshidiso Moeti affirmait qu’on observait un ralentissement important de la transmission communautaire, avec uniquement ou principalement de nouveaux cas importés, au Burkina Faso  (Jeune Afrique, Coronavirus : une explosion des contaminations est-elle possible en Afrique?)

Cependant, l’état d’urgence demeure au Burkina, même si le gouvernement commence à envisager la possibilité de lever certaines restrictions dont la réouverture des frontières terrestres. Dès la mi-mars le gouvernement prenait des mesures drastiques pour limiter la propagation du coronavirus : fermeture des établissements scolaires, liaisons terrestres et aériennes suspendues (à l’exception du fret), déclaration de l’état d’alerte sanitaire, mise en quarantaine des villes touchées (Ouagadougou, Bobo-Dioulasso, Boromo et Dédougou), couvre-feu de 21 h. à 4 h., fermeture des marchés, des bars, des restaurants et des lieux de culte, restriction des rassemblements, des transports publics et du trafic interurbain. 

La population commence toutefois à trouver ces mesures difficiles à vivre, les impacts économiques étant grands. Une coalition d’une cinquantaine de syndicats a organisé un rallye national le 4 juillet et une grève générale de 48 heures les 8 et 9 juillet pour dénoncer, entre autres, l’impact de ces mesures sanitaires. 

Bénin

Au Bénin en date du 6 juillet il y avait 1199 cas confirmé au Bénin, 845 cas sous traitement, 333 guéris et 21 décès. (Gouvernement du Bénin)

Le gouvernement a instauré un cordon sanitaire pour 15 communes. Ce cordon limite les transports des personnes mais pas des denrées. Depuis le 11 mai, les autorités lèvent progressivement ce cordon sanitaire. Cependant, toute personne suspecte est mise en quarantaine et il y a une restriction de délivrance des visas d’entrée. Les bars, discothèques et autres lieux de réjouissances demeurent fermés. La suspension des célébrations religieuses est toujours en cours. Depuis le 11 mai, les écoles, lycées et université rouvrent de façon graduelle. (Gouvernement du Bénin) Toutes les autres mesures barrières restent en vigueur dont le lavage des mains, le port du masque et le respect de la distanciation (1 m). 

 

Que valent ces chiffres?

 

Ces résultats étonnent et détonnent, et plusieurs remettent en question leur validité. Certains se demandent si le faible nombre de cas affichés en Afrique n’est pas tout simplement dû à des lacunes dans la détection ou encore au trop faible nombre de tests effectués. Pourtant, sur ce point, plusieurs organisations internationales de santé dont l’OMS et le Centre pour le contrôle et la prévention des maladie –Afrique (CDC) se veulent rassurants : même s’il est possible que le continent compte un taux de malades asymptomatiques supérieur à ce qui a été observé ailleurs – du fait notamment de la jeunesse de sa population –, il semble exclu que des malades ou des décès liés à la COVID 19 échappent aux radars dans des proportions autres que marginales. Le Dr Moumouni Kinda, directeur des opérations de l’organisation non gouvernementale ALIMA, en poste au Sénégal est clair sur le sujet : « Il y a certes une faiblesse dans le testing, qu’on a aussi observée dans des pays ayant beaucoup plus de ressources. Mais on a aujourd’hui suffisamment de recul pour lier le faible nombre de cas à d’autres facteurs : jeunesse de la population, faible urbanisation, moins de brassage intra- et inter-urbain, plus grande précocité dans la prise des mesures de protection… Je suis affirmatif sur ce point. » (Jeune Afrique, Coronavirus : une explosion des contaminations est-elle possible en Afrique?)

Ainsi selon la directrice régionale de l’OMS, « l’action rapide et précoce des pays africains a contribué à maintenir les chiffres à un niveau bas, mais une vigilance constante est nécessaire pour empêcher que le Covid-19 ne submerge les établissements de santé », a-t-elle indiqué. Cependant, l’application de ces mesures est de plus en plus difficile car leur impact sur la vie des populations locales semblent plus sévère que le coronavirus lui-même. 

Et si le remède était pire que la maladie? 

 

L’impact des restrictions imposées par les pays africains n’est pas sans effet d’où l’allégement de certaines mesures afin de relancer les économies. D’ailleurs, les témoignages recueillis par SUCO auprès des partenaires et relayé sur nos médias sociaux témoignent de l’impact des restrictions : 

« Depuis près de deux mois (i.e. depuis le mois de mars) certaines activités sont suspendues, ce qui cause préjudice à Yélémani qui aura du mal à faire face à ses dépenses ». 

Blandine Sankara, sociologue et coordonnatrice de Yélémani, partenaire de SUCO au Burkina Faso 

 

 

« Du 3 mars au 2 juin, l’État a décrété l’état d’urgence qui a été accompagné de beaucoup d’autres mesures comme le couvre-feu et la limitation de la circulation. Au Sénégal, nous travaillons avec une espèce d’abeille agressive donc le travail de récolte de miel se fait la nuit. Avec le couvre-feu qui démarrait à 21h, les apiculteurs·trices ont été bloqué chez eux. Depuis la levée des restrictions, nous travaillons fort pour rattraper le retard et récolter un miel de qualité. Je suis également très sollicité pour appuyer les apiculteurs·trices mais nous n’avons pas encore eu la chance de reprendre les formations. De plus, la vente de miel est devenue difficile car d’habitude nous le vendons dans les marchés hebdomadaires, sur les sites touristiques ou nous l’exportons, ce qui est maintenant impossible. L’avantage que nous avons est que le miel est un produit non périssable. »

Étienne Manga, apiculteur et président de l’association APISEN en Casamance au Sénégal

 

 

Ces témoignages confirment une tendance lourde, comme le soulignait le Président Macky Sall dans le quotidien Le Soleil à titre d’éditorialiste invité le 8 avril dernier :

« Avec une population estimée à 1,3 milliard d’habitants, l’Afrique est atteinte par le COVID-19 au moment où plusieurs de ses pays, malgré les défis du sous-développement, sont sur une trajectoire d’émergence alors que d’autres continuent de faire face à la lutte contre le terrorisme. Le COVID-19 freine ainsi l’élan des uns, aggrave la situation des autres et remet en cause les efforts de tous. De plus, il soumettra à rude épreuve des systèmes nationaux de santé publique déjà vulnérables. »

Président Macky Sall

En fait, les restrictions qui ont dû être imposées pour contrôler la pandémie menacent, selon la Banque Mondiale, de mettre en situation de pauvreté extrême près de 58 millions d’Africains, détruisant au passage une classe moyenne émergente. Ce constat n’est pas sans conséquences néfastes pour les plus vulnérables. 

Dans un second billet, nous présentons l’impact de ces mesures sur les partenaires de SUCO et comment ces derniers, avec l’appui de SUCO, ont su s’adapter face à ce nouveau contexte.

Vous pouvez soutenir les acteurs et actrices de changement comme Blandine et Étienne en cliquant ici.


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Geneviève Talbot
Chargée de programme – Pôle Afrique
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Journée mondiale de lutte contre la désertification et la sécheresse

 

 

Crédit photo : Jean-Pierre Faye

 

C’est le 17 juin 1992 que l’ONU a adopté la convention des Nations Unies sur la lutte contre la désertification (UNCCD). Depuis, afin d’en rappeler les dangers, le 17 juin a été nommé Journée mondiale de lutte contre la désertification et la sécheresse. Cette journée est célébrée chaque année pour sensibiliser l’opinion publique à cette question et aux efforts à faire au niveau international pour améliorer la situation.

Contrairement à ce qu’on pourrait croire, la désertification n’est pas la transformation de la terre en désert.  La désertification tient plus du fait de la dégradation des sols, de la surexploitation et de l’utilisation inappropriée des terres. Au Sénégal, comme le souligne l’article ‘Les enjeux de la déforestation au Sénégal’, deux facteurs influencent la dégradation des sols et ultimement la désertification et la sécheresse : la salinisation des terres et le déboisement.

La salinisation des terres est le processus d’accumulation des sels dans les sols à des niveaux toxiques pour la plupart des plantes, animaux et champignons. Elle est devenue une cause importante de désertification, d’érosion et de dégradation des sols et de l’agriculture au Sénégal. Les causes de la salinisation des terres sont diverses, mais comme le souligne Charles Pierre Sarr, chef du service régional de l’environnement de Fatick au ministère de l’Environnement du Sénégal, les perturbations climatiques, tel que la hausse du niveau des océans, la diminution des précipitations et une hausse des températures sont des facteurs qui expliquent la salinisation. Selon M. Sarr, le Sénégal est « perpétuellement confronté aux effets adverses des changements climatiques du fait de sa façade maritime longue de 700 kilomètres qui subit l’impact de l’élévation du niveau marin avec comme corollaire l’érosion côtière, l’intrusion saline dans les terres agricoles, la salinisation des ressources en eaux et la destruction des infrastructures. Du fait d’une agriculture essentiellement pluviale, les perturbations climatiques risquent de compromettre les efforts de lutte contre la pauvreté et l’objectif d’atteindre l’autosuffisance alimentaire » (Les agriculteurs sénégalais luttent contre la salinisation des sols). En raison de la salinisation des terres on constate aussi une surexploitation ou une dérivation des ressources en eau douce, le défrichement, les incendies de forêt, ce qui a une incidence sur la désertification.

Le déboisement, c’est-à-dire la coupe des arbres pour subvenir aux activités humaines, est aussi un facteur responsable de la dégradation des sols et des forêts. Le déboisement a plusieurs causes : la progression rapide de la population des villages et la mauvaise politique énergétique qui oblige les populations à surexploiter les ressources les plus accessibles : le bois et le charbon. 

SUCO et la lutte au déboisement au Sénégal 

Afin de contribuer à la lutte contre le déboisement, en 2017, SUCO, le Réseau Environnement et le GRAIM, avec l’appui du Programme de coopération climatique internationale du gouvernement du Québec, ont lancé le projet Dund ak Kéew bi. Ce projet vise à renforcer les capacités d’adaptation et de résilience aux impacts des changements climatiques de six communes du Plateau de Thiès, entre autre par la mise sur pied de pépinières communautaires et d’activités de reboisement. 

Ces activités sont essentielles, car le déboisement n’est pas sans effet. De par le monde, les arbres sont des symboles de vie, ils offrent le confort de leur ombre, l’abondance de leurs fruits, redonnent vie aux terres stériles, fournissent un combustible essentiel, enrichissent et stabilisent les sols. Bref, ils présentent la particularité essentielle d’être à la base de toute chaîne alimentaire, ils sont indispensables. 

Les femmes et les pépinières

Le Plateau de Thiès étant une zone souffrant de déboisement, l’amélioration et le maintien de pépinières communautaires appuient la lutte contre la disparition des espèces forestières et du couvert végétal en assurant une disponibilité continue de plants destinés au reboisement. Les pépinières sont gérées par des groupes de femmes. Les arbres plantés provenant de ces pépinières diminuent la déforestation, augmentent la qualité des sols, la capacité de rétention d’eau et la qualité de l’air (moins de poussières) ce qui a un impact positif sur la santé respiratoire, la santé en général (entre autres, en augmentant la quantité d’eau dans les puits) et les rendements agricoles. 

Ces pépinières ont aussi pour objectif secondaire de renforcer la sécurité alimentaire des groupes de femmes. Deux types d’arbres sont plantés : des arbres forestiers pour donner de l’ombre et des arbres fruitiers. Avoir des arbres fruitiers est très important et apprécié par les populations locales car ça augmente la sécurité alimentaire à moyen et long terme des populations vulnérables. 

La plantation d’arbres fruitiers et forestiers est une façon d’accroître la résilience des populations à moyen et long terme en luttant contre la désertification et la sécheresse et, par conséquent, en améliorant la sécurité alimentaire. Dans le cadre du projet Dund ak Kéew bi au Sénégal, 15 239 arbres ont été plantés en décembre 2019. En prévision de la saison des pluies prévues en juin-juillet 2020, les pépinières redémarrent et les femmes sont à pied d’œuvre!

 

Crédit photo : Jean-Pierre Faye

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Geneviève Talbot
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Circuits courts et approvisionnement local : les solutions pour assurer la sécurité alimentaire?

 
La pandémie actuelle a mis en lumière les failles dans le système alimentaire mondial et la fragilité des chaînes d’approvisionnement. Les discussions autour de la souveraineté alimentaire, l’autosuffisance et l’autonomie alimentaire reviennent donc au goût du jour et ce tant au niveau global que local, au Québec comme dans les pays d’intervention de SUCO. 

 

Autonomie alimentaire : un sujet de l’heure

Au Québec, face à la fermeture des frontières, les questions de sécurité alimentaire et de souveraineté alimentaire ont surgi : aurons-nous toujours accès à de la nourriture? Pouvons-nous produire suffisamment de fruits et légumes au Québec pour se nourrir? Marcel Groleau, président de l’UPA a rappelé que le taux d’autosuffisance alimentaire du Québec ne dépasse pas présentement 30%, et plus de 40% des fruits et légumes consommés en hiver viennent des États-UnisLa crise nous a ainsi fait prendre conscience de notre dépendance aux États-Unis, d’où le Québec s’approvisionne majoritairement en hiver, mais aussi de l’importance des travailleurs agricoles étrangers, principalement du Mexique et du Guatemala, pour la main d’œuvre à l’été et l’automne. SUCO a d’ailleurs tenu deux événements sur ce thème (Le webinaire « Quel rôle pour les systèmes alimentaires en temps de pandémie? » et le panel de discussion « Pour une souveraineté alimentaire au Québec » organisé par Ciné Vert, festival de films documentaires sur l’environnement initié par SUCO et Funambules Médias).  L’UPA a de son côté lancé le mouvement Mangeons local plus que jamais et les articles sur l’autonomie alimentaire du Québec se sont multipliés. On n’a en effet jamais autant parlé d’autonomie alimentaire au Québec que maintenant. 

Circuits courts et approvisionnement local, une panacée? 

Si la pandémie a favorisé les échanges sur le rôle des circuits courts¹ et de l’approvisionnement local, la situation aura aussi fait valoir la fragilité de ces options. Notre collègue Julie Potvin-Lajoie soulignait récemment l’apport possible de l’agriculture urbaine et des jardins communautaires et collectifs à la souveraineté alimentaire. Pourtant, il n’est pas évident que les circuits courts et les approvisionnements locaux soient, seuls, capables d’assurer la sécurité alimentaire de la population. La souveraineté alimentaire, qui n’est pas synonyme de circuits courts ni d’autarcie alimentaire, est certainement une voie de solution.

En fait, comme le souligne le rapport d’IPES Food, la plupart des mesures adoptées par les pays (fermeture des frontières, des marchés publics, restrictions sur les déplacements inter-régions et imposition de couvre-feu) pour lutter contre la COVID 19 ont révélé les vulnérabilités dans les chaînes d’approvisionnement courtes. Cela continue d’avoir un fort impact sur l’accès à la nourriture, et ce, surtout pour les populations du Sud. En effet, la majorité des populations du Sud dépendent des marchés locaux pour se nourrir. Les fermetures des marchés publics en Afrique — notamment au Burkina Faso, au Rwanda, au Sénégal, en Afrique du Sud et au Zimbabwe — ont coupé des voies d’approvisionnement vitales pour des communautés et supprimé des débouchés pour les fermiers. D’ailleurs comme le souligne GRAIN, l’expression « Je préférerais mourir du coronavirus plutôt que de faim » est couramment entendue en Haïti, en Angola, au Liban, en République démocratique du Congo, à Mayotte, en Inde et en Amérique latine. En Afrique de l’Ouest, elle devient : « la faim nous tuera avant le coronavirus».

Si le Québec devient autonome sur le plan alimentaire, de même que d’autres pays, quel peut être l’impact sur l’économie des pays du Sud? « L’achat de produits alimentaires provenant de pays du Sud (exemple : fruits et légumes en hiver) ne contribue-t-il pas au développement économique de ces pays en développement? » Cette question posée lors du webinaire du 22 avril soulève la question de l’impact de la souveraineté alimentaire dans une économie alimentaire mondiale libéralisée. 

Souveraineté alimentaire dans un contexte néolibéral?   

Cette question est importante pour SUCO et ses partenaires car notre travail vise justement à contribuer au développement économique des populations avec lesquelles nous travaillons. Si l’achat de produits alimentaires provenant du Sud contribue au développement de ces pays, alors nous allons souhaiter maintenir ces achats. Toutefois, lors du webinaire du 22 avril dernier, Hugo Beauregard-Langelier, Secrétaire général d’UPA Développement international, a apporté des nuances importantes, en spécifiant que l’achat de produits importés peut contribuer au développement des pays du Sud, selon le type d’agriculture qui produit ces aliments. Selon lui : 

« Une agriculture familiale où les producteurs et leur famille contrôlent les décisions de la ferme, participent aux travaux agricoles et sont les détenteurs des moyens de production est une façon de produire dont les retours développementaux sont plus importants. Une agriculture contrôlée par des intérêts étrangers, dont l’approche est délocalisée et où le producteur n’est qu’un ouvrier agricole a beaucoup moins de portée développementale à la fois pour les familles agricoles que pour les pays. »

Hugo Beauregard-Langelier, Secrétaire général d’UPA Développement international

Donc, la question n’est pas tant si nous devons nous procurer des produits issus de l’importation, mais plutôt comment et par qui ces aliments sont produits, et à qui profitent les bénéfices. 

Lors du même événement, Érika Salem, Agente de programme pour Montréal Métropole en santé, nous a aussi rappelé l’importance des certifications :

« Plusieurs pays ont une très faible capacité d’application de règles et lois permettant de protéger les agricultrices et agriculteurs ainsi que l’environnement. C’est pourquoi, lorsque l’on choisit d’acheter des produits importés, il est important de rechercher des certifications telles que Équitable, Rainforest Alliance ou encore biologique. Cela permet de nous assurer que ces denrées ont été produites par des travailleurs recevant un salaire leur permettant de subvenir à leurs besoins et dans des conditions sanitaires protégeant leur santé. Les certifications sont un outil parmi d’autres. » 

Érika Salem, Agente de programme pour Montréal Métropole en santé

L’achat de produits importés n’est pas contradictoire avec la notion de souveraineté alimentaire. La souveraineté alimentaire ne veut pas nécessairement dire autarcie, elle signifie plutôt le droit des peuples à définir leur propre politique agricole. Le mérite de la crise actuelle est qu’elle aura forcé la réflexion sur les politiques agricoles et quels en sont les moteurs. Comme le soulignait Stéphane Poirier de l’Iris dans son billet Autonomie alimentaire : Québec devrait envisager la création d’une nouvelle société d’État, « la prémisse voulant que la finalité première de l’agriculture soit de produire, en appliquant les principes du développement durable, des aliments de qualité pour la population québécoise » devrait guider l’élaboration des politiques agricole.

Pourtant, ce que la crise actuelle aura fait ressortir est que l’élaboration de ces politiques semble plutôt être basée sur la marchandisation des aliments, c’est-à-dire être construite sur l’offre : « on va produire ça, on va le transformer, et après on va faire de la publicité pour que les gens l’achètent. » Clairement, la crise nous aura fait voir que nourrir les populations, c’est beaucoup plus que la production agricole mais que cela doit impliquer plusieurs acteurs interdépendants et donc, être adressé par une approche systémique. 

Les solutions 

Si la crise nous aura fait voir les vulnérabilités des systèmes alimentaires, elle aura aussi permis d’entrevoir de nouveaux systèmes alimentaires, plus résilients. On peut voir les communautés se rassembler pour combler les lacunes des systèmes alimentaires. Par exemple Yélémani au Burkina Faso a mis sur pied un service de livraison sur WhatsApp afin d’apporter les paniers de légumes locaux et bio directement à leurs clients. Les jeunes producteurs agroécologiques membres du projet Formagro de SUCO au Pérou ont pour leur part élaboré un catalogue virtuel de leurs yaourts organiques fruités et organisé leurs distribution à domicile en suivant les règles de biosécurité. Ces deux initiatives sont des exemples notoires d’innovations communautaires en temps de pandémie. 

 

 

Les autorités publiques tentent aussi de mettre de l’avant des mesures extraordinaires pour garantir la production et l’approvisionnement de nourriture. Par exemple, le gouvernement Legault a parlé d’un projet d’augmenter la production en serres au Québec et les abonnements aux fermiers de famille auraient explosés depuis les dernières semaines.  

Si ces exemples démontrent à quel point les crises peuvent être des moments transformateurs, il ne faut pas non plus se leurrer et les acteurs du monde agroalimentaire tentent de maintenir le statu quo sous prétexte de répondre à la crise. Par exemple, les entreprises de transformation alimentaire et les entreprises qui vendent de la nourriture (les supermarchés bien sûr, mais aussi d’autres grandes surfaces qui vendent plein de produits, dont de la nourriture) ont pu obtenir des dérogations au confinement maintenant à risque les employés alors que les marchés publics et les jardins communautaires et collectifs ont été fermés. Ces décisions portent en effet à réflexion. 

Pourtant, les solutions viables à cette crise semblent plutôt être la reconstruction des systèmes alimentaires publics. Comme le dit GRAIN, « si une chose positive ressort de cette crise, c’est peut-être l’opportunité de reconquérir et de réaffirmer des systèmes publics dans nos pays, après des décennies de privatisation et de pouvoir envahissant des entreprises. Ces systèmes doivent soutenir et s’appuyer sur les solutions que les communautés locales fournissent déjà. »

 

Par circuit-court, on fait référence à un cycle commercial d’avoir tout au plus un intermédiaire entre le producteur et le consommateur.

 


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Geneviève Talbot
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17 avril, Journée internationale des luttes paysannes

 

Labourez, semez et récoltez des idées transformatrices pour l’avenir

En cette importante journée, SUCO salue le travail de ses partenaires et des paysannes et paysans pour nourrir les populations locales.  En ces temps de pandémie et de fermeture des frontières, la souveraineté alimentaire et l’importance des luttes paysannes sont certainement à souligner.

Créée en 1996 par le mouvement paysan international la Via Campesina, la journée d’action du 17 avril commémore le massacre de 19 paysans sans terre du Brésil. Elle est aussi l’occasion de célébrer la solidarité et la résistance des mouvements paysans et d’intensifier les alliances entre la campagne et la ville au bénéfice d’un projet de société fondé sur la justice sociale et la dignité des peuples.

SUCO profite de cette journée pour joindre sa voix à la mobilisation internationale en faveur de la Déclaration sur les droits humains des paysans et des autres personnes travaillant en milieu rural.  En mai aura lieu la 4ème session du groupe de travail intergouvernemental de l’ONU qui a pour objectif de finaliser cette Déclaration. Nos élus·es ont à cet égard un rôle clé. Vous pouvez faire entendre votre voix et demander leur appui à ce projet et l’adhésion future du Canada à la Déclaration, en signant dès maintenant la pétition à cet effet.

 

Ressources

Via Campesina : https://viacampesina.org/fr/17avril-labourez-semez-et-recoltez-des-idees-transformatrices-pour-lavenir/

Pétition en faveur de la Déclaration, proposée par l’Union Paysanne: https://unionpaysanne.com/communiques/lunion-paysanne-lance-un-appel-a-la-solidarite-et-pour-une-reconnaissance-des-droits-des-paysan-ne-s-du-monde-entier/

 


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Geneviève Talbot
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Le défi de la consommation locale en temps de la COVID-19 | L’exemple du Sénégal

 

 

Le Centre d’Écoute et d’encadrement pour un développement durable (CEEDD), partenaire de SUCO au Sénégal, est un acteur clé dans le développement de marché fermier bio-locaux non seulement à Thiès, mais au Sénégal. Ce rôle était essentiel au Sénégal et l’est encore plus en ce contexte de réponse à la COVID 19 qui force la fermeture des frontières. En effet, alors que le Sénégal a une grande tradition agricole, le pays dépend des marchés internationaux pour combler ses besoins alimentaires. Même avant la COVID 19,  la consommation d’aliment local était un défi de taille! Cette tendance à la dépendance des marchés internationaux n’a fait que s’accentuer avec l’urbanisation rapide de ces dernières décennies, en plus de la faiblesse des infrastructures agricoles et de contraintes structurelles clés. Pourtant, des solutions existent! Et en raison de la fermeture actuelle, la mise en œuvre de ces solutions est essentielle. Le CEEDD a développé des stratégies intéressantes pour à la fois nourrir la population locale en aliments locaux sains et assurer un revenu aux familles : l’agriculture urbaine, la transformation alimentaire et le développement de marchés fermiers bio-locaux.

Des pénuries alimentaires

Le Sénégal est non seulement confronté à des pénuries alimentaires, mais est aussi un gros importateur de céréales, telles que le riz et le blé, ainsi que de produits intermédiaires comme le sucre, l’huile végétale, lait en poudre. Or, les augmentations des importations au Sénégal ont un impact sévère sur la production locale. La quasi-destruction du secteur aviaire sénégalais, maintenant dépendant de l’importation de volaille en provenance de l’Union européenne, en est un triste exemple.

Pourtant, au Sénégal tout est là pour produire suffisamment de nourriture et satisfaire la demande locale. Il est vrai que les changements climatiques ont des impacts importants sur les systèmes alimentaires sénégalais. En effet, les modes de production agricole doivent s’adapter aux nouvelles réalités climatiques. Or, bien qu’ils ne soient pas sans effet sur les changements en cours et qu’ils en subissent les conséquences de façon directe, les systèmes agricoles peuvent aussi contribuer efficacement à la lutte aux changements climatiques et, ainsi, participer à l’atteinte d’une plus grande sécurité alimentaire. En fait, les enjeux de la consommation locale concernent la production, mais aussi la transformation et la mise en marché des produits locaux.

Des solutions mises en place

Les initiatives du CEEDD en micro-jardinage, agriculture urbaine, transformation alimentaire alliées à la mise en place de marchés fermiers bio-locaux illustrent pourtant que des solutions existent. Comme le dit si bien le CEEDD sur son site web :

« Le micro-jardinage permet à chaque famille de cultiver dans un espace restreint plusieurs variétés de légumes et plantes aromatiques. Ces récoltes, qui s’adaptent parfaitement aux besoins alimentaires des ménages, peuvent être constituées de salades, choux, gombos, aubergines amères ou encore menthe et basilic, selon les goûts de chacun. De plus, la vente des excédents des récoltes constitue une activité génératrice de revenus pour les femmes actives dans ce domaine. Cela leur permet ainsi d’améliorer leurs conditions de vie et d’assumer plus facilement leurs dépenses quotidiennes. »

Ces initiatives sont porteuses de réels changements qui favorisent l’autonomisation des femmes, le développement d’une économie locale, de système alimentaires à circuits courts, d’une agriculture adaptée aux impacts des changements climatiques et l’amélioration de la santé des populations locales qui auront accès à des aliments sains. D’une pierre, milles coups! Bravo au CEEDD, acteur de changements!

 

En venant au CEEDD, vous pourrez visiter ses jardins, véritables vitrines d’expositions des techniques employées et exemples pour les femmes bénéficiaires.

Crédit photos : CEEDD


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Geneviève Talbot
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Manger local et bio du plus jeune âge! | Journée internationale de l’éducation

 

 

En cette Journée internationale de l’éducation, SUCO souligne l’effort et le travail acharné des organismes partout dans le monde qui œuvrent à soutenir l’éducation comme force d’inclusion propice à la réalisation des objectifs du développement durable. La Journée internationale de l’éducation, proclamée par l’Assemblée générale des Nations Unies en 2018, met en lumière le rôle de l’éducation pour la paix et le développement.

À SUCO nous sommes fièrs·es de contribuer, entre autres, à la mise en place et à la réussite du projet « Apprenons la souveraineté alimentaire ». Financé par la Fondation Roncalli, le projet permet de sensibiliser près de 80 élèves de 2 classes élémentaires de Ouagadougou, au Burkina Faso, sur les thématiques de la souveraineté alimentaire. La théorie, alliée à la pratique, leur permet de mettre en œuvre leurs nouvelles compétences par la mise en place et l’entretien d’un jardin agroécologique, de pouvoir échanger avec les producteurs et productrices de la région, de visiter des initiatives agroécologiques, de préparer des mets à base de produits locaux et de divulguer par la suite leurs apprentissages dans leurs communautés. Et tout cela, du plus jeune âge!

Ainsi, accompagnés·es par deux maraîchers expérimentés de Yelemani, notre partenaire burkinabé, les jeunes filles et garçons, de même que les enseignantes et enseignants et les parents des élèves ont appris la pratique de l’agroécologie. Les élèves sont formés, entre autres, à la préparation du terrain, à la connaissance des différentes cultures et aux techniques de production. Des sous-groupes sont responsables de la gestion des différentes phases pour que, de façon rotative, tous les élèves puissent avoir la possibilité de participer directement à l’activité. Les heures dédiées au jardin s’alternent aux leçons en classe. En plus, les jardins permettent une amélioration dans l’alimentation des jeunes élèves, car les légumes produits par le jardin scolaire sont destinés à la cantine scolaire!

L’agriculture durable permet d’augmenter et diversifier la production agricole, d’assurer la quantité et qualité des aliments pour les familles agricultrices, et de protéger et restaurer les écosystèmes afin de s’adapter aux changements climatiques.

 

 


Renseignements supplémentaires:

Geneviève Talbot
Chargée de programme -Pôle Afrique
(514) 272-3019 poste 235
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