Les jardins communautaires et collectifs : une richesse inestimable en milieu urbain

 

 

Crédit photo: AU/LAB Laboratoire d’agriculture urbaine

 

L’agriculture urbaine joue un rôle fondamental dans la sécurité alimentaire des villes. Un de ses piliers sont les jardins communautaires et collectifs, qui permettent de donner accès à la terre à des membres d’une communauté urbaine qui, autrement, n’y auraient pas accès. Selon AU/LAB Laboratoire d’agriculture urbaine,

« … l’agriculture urbaine à Montréal fournit les besoins en légumes frais, durant la saison estivale, à un minimum de 100 000 personnes, soit 5 % de la population montréalaise. Mais selon les modèles cela pourrait être 250 000 personnes, soit plus de 12% de la population. Le tout pour une valeur monétaire se situant entre 25 et 50 millions de $. »

Le rôle de l’agriculture urbaine et des jardins communautaires dans la souveraineté alimentaire des villes demeure toutefois sujet de discussion. D’ailleurs, lors du panel du 22 avril intitulé Quels rôles pour les systèmes alimentaires en temps de pandémie, Erika Salem de Montréal Métropole en Santé et Hugo Beauregard-Langelier de UPA-DI ont bien posé les termes du débat : Est-ce que les jardins communautaires et l’agriculture urbaine sont des outils de sensibilisations des communautés urbaines aux enjeux de l’agriculture ou si, en plus de cette fonction, peuvent-ils servir à nourrir la population urbaine?

C’est quoi au juste, l’agriculture urbaine? Selon la FAO « L’agriculture urbaine et périurbaine (AUP) consiste à cultiver des plantes et à élever des animaux à l’intérieur et aux alentours des villes. L’AUP fournit des produits alimentaires de divers types de cultures (graines, plantes racines, légumes, champignons, fruits), des animaux (volailles, lapins, chèvres, moutons, bétail, cochons, cochons d’Inde, poissons, etc.), ainsi que des produits non alimentaires (herbes aromatiques et médicinales, plantes ornementales, produits forestiers, etc.). Elle comprend la sylviculture pour la production de fruits et de bois de feu, ainsi que l’agroforesterie et l’aquaculture à petite échelle» 

Le jardinage collectif et communautaire en temps de pandémie

Comme les jardins communautaires appartiennent à la Ville de Montréal, leur accès a été interdit à tous ses membres dès le tout début des manifestations de la pandémie, au même titre que les bibliothèques municipales et les lieux touristiques.

Cependant, comme le jardinage permet de contribuer à améliorer l’accès à des aliments nutritifs et de qualité en plus de jouer un rôle dans l’autonomie et la sécurité alimentaire, leur fermeture a posé plusieurs questionnements. Ainsi, les jardins communautaires ne devraient-ils pas être considérés comme services essentiels? Avec la fermeture des frontières et la limitation de l’accès à certains produits, plusieurs initiatives d’agriculture urbaine ont vu le jour dans le monde afin de venir combler les besoins des populations en fruits et légumes, comme les initiatives du  Centre d’écoute et d’encadrement pour un développement durable (CEEDD) au Sénégal, un des partenaires de SUCO, mettant en œuvre des « stratégies intéressantes pour à la fois nourrir la population locale en aliments locaux sains et assurer un revenu aux familles

Quoi qu’ils soient souvent perçus au Québec, comme le soutenait M. Beauregard-Langelier, comme espaces de loisirs plutôt que pour leur rôle alimentaire, les espaces de jardinage communautaires et collectifs peuvent combler un besoin d’approvisionnement en fruits et légumes. Comme le soulignait madame Salem, les demandes d’aide alimentaire ont explosé à Montréal, en raison de la plus grande vulnérabilité des nombreuses familles ayant perdu leur revenu en raison de la réponse à la COVID 19 et devant se retourner vers les banques alimentaires, déjà dépassées par la demande. Et ces effets se feront sentir encore longtemps, même si notre économie reprend peu à peu. Une partie de la solution réside peut-être dans l’alimentation locale à travers un plus grand accès à des lots destinés au jardinage collectif dans la ville de Montréal.

Espace pour la vie annonçait récemment que le Jardin botanique de Montréal produirait cet été des fruits et légumes pour les citoyens, afin de pallier à une éventuelle situation d’insécurité alimentaire. Il a en effet été décidé de transformer le jardin de démonstration en espace de production, qui aurait la capacité de nourrir 100 personnes en légumes pendant toute une année. C’est à travers les organismes communautaires que les récoltes seront accessibles pour les populations dans le besoin. Voilà une belle démonstration de la réactivité et adaptabilité de la Ville de Montréal en ce moment de crise, amenant son lot d’incertitudes et de questionnements.

Après que l’Ontario et la Colombie-Britannique aient annoncé à tour de rôle l’ouverture de leurs jardins, la santé publique du Québec a donné le feu vert le 28 avril dernier pour ouvrir les jardins communautaires et collectifs, à condition d’appliquer certaines mesures de prévention et protection contre la propagation.

Il ne reste plus qu’à attendre les indications précises des villes, afin de pouvoir officiellement considérer la saison lancée, en espérant que cela se fera rapidement. En effet, avec la courte saison au Québec, une ouverture repoussée à la fin du mois de juin par exemple compromettrait pratiquement en totalité la capacité de production.

Quelle est la différence entre un jardin collectif et un jardin communautaire?
Le jardin communautaire est composé de plusieurs parcelles. L’entretien de chaque parcelle est la responsabilité du membre du jardin communautaire à qui elle a été assignée. Le jardin collectif est un potager entretenu par les gens d’une communauté, ne disposant pas de parcelles individuelles ou familiales. La récolte appartient à tous les membres de la communauté. Pour en apprendre davantage, suivez ce lien-ci.

 

Crédit photo: CEED

 

Une expérience de collectivité et d’entraide

Les jardins communautaires permettent à des voisins de se connecter ensemble, d’échanger à travers une même passion, soit le jardinage, l’amour de la terre et l’expérimentation qu’est le fait de cultiver ses propres légumes, fruits, et herbes fraiches, au beau milieu de cette belle jungle urbaine qu’est Montréal.

J’ai moi-même depuis deux étés un lopin de terre dans un jardin communautaire. J’y ai vu un éventail de beaux gestes d’entraide et d’éducation : des jardiniers s’échangeant des trucs et astuces, le propriétaire d’une parcelle ayant invité la classe de sa fille à mieux comprendre les réalités du jardinage et ainsi sensibiliser sur le travail des agriculteurs qui se cachent derrière les aliments que nous consommons, un autre ayant mis à disposition ses deux lots pour un groupe d’entraide aux personnes vulnérables.

J’y ai aussi appris une belle leçon d’humilité, et mon respect et admiration pour le travail des cultivateurs a énormément grandi. On y investit temps, argent, et amour pour une petite parcelle, mais demeurons tributaire des aléas climatiques, des enjeux de semences, de l’apprentissage par essai-erreur.

On avait même démarré une initiative l’an dernier en offrant aux jardiniers ayant eu des récoltes plus profitables, de les partager avec les moins chanceux, lors de la fête annuelle des récoltes organisée au jardin. C’est ce que je trouve beau dans ce modèle. Je n’y vois qu’une chose qui prédomine : le sens de la communauté.

L’agriculture urbaine reconnecte les citadins avec la nature et le potentiel de la terre. Sans oublier les effets bénéfiques du jardinage sur la santé par la diminution des hormones du stress. Cependant, pour que les jardins communautaires et collectifs répondent réellement au besoin alimentaire des citadins, ces derniers doivent être plus nombreux. Les listes d’attentes pour accéder à un jardin sont longues, et les jardins prisés. Il en revient aussi de notre responsabilité collective de mieux faire entendre notre voix sur ces besoins d’aménagement et de revitalisation de certains espaces urbains, qui pourraient facilement être convertis en parcelles communautaires ou collectives. Nous parlons aujourd’hui de l’après crise, de faire de meilleurs choix comme société, par rapport aux services publics et à nos habitudes de vie. Il est ainsi peut-être nécessaire de revoir notre offre en espaces de jardinage publics et collectifs, à Montréal comme ailleurs au Québec.

Les jardins communautaires, comment ça marche?
Dans le cas de la Ville de Montréal, les jardins communautaires sont sous la tutelle de la Ville, en partenariat avec AU LAB, un laboratoire de recherche, d’innovation et d’intervention en agriculture urbaine au service de la collectivité. Les pesticides et fertilisants chimiques y sont interdits et chacun des jardiniers doit s’impliquer dans les corvées et l’entretien des espaces communs du jardin, sans quoi son privilège pourrait lui être révoqué. Ils sont auto gérés par un conseil d’administration formés de jardiniers bénévoles, qui s’assurent du bon entretien et du respect et applications des règlements. Vous pouvez trouver la liste des jardins ainsi que la liste d’attente pour vous inscrire ici. 

 


Renseignements supplémentaires:

Julie Potvin-Lajoie
Chargée de projets – Pôle Amériques
(514) 272-3019 poste 225
Courriel: juliepotvin-lajoie@suco.org