Impact et ajustement des partenaires de SUCO en Afrique de l’Ouest face au COVID-19 et aux mesures sanitaires

 

 

Crédit photo : Djigui Soumare

 

Dans un premier billet, un survol global de l’impact de la COVID 19 et des mesures sanitaires en Afrique, plus particulièrement en Afrique de l’Ouest a été présenté. Celui-ci présente comment les partenaires de SUCO ont su s’adapter face à ce nouveau contexte et l’impact sur les populations locales de ces mesures sanitaires. 

 

Tel que mentionné dans l’article Une crise en attente? La COVID 19 en Afrique de l’Ouest, l’Afrique, plus particulièrement les pays d’intervention de SUCO en Afrique de l’Ouest, n’ont pas été aussi durement touchés par le coronavirus lui-même. Ce sont les mesures sanitaires adoptées par les États qui ont un important impact sur nos partenaires et les populations locales. 

Un obstacle à la sécurité alimentaire

Dans le billet Circuits courts et approvisionnement local  paru sur le blogue de SUCO, on démontrait que les restrictions imposées ont grandement affecté les chaînes alimentaires et les capacités d’achat des populations locales, entraînant un problème d’insécurité alimentaire, voire de faim. Les témoignages recueillis par SUCO auprès de nos partenaires sont très évocateurs.

« Je m’appelle Agbo Epiphane, je suis responsable du volet agricole du programme de l’ONG ALDIPE depuis vingt-cinq ans. Mon métier consiste à aider les communautés à lutter contre l’insécurité alimentaire en améliorant et en augmentant leurs productions agricoles afin de mieux les rentabiliser.

La pandémie du COVID-19 a amené le gouvernement de mon pays à prendre quelques mesures sanitaires notamment la distanciation sociale, la mise en place du cordon sanitaire, l’interdiction de tenir des réunions de plus de dix personnes, le port du masque, etc. Ces mesures ont freiné mes activités dont les formations et les sensibilisations à l’endroit des producteurs, mais elles ont favorisé également l’émergence d’un climat de méfiance entre collègues de peur d’être contaminé. On note également un manque de motivation des producteurs autour de l’exercice de leurs activités. »

Agbo Epiphane 



Les restrictions imposées ont eu un impact sur la production agricole, mais aussi sur l’écoulement des produits affectant le gagne-pain des gens et par conséquent leur capacité d’achat. Florence, revendeuse de légumes à Bohicon au Bénin, nous en partage les conséquences : 

« L’arrivée de la pandémie du coronavirus a eu beaucoup d’impacts sur mes activités au nombre desquels je peux citer la mévente des légumes et la chute de leur prix. Parmi mes clients se trouvent aussi des étrangers qui ne peuvent plus venir s’approvisionner librement à cause du cordon sanitaire installé par le gouvernement ainsi que le port de masque et la distanciation sociale qui créent un climat de méfiance des uns envers les autres. Tout cela rend difficile l’écoulement de nos produits qui sont pour la plupart périssables, ce qui du coup affecte mes revenus. »

Abode Florence, vendeuse de légumes à Bohicon au Bénin et participante aux activités de notre partenaire ALDIPE

Les femmes et les filles, encore une fois plus vulnérables

Dans une série d’articles parus en mars 2020, Linda Gagnon faisait ressortir que les femmes sont clairement plus vulnérables en temps de pandémie. Ce constat s’applique aussi pour l’Afrique. 

Le 18 juin dernier, l’OMS soulignait s’inquiéter de l’impact de la COVID sur les femmes et les filles en Afrique. L’OMS confirme les résultats préliminaires publié par CARE dans le rapport Analyse rapide du genre – Covid 19. Afrique de l’Ouest, paru en avril dernier. 

