Pandémie et Relance juste

 
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Parcelle de choux et montagnes – Haïti – crédit photo : Mathieu Roy, 2013

Une relance juste pour rebâtir en mieux

Récemment, le gouvernement fédéral présentait le discours du Trône, où l’on reconnait la nécessité « d’investir dans le développement international tout en soutenant les pays en développement dans le processus de reprise et de résilience » dû au contexte mondial. SUCO tiens à réitérer la pertinence des six principes mis de l’avant dans la déclaration pour une Relance juste.

Six principes pour une Relance juste

Signée par SUCO de même que par plus de deux cents organisations, cette Déclaration établit six principes nécessaires à une juste relance, soit :

  • Donner la priorité à la santé et au bien-être des populations, sans exception;
  • Renforcer le filet social et fournir de l’aide à la population;
  • Donner la priorité aux travailleuses et travailleurs, ainsi qu’à leurs communautés;
  • Renforcer la résilience pour prévenir de futures crises;
  • Renforcer la solidarité et l’équité entre les communautés et les générations au-delà des frontières;
  • Respecter les droits des peuples autochtones et travailler en partenariat avec eux.

Visant à « Rebâtir en mieux, en adoptant une approche durable pour les prochaines générations, » le discours du Trône est venu confirmer que les principes d’une relance juste doivent être au cœur de la réponse de l’après COVID-19.

Les inégalités sociales dans l’ombre de la pandémie

Comme il a été possible de le constater dans les récents mois, les dommages économiques causés par la pandémie de la COVID-19 et les mesures sanitaires mises en place pour y faire face renforcent les inégalités ici et ailleurs. Les impacts économiques de cette crise sanitaire sont majeurs : l’économie mondiale connaît d’ailleurs sa pire récession depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale.

En fait, pas moins de 37 millions de personnes devraient basculer sous le seuil de la pauvreté sur le plan mondial. C’est du moins, l’une des conclusions à laquelle le rapport Goalkeeper2020, publié par la fondation Bill & Melinda Gates, est arrivée.

Le Conseil canadien de la coopération internationale (CCCI) indiquait récemment que la crise provoquée par la COVID-19 ferait basculer 71 millions de personnes dans la pauvreté extrême  et  265 millions d’autres souffriront d’insécurité alimentaire aiguë à travers le monde si aucune action n’est mise en œuvre. L’Organisation mondiale de la santé (OMS), pour sa part, soulevait aussi des inquiétudes importantes par rapport à la vaccination des enfants : elle estime que quelque 117 millions d’enfants ne seront pas vaccinés.  Le fonds des Nations Unies pour la population (UNFPA) estimait que près de 31 millions de cas de violence sexospécifique s’ajouteraient au bilan mondial.

Des axes d’interventions pour soutenir une relance juste

Parallèlement à ce contexte mondial, les axes d’action identifiés par SUCO et mises en œuvre depuis des années demeurent des plus stratégiques :

Droits et participation des femmes

Par une analyse intersectionnelle, nous abordons la réalité des femmes de manière différenciée et nous construisons, avec elles, des solutions adaptées. Nous mettons en place des conditions assurant le respect des droits et la participation l’élaboration des solutions et aux bénéfices qui en découlent.

Système alimentaire viable

Nous soutenons le développement de systèmes alimentaires viables, capables de répondre aux besoins nutritionnels et économiques humains, tout en respectant les écosystèmes.

Résilience aux changements climatiques

Puisque les populations rurales pauvres sont particulièrement vulnérables, nous travaillons à augmenter leur résilience aux changements climatiques par des solutions concrètes et innovantes.

Acteurs et actrices de changements

Nous travaillons avec les acteurs et actrices concernées et cherchons à renforcer leur capacité à bien jouer leur rôle. Nous proposons des opportunités permettant aux citoyens et citoyennes de s’engager positivement et concrètement pour transformer la société. Nous sommes, nous aussi, activement engagés·es dans le changement.

Il est donc naturel que SUCO soutienne et se joigne au mouvement pour une Relance juste afin de s’assurer que les paroles se transforment en actions, avec des politiques et des investissements à la hauteur des défis mondiaux amenés par la pandémie de la COVID-19.

Nous vous invitons à soutenir nos projets en vous inscrivant au don mensuel. En appuyant SUCO, vous prenez part à un changement concret auprès des communautés que nous continuons de soutenir en ces temps de crise.


Renseignements supplémentaires:

Geneviève Talbot
Chargée de programme – Pôle Afrique
514 272-3019 poste 235

Un fonds pour soutenir l’entrepreneuriat jeunesse

 

 

Entrepreneures participantes au marché agroécologique Huari Produce. Photo: Carlos Ly

Entrepreneures participantes au marché agroécologique Huari Produce. Photo: Carlos Ly

Fonds Wiñay pour appuyer les communautés rurales 

Le projet FORMAGRO, mis en place par SUCO au Pérou, valorise depuis son tout début les communautés rurales et les activités agricoles développées par les jeunes et leurs familles. Le projet s’est donné comme objectif de réduire la migration rurale. Ce travail est réalisé en collaboration avec une diversité d’acteurs afin d’améliorer la qualité de l’éducation en milieu rural et d’accompagner des jeunes dans leur production agroécologique et activités commerciales. Alors que ce processus tire à sa fin, puisque le projet finira en mars 2021, nous constatons que les jeunes sont maintenant les protagonistes du développement local de leur région. Cela a particulièrement été possible grâce à la mise sur pied d’initiatives entrepreneuriales et la commercialisation de produits avec valeur ajoutée, issus de l’agriculture familiale.

Répondre aux défis émergents

Depuis mars dernier, la pandémie de la COVID-19 a grandement affecté les différentes entreprises appuyées par le projet FORMAGRO. Les réseaux de commercialisation ont entre autres été paralysés en partie avec la fermeture des frontières interprovinciales, ce qui a complexifié le transport des produits alimentaires entre les différentes villes du Pérou. Avec ce contexte sans précédent, SUCO et ses partenaires IDMA et ALLPA, en collaboration avec les gouvernements locaux, ont donc redoublé d’efforts afin d’établir des canaux de commercialisation en circuits courts avec les marchés locaux et avec d’autres mécanismes de livraison à domicile tels que les applications Web. Ces actions favorisent une dynamique commerciale sécuritaire tout en rendant accessibles des aliments aux populations des secteurs urbains, notamment celles vivant dans les quartiers défavorisés de la capitale Lima.

Édition extraordinaire du concours Wiñay

Afin de contribuer au processus de réactivation des entreprises, mises sur pied selon une approche agroécologique, le projet FORMAGRO a lancé le 5 octobre dernier une édition extraordinaire du Fonds Wiñay signifiant « grandir » en langue quechua. Ce concours de financement qui cible les jeunes entrepreneurs et entrepreneuses des régions de Ancash et Lima en est à sa cinquième édition. Jusqu’à présent, le Fonds Wiñay a récompensé 46 entreprises innovatrices composées de jeunes femmes et d’hommes. Les récipiendaires de cette édition extraordinaire seront d’ailleurs dévoilés le 31 octobre 2020. Les prix remis correspondront aux besoins identifiés par les candidates et candidats dans leur plan d’affaires. Certains recevront par exemple des équipements, tandis que d’autres recevront des intrants agricoles ou encore des matériaux.

Avec cette cinquième édition du Fonds Wiñay, SUCO continue d’appuyer les jeunes entrepreneurs, femmes et hommes, qui s’adaptent à la réalité changeante et qui mettent en valeur l’apport direct de l’agriculture familiale afin d’assurer la sécurité alimentaire de la population au Pérou.

Membres de la Coopérative agricole écotouristique Nevado de Huandoy ltda en plein travail agricole. Photo: Carlos Ly

 

 

Membre de la Coopérative agricole écotouristique Nevado de Huandoy ltda. Photo: Carlos Ly

 

 

Carla Salvador Oro, membre de la Coopérative agricole andina de Santa Cruz ltda. Photo: Carlos Ly

 

Carlos Malasquez de l’entreprise Lúcumo Ecomarket. Photo: Carlos Ly

 

Renseignements supplémentaires:

Émilie Lemieux
Directrice – Formagro
Representante SUCO au Pérou
Courriel: emilielemieux@suco.org

 


Soutenir les communautés en toute sécurité

 

Accompagner en sécurité

S’engager pour un mandat de coopération internationale est une expérience de vie extraordinaire, pour toutes personnes, et plus particulièrement celles qui souhaitent devenir une actrice et acteur de changement dans un projet. Pour l’organisation, toutefois, l’envoi de volontaires à l’étranger auprès de nos partenaires et des communautés ne constitue en aucun cas des activités qui peuvent être prises à la légère sur le plan de la sécurité individuelle et collective. SUCO, comme toute autre organisation, a le devoir moral et légal de s’assurer que ceux et celles qui œuvrent en son nom le font en toute sécurité. En ce sens, ce devoir incombe aussi aux organismes de coopération internationale (OCI) qui participent à des projets internationaux avec l’envoi de volontaires un peu partout dans le monde.

Il est sans surprise de savoir qu’aujourd’hui les activités de volontariat à l’étranger sont ralenties par la pandémie de la COVID-19 qui a frappé de plein fouet le Québec et le Canada ainsi que les pays où SUCO intervient. En réponse à cette situation, en mars dernier, SUCO a réalisé le rapatriement précipité de plus d’une quarantaine de volontaires et employés. es. Après avoir réalisé cette opération, SUCO a souhaité reprendre son souffle et prendre du recul par rapport à cette situation surprenante et pour le moins déstabilisante. En fait, puisqu’une grande partie des activités de l’organisation reposent sur le travail entre les volontaires et nos partenaires sur le terrain, une réévaluation de la sécurité s’imposait ensuite.

En ce sens, une étude approfondie du devoir de diligence des OCI a été effectuée pour nous assurer que nos personnes volontaires et notre personnel continuent de partir vers de nouvelles opportunités d’implication en toute sécurité !

La mise en place d’un système de gestion de la sécurité

À partir du mois de juillet dernier, un nouveau chantier s’est donc mis en place pour étudier la possibilité de relancer les activités de volontariat à l’international. Cela a mené à une belle collaboration entre SUCO et le Bureau international des droits des enfants (IBCR), afin de mettre en commun nos réflexions et nos expertises mutuelles.

Un principe du devoir de diligence d’une organisation est en fait de s’assurer que chaque parti — l’employeur, le personnel et les volontaires, dans le cas qui nous préoccupe — est conscient de ses droits et de ses responsabilités en matière de sécurité individuelle et collective.

En tout temps, mais surtout dans un contexte particulier comme celui de la pandémie de la COVID-19, les responsabilités des OCI en matière de sécurité vont bien au-delà de la sécurité des individus qui partent en mandat. Il est question de la sécurité des partenaires au Bénin, au Burkina Faso, en Haïti, au Honduras, au Nicaragua, au Pérou et au Sénégal, mais aussi des communautés locales visées par les projets, qui risquent d’être en contact avec cette personne venue du Canada. Les réflexions qui ont suivies le travail entre l’IBCR et SUCO ont permis de conclure qu’un redémarrage trop précoce des activités de volontariat pourrait :

  • transmettre le message erroné que la situation est revenue à la normale ;
  • produire un effet de ségrégation envers le ou la volontaire qui pourrait être perçu comme un·e visiteur·euse non désiré·e dans la communauté ;
  • être considéré tel un danger, vecteur potentiel du virus.

De la réflexion à l’action

Ce travail de collaboration réalisé entre l’IBCR et SUCO, qui s’est étalé sur plusieurs semaines, a mené à la production de plusieurs documents permettant d’avoir une analyse détaillée du contexte international actuel afin d’envisager la reprise des activités de volontariat.

Bien que SUCO réalise en continu ses réflexions sur la sécurité des volontaires et dont le devoir de diligence, la crise et cette collaboration avec l’IBCR nous a permis de renforcer notre système de gestion de la sécurité professionnel. Ce système vise à assurer que nos volontaires et notre personnel pourront partir soutenir les communautés auprès desquelles nous travaillons en toute sécurité!

Une conversation avec les partenaires sur le terrain, afin d’avoir l’heure juste sur la situation sur place, est essentielle et plus que nécessaire. D’ailleurs, des rencontres avec nos partenaires seront prévues à cet effet dans les prochains mois.

La coopération internationale en toute sécurité

Certes, le contexte actuel dans lequel nous naviguons ajoute de nouveaux défis aux mandats à l’international, mais ces défis ne sauraient arrêter les activités de coopération, qu’elles soient nationales ou internationales. C’est en prenant la sécurité de la #SUCOmmunauté à cœur que nous réfléchissons au SUCO de demain et que nous poursuivrons notre travail pour contribuer à la souveraineté alimentaire dans le monde.

 


 

Renseignements supplémentaires:

Marie-Laurence Bordeleau
Agente – Politiques, normes et sécurité
514 272-3019
marie-laurencebordeleau@suco.org


Impact et ajustement des partenaires de SUCO en Afrique de l’Ouest face au COVID-19 et aux mesures sanitaires

 

 

Crédit photo : Djigui Soumare

 

Dans un premier billet, un survol global de l’impact de la COVID 19 et des mesures sanitaires en Afrique, plus particulièrement en Afrique de l’Ouest a été présenté. Celui-ci présente comment les partenaires de SUCO ont su s’adapter face à ce nouveau contexte et l’impact sur les populations locales de ces mesures sanitaires. 

 

Tel que mentionné dans l’article Une crise en attente? La COVID 19 en Afrique de l’Ouest, l’Afrique, plus particulièrement les pays d’intervention de SUCO en Afrique de l’Ouest, n’ont pas été aussi durement touchés par le coronavirus lui-même. Ce sont les mesures sanitaires adoptées par les États qui ont un important impact sur nos partenaires et les populations locales. 

Un obstacle à la sécurité alimentaire

Dans le billet Circuits courts et approvisionnement local  paru sur le blogue de SUCO, on démontrait que les restrictions imposées ont grandement affecté les chaînes alimentaires et les capacités d’achat des populations locales, entraînant un problème d’insécurité alimentaire, voire de faim. Les témoignages recueillis par SUCO auprès de nos partenaires sont très évocateurs.

« Je m’appelle Agbo Epiphane, je suis responsable du volet agricole du programme de l’ONG ALDIPE depuis vingt-cinq ans. Mon métier consiste à aider les communautés à lutter contre l’insécurité alimentaire en améliorant et en augmentant leurs productions agricoles afin de mieux les rentabiliser.

La pandémie du COVID-19 a amené le gouvernement de mon pays à prendre quelques mesures sanitaires notamment la distanciation sociale, la mise en place du cordon sanitaire, l’interdiction de tenir des réunions de plus de dix personnes, le port du masque, etc. Ces mesures ont freiné mes activités dont les formations et les sensibilisations à l’endroit des producteurs, mais elles ont favorisé également l’émergence d’un climat de méfiance entre collègues de peur d’être contaminé. On note également un manque de motivation des producteurs autour de l’exercice de leurs activités. »

Agbo Epiphane 



Les restrictions imposées ont eu un impact sur la production agricole, mais aussi sur l’écoulement des produits affectant le gagne-pain des gens et par conséquent leur capacité d’achat. Florence, revendeuse de légumes à Bohicon au Bénin, nous en partage les conséquences : 

« L’arrivée de la pandémie du coronavirus a eu beaucoup d’impacts sur mes activités au nombre desquels je peux citer la mévente des légumes et la chute de leur prix. Parmi mes clients se trouvent aussi des étrangers qui ne peuvent plus venir s’approvisionner librement à cause du cordon sanitaire installé par le gouvernement ainsi que le port de masque et la distanciation sociale qui créent un climat de méfiance des uns envers les autres. Tout cela rend difficile l’écoulement de nos produits qui sont pour la plupart périssables, ce qui du coup affecte mes revenus. »

Abode Florence, vendeuse de légumes à Bohicon au Bénin et participante aux activités de notre partenaire ALDIPE

Les femmes et les filles, encore une fois plus vulnérables

Dans une série d’articles parus en mars 2020, Linda Gagnon faisait ressortir que les femmes sont clairement plus vulnérables en temps de pandémie. Ce constat s’applique aussi pour l’Afrique. 

Le 18 juin dernier, l’OMS soulignait s’inquiéter de l’impact de la COVID sur les femmes et les filles en Afrique. L’OMS confirme les résultats préliminaires publié par CARE dans le rapport Analyse rapide du genre – Covid 19. Afrique de l’Ouest, paru en avril dernier. 

Les impacts directement liés à la crise se font sentir entre autres sur la réduction des revenus et la limitation de l’accès aux besoins de base, en raison des fermetures des services gouvernementaux, comme les cliniques de santé maternelle, de la modification des rôles de genre dans les ménages – les femmes étant parfois le revenu principal du ménage – et de l’augmentation de la violence basée sur le genre. La pandémie de COVID-19 en Afrique de l’Ouest exacerbe actuellement les problèmes socio-économiques : les femmes supportant le plus gros fardeau de prendre soin de leur famille tout en cherchant également à diriger les communautés dans la prévention et l’adaptation.

« Nous constatons déjà que l’impact de COVID-19 sur les femmes et les filles est profond. Les femmes sont touchées de manière disproportionnée par les confinements et cela se traduit par un accès réduit aux services de santé », a déclaré Dr Matshidiso Moeti (L’OMS inquiète de l’impact de COVID-19 sur les femmes et les filles en Afrique). Par exemple, alors que les efforts se concentrent sur la réduction de la propagation de la COVID-19, des services essentiels tels que l’accès aux services de santé sexuelle et reproductive ont été perturbés. Une analyse récente publiée dans le Lancet Global Health suggère qu’une réduction des services de santé maternelle de seulement 9,8 à 18,5 % pourrait entraîner jusqu’à 12 200 décès maternels supplémentaires sur six mois dans les pays à faibles et moyens revenus.

Les femmes toutefois s’organisent et luttent pour s’assurer que leurs droits soient respectés. SUCO travaille de concert avec elles pour veiller à ce que la réponse à la COVID-19 ne signifie pas un recul pour les droits et la participation des femmes. 

 

Et la résilience aux changements climatiques? 

La réduction des activités économiques a eu un impact positif sur la qualité de l’environnement, c’est indéniable. Ceci sera peut-être l’un des aspects positifs de cette crise. Cependant, une crainte est que les fonds disponibles pour la coopération internationale soient redirigés uniquement vers des appuis directs à la lutte à la COVID-19, ce qui dans le long terme pourrait être néfaste. 

C’est pourquoi SUCO, par l’entremise de l’appui du Programme de coopération climatique internationale du gouvernement du Québec, est fière que le GRAIM, partenaire au Sénégal, ait su s’adapter afin de maintenir les activités du projet  Dund ak keew bi  : Gouvernance locale pour l’adaptation et la résilience aux changements climatiques dans 6 communes du Plateau de ThièsCe projet vise à renforcer les capacités d’adaptation et de résilience aux changements climatiques de ces 6 communes.

Ainsi, tout en respectant les restrictions sanitaires, le GRAIM a pu installer des pépinières communautaires, distribuer aux femmes des fourneaux à faible coût énergétique et installer des systèmes de captation d’eau. Agir sur la résilience des populations locales aux impacts des changements climatiques, c’est aussi renforcer, dans le long terme, leur résilience face aux crises sanitaires, tout en diminuant la probabilité de ces crises. 

 

 

SUCO et ses partenaires ont su s’adapter 

Au Sénégal, au Burkina Faso et au Bénin, nos partenaires ont su adapter leurs pratiques afin de maintenir leurs activités. Celles touchant l’amélioration de l’environnement (plantation d’arbre, pépinières, régénération naturelle des sols…), l’agriculture (production biologiques, marchés publiques) et celles de sensibilisation (émission de radio, web…) ont été maintenues dans la plupart des pays. Des idées innovantes pour écouler ou transformer les produits agricoles ont été testées, comme le démontre Yélémani au Burkina Faso qui a mis sur pied un service de livraison à travers l’application WhatsApp, afin d’apporter les paniers de légumes locaux et bio directement à leurs clients. Certaines de ces idées resteront, d’autres non. Chose certaine, nous continuerons à travailler de concert avec nos partenaires pour assurer l’amélioration des conditions environnementales, l’appui aux petits producteurs et aux petites productrices pour qu’ils et elles assurent la continuité de leur production agricole, approvisionnent les marchés locaux d’aliments sains et de produits alimentaires de première nécessité. 

Cette crise nous aura fait saisir l’importance de toutes et tous dans le soin des autres. Nous laissons le mot de la fin au producteur Bertrand Yegnissou, du village de Adanminankougon dans la commune de Bohicon, au Bénin qui, par cette crise, a pris conscience de l’importance de son métier :

« J’aime bien mon métier d’agriculteur parce que j’ai découvert au fil du temps que la terre ne ment jamais  et que grâce à ma production, la population arrive à se nourrir. Depuis le mois de mars, notre pays a été touché par la pandémie mondiale du coronavirus. Notre travail et notre train de vie ont pris un coup. (…) Nous producteurs, nous avons un rôle capital à jouer dans la riposte à cette pandémie car sans une production sécurisante, le Bénin risque de connaitre une crise alimentaire. Avec l’accompagnement d’ALDIPE, nous développons déjà des pratiques agro-écologiques et cela nous rassure sur la qualité des produits et la durabilité de l’exploitation. Nous allons cette année renforcer la production vivrière pour faire chuter les prix et permettre à nos communautés de pouvoir mieux nourrir. »

Bertrand Yegnissou, de la commune de Bohicon, au Bénin.

 


Renseignements supplémentaires:

Geneviève Talbot
Chargée de programme – Pôle Afrique
Courriel: genevievetalbot@suco.org

 


Une crise en attente? La COVID-19 en Afrique de l’Ouest

 

 

 

Ce premier billet fait un survol global de l’impact de la COVID-19 et des mesures sanitaires en Afrique, plus particulièrement en Afrique de l’Ouest. Dans un second billet, nous verrons comment les partenaires de SUCO ont su s’adapter face à ce nouveau contexte et l’impact de ces mesures sanitaires sur les populations locales. 

 

Si dans un premier temps, il a semblé que la pandémie avait épargné l’Afrique, le 11 juin dernier la directrice régionale de l’Organisation mondiale de la santé (OMS), la Dr. Matshidiso Moeti lançait un avis disant que l’Afrique n’est pas à l’abri de la pandémie. « Il a fallu 98 jours pour atteindre la barre des 100 000 cas [de coronavirus en Afrique] et 18 seulement pour franchir celle des 200 000, a-t-elle martelé lors d’un point de presse par vidéo au siège de l’OMS à Genève, avant d’insister : il est clair que la pandémie s’accélère ». 

Si cet avertissement a lieu d’être, objectivement, il faut relativiser : les cas sont moindres sur le continent africain qu’ailleurs, le rythme de propagation du virus y semble plus lent qu’ailleurs et de plus, les cas sont assez concentrés dans certains pays. Enfin, le taux de létalité du virus est moindre sur le continent africain (taux de létalité de 2,5% pour l’Afrique comparé à un taux d’environ 9% au Québec) et le nombre de patients guéris est important (192 364 cas guéris sur un total de 403 692 cas) soit un taux de guérison de 47% (OMS COVID-19 Outbreak Sitrep 18 (2020)).

Selon nos partenaires sur le terrain, ce qui fait le plus mal aux populations locales n’est pas tant la COVID 19 que les mesures de prévention prises pour limiter la propagation du virus. D’ailleurs, dans certains pays, les populations se révoltent contre ces mesures. Les chiffres semblent appuyer ces révoltes populaires car même si le virus est toujours présent, l’impact sanitaire de la pandémie reste à ce jour limité. Cependant, les conséquences économiques et sociales, elles, sont déjà dramatiques dans certaines régions et risquent de s’empirer. 

 

Survol de la situation en Afrique et des mesures mises de l’avant pour stopper la propagation du virus. 

 

Selon la mise à jour de l’OMS en date du 1er juillet 2020, le plus grand nombre de cas en Afrique est concentré dans 10 pays soit l’Afrique du Sud (151 209), le Nigéria (25 694), le Ghana (17 741), l’Algérie (13 907), le Cameroun (12 592), la Côte d’Ivoire (9 214), la République démocratique du Congo (7 039), le Sénégal (6 793), le Kenya (6 366) et l’Éthiopie (5 848). Ces 10 pays ensemble comptent en effet pour 84% (256 401) des cas reportés (OMS Covid 19 OutbreakSitrep). Sur le continent, l’Afrique du Sud, le Nigéria, l’Algérie, le Ghana et le Cameroun, sont donc les pays les plus affectés, en terme de nombre de cas mais aussi de décès : selon l’OMS ces 5 pays comptent pour 74% des décès rapportés, selon les chiffres rapportés par l’OMS. . 

Actuellement, 30 pays de la région connaissent une transmission communautaire, neuf ont des foyers d’éclosions communautaires et huit ont des cas sporadiques de COVID-19. La région a aussi observé une augmentation des cas importés en provenance des pays touchés de la région. Ces cas sont en grande partie alimentés par les chauffeurs routiers transfrontaliers et les déplacements irréguliers de personnes et bien à travers des frontières poreuses. D’où le maintien de la fermeture des frontières terrestres. (OMS COVID-19 Outbreak Sitrep 19 ).

Cependant, la situation dans les pays d’intervention de SUCO en Afrique de l’Ouest est différente.

 

Sénégal

En date du 6 juillet 2020, au Sénégal il y avait 7 478 cas positifs, dont 4 909 guéris, 136 décès et 2 432 sous traitements.  On constate aussi une augmentation des cas issus de la transmission communautaire (Ministère de la santé et de l’action sociale)

Le Sénégal a pris très au sérieux l’urgence sanitaire causée par la COVID-19. Le pays a réagi assez rapidement dès la mi-mars par la fermeture de ses frontières de même que les écoles et universités, mise en place de couvre-feu, contrôle du transport inter-région, et interdiction de tous les rassemblements de plus de 50 personnes, incluant les rassemblements religieux. Cependant, tout comme le soulignait l’article sur la situation en Amérique latine et Caraïbes, l a distanciation physique est difficile à imposer. De plus, au Sénégal, le confinement est partiel : les usines et les marchés sont ouverts, sauf exception comme à Dakar ou les marchés sont fermés les samedi et dimanche depuis le 2 mai.

Cependant, face à la grogne populaire, le gouvernement a dû alléger les mesures de restriction. Ainsi dans un discours prononcé le 29 juin dernier, le Président Macky Sall levait l’état d’urgence et le couvre-feu, annonçait la réouverture des frontières aériennes pour le 15 juillet, maintenait, par contre, la fermeture des frontières terrestres et maritimes de même la fermeture des marchés un jour par semaine. Les restrictions sur les transports inter-région sont levées depuis le 4 juin, de même que les restrictions sur les réunions qui sont de nouveau autorisées. Les restaurants et les salles de sport sont rouvertes avec masque et distanciation obligatoire. Enfin, les vols intérieurs ont repris de façon progressive depuis le 15 juin, de même que les  et les écoles, collèges et lycées qui rouvrent aussi de façon progressive depuis le 25 juin. (Source Jeune Afrique)

 

Burkina Faso 

Au Burkina Faso, en date du 3 juillet, il y avait 1000 cas déclarés, 858 cas guéris et 53 morts. 

Le Burkina Faso est le pays le plus touché d’Afrique de l’Ouest par la COVID 19. La pandémie s’ajoute à l’insécurité grandissante au pays. Cependant, il semble que le Burkina ait réussi à en limiter la propagation. Le 21 juin dernier, la Dr. Matshidiso Moeti affirmait qu’on observait un ralentissement important de la transmission communautaire, avec uniquement ou principalement de nouveaux cas importés, au Burkina Faso  (Jeune Afrique, Coronavirus : une explosion des contaminations est-elle possible en Afrique?)

Cependant, l’état d’urgence demeure au Burkina, même si le gouvernement commence à envisager la possibilité de lever certaines restrictions dont la réouverture des frontières terrestres. Dès la mi-mars le gouvernement prenait des mesures drastiques pour limiter la propagation du coronavirus : fermeture des établissements scolaires, liaisons terrestres et aériennes suspendues (à l’exception du fret), déclaration de l’état d’alerte sanitaire, mise en quarantaine des villes touchées (Ouagadougou, Bobo-Dioulasso, Boromo et Dédougou), couvre-feu de 21 h. à 4 h., fermeture des marchés, des bars, des restaurants et des lieux de culte, restriction des rassemblements, des transports publics et du trafic interurbain. 

La population commence toutefois à trouver ces mesures difficiles à vivre, les impacts économiques étant grands. Une coalition d’une cinquantaine de syndicats a organisé un rallye national le 4 juillet et une grève générale de 48 heures les 8 et 9 juillet pour dénoncer, entre autres, l’impact de ces mesures sanitaires. 

Bénin

Au Bénin en date du 6 juillet il y avait 1199 cas confirmé au Bénin, 845 cas sous traitement, 333 guéris et 21 décès. (Gouvernement du Bénin)

Le gouvernement a instauré un cordon sanitaire pour 15 communes. Ce cordon limite les transports des personnes mais pas des denrées. Depuis le 11 mai, les autorités lèvent progressivement ce cordon sanitaire. Cependant, toute personne suspecte est mise en quarantaine et il y a une restriction de délivrance des visas d’entrée. Les bars, discothèques et autres lieux de réjouissances demeurent fermés. La suspension des célébrations religieuses est toujours en cours. Depuis le 11 mai, les écoles, lycées et université rouvrent de façon graduelle. (Gouvernement du Bénin) Toutes les autres mesures barrières restent en vigueur dont le lavage des mains, le port du masque et le respect de la distanciation (1 m). 

 

Que valent ces chiffres?

 

Ces résultats étonnent et détonnent, et plusieurs remettent en question leur validité. Certains se demandent si le faible nombre de cas affichés en Afrique n’est pas tout simplement dû à des lacunes dans la détection ou encore au trop faible nombre de tests effectués. Pourtant, sur ce point, plusieurs organisations internationales de santé dont l’OMS et le Centre pour le contrôle et la prévention des maladie –Afrique (CDC) se veulent rassurants : même s’il est possible que le continent compte un taux de malades asymptomatiques supérieur à ce qui a été observé ailleurs – du fait notamment de la jeunesse de sa population –, il semble exclu que des malades ou des décès liés à la COVID 19 échappent aux radars dans des proportions autres que marginales. Le Dr Moumouni Kinda, directeur des opérations de l’organisation non gouvernementale ALIMA, en poste au Sénégal est clair sur le sujet : « Il y a certes une faiblesse dans le testing, qu’on a aussi observée dans des pays ayant beaucoup plus de ressources. Mais on a aujourd’hui suffisamment de recul pour lier le faible nombre de cas à d’autres facteurs : jeunesse de la population, faible urbanisation, moins de brassage intra- et inter-urbain, plus grande précocité dans la prise des mesures de protection… Je suis affirmatif sur ce point. » (Jeune Afrique, Coronavirus : une explosion des contaminations est-elle possible en Afrique?)

Ainsi selon la directrice régionale de l’OMS, « l’action rapide et précoce des pays africains a contribué à maintenir les chiffres à un niveau bas, mais une vigilance constante est nécessaire pour empêcher que le Covid-19 ne submerge les établissements de santé », a-t-elle indiqué. Cependant, l’application de ces mesures est de plus en plus difficile car leur impact sur la vie des populations locales semblent plus sévère que le coronavirus lui-même. 

Et si le remède était pire que la maladie? 

 

L’impact des restrictions imposées par les pays africains n’est pas sans effet d’où l’allégement de certaines mesures afin de relancer les économies. D’ailleurs, les témoignages recueillis par SUCO auprès des partenaires et relayé sur nos médias sociaux témoignent de l’impact des restrictions : 

« Depuis près de deux mois (i.e. depuis le mois de mars) certaines activités sont suspendues, ce qui cause préjudice à Yélémani qui aura du mal à faire face à ses dépenses ». 

Blandine Sankara, sociologue et coordonnatrice de Yélémani, partenaire de SUCO au Burkina Faso 

 

 

« Du 3 mars au 2 juin, l’État a décrété l’état d’urgence qui a été accompagné de beaucoup d’autres mesures comme le couvre-feu et la limitation de la circulation. Au Sénégal, nous travaillons avec une espèce d’abeille agressive donc le travail de récolte de miel se fait la nuit. Avec le couvre-feu qui démarrait à 21h, les apiculteurs·trices ont été bloqué chez eux. Depuis la levée des restrictions, nous travaillons fort pour rattraper le retard et récolter un miel de qualité. Je suis également très sollicité pour appuyer les apiculteurs·trices mais nous n’avons pas encore eu la chance de reprendre les formations. De plus, la vente de miel est devenue difficile car d’habitude nous le vendons dans les marchés hebdomadaires, sur les sites touristiques ou nous l’exportons, ce qui est maintenant impossible. L’avantage que nous avons est que le miel est un produit non périssable. »

Étienne Manga, apiculteur et président de l’association APISEN en Casamance au Sénégal

 

 

Ces témoignages confirment une tendance lourde, comme le soulignait le Président Macky Sall dans le quotidien Le Soleil à titre d’éditorialiste invité le 8 avril dernier :

« Avec une population estimée à 1,3 milliard d’habitants, l’Afrique est atteinte par le COVID-19 au moment où plusieurs de ses pays, malgré les défis du sous-développement, sont sur une trajectoire d’émergence alors que d’autres continuent de faire face à la lutte contre le terrorisme. Le COVID-19 freine ainsi l’élan des uns, aggrave la situation des autres et remet en cause les efforts de tous. De plus, il soumettra à rude épreuve des systèmes nationaux de santé publique déjà vulnérables. »

Président Macky Sall

En fait, les restrictions qui ont dû être imposées pour contrôler la pandémie menacent, selon la Banque Mondiale, de mettre en situation de pauvreté extrême près de 58 millions d’Africains, détruisant au passage une classe moyenne émergente. Ce constat n’est pas sans conséquences néfastes pour les plus vulnérables. 

Dans un second billet, nous présentons l’impact de ces mesures sur les partenaires de SUCO et comment ces derniers, avec l’appui de SUCO, ont su s’adapter face à ce nouveau contexte.

Vous pouvez soutenir les acteurs et actrices de changement comme Blandine et Étienne en cliquant ici.


Renseignements supplémentaires:

Geneviève Talbot
Chargée de programme – Pôle Afrique
Courriel: genevievetalbot@suco.org

 


La complexité de la pandémie en Amérique latine et Caraïbes

 

 

 

L’Organisation mondiale de la santé (OMS)  a déclaré le 8 juin dernier que la situation de la pandémie en Amérique du sud et centrale est la plus complexe au monde. De plus, l’Organisation panaméricaine de la santé (OPS, branche régionale de l’OMS) se préoccupe d’une résurgence des cas en juillet avec l’arrivée de la période hivernale et de la saison des pluies, période propice aux infections diverses et aux insectes vecteurs de malaria, zika, et du dengue.  L’aplatissement de la courbe, qui donne l’espoir d’une baisse de la contagion, n’a malheureusement pas encore eu lieu dans un grand nombre de pays de la région et la transmission communautaire prend de l’ampleur. 

Quelques éléments expliquent la situation catastrophique de certains pays :  la pauvreté généralisée; la précarité des systèmes de santé; l’économie informelle et finalement le leadership controversé de certains dirigeants.

L’Amérique centrale, des contrastes et des similitudes

Au Honduras, où l’état d’urgence sanitaire a été déclaré dès le 13 mars, on a interdit tout déplacement pour une période initiale de trois semaines. Au début avril, les commerces essentiels ont reçu l’autorisation d’ouvrir, mais la population ne peut s’y approvisionner qu’une fois tous les 15 jours (des jours sont assignés selon le numéro de la carte d’identité des personnes) et seulement du lundi au vendredi; le contrôle est très strict et bien souvent réalisé par l’armée. Les samedis et dimanches tous les déplacements sont formellement interdits et un couvre-feu de 20h00 à 5h00 est en vigueur et ce jusqu’en août.

Le 8 juin dernier, après plus de trois mois de confinement, on autorisait l’ouverture de certains autres commerces, mais toujours en limitant l’accès une fois aux 15 jours. 

En date du 13 juin, 8 455 personnes ont été déclarés positives à la COVID-19 avec un total de 310 décès. Le gouvernement informe régulièrement la population de tous les cas, recense et rend public par communiqué de presse la liste des personnes testés positives, les personnes hospitalisées et celles rétablies, incluant des donnés comme l’âge, le sexe et le département de résidence.

De son côté, le Nicaragua se trouve au cœur de la tempête et le leadership du gouvernement est extrêmement controversé et décrié par les pays avoisinants et les grandes organisations internationales. En effet, aucune des mesures suggérées et éprouvées n’a été mise en place dans ce pays, contrairement aux autres de la sous-région. Les frontières n’ont pas été fermées, il n’y a pas de dépistage massif, la distanciation sociale et le port du masque n’ont pas été imposés ni même fortement recommandés. Les écoles demeurent ouvertes et des grands rassemblements publics ont été encouragés tout au moins au début de la pandémie. La seule mesure prise par le gouvernement a été une campagne communautaire de dépistage et d’information faite par des promoteurs et promotrices de la santé qui sillonnent le pays de maison en maison pour informer des symptômes de la maladie. 

De plus le gouvernement a, selon la société civile et les médecins et l’OPS, observé une certaine opacité dans le rapportage des cas et a probablement grandement minimisé ceux-ci.  En l’absence de normes édictées par le gouvernement, bon nombre d’entreprises, incluant les ONGs, ont adoptés leurs propres mesures : elles ont fermé leur porte et dans les cas où cela était possible elles ont adopté le télétravail; les commerces ont installé des postes de désinfection des mains et de prise de température; et la population a limité ses déplacements et adopté le port du masque. Des campagnes privées de publicité « Quédate en casa » (Reste à la maison) ont été créées et diffusées.

Officiellement, sur une population de 6,4 millions, il y a actuellement 1 464 cas et 55 décès. Cependant, un observatoire indépendant regroupant des médecins et autres professionnels de la santé et des services sociaux rapporte qu’il y aurait plutôt 1 114 décès liés à la COVID-19 et plus de 5,000 cas

Au Sud rien ne va

Au Pérou l’urgence sanitaire a été décrétée dès le 11 mars et des mesures très strictes ont alors été prises : fermeture des frontières, restrictions de déplacements, couvre-feu de 20h00 à 6h00, confinement de la population, port du masque dans les commerces essentiels, et distanciation sociale de 2 mètres. Une conférence de presse journalière et télédiffusée du président de la République a été instaurée et quelques mesures d’aide financière ont été mises en place pour les familles les plus vulnérables. Malgré toutes ces mesures,  le Pérou est depuis quelques jours le 8ième pays le plus touché dans le monde et le 3ième des Amériques avec plus de 6 688 décès et près de 230 000 personnes infectées. Il faut signaler que le Pérou est l’un des pays qui réalise le plus de tests de dépistage sur le continent. Le pays est toujours en confinement même si un assouplissement a lieu dans certaines régions moins touchées.

Haïti

En date du 11 juin, Haïti comptait  un total de 3 796 personnes infectées et 58 décès. Avec la propagation de la pandémie et l’augmentation des personnes infectées au quotidien, le gouvernement a déclaré l’état d’urgence jusqu’à la fin juillet, en adoptant un certain nombre de mesures sans pour autant imposer le confinement total. En effet, les écoles, universités, églises et entreprises d’envergure sont fermées. Les institutions publiques fonctionnent avec 50% de leur personnel. Le confinement de la population est fort complexe dans un pays dominé par l’économie informelle, et l’on oublie rapidement les consignes de distanciation physique dans les marchés publics bondés.  

Plusieurs campagnes de sensibilisation ont lieu dans le pays, dans le but d’inciter les personnes craignant d’être contaminées à se rendre dans un centre hospitalier dès que possible, puisque la désinformation pousse les gens à se présenter trop tard à l’hôpital pour que le personnel puisse réellement les traiter. De plus, Haïti demeure le centre de constantes manifestations publiques et de violences. Une crise socio-politique sévit en effet dans le pays depuis 2019, la population fait entendre sa grogne contre la corruption et les actions (ou inactions) du gouvernement intérimaire en place. L’arrivée de la pandémie a rendu la situation encore plus complexe. 

Des effets semblables malgré les différences

Les systèmes de santé publics, en manque d’équipements, de matériel et de personnel soignant, ne peuvent faire face à la pandémie ce qui n’a fait qu’exacerber une situation préexistante et mettre en lumière leur inefficacité face à une crise de cette ampleur et ce, malgré tout le travail et le dévouement du personnel médical. Les familles se retrouvent bien souvent à devoir recourir, si elles peuvent se le permettre, à des systèmes parallèles privés.

Le recours à l’économie informelle est la source principale de revenus pour une grande partie de la population alors au risque de leur santé, d’être arrêtées pour ne pas respecter les consignes, ou même de transmettre la maladie, ces travailleurs et travailleuses se rendent tout de même à leur lieu de travail (kiosques de rue, chantiers de construction, maisons privées, etc.). Comment l’interdire quand plus de 50% de la population de ces pays ont cette seule alternative pour survivre?

Les travailleurs et travailleuses de l’économie informelle, se retrouvent en situation des plus précaire. Plusieurs des activités qu’ils et elles réalisent ont été brusquement interrompues. La majorité de ces activités sont réalisées par les femmes, soit le gardiennage d’enfants, l’aide domestique, la vente dans la rue de nourriture et de produits divers, alors en plus de la perte de revenus, essentiels à la survie de la famille, ils et elles ne disposent d’aucune assurance santé et de filet social. 

Un autre des effets catastrophiques de la pandémie et des mesures mises en place est l’approvisionnement en aliments. En effet, dans plusieurs pays, la limitation des sorties et l’arrêt des transports publics et privés depuis le début de la crise ont grandement contribué à rendre l’approvisionnement très difficile, surtout dans les villes. 

Une crise alimentaire est à prévoir à plus ou moins court terme car, en plus de la fermeture des marchés, plusieurs producteurs et productrices agricoles peinent à trouver les semences nécessaires pour débuter la saison agricole.

Il n’existe pas de données officielles fiables sur l’augmentation des cas de violence envers les femmes dans les pays des Amériques jusqu’à maintenant, mais l’ONU reste très préoccupée par la situation des violences envers les femmes en ces temps de pandémie; on ne peut exclure que la situation des femmes soit encore plus préoccupante qu’elle ne l’est en temps « normal ».

Depuis la mi-mai les différentes organisations liées au Nations Unies, Unesco, FAO, OMS, etc. ont fait part de leur préoccupation de la situation des populations autochtones et appellent les États à prendre des mesures particulières pour assurer leur sécurité alimentaire et sanitaire. Les populations autochtones sont parmi les plus vulnérables face à cette pandémie, elles vivent bien souvent isolées et sans services de santé adéquats, et comptent parmi les plus pauvres.

Nous agissons de concert avec nos partenaires terrain

Malgré que nous ne puissions pour le moment être présents physiquement dans nos pays d’intervention nous continuons le travail de soutien à nos partenaires sur le terrain à distance. Ceux-ci ont dû adapter leurs méthodes de travail, dans certains pays des visites sont organisées en mettant en place des mesures de protection tant pour les travailleurs et travailleuses que pour les populations, formation en groupes restreints, distanciation sociale et port du masque. Au Pérou par exemple, les jeunes producteurs et productrices, à défaut de compter sur les marchés habituels, ont commencé la livraison de paniers bios avec leur production et celle des familles avoisinantes, leur assurant ainsi des débouchés et des revenus essentiels. En Haïti, au Honduras et au Nicaragua, avec l’arrivée de la saison des pluies et donc agricole, nous devons redoubler d’efforts pour appuyer les populations à réaliser une saison agricole qui assurera l’alimentation des familles et l’approvisionnement des marchés.

Les femmes, les hommes et les jeunes des Amériques ont besoin de notre soutien, et de notre solidarité et nous déployons tous nos efforts pour rester à leurs côtés.

 

Crédit photo: CC-LAB

 


Renseignements supplémentaires:

Linda Gagnon
Chargée de programme – Pôle Amériques
(514) 272-3019 poste 228
Courriel: lindagagnon@suco.org


Soutenir les acteurs et actrices de changement dans leur adaptation à la COVID-19

 

 

Photo : Carlos Ly

 

Depuis le mois de mai, et cela chaque semaine, nous vous partageons l’histoire d’un acteur ou d’une actrice de changement dans son adaptation à la COVID-19 sur notre page Facebook.

Cette crise l’aura démontré, ce sont des personnes inspirantes et capables d’une grande résilience. Ci-dessous vous trouverez donc les histoires de Blandine Sankara au Burkina Faso; Lousise Christiana Majeune, Lilianie Dor et Lucie Dorlus en Haïti; César Cárdenas Lima, Niel Natividad Laveriano, Nuri Maguiña Ropon et Daysi Yactayo Chalso au Pérou; Bernard Yegnissou et Ambroise Assigname au Bénin et Étienne Manga au Sénégal.

SUCO mobilise des gens, des savoirs et des ressources pour bâtir des systèmes alimentaires viables et renforcer la résilience climatique, en s’assurant que la réalité des femmes est prise en compte et qu’elles participent aux décisions. Faire un don à SUCO vous permet donc de participer à cette mission et cet objectif de construire un monde plus solidaire, plus équitable et plus durable.

 

Marina Guekpon

Marina Guekpon est acteur de changement avec notre partenaire ALDIPE au Bénin. Marina est producteur de riz à Allahé, commune de Za-kpota au Bénin, métier qu’il exerce depuis une dizaine d’années. Il nous partage l’impact de la COVID-19 sur sa vie et ses activités.

« La COVID-19 n’a épargné personne puisse qu’il s’agit d’une pandémie; à cet effet les mesures préventives prises par le gouvernement béninois pour limiter sa propagation, ont ralenti la vie économique du pays en général et plus particulièrement celle des zones rurales: je dois acheter cher mes denrées de première nécessité et je n’ai pas la possibilité de vendre à un prix rémunérateur ma production.

» Mon métier a pour rôle d’assurer la production en quantité et en qualité pour bien fournir le circuit de transformation des produits et de distribution pour la consommation. Au niveau local, mon métier de production du riz utilise dans un premier temps la main d’œuvre locale et limite beaucoup aujourd’hui dans ma localité, les questions de l’exode rural et enfin assure dans une certaine mesure la demande locale en consommation du riz.

» Deux principaux facteurs entravent mon métier, il s’agit de: faible niveau de la maitrise d’eau lié à la nature sommaire de l’aménagement du bas-fond; faible pouvoir financier face à l’opérationnalisation de la campagne agricole. Je me réjouis du fait que cette activité me permet d’assurer à plus de 50% la sécurité alimentaire de mon ménage. »

Félix Hougnanme

Félix Hougnanme est acteur de changement avec notre partenaire ALDIPE au Bénin. Félix est originaire d’un village appelé Tanta au centre du Bénin. Il est agriculteur depuis 30 ans avec sa famille. Il nous partage l’impact de la COVID-19 sur sa vie et ses activités.

« J’adore mon métier d’agriculteur parce qu’il me valorise, me place au centre de tout et non seulement çà il m’assure une autosuffisance alimentaire et une autonomie financière. Mais la pandémie du Corona Virus est venue tout plombé.

» Son impact est dévastateur pour moi parce que j’ai des produits vivriers en stock périssable et qui attendent d’être écoulé mais hélas ! Ce qui me réjouit aujourd’hui est que j’ai la preuve de ce que rien ne vaut la connaissance.

» En effet ProSOL nous a formé sur les techniques de production respectueuses de l’environnement et qui favorisent une fertilité progressive de nos sol, avec ces notions j’arrive à assurer une production de qualité quand bien même ma communauté dans son ensemble tarde à le percevoir. Je constitue un exemple en la matière auprès des autres agriculteurs comme moi en ce sens que même pendant la période de soudure je dispose de quoi subvenir à mes besoins et ils viennent s’approvisionner chez moi en semence de qualité et à cycle court. Ma plus grande difficulté est le manque de crédit pour emblaver de grande superficie. Ma fierté est celle d’un combattant satisfait du devoir accompli. Toute fois je suis également fier de mes réalisations et mes revenus qui me permettent d’assurer un avenir à ma famille et mes enfants.»

Dionisio Gonzáles Pomallihua

Dionisio Gonzáles Pomallihua est acteur de changement avec notre projet FORMAGRO au Pérou. Dioniso est un jeune entrepreneur dédié dédié à l’élevage et à la vente de viande de canard dans la région de Pachacamac.

Cette entreprise familiale a été affectée par l’état d’urgence national au Pérou. Leurs ventes ont cessé, la demande de viande de canard sur les marchés de détail et de gros ayant diminué, en raison de la fermeture temporaire de restaurants; de même, les coûts élevés du service de transport et l’augmentation du prix des aliments pour la volaille ont affecté leur processus productif d’élevage de canards et de compromis de leur fonds de roulement pour faire face à la quarantaine.

En essayant de trouver les meilleures solutions alternatives, en mars, un soutien a été recherché dans les institutions publiques, parvenant à avoir une alternative à la congélation de la viande de canard, avec le soutien du Ministère de la Production à travers le CITE (Center for Innovation Transfert productif et technologique). Cette action a permis de conserver la viande de canard, évitant le surcoût de l’alimentation des animaux invendus et la perte de fonds de roulement qui en résulte.

« La congélation de la viande est une très bonne alternative, maintenant le défi sera d’obtenir un marché avec cette nouvelle présentation », explique Dionisio. En avril, avec le soutien de Formagro, il a été possible d’articuler les marchés itinérants « De la ferme au pot » promus par le programme Agrorural du Ministère de l’Agriculture et de l’Irrigation, y participant deux fois par semaine, sporadiquement, car il y a de nombreux producteurs sur liste d’attente pour participer à ces marchés itinérants. Par ailleurs, la promotion de ses produits a été réalisée sur les réseaux sociaux afin de réaliser des ventes à domicile. Il trouve ainsi le moyen de pérenniser l’entreprise et tente de se réinventer dans cette situation difficile que vit sa famille.

Claide Dabade

Claire Dabade est actrice de changement avec notre partenaire ALDIPE au Bénin. Claire est Technicienne en Gestion Durable des Terres et à l’Adaptation aux changements climatiques (GDT/ACC). Elle nous partage l’impact de la COVID-19 sur sa vie et ses activités.

« Ma passion pour l’agriculture remonte à ma tendre enfance où j’accompagne mes parents au champ. Après mon baccalauréat je me suis inscrite à la faculté d’agronomie pour me donner un background conséquent dans ce domaine afin d’être utile aux communautés rurales qui ont vraiment besoin d’un accompagnement pour sortir de la paupérisation qui s’accentue au fil du temps à leurs niveaux.

» C’est une passion pour moi d’accompagner les agriculteurs·trices à comprendre les causes ayant conduit à une régression significative de leurs productions et à adopter les nouvelles pratiques agro écologiques devant leurs permettre d’avoir de meilleurs rendements et accroître par ricochet leurs revenus.

» L’accompagnement des agriculteurs·trices se fait par groupes/sous-groupe de même que les formations sur les mesures GDT/ACC suivant les exigences du projet. Ce procédé est difficile à mettre en œuvre en ces temps de pandémie de la COVID-19. Les regroupements par séance ne peuvent excédés plus de 10 personnes et le rythme habituel de travail se trouve perturbé. Mais des stratégies d’adaptation ont été déployées […]. Ainsi les agriculteurs·trices ont compris davantage par nos actions qu’ils doivent mettre à disposition des communautés des produits sains, abondants et accessibles. »

Obéus Yves-Rose Chery

Obéus Yves-Rose Chery est actrice de changement participante à notre projet PROMAVI avec notre partenaire ASPVEFS en Haïti. Obéus Yves-Rose est agricultrice et commerçante à Ferme le blanc, une localité située au sud d’Haïti. Elle nous partage l’impact de la COVID-19 sur sa vie et ses activités.

« J’ai 8 ans dans le commerce, je le pratique beaucoup plus que l’agriculture. Depuis l’annonce de la maladie, je m’approvisionne localement, je ne vais plus en ville. En conséquence, j’achète plus cher et trouve moins de produits disponibles.

» La COVID nous apporte beaucoup de stress. Dans la localité, on essaie de respecter les principes : se laver les mains, traiter l’eau, etc.

» Heureusement il n’y pas d’incidence sur le projet PROMAVI qui ne s’arrête pas. Mon métier agit sur la communauté pour mieux manger car quand on récolte les produits, on vend, on mange, on partage et on se réserve une partie. »

César Cárdenas Lima

César Cárdenas est acteur de changement participant à notre projet FORMAGRO au Pérou. César travaille pour FORMAGRO. Il nous partage l’impact de la COVID-19 sur sa vie et ses activités.

« Depuis le premier cas confirmé de COVID-19 au Pérou, le 6 mars 2020, l’inquiétude et l’incertitude ont augmenté conformément à l’augmentation accélérée du nombre d’infections. Dans le cas du projet FORMAGRO, le premier événement touché a été le IV Forum national « Marchés agroécologiques au Pérou ».

» Nous, en tant qu’équipe Formagro, avons dû nous adapter à ces dispositions et trouver des mécanismes de support à distance pour nos jeunes producteurs, en maintenant une communication par téléphone ou via les réseaux sociaux qui nous permet de nous rapprocher de leurs limites et de rechercher un lieu de vente où ils peuvent offrir leurs produits.

» Nous organisons des réunions de planification hebdomadaires pour nos activités via Skype et Zoom, principalement. Nous avons établi un protocole de support technique productif à distance pour conseiller les producteurs sur les questions de production et commerciales. De plus, nous maintenons la communication avec les autorités et les représentants des espaces qui peuvent représenter des opportunités de vente et une coordination commerciale pour nos jeunes. »

Bernard Yegnissou

Bernard Yegnissou est acteur de changement et bénéficiaire de l’appui de notre partenaire ALDIPE au Bénin. Bertrand est agriculteur depuis 25 ans dans son village situé dans la commune de Bohicon. Il nous partage l’impact de la COVID-19 sur sa vie et ses activités.

« Depuis le mois de mars, notre pays a été touché par la pandémie mondiale du coronavirus. Notre travail et notre train de vie ont pris un coup.

» Nous producteurs, nous avons un rôle capital à jouer dans la riposte à cette pandémie car sans une production sécurisante, le Bénin risque de connaitre une crise alimentaire. (…) Notre principal obstacle est le manque de moyen financier qui nous limite dans nos ambitions d’emblaver une grande superficie pour la production agricole en 2020.

» Avec l’accompagnement d’ALDIPE, nous développons déjà des pratiques agro-écologiques et cela nous rassure sur la qualité des produits et la durabilité de l’exploitation. Nous allons cette année renforcer la production vivrière pour faire chuter les prix et permettre à nos communautés de pouvoir mieux se nourrir.

» J’aime bien mon métier d’agriculteur parce que j’ai découvert au fil du temps que « la terre ne ment jamais » et que grâce à ma production, la population arrive à se nourrir. Ma plus grande fierté est la satisfaction que chaque individu trouve en venant acheter des produits vivriers chez moi. »

Lousise Christiana Majeune

Lousise Christiana Majeune est actrice de changement et participante à notre projet PROMAVI avec notre partenaire ASPVEFS en Haïti. Lousise est agricultrice et commerçante à Haut Belize, une localité située au sud d’Haïti. Elle nous partage l’impact de la COVID-19 sur sa vie et ses activités.

« Depuis l’annonce des mesures barrières du gouvernement, les commerces/marchandises se font rare. Je ne peux pas m’approvisionner. En conséquence, l’argent du commerce s’effritait. Quand on récolte nos produits, on les vend au marché, on en garde pour manger dans la famille, on conserve une partie pour les semences et on partage avec les voisins de la communauté.

» Avec la COVID-19, on a pu manger que nos réserves et les fonds du business. De plus, j’ai été incapable de trouver de la main d’œuvre pour labourer les terres. Ce qui s’ajoute aux problèmes liés aux changements climatiques avec l’irrégularité au niveau du climat.

» Heureusement cela va bien pour le projet PROMAVI, justement il nous donne de quoi nous occuper. Je suis fière d’être agricultrice, ce métier me rend heureuse. »

Étienne Manga

Étienne Manga est acteur de changement au Sénégal. Étienne est apiculteur et président de l’association APISEN (partenaire au Sénégal). Cette association a pour objectif de promouvoir le rôle de l’apiculture et la protection des espèces, dont certaines en voie de disparition (en pratiquant le reboisement et l’ouverture des paras-feux pour lutter contre les feux de brousses). Elle partage aussi les bonnes pratiques pour entretenir une ruche à l’aide de formations. Étienne nous partage l’impact de la COVID-19 sur sa vie et ses activités.

« « Du 3 mars au 2 juin, l’État a décrété l’état d’urgence qui a été accompagné de beaucoup d’autres mesures comme le couvre-feu et la limitation de la circulation. Au Sénégal, nous travaillons avec une espèce d’abeille agressive donc le travail de récolte de miel se fait la nuit. Avec le couvre-feu qui démarrait à 21h, les apiculteurs·trices ont été bloqué chez eux. Depuis la levée des restrictions, nous travaillons fort pour rattraper le retard et récolter un miel de qualité. Je suis également très sollicité pour appuyer les apiculteurs·trices mais nous n’avons pas encore eu la chance de reprendre les formations.

» De plus, la vente de miel est devenue difficile car d’habitude nous le vendons dans les marchés hebdomadaires, sur les sites touristiques ou nous l’exportons, ce qui est maintenant impossible. L’avantage que nous avons est que le miel est un produit non périssable.

» Il faut savoir que la reprise des activités est très difficile, l’aspect économique lié à la COVID-19 a eu un grand impact sur le monde paysan ici au Sénégal et les gens essayent de se débrouiller comme ils peuvent. »

 

Blandine Sankara

Blandine Sankara est actrice de changement au Burkina Faso. Blandine est sociologue et coordonnatrice chez Yélémani, partenaire de SUCO au Burkina Faso qui agit dans la promotion de la souveraineté alimentaire. Elle nous partage l’impact de la COVID-19 sur sa vie et ses activités.

« Depuis près de 2 mois, certaines activités comme le projet d’éducation que nous menions avec les élèves au lycée, le marché de dimanche des légumes bio à Ouaga, l’organisation d’événements avec les visites guidées et buffet à Loumbila, sont suspendus. Ces suspensions portent préjudice à Yélémani qui aura du mal à faire face à ses dépenses.

» Cependant, étant moins sollicitée, je peux me concentrer sur l’essentiel. Ça me permet de chercher à mieux connaître nos clients, leurs besoins et suggestions pour mieux organiser nos offres en produits alimentaires. Avec la limitation des mouvements et la fermeture des marchés, nous avons par exemple pensé rapidement à diversifier nos offres. C’est ainsi qu’en plus des légumes bio et des jus locaux, nous avons rajouté d’autres produits alimentaires sur notre liste de produits.

» De plus, Yélémani soutient que l’importance de l’écologie et de la souveraineté alimentaire qu’elle prône est aujourd’hui flagrante, d’actualité et le sera bien plus demain. Avec la survenue de la pandémie, la demande en produits sains s’est vue explosée. »

Lilianie Dor

Lilianie Dor est actrice de changement et participante à notre projet PROMAVI avec notre partenaire ASPVEFS en Haïti. Lilianie est agricultrice et commerçante à La Ferme le blanc, une localité située au sud d’Haïti. Elle nous partage l’impact de la COVID-19 sur sa vie et ses activités.

« J’ai peur et je me sens limité, on ne peut pas aller où l’on veut. J’ai une fille avec un appareil dans sa tête. À n’importe quel moment, je pourrais me trouver dans l’obligation de me rendre à Port-au-Prince (capital Haïti) avec elle pour trouver des services hospitaliers que son cas nécessite.

» Depuis 1 mois, je reste à la maison. Je ne vais pas au marché, ni pour vendre, ni pour acheter. Cela réduit considérablement mon pouvoir d’achat.

» Heureusement cela va bien pour le projet PROMAVI, j’en profite pour dire merci à SUCO et ASPVEFS pour les outils et les semences que j’ai reçu. Je souhaite que d’autres personnes dans la communauté, qui se sont inscrit comme moi, bénéficient de quelque-chose aussi. »

Niel Natividad Laveriano

Niel Natividad Laveriano (à droite sur la photo) est acteur de changement au Pérou. Niel est co-fondateur de l’entreprise andine de transformation des grains « Quiwi Punch » et bénéficiaire de l’appui de notre projet FORMAGRO au Pérou. Il nous partage l’impact de la COVID-19 sur sa vie et ses activités. Niel craint non seulement d’avoir subi des dommages physiques à sa matière première, mais également des pertes économiques. Il lui a été très difficile de préparer ses produits en raison de la faible disponibilité de ses intrants tels que le sucre ou le kiwicha (céréale andine) ou en raison de l’augmentation excessive des prix au cours de cette période de la pandémie de COVID-19.

« Actuellement, nous nous sommes coordonnés avec nos fournisseurs pour l’acquisition de nos intrants en petites quantités, en prenant toutes les précautions, tant avec les personnes étant sur le terrain qu’avec les fournisseurs; et en faisant attention de respecter les pratiques d’hygiène nécessaires. À l’avenir, nous espérons avoir un petit prêt qui nous aidera à stabiliser l’entreprise. Nous voulons également continuer à participer au salon du voyage afin de générer des revenus économiques. »

Daysi Yactayo Chalso

Daysi (troisième personne à droite sur la photo) est actrice de changement et participante à notre projet FORMAGRO au Pérou. Daysi a 36 ans et habite dans la province de Cañete au Pérou. Elle travaille dans l’entreprise familiale appelée “Valle Escondido” avec ses frères, parents et enfants.
« Les mesures prises au niveau national ont conduit la Foire Agroécologique de Lunahuan, notre principal espace commercial, à suspendre toutes ses activités.
» Les premiers jours, nous ne savions pas quoi faire et nos ressources financières s’épuisaient. Alors que l’état d’urgence se prolongeait, nous avons décidé de reprendre la production, en particulier de yaourts fruités, qui sont de plus en plus demandés dans la région.
» La famille a appris à s’adapter aux conditions actuelles et à profiter des outils numériques. Nous ne savons pas ce que l’avenir nous réserve, mais nous savons que nous ne resterons pas les bras croisés.»

 

Lucie Dorlus

Lucie est actrice de changement et participante à notre projet PROMAVI avec notre partenaire ASPVEFS en Haïti. Lucie est agricultrice et commerçante à Madan Paul, une localité située dans la commune de Camp Perrin. Elle nous partage l’impact de la COVID-19 sur sa vie et ses activités.
« Tout en prenant des précautions, je continue d’aller au marché, mais avec une fréquence réduite et je passe moins de temps dans les rassemblements aux marchés. Cela me permet de passer plus de temps au champ.
» Au niveau de la vente de mes produits agricoles aux marchés, il y a moins de clients et clientes, et les gens s’empressent pour acheter. En conséquence, il reste toujours une partie que je n’arrive pas à écouler ou que j’écoule à crédit.
» Cependant, le projet PROMAVI a continué de nous donner beaucoup de travail pendant cette période ce qui est positif! J’aimerais que l’on puisse trouver un endroit précis ou une institution qui pourrait acheter nos productions pour nous éviter d’aller dans les rassemblements au marché. Je suis fière d’être agricultrice, parce que l’agriculture c’est la base et elle nous donne à manger. Je la considère comme une « pièce maîtresse » du pays. »

 

Ambroise Assigname

Ambroise est acteur de changement et bénéficiaire de l’appui de notre partenaire ALDIPE au Bénin. Ambroise est producteur de maïs à Yokon au Bénin depuis vingt ans et exerce ce métier pour parvenir aux besoins de sa famille et ceux de la population. Il nous partage l’impact de la COVID-19 sur sa vie et ses activités.
« Depuis l’apparition du COVID-19 le gouvernement de mon pays a pris des mesures préventives dont la mise en place du cordon sanitaire et la limitation des déplacements afin d’éviter la propagation de ce virus. Ceci a eu un impact important sur nos activités, notamment sur le prix de tous les produits de première nécessité et la mévente.
» En ma qualité de producteur, je stocke et conserve mes produits agricoles afin de les mettre sur nos différents marchés en période de soudure. L’obstacle le plus important dans l’exercice de mon métier est la rareté des pluies qui modifie le calendrier agricole. Mais en revanche à la fin des grandes campagnes agricoles, j’obtiens de bon rendement et le sourire revient aux lèvres grâce à l’appui technique des agents vulgarisateurs de l’ONG-ALDIPE.
» Nous ne savons pas ce que cette année nous donnera avec l’interdiction des réunions de formation mais nous gardons l’espoir. »

 

Nuri Maguiña Ropon

Nuri est actrice de changement participante à notre projet FORMAGRO au Pérou. Nuri est spécialiste en développement commercial chez Formagro à Ancash. Elle nous partage l’impact de la COVID-19 sur sa vie et ses activités.
« L’arrivée de cette crise sanitaire a été surprenante. Cela a complètement paralysé nos activités sur le terrain et nous a obligés à innover notre stratégie de soutien technique, qui est l’une des principales activités d’échange avec les familles participant à FORMAGRO à Ancash.
» Nous nous sommes tournés vers les accompagnements virtuels avec les appels téléphoniques et l’utilisation de l’application WhatsApp. Bien que ce ne soit pas la même chose que l’accompagnement en face à face, nous essayons de ne pas nous déconnecter des situations que traversent les entreprises familiales et collectives et nous proposons des solutions pour les aider à la fois dans leur production, leur transformation et leur commercialisation.
Beaucoup d’entrepreneurs décapitalisent en raison du manque de marchés ou de l’autoconsommation. Cela génère de l’impuissance, sans pouvoir faire grand-chose dans l’articulation commerciale, puisque les marchés ne fonctionnent pas comme avant la COVID-19. »

 

SUCO accompagne des personnes comme Daysa, Lucie, Ambroise et Nuri pour renforcer leurs capacités d’action et celle de leur collectivité en vue d’améliorer leurs conditions sociales, économiques et environnementales. Pour soutenir des acteurs et actrices de changement comme eux, vous pouvez faire un don à ce lien.

 


Renseignements supplémentaires

Émilie Thierry
Chargée de projet, collecte de fonds
emiliethierry@suco.org

 


Circuits courts et approvisionnement local : les solutions pour assurer la sécurité alimentaire?

 
La pandémie actuelle a mis en lumière les failles dans le système alimentaire mondial et la fragilité des chaînes d’approvisionnement. Les discussions autour de la souveraineté alimentaire, l’autosuffisance et l’autonomie alimentaire reviennent donc au goût du jour et ce tant au niveau global que local, au Québec comme dans les pays d’intervention de SUCO. 

 

Autonomie alimentaire : un sujet de l’heure

Au Québec, face à la fermeture des frontières, les questions de sécurité alimentaire et de souveraineté alimentaire ont surgi : aurons-nous toujours accès à de la nourriture? Pouvons-nous produire suffisamment de fruits et légumes au Québec pour se nourrir? Marcel Groleau, président de l’UPA a rappelé que le taux d’autosuffisance alimentaire du Québec ne dépasse pas présentement 30%, et plus de 40% des fruits et légumes consommés en hiver viennent des États-UnisLa crise nous a ainsi fait prendre conscience de notre dépendance aux États-Unis, d’où le Québec s’approvisionne majoritairement en hiver, mais aussi de l’importance des travailleurs agricoles étrangers, principalement du Mexique et du Guatemala, pour la main d’œuvre à l’été et l’automne. SUCO a d’ailleurs tenu deux événements sur ce thème (Le webinaire « Quel rôle pour les systèmes alimentaires en temps de pandémie? » et le panel de discussion « Pour une souveraineté alimentaire au Québec » organisé par Ciné Vert, festival de films documentaires sur l’environnement initié par SUCO et Funambules Médias).  L’UPA a de son côté lancé le mouvement Mangeons local plus que jamais et les articles sur l’autonomie alimentaire du Québec se sont multipliés. On n’a en effet jamais autant parlé d’autonomie alimentaire au Québec que maintenant. 

Circuits courts et approvisionnement local, une panacée? 

Si la pandémie a favorisé les échanges sur le rôle des circuits courts¹ et de l’approvisionnement local, la situation aura aussi fait valoir la fragilité de ces options. Notre collègue Julie Potvin-Lajoie soulignait récemment l’apport possible de l’agriculture urbaine et des jardins communautaires et collectifs à la souveraineté alimentaire. Pourtant, il n’est pas évident que les circuits courts et les approvisionnements locaux soient, seuls, capables d’assurer la sécurité alimentaire de la population. La souveraineté alimentaire, qui n’est pas synonyme de circuits courts ni d’autarcie alimentaire, est certainement une voie de solution.

En fait, comme le souligne le rapport d’IPES Food, la plupart des mesures adoptées par les pays (fermeture des frontières, des marchés publics, restrictions sur les déplacements inter-régions et imposition de couvre-feu) pour lutter contre la COVID 19 ont révélé les vulnérabilités dans les chaînes d’approvisionnement courtes. Cela continue d’avoir un fort impact sur l’accès à la nourriture, et ce, surtout pour les populations du Sud. En effet, la majorité des populations du Sud dépendent des marchés locaux pour se nourrir. Les fermetures des marchés publics en Afrique — notamment au Burkina Faso, au Rwanda, au Sénégal, en Afrique du Sud et au Zimbabwe — ont coupé des voies d’approvisionnement vitales pour des communautés et supprimé des débouchés pour les fermiers. D’ailleurs comme le souligne GRAIN, l’expression « Je préférerais mourir du coronavirus plutôt que de faim » est couramment entendue en Haïti, en Angola, au Liban, en République démocratique du Congo, à Mayotte, en Inde et en Amérique latine. En Afrique de l’Ouest, elle devient : « la faim nous tuera avant le coronavirus».

Si le Québec devient autonome sur le plan alimentaire, de même que d’autres pays, quel peut être l’impact sur l’économie des pays du Sud? « L’achat de produits alimentaires provenant de pays du Sud (exemple : fruits et légumes en hiver) ne contribue-t-il pas au développement économique de ces pays en développement? » Cette question posée lors du webinaire du 22 avril soulève la question de l’impact de la souveraineté alimentaire dans une économie alimentaire mondiale libéralisée. 

Souveraineté alimentaire dans un contexte néolibéral?   

Cette question est importante pour SUCO et ses partenaires car notre travail vise justement à contribuer au développement économique des populations avec lesquelles nous travaillons. Si l’achat de produits alimentaires provenant du Sud contribue au développement de ces pays, alors nous allons souhaiter maintenir ces achats. Toutefois, lors du webinaire du 22 avril dernier, Hugo Beauregard-Langelier, Secrétaire général d’UPA Développement international, a apporté des nuances importantes, en spécifiant que l’achat de produits importés peut contribuer au développement des pays du Sud, selon le type d’agriculture qui produit ces aliments. Selon lui : 

« Une agriculture familiale où les producteurs et leur famille contrôlent les décisions de la ferme, participent aux travaux agricoles et sont les détenteurs des moyens de production est une façon de produire dont les retours développementaux sont plus importants. Une agriculture contrôlée par des intérêts étrangers, dont l’approche est délocalisée et où le producteur n’est qu’un ouvrier agricole a beaucoup moins de portée développementale à la fois pour les familles agricoles que pour les pays. »

Hugo Beauregard-Langelier, Secrétaire général d’UPA Développement international

Donc, la question n’est pas tant si nous devons nous procurer des produits issus de l’importation, mais plutôt comment et par qui ces aliments sont produits, et à qui profitent les bénéfices. 

Lors du même événement, Érika Salem, Agente de programme pour Montréal Métropole en santé, nous a aussi rappelé l’importance des certifications :

« Plusieurs pays ont une très faible capacité d’application de règles et lois permettant de protéger les agricultrices et agriculteurs ainsi que l’environnement. C’est pourquoi, lorsque l’on choisit d’acheter des produits importés, il est important de rechercher des certifications telles que Équitable, Rainforest Alliance ou encore biologique. Cela permet de nous assurer que ces denrées ont été produites par des travailleurs recevant un salaire leur permettant de subvenir à leurs besoins et dans des conditions sanitaires protégeant leur santé. Les certifications sont un outil parmi d’autres. » 

Érika Salem, Agente de programme pour Montréal Métropole en santé

L’achat de produits importés n’est pas contradictoire avec la notion de souveraineté alimentaire. La souveraineté alimentaire ne veut pas nécessairement dire autarcie, elle signifie plutôt le droit des peuples à définir leur propre politique agricole. Le mérite de la crise actuelle est qu’elle aura forcé la réflexion sur les politiques agricoles et quels en sont les moteurs. Comme le soulignait Stéphane Poirier de l’Iris dans son billet Autonomie alimentaire : Québec devrait envisager la création d’une nouvelle société d’État, « la prémisse voulant que la finalité première de l’agriculture soit de produire, en appliquant les principes du développement durable, des aliments de qualité pour la population québécoise » devrait guider l’élaboration des politiques agricole.

Pourtant, ce que la crise actuelle aura fait ressortir est que l’élaboration de ces politiques semble plutôt être basée sur la marchandisation des aliments, c’est-à-dire être construite sur l’offre : « on va produire ça, on va le transformer, et après on va faire de la publicité pour que les gens l’achètent. » Clairement, la crise nous aura fait voir que nourrir les populations, c’est beaucoup plus que la production agricole mais que cela doit impliquer plusieurs acteurs interdépendants et donc, être adressé par une approche systémique. 

Les solutions 

Si la crise nous aura fait voir les vulnérabilités des systèmes alimentaires, elle aura aussi permis d’entrevoir de nouveaux systèmes alimentaires, plus résilients. On peut voir les communautés se rassembler pour combler les lacunes des systèmes alimentaires. Par exemple Yélémani au Burkina Faso a mis sur pied un service de livraison sur WhatsApp afin d’apporter les paniers de légumes locaux et bio directement à leurs clients. Les jeunes producteurs agroécologiques membres du projet Formagro de SUCO au Pérou ont pour leur part élaboré un catalogue virtuel de leurs yaourts organiques fruités et organisé leurs distribution à domicile en suivant les règles de biosécurité. Ces deux initiatives sont des exemples notoires d’innovations communautaires en temps de pandémie. 

 

 

Les autorités publiques tentent aussi de mettre de l’avant des mesures extraordinaires pour garantir la production et l’approvisionnement de nourriture. Par exemple, le gouvernement Legault a parlé d’un projet d’augmenter la production en serres au Québec et les abonnements aux fermiers de famille auraient explosés depuis les dernières semaines.  

Si ces exemples démontrent à quel point les crises peuvent être des moments transformateurs, il ne faut pas non plus se leurrer et les acteurs du monde agroalimentaire tentent de maintenir le statu quo sous prétexte de répondre à la crise. Par exemple, les entreprises de transformation alimentaire et les entreprises qui vendent de la nourriture (les supermarchés bien sûr, mais aussi d’autres grandes surfaces qui vendent plein de produits, dont de la nourriture) ont pu obtenir des dérogations au confinement maintenant à risque les employés alors que les marchés publics et les jardins communautaires et collectifs ont été fermés. Ces décisions portent en effet à réflexion. 

Pourtant, les solutions viables à cette crise semblent plutôt être la reconstruction des systèmes alimentaires publics. Comme le dit GRAIN, « si une chose positive ressort de cette crise, c’est peut-être l’opportunité de reconquérir et de réaffirmer des systèmes publics dans nos pays, après des décennies de privatisation et de pouvoir envahissant des entreprises. Ces systèmes doivent soutenir et s’appuyer sur les solutions que les communautés locales fournissent déjà. »

 

Par circuit-court, on fait référence à un cycle commercial d’avoir tout au plus un intermédiaire entre le producteur et le consommateur.

 


Renseignements supplémentaires:

Geneviève Talbot
Chargée de programme – Pôle Afrique
Courriel: genevievetalbot@suco.org

 


Pour une relance juste après la crise

 

 

En mai, SUCO a fait partie de plus de 200 organisations signataires de la déclaration pour une Relance juste. Cette démarche de la société civile a pour but d’interpeller les gouvernements, alors que ceux-ci préparent des plans de relance économique. En somme, six principes sur lesquels se baser pour une relance juste ont été soulevés : 

  1. Donner la priorité à la santé et au bien-être des populations, sans exception
  2. Renforcer le filet social et fournir de l’aide à la population
  3. Donner la priorité aux travailleuses et travailleurs, ainsi qu’à leurs communautés
  4. Renforcer la résilience pour prévenir de futures crises
  5. Renforcer la solidarité et l’équité entre les communautés et les générations au-delà des frontières
  6. Respecter les droits des peuples autochtones et travailler en partenariat avec eux

Alors qu’il est nécessaire de remettre les systèmes en marche suite au ralentissement forcé par la pandémie, il ne faut surtout pas manquer l’occasion d’en tirer des leçons pour mieux avancer. La crise a mis en lumière plusieurs inégalités et vulnérabilités (notre collègue Linda Gagnon signalait l’impact de la COVID-19 chez les femmes dans notre blog), qu’il est primordial de considérer dans les plans de relance, afin que ceux-ci ne nuisent pas à la planète ni aux populations. La déclaration appelle à revoir les systèmes économiques et sociaux au Canada dans l’objectif d’assurer des conditions de vie équitables pour toutes et tous, et répondre à la crise écologique. Elle vise aussi à mieux répondre aux prochaines crises auxquelles nous ferons inévitablement face. 

Ainsi, SUCO et tous les signataires avancent qu’il n’est pas envisageable de retourner au statu quo suite à la pandémie, sachant que les systèmes économiques en place alimentaient une crise écologique, climatique et sociale. Il faudrait envisager plutôt des pistes de solutions viables et inclusives pour faire de cette crise un tremplin vers un monde plus juste, solidaire et durable.

Chez SUCO, nous rassemblons des personnes et des savoirs pour travailler sur des projets de mobilisation citoyenne autour des luttes environnementales et sociales, au Québec et ailleurs, afin d’amorcer une transition écologique. Ces projets soulèvent des réflexions sur les enjeux climatiques et sociaux de l’heure et proposent des pistes d’action pour bâtir ensemble un monde plus juste et durable. Nous reconnaissons l’urgence d’agir face aux inégalités qui sont interconnectées, qu’elles soient d’ordre climatique, social, politique ou économique.

 


Renseignements supplémentaires:

Yasmina Britel
Agente de programme à la mobilisation du public
(514) 272-3019 poste 234
Courriel: yasminabritel@suco.org


L’impact de la COVID-19 sur les économies africaines

 
Face à la menace mondiale d’une pandémie qui ne connaît pas de frontières, notre propre
sécurité sanitaire dépend de celle du monde entier. La coopération internationale doit devenir la priorité dans cette croisade planétaire de la lutte aux épidémies virales.

Au mois de mai 2020, alors que le « déconfinement » se met en branle graduellement un peu partout dans le monde, la pandémie du coronavirus sévit encore sévèrement dans plusieurs pays. Toutefois, jