Abejita feliz : une journée avec les abeilles !

 

Témoignage de Virginie Journeau
Coordonnatrice régionale INATEC-PCG
Somoto, Nicaragua

Dans le projet PROGA-Jóvenes, les jeunes ont l’opportunité de travailler un plan d’affaires à la fin de leur formation. Le projet les accompagne dans toutes les étapes de ce plan d’affaires, de l’élaboration jusqu’à la commercialisation de leur produit. Un des plans d’affaires a attiré grandement mon attention et mon côté sucré : la production de miel !

Durant leurs trois années de formation, les jeunes sont sensibilisés à l’impact des pesticides sur l’environnement. L’apiculture représente donc un excellent moyen de contribuer positivement à l’écosystème grâce au rôle que jouent les abeilles en tant que pollinisatrices. De plus, le miel produit est 100 % pur et est un sucre naturel ayant de multiples propriétés pour la santé des gens.

Au mois de mars dernier, j’ai eu la chance de participer à une journée de formation en apiculture avec l’équipe et l’un des jeunes ayant écrit ce plan d’affaires. J’étais vraiment excitée à l’idée de découvrir tout le processus derrière ce produit si bon ! Après une heure et demie de moto, nous sommes enfin arrivés à San Juan del Rio Coco, plus précisément dans la communauté de San Lucas. En guise d’introduction, l’équipe a reçu une formation sur la fabrication de la cire d’abeille gaufrée.

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Le jeune Marlon Uriel Hernández coupe les côtés du moule afin d’obtenir deux bandes de cire d’abeille ; crédit photo : Virginie Journeau

Par la suite, toute l’équipe s’est armée d’un attirail de protection en vérifiant qu’il n’y avait aucun trou assez large pour une éventuelle attaque d’une abeille. Nous pourrions penser que les abeilles sont agressives, mais il faut plutôt penser au fait que nous leur « volons » le miel pour lequel elles ont dépensé beaucoup d’énergie. Nous devrions dire qu’elles défendent vaillamment leur territoire et leur précieuse ressource !

Envahis par le bourdonnement des centaines d’abeilles, nous avons retiré les cadres de la ruche afin de les vérifier un à la fois, dans chacune des dix ruches, et de récolter le miel mature. Pour vérifier si le miel est mature, il faut secouer le panneau pour voir s’il s’en écoule du miel. Si c’est le cas, il n’est pas encore prêt pour la récolte !

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Jose Ramon, facilitateur dans l’équipe PCG, vérifie si le miel est prêt à être récolté ; crédit photo : Virginie Journeau

La dernière étape consiste à extraire le miel du panneau de cire. Il s’agit tout d’abord de couper la fine couche qui ferme les alvéoles. Par la suite, il faut placer le panneau dans une centrifugeuse, la faire tourner manuellement et le tour est joué ! À partir de ce moment, nous avons commencé à nous régaler et à nous sentir comme d’heureuses petites abeilles !

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Juanita, facilitatrice dans l’équipe PCG, coupe attentivement la fine couche qui nous sépare du précieux miel ! ; crédit photo : Virginie Journeau

Des jeunes entrepreneurs inspirants

 

Témoignage de Tanya Abelhauser-Gosselin
Conseillère en commercialisation et micro-crédit, projet PROGA-Jeunes

Dans le cadre de la Journée mondiale de l’entrepreneuriat qui se tiendra le 16 avril, je voulais prendre le temps de souligner le travail exceptionnel des jeunes hommes et femmes entrepreneurs avec qui je travaille et qui m’inspirent tous les jours. En tant que conseillère en commercialisation et micro-crédit pour le projet PROGA-Jóvenes de SUCO au Nicaragua, j’ai eu la chance de voir de jeunes étudiants et étudiantes se transformer en véritables entrepreneurs.

PROGA-Jóvenes est un programme de 3 ans en agroécologie pour les jeunes des régions rurales du Nicaragua âgés entre 18 et 35 ans. Les seuls critères pour participer au programme : savoir lire et écrire et avoir de la motivation, bien sûr ! Ces critères pourraient sembler simples à remplir, mais plusieurs des jeunes n’ont pas eu l’occasion de poursuivre leurs études après le primaire, et donc lire et écrire demeurent une épreuve pour eux. Durant les 3 années de formation, ils apprennent différentes techniques écologiques afin de diversifier et augmenter les récoltes de leur ferme familiale. Ce qui est remarquable dans ce programme c’est qu’ils apprennent aussi les bases de l’entrepreneuriat ! Plus de 90 heures de cours sont consacrées à ce sujet, de l’étude de marché à l’analyse des coûts de production jusqu’à la rédaction d’un plan d’affaires. L’objectif des cours est de donner aux jeunes un avant-goût des réalités entrepreneuriales. Les différents outils, tels que le plan d’affaires, sont faits dans un esprit de pratique et d’apprentissage. Les jeunes pour qui cet aperçu fait vibrer la fibre entrepreneuriale ont ensuite la possibilité de mettre en pratique leur plan d’affaires afin de créer une véritable micro-entreprise.

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Kelvin, propriétaire de son entreprise de production de café moulu, nous montre comment torréfier le café à la bonne température et pendant le bon laps de temps ; crédit photo : Tanya Abelhauser-Gosselin

 

Une fois les jeunes diplômés, on commence les démarches pour démarrer leur entreprise, en passant par la finalisation du budget et le renforcement des compétences techniques spécifiques à leur domaine d’activités.

J’ai eu la chance de travailler avec une cohorte qui termine presque un an d’accompagnement dans le démarrage d’entreprise et avec une autre qui commence ses démarches. Le progrès que réalisent les jeunes en si peu de temps est réellement impressionnant. Lorsqu’on parle de micro-crédit aux nouveaux entrepreneurs et entrepreneures, ils nous regardent avec de grands yeux apeurés, mais les « anciens et anciennes », qui n’ont même pas encore un an d’expérience dans ce domaine, nous parlent de leurs échéanciers de remboursement avec aplomb. Il y en a même qui ont comme projet, une fois le premier prêt remboursé, de bénéficier d’un autre prêt afin d’agrandir leur entreprise pour répondre aux besoins de leurs clients. Ils nous expliquent en détail le processus de leur production et pourquoi ils exécutent chaque étape, alors qu’il n’y a pas si longtemps, ils ne savaient pas par où commencer. De plus, les jeunes de la première cohorte sont maintenant les mentors des entrepreneurs et entrepreneures de la deuxième.

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Silma et Bianca, propriétaires d’une entreprise de production de plantules, participent à une conférence pour les femmes entrepreneures à Managua ; crédit photo : Tanya Abelhauser-Gosselin

 

Ces jeunes m’inspirent puisque quand ils ont commencé le programme PROGA-Jóvenes, ils éprouvaient des difficultés à écrire et à faire des calculs simples. Maintenant, ils gèrent des budgets, des livres de registres et sont les propriétaires d’entreprises qui génèrent des revenus pour améliorer leur vie et celle de leur famille. Plusieurs jeunes me disent qu’ils sont fiers d’avoir mis sur pied la première véritable entreprise dans leur communauté. Pour ces jeunes, le projet de démarrer leur propre entreprise pouvait sembler impossible, sans savoir où commencer et sans pouvoir s’inspirer d’exemple d’entreprise proche de chez eux, mais ils ont réussi. Au contact de ces jeunes femmes et hommes qui réussissent et relèvent tous ces défis, j’ai pris conscience qu’avec de la volonté, rien n’est impossible !


Portrait d’une jeune leader

 

Témoignage de Anik Laverdière
Conseillère en nutrition

Dans le cadre de mon mandat, j’ai eu l’honneur de travailler avec des femmes inspirantes qui se battent pour un avenir meilleur. Je vous présente Mercedes Garcia Dominguez, 33 ans, de Silimania dans le département d’Intibucá dans l’ouest du Honduras, et cheffe de projets chez AMIR (Asociacion de Mujeres Intibucanas Renovadas). AMIR a été fondée en 1980 par des femmes Lenca (autochtones) de la région afin de pallier le manque d’opportunités pour les femmes et le machisme. Elles ont décidé de s’organiser, afin de pouvoir se former, se rencontrer et améliorer leurs conditions de vie et celles de leurs communautés.

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Mercedes Garcia Dominguez ; crédit photo : Anik Laverdière

Il y a environ 15 ans, Mercedes a décidé de s’impliquer dans les activités du groupe de base d’AMIR présent dans sa communauté… décision qui changea le cours de sa vie. À l’époque, elle avait terminé sa 6e année et travaillait dans les champs, ce qui est fréquent dans cette partie du pays. « Si je n’avais pas participé aux formations, je n’aurais jamais eu la motivation de poursuivre mes études, je ne serais pas ici, je travaillerais probablement encore dans les champs. » Elle a commencé par suivre les formations populaires offertes par l’association sur des thèmes d’intérêt pour les femmes dont l’estime de soi, la violence domestique, le leadership, les droits. Elle a ensuite donné ces formations à d’autres femmes dans les communautés. « Dans ce temps-là, on n’avait aucun financement et on devait tout payer nous-même : le transport, la nourriture pour la semaine. On s’organisait pour se rencontrer et faire des formations, mais la participation était limitée. » Ça c’était avant l’ouverture de l’usine de transformation de produits en 2004

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Des femmes de l’association AMIR ; crédit photo : Anik Laverdière

AMIR a pris la décision d’ouvrir une « usine » de transformation de produits alimentaires comme solution à deux problèmes : le gaspillage des fruits et légumes dans les communautés, et les faibles revenus de ses membres. Les femmes de l’association perdaient souvent leurs récoltes de fruits et légumes, car le prix de production et de transport pour se rendre au marché leur coûtait plus cher que le prix de vente. Donc, en achetant les matières primaires directement de ses membres, AMIR permet à ces femmes d’augmenter leurs revenus. La vente de ces produits permet aussi à l’association de générer des revenus afin qu’elle soit autonome. En d’autres mots, elle peut continuer à offrir des formations sans financement extérieur, et payer sa part afin d’être appuyée par des projets de développement.

Mercedes a travaillé à l’usine dès ses débuts. « La première année, on ne gagnait rien. Après cela, on ne nous payait pas beaucoup, mais mes gains m’ont permis d’étudier. J’ai terminé mon bachillerato en administration d’entreprise. Au début, nous avons été formées en administration agroalimentaire, en planification et en fabrication de marinades et de confitures. Je me suis aperçue que la demande du marché était plus grande pour des pâtes de fruits (dulces) et des légumineuses cuites (frijoles). » Mercedes a donc pu faire usage de sa créativité. « Les dulces sont de mon invention », dit-elle avec fierté. Les frijoles sont le produit vedette et les dulces, très en demande.

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Mercedes Garcia Dominguez ; crédit photo : Anik Laverdière

Elle a travaillé à l’usine pendant ses études et en 2006, elle a commencé à travailler comme cheffe de projets, son poste actuel. L’association l’a aidée, et maintenant elle utilise ses connaissances pour aider l’organisation à accomplir sa mission et à avancer, redonnant donc à sa communauté.

Elle m’a raconté les défis auxquels l’association a dû faire face afin d’être aujourd’hui une association dirigée par ses membres – les femmes, libre, autonome, autosuffisante et durable. « On continue d’exister même sans financement d’un projet. »

Quels sont vos rêves ?

« Au niveau personnel, je rêve de terminer mon premier cycle universitaire, car je n’ai pas pu le faire. Je veux aussi toujours avoir un travail et un travail qui me permet d’être au service des autres.

Pour ma communauté, l’idée est qu’avec le groupe de base, les femmes seront formées, les familles s’intègreront au groupe et qu’en bout de ligne, les choses changeront et les femmes amélioreront leurs conditions de vie.

Au niveau de l’organisation, je rêve qu’elle soit durable. L’idée de l’usine de transformation est qu’elle nous permette de rester autonomes et de continuer d’améliorer les conditions de vie des femmes, sur le plan économique par l’achat de la matière primaire et la vente de produits, mais aussi par le biais de formations pour les femmes. On se rend compte que les femmes ont été tellement marginalisées et auto marginalisées, et l’on voit encore des femmes qui croient qu’elles ne servent à rien. C’est tout un processus qui reste à faire avec les femmes pour changer ces attitudes. J’aimerais aussi qu’on puisse atteindre une vraie égalité et équité entre les hommes et les femmes, une égalité basée sur les droits et le respect des deux sexes. Pour atteindre ce but, un travail avec les familles s’impose. »

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Équipe de l’association AMIR avec Anik Laverdière

Mercedes parle aussi des défis qui restent à relever. « On doit rejoindre et former plus de gens si l’on veut atteindre un véritable développement et que les choses changent vraiment. On doit donc changer la méthodologie utilisée pour les formations afin que ce ne soit pas toujours les mêmes femmes qui participent aux différentes formations et projets. De plus, il faut impliquer davantage les jeunes et leur transmettre la vision et la culture organisationnelles. L’idéal est de travailler en même temps avec les femmes et les jeunes, car les deux groupes se complètent. Les jeunes ont plus d’énergie physique, tandis que les femmes plus âgées ont des connaissances et de l’expérience de vie. »

Cette jeune femme énergique, fonceuse, positive, persévérante, travaille pour un monde plus juste, équitable et pour améliorer les conditions de vie des femmes dans sa communauté. Elle est une inspiration pour moi, et pour d’autres jeunes dans sa communauté qui suivent maintenant son exemple.


Les stagiaires de PROGA-Jeunes : un modèle de réussite pour les jeunes femmes du projet

 

Article de Virginie Journeau
Coordonnatrice régionale INATEC-PCG
Somoto, Nicaragua

Le projet de SUCO au Nicaragua, PROGA-Jeunes, comme son nom nous le laisse présager, travaille avec les jeunes Nicaraguayens et Nicaraguayennes âgés entre 15 et 30 ans. Dans ce pays où la population est composée majoritairement de jeunes, ces derniers font face à plusieurs problèmes, notamment l’accès à l’éducation et à un emploi rémunéré avec des conditions de travail équitables. En effet, c’est près de la moitié des jeunes qui sont sans emploi ou qui travaillent dans le secteur informel. La situation est encore plus difficile pour les femmes en raison des nombreuses barrières sociales.

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Juanita (demoiselle avec la casquette rose) était une stagiaire et est maintenant facilitatrice pour le projet. Elle est ici au centre local de el Jocote afin de participer à l’installation d’une bombe MECATE pour approvisionner la parcelle école en eau ; crédit photo : Virginie Journeau

Afin d’aspirer à une vie prospère, les jeunes au Nicaragua doivent surmonter plusieurs difficultés. J’aimerais donc laisser la parole à deux jeunes femmes dont le travail passe souvent sous silence. En effet, dans chacun des quatre centres régionaux du projet PROGA-Jeunes, des stagiaires travaillent de manière rigoureuse et professionnelle. Au cours des quatre années de vie de ce projet, d’anciens stagiaires ont même eu la chance d’être embauchés en tant que membre de l’équipe. Ces jeunes universitaires contribuent grandement à la réussite de ce beau projet et sont, à mes yeux, des modèles de succès pour les jeunes qui suivent la formation de PROGA-Jeunes. Je vous invite donc à lire les témoignages de deux stagiaires qui sont des modèles positifs pour les jeunes femmes du Nicaragua.

Angelica Maria Larios Ortez, 22 ans, originaire de El Jicaro dans le département de Nueva Segovia. Technicienne en sciences de l’agronomie et d’élevage. Stagiaire depuis avril 2013 au centre régional de Jalapa.

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Angelica Maria Larios Ortez, stagiaire depuis avril 2013 au centre régional de Jalapa ; crédit photo : Virginie Journeau

Je suis actuellement aux études, les samedis, et le fait d’être stagiaire durant la semaine me permet d’acquérir de plus amples connaissances. De plus, mes compagnons de travail m’appuient dans mon travail et me font sentir comme faisant partie intégrante de l’équipe.

Ce projet est en soi une grande opportunité et plusieurs jeunes du projet aspirent à être eux aussi stagiaires. De plus, dans une des municipalités, nous avons un groupe composé uniquement de femmes, ce qui est très important parce que la plupart des gens pensent que les femmes ne peuvent pas tout faire. Mais en réalité, nous pouvons réussir, peu importe notre âge, notre taille, si nous avons le désir, nous pouvons tout accomplir. »

Mirian de Los Angeles Rivas Ponce, 20 ans, originaire de San Lucas, Madriz. Stagiaire depuis juin 2014 en égalité hommes-femmes au centre de INPHRU, Somoto.

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Mirian de Los Angeles Rivas Ponce, stagiaire depuis juin 2014 en égalité hommes-femmes au centre de INPHRU, Somoto ; crédit photo : Virginie Journeau

« Mon rôle en tant que stagiaire en égalité hommes-femmes est de réviser les cours en lien avec ce thème, d’accompagner l’équipe dans les suivis techniques et dans les cours. J’ai même eu l’occasion de donner moi-même des classes. Chaque fois que je me retrouve sur le terrain, je tombe encore plus en amour avec la carrière que j’ai choisie. Les bénéfices professionnels de ce stage sont de connaître les différentes situations vécues par les personnes dans les communautés. Ces expériences me permettent d’intervenir et d’être ainsi un agent de changement et d’apprendre chaque jour à donner le meilleur de moi-même.

Le fait de travailler avec les jeunes dans les communautés rurales est très important parce que c’est la meilleure manière de promouvoir le changement chez ces derniers. PROGA-Jeunes rejoint de nombreux jeunes qui habitent dans des communautés éloignées et permet de développer leur qualité de vie en leur donnant les divers outils pour notamment augmenter leur confiance en soi et mieux communiquer. »

 


La Yunta Andina

 
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Crédit photo : Carlos Ly

Le jeudi 23 octobre 2014 était une journée spéciale pour SUCO au Pérou. En effet, plus de 70 personnes étaient présentes pour assister au lancement de la Yunta andina, outils de formation agropastorale, et d’un diagnostic réalisé cette année sur le thème de l’entrepreneuriat rural. Pour cette occasion, une grande partie de l’équipe de SUCO Montréal était présente ainsi que les représentants de SUCO au Nicaragua et au Honduras. Ce fut un moment privilégié pour faire connaître notre expertise et notre travail en présence de représentants de l’Ambassade du Canada à Lima, des ministères péruviens de la Production, de l’Agriculture et de l’Éducation, des ONG de la coopération italienne, canadienne et américaine ainsi que des partenaires péruviens de SUCO. Des représentants du secteur du développement durable de trois grandes entreprises privées péruviennes étaient aussi présents lors de la soirée. L’engouement pour la thématique de l’entrepreneuriat rural et du développement agroenvironnemental local a certainement été démontré par la quantité de personnes présentes et par la qualité des échanges observés.

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Crédit photo : Carlos Ly

Étaient aussi présentes lors de l’événement les productrices de la Red Prausa, réseau de femmes productrices de la région périurbaine de Lima et partenaire de SUCO, pour faire déguster les produits frais de leur jardin biologique et deux plats péruviens : le ceviche de légumes et le picante de berros. Le fromage produit par les productrices appuyées par le projet de SUCO à Huari était aussi offert à la table pour une savoureuse dégustation. Tous ces aliments sains et biologiques ont permis aux participants et participantes de voir comment le travail de SUCO auprès de ses partenaires permet d’assurer à la fois la souveraineté alimentaire des familles productrices ainsi que le développement économique durable pour ces nouveaux entrepreneurs et entrepreneuses grâce à la génération de revenus liée à la vente des excédents produits.

L’événement a donc permis de présenter le travail qu’effectue SUCO de façon globale, avec un accent sur ce qui se fait tant au Pérou qu’au Nicaragua. Enfin, l’événement a aussi permis de réunir des gens de différents milieux et secteurs pour discuter des enjeux liés au développement de l’entrepreneuriat rural et mettre en lumière l’importance d’appuyer ces entrepreneuses et entrepreneurs ruraux pour un développement agroenvironnemental durable.

Note sur les deux documents produits :

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Crédit photo : Carlos Ly

La Yunta andina est un outil de formation agropastorale pour les familles du milieu andin, créé par l’association Allpa en collaboration avec SUCO. Cet outil met en valeur l’expérience développée sur le terrain depuis déjà une décennie et l’intègre sous un format homogène qui permet aux techniciens agronomes et vétérinaires de former les producteurs et productrices des zones alto-andines avec un contenu correspondant à leur réalité. La grande valeur ajoutée de ce nouveau format est d’abord l’accessibilité de l’information qui se trouve réunie dans un même document et ensuite, la qualité du contenu présenté à travers des fiches techniques de formation et d’accompagnement. Toute la recherche préalable a permis d’avoir un contenu qui est adapté à la réalité péruvienne, qui répond aux demandes des producteurs et productrices de la région, mais surtout qui fait ressortir les différents savoirs ancestraux pour améliorer la capacité de production des populations… savoirs qui ont eu tendance à se perdre avec les années et qui sont récupérés dans ce document. La Yunta andina représente donc un ensemble d’outils de formation et d’accompagnement technique avec des présentations colorées (images et photos originales) et un contenu totalement créé par SUCO et Allpa. Mais ce n’est pas tout ! La Yunta andina c’est aussi une méthodologie d’intervention qui permet aux familles productrices et à la population intégrée aux différents projets de développement durable mis en place dans les dernières années de pouvoir s’approprier le contenu et développer leur communauté par une approche de développement participatif et organisationnel. Enfin, les thèmes du programme de formation et d’accompagnement en production agropastorale sont : jardins maraîchers biologiques, systèmes de pâturage, irrigation, produits laitiers, élevage de cochons d’Inde, santé animale, commercialisation de produits laitiers et environnement.

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Crédit photo : Carlos Ly

Le diagnostic sur l’entrepreneuriat rural présente un portrait des entrepreneurs ruraux qui vivent dans trois régions du Pérou : Lima, Ancash et Piura. Comme SUCO a développé toute une expérience d’intervention dans les deux premières régions, il a été fort pertinent d’explorer une troisième région pour valider les différentes conclusions de l’analyse effectuée. En effet, il ressort clairement du diagnostic que les entrepreneurs sont des acteurs clés pour assurer un développement durable des régions rurales visitées. Ces mêmes entrepreneurs ruraux péruviens ont mentionné de nombreux enjeux auxquels ils étaient confrontés et différents besoins qui devront être comblés s’ils souhaitent améliorer leur rendement et assurer une certaine durabilité. Les besoins peuvent se résumer en trois grandes thématiques : (1) l’amélioration des techniques de production, (2) la commercialisation et l’articulation au marché ainsi que (3) le renforcement institutionnel, soit l’appui à la formalisation des différentes micros et petites entreprises rencontrées et le renforcement de celles-ci. Le diagnostic présente aussi la proposition de SUCO de créer une plateforme multisectorielle qui permettrait d’articuler les différents services publics et privés qui existent actuellement, pour appuyer les entrepreneurs en vue de mieux répondre à leurs besoins. Cette proposition a été très bien reçue par l’ensemble des acteurs interviewés (tant publics que privés) lors de la collecte de données. Plus encore, cela semble une nécessité urgente puisque les programmes existants fonctionnent actuellement en vase clos et ne réussissent pas à atteindre leur objectif pour créer une économie régionale plus dynamique basée sur des entrepreneurs ruraux forts, dont les capacités auront été renforcées et qui développent leur productivité pour ainsi générer plus de revenus. Enfin, une plateforme de services d’appui aux entrepreneurs aurait pour but la création et le renforcement d’entreprises ainsi que la génération et le maintien d’emplois dans les régions défavorisées du Pérou. Tout ceci pour viser l’amélioration globale de la qualité de vie des populations marginalisées, amélioration qui passe obligatoirement par un développement économique et social durable.

 

 


Des leaders pour le changement au Pérou

 

Un article de Pascale Fecteau-Bourque
Conseillère en développement d’outils éducatifs et formation
Huari, Pérou

En cette année internationale de l’agriculture familiale, il est opportun de se questionner sur l’avenir de l’agriculture péruvienne. Depuis une dizaine d’années, la tendance est à l’exportation des produits agricoles et à l’agriculture à grande échelle, du moins c’est ce que semblent encourager les politiques gouvernementales et le support réduit à l’agriculture familiale. Certes, le développement économique auquel ont contribué les exportations agricoles est un facteur important pour l’amélioration des conditions de vie des Péruviens et des Péruviennes, mais l’agriculture familiale l’est tout autant de par l’occupation du territoire, la dynamisation des régions, la sécurité alimentaire qu’elle procure et la conservation de l’environnement qu’elle favorise. Au Pérou, 58 % de la superficie agricole se situe dans les Andes et 68 % des exploitations agricoles andines sont de moins de 5 hectares. Malgré la pauvreté et l’agriculture de subsistance qui y règnent, les Andes ont un potentiel certain en ce qui concerne le développement d’une agriculture familiale productive. Il s’agit d’ailleurs d’une partie importante de la mission de l’association ALLPA, le partenaire péruvien de SUCO avec lequel je travaille, qui intervient dans le district alto andin de Huari depuis un peu plus de 5 ans.

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Classe pratique des leaders en élevage avec Pascale

Lorsque ALLPA est arrivé à Huari, les familles paysannes pratiquaient l’agriculture de subsistance, ne cultivaient pas de pâturages et produisaient peu de fromage. Grâce à son programme de formation paysanne et d’accompagnement technique, l’association ALLPA a changé le modèle agricole des communautés avec lesquelles elle travaille en le rendant plus productif et en permettant à l’agriculture familiale de remplir ses rôles sociaux, économiques et environnementaux. Presque toutes les familles cultivent maintenant leurs pâturages, plusieurs opèrent des micro systèmes d’irrigation, fabriquent et commercialisent leur fromage et améliorent la génétique de leurs vaches laitières par l’insémination artificielle. L’effet sur les familles est notable : elles empruntent à la banque pour acheter des vaches laitières de bonne génétique, elles s’associent pour la vente de fromage, elles adoptent des pratiques de conservation des pâturages, etc. Quant aux femmes, elles développent leur leadership grâce à la production et à la vente de fromage, activités qu’elles ont le temps de pratiquer depuis que les pâturages cultivés ne les obligent plus à amener paître leurs animaux loin de la maison. Plus que des changements techniques et technologiques, ALLPA vise les changements sociaux. Les connaissances et la technologie sont importantes pour l’amélioration des conditions de vie des communautés, mais la volonté de changer et de progresser, quant à elle, est essentielle.