Les impacts directement liés à la crise se font sentir entre autres sur la réduction des revenus et la limitation de l’accès aux besoins de base, en raison des fermetures des services gouvernementaux, comme les cliniques de santé maternelle, de la modification des rôles de genre dans les ménages – les femmes étant parfois le revenu principal du ménage – et de l’augmentation de la violence basée sur le genre. La pandémie de COVID-19 en Afrique de l’Ouest exacerbe actuellement les problèmes socio-économiques : les femmes supportant le plus gros fardeau de prendre soin de leur famille tout en cherchant également à diriger les communautés dans la prévention et l’adaptation.

« Nous constatons déjà que l’impact de COVID-19 sur les femmes et les filles est profond. Les femmes sont touchées de manière disproportionnée par les confinements et cela se traduit par un accès réduit aux services de santé », a déclaré Dr Matshidiso Moeti (L’OMS inquiète de l’impact de COVID-19 sur les femmes et les filles en Afrique). Par exemple, alors que les efforts se concentrent sur la réduction de la propagation de la COVID-19, des services essentiels tels que l’accès aux services de santé sexuelle et reproductive ont été perturbés. Une analyse récente publiée dans le Lancet Global Health suggère qu’une réduction des services de santé maternelle de seulement 9,8 à 18,5 % pourrait entraîner jusqu’à 12 200 décès maternels supplémentaires sur six mois dans les pays à faibles et moyens revenus.

Les femmes toutefois s’organisent et luttent pour s’assurer que leurs droits soient respectés. SUCO travaille de concert avec elles pour veiller à ce que la réponse à la COVID-19 ne signifie pas un recul pour les droits et la participation des femmes. 

 

Et la résilience aux changements climatiques? 

La réduction des activités économiques a eu un impact positif sur la qualité de l’environnement, c’est indéniable. Ceci sera peut-être l’un des aspects positifs de cette crise. Cependant, une crainte est que les fonds disponibles pour la coopération internationale soient redirigés uniquement vers des appuis directs à la lutte à la COVID-19, ce qui dans le long terme pourrait être néfaste. 

C’est pourquoi SUCO, par l’entremise de l’appui du Programme de coopération climatique internationale du gouvernement du Québec, est fière que le GRAIM, partenaire au Sénégal, ait su s’adapter afin de maintenir les activités du projet  Dund ak keew bi  : Gouvernance locale pour l’adaptation et la résilience aux changements climatiques dans 6 communes du Plateau de ThièsCe projet vise à renforcer les capacités d’adaptation et de résilience aux changements climatiques de ces 6 communes.

Ainsi, tout en respectant les restrictions sanitaires, le GRAIM a pu installer des pépinières communautaires, distribuer aux femmes des fourneaux à faible coût énergétique et installer des systèmes de captation d’eau. Agir sur la résilience des populations locales aux impacts des changements climatiques, c’est aussi renforcer, dans le long terme, leur résilience face aux crises sanitaires, tout en diminuant la probabilité de ces crises. 

 

 

SUCO et ses partenaires ont su s’adapter 

Au Sénégal, au Burkina Faso et au Bénin, nos partenaires ont su adapter leurs pratiques afin de maintenir leurs activités. Celles touchant l’amélioration de l’environnement (plantation d’arbre, pépinières, régénération naturelle des sols…), l’agriculture (production biologiques, marchés publiques) et celles de sensibilisation (émission de radio, web…) ont été maintenues dans la plupart des pays. Des idées innovantes pour écouler ou transformer les produits agricoles ont été testées, comme le démontre Yélémani au Burkina Faso qui a mis sur pied un service de livraison à travers l’application WhatsApp, afin d’apporter les paniers de légumes locaux et bio directement à leurs clients. Certaines de ces idées resteront, d’autres non. Chose certaine, nous continuerons à travailler de concert avec nos partenaires pour assurer l’amélioration des conditions environnementales, l’appui aux petits producteurs et aux petites productrices pour qu’ils et elles assurent la continuité de leur production agricole, approvisionnent les marchés locaux d’aliments sains et de produits alimentaires de première nécessité. 

Cette crise nous aura fait saisir l’importance de toutes et tous dans le soin des autres. Nous laissons le mot de la fin au producteur Bertrand Yegnissou, du village de Adanminankougon dans la commune de Bohicon, au Bénin qui, par cette crise, a pris conscience de l’importance de son métier :

« J’aime bien mon métier d’agriculteur parce que j’ai découvert au fil du temps que la terre ne ment jamais  et que grâce à ma production, la population arrive à se nourrir. Depuis le mois de mars, notre pays a été touché par la pandémie mondiale du coronavirus. Notre travail et notre train de vie ont pris un coup. (…) Nous producteurs, nous avons un rôle capital à jouer dans la riposte à cette pandémie car sans une production sécurisante, le Bénin risque de connaitre une crise alimentaire. Avec l’accompagnement d’ALDIPE, nous développons déjà des pratiques agro-écologiques et cela nous rassure sur la qualité des produits et la durabilité de l’exploitation. Nous allons cette année renforcer la production vivrière pour faire chuter les prix et permettre à nos communautés de pouvoir mieux nourrir. »

Bertrand Yegnissou, de la commune de Bohicon, au Bénin.

 


Renseignements supplémentaires:

Geneviève Talbot
Chargée de programme – Pôle Afrique
Courriel: genevievetalbot@suco.org

 


Pandémie, dette africaine et agroécologie

 

Quel défi l’Afrique doit-elle relever pour mettre en place un système alimentaire durable dans la foulée de la crise sanitaire mondiale?

La COVID19 inflige au monde entier l’une des plus graves crises sanitaires et économiques de son histoire. Cette crise vient aggraver les difficultés déjà importantes des pays fragiles, particulièrement ceux du continent africain. Elle surgit alors même qu’ils subissent les conséquences du défi sécuritaire et des changements climatiques.

Le 14 avril dernier, le Fonds monétaire international (FMI) a approuvé un allégement de la dette pour 25 pays parmi les plus pauvres et les plus vulnérables, dont une majorité de pays africains; ceci afin de leur permettre de consacrer une plus grande partie de leurs faibles ressources financières à la crise sanitaire.

Si plusieurs chefs•es d’État plaident pour une annulation complète de la dette publique des pays africains pour faire face à la pandémie, d’autres voix considèrent que ça n’apporte pas de solutions structurelles à leurs difficultés. Une telle mesure pourrait même ternir davantage l’image des États endettés et compromettre leur accès à de futurs financements. Et des financements il en faudra, puisqu’après la COVID, l’Afrique devra faire face à un défi encore plus grand : redresser un continent fragile et le mettre sur la voie du développement inclusif et durable.

L’Afrique à l’aube d’un temps nouveau

De grands changements s’annoncent en Afrique car les experts•es prévoient que la croissance démographique y sera exponentielle. Dans les 30 prochaines années, la population africaine devrait plus que doubler, passant de 1,2 à 2,5 milliards d’habitants, presque le quart de la population mondiale. De plus, 80% de ce boum démographique se produira dans les villes, faisant de l’Afrique un continent fortement urbanisé. Nul doute qu’il faudra investir beaucoup de ressources en agriculture pour nourrir tout ce monde. Mais de quelle agriculture parlons-nous?

Le défi alimentaire africain est au croisement des grands défis du continent et ce sont les agricultrices et agriculteurs, de même que les responsables gouvernementaux qui doivent le relever. Il apparaît évident que l’Afrique doit s’affranchir du modèle de l’import-export et développer une agriculture durable qui respecte les principes de l’agroécologie.

Le défi alimentaire africain est d’abord économique. Actuellement, 20 % de l’alimentation y est importée, ce qui représente des coûts de 30 à 50 milliards de dollars par an; et la facture pourrait s’élever à 150 milliards de dollars en 2030.

En second lieu, le défi est social, caractérisé par un exode rural constant qui vient saturer les villes et les zones périurbaines surpeuplées et aux infrastructures déficientes. De plus, ces flux migratoires contribuent à la déstabilisation interne des pays et à l’insécurité internationale.

Enfin, le défi est environnemental car, au cœur du système alimentaire, ce sont les paysannes et les paysans, majoritairement pauvres, qui gèrent l’essentiel des ressources naturelles et souffrent de leur dégradation.

Les agriculteurs et agricultrices de l’Afrique et leurs organisations font face à des batailles difficiles. Avec une très faible reconnaissance de leurs savoirs ancestraux, un difficile accès aux ressources, aux nouvelles technologies et aux connaissances nécessaires, comment concrétiser l’adaptation aux changements climatiques?

La révolution agroécologique

Selon le Réseau des organisations paysannes et de producteurs agricoles d’Afrique de l’Ouest (ROPPA), l’agriculture africaine a besoin d’une révolution. Elle peut se décliner en trois volets.

Tout d’abord, elle doit à tout prix éviter le modèle agro-industriel qui produit certes, mais en dévastant les milieux naturels, avec les risques de transmission de zoonoses qui en découlent. Il faut au contraire que les systèmes agricoles africains soient adaptés aux environnements locaux et favorisent les méthodes écologiques (comme c’est le cas du CEEDD, au Sénégal).

Ensuite, il faudra valoriser sur les marchés africains les produits domestiques en les rendant accessibles, de qualité et conformes aux besoins des consommateurs, notamment urbains.

Enfin, sur le plan politique, par le biais de la souveraineté alimentaire, il faut que les États favorisent un commerce international qui serve le développement national et non l’inverse.

En somme, tous les gouvernements, qu’ils soient africains ou non, devraient baser leurs politiques agricoles sur les besoins des populations locales en aliments sains, abordables, culturellement acceptables et cultivés de façon à avoir un faible impact environnemental.

Les bailleurs de fonds, les agences de coopération, les ONG de développement international de même que la communauté scientifique doivent accompagner cette nécessaire ‘’révolution agroécologique’’ des systèmes de production agricole afin de permettre à l’Afrique de relever son incontournable défi alimentaire.

 

Crédit photo : Jonathan Munroe

 


Renseignements supplémentaires:

Roch Harvey
Chargé de programme – développement des affaires
(514) 272-3019 poste 233
Courriel : rochharvey@suco.org


Une bonne récolte d’idées pour SUCO à IVCO 2019

 
Crédit photo : Twitter @VSO_Rwanda

 

Sous le leadership de FORUM, la grande rencontre internationale annuelle du volontariat, IVCO, s’est tenue du 27 au 30 octobre derniers à Kigali, au Rwanda. Après avoir été hôtesse, avec Oxfam-Québec, de l’édition 2018 à Montréal, SUCO était, cette fois, l’une des participantes. Notre directrice générale, Geneviève Giasson, et notre responsable du volontariat, Anne Vincent, nous ont représentés·es.

La thématique de l’édition de cette année portait sur l’adoption de standards de qualité communs pour les entités œuvrant en volontariat international en matière d’élaboration des projets, de gestion des volontaires, de sécurité et de mesure d’impact. Dans une vision de la coopération en changement et d’un monde instable dans plusieurs régions, ce travail, fait par les membres de FORUM, est plus que pertinent. Il devrait permettre d’adopter des pratiques encore plus ancrées dans les besoins des populations et davantage soucieuses de leur impact positif pour celles-ci.

Les thématiques de la gestion des volontaires et de la mesure d’impact  ont particulièrement intéressé nos représentantes. Dans un souci d’apprentissage et avec l’amorce d’une nouvelle planification stratégique pour SUCO, elles ont fait un plein d’expériences et de façons de faire stimulantes pour améliorer nos propres pratiques.

Nos représentantes ont aussi pu prendre le pouls de la diversité et du dynamisme du volontariat international et national. L’une des richesses de cette édition d’IVCO fut sans doute la présence de représentants.tes des pays d’Afrique. À travers les présentations et les échanges en atelier, ils et elles ont notamment pu partager les approches de volontariat national existantes dans plusieurs pays. Celles-ci permettent aux jeunes de s’impliquer positivement au sein de collectivités et de renforcer ainsi leur leadership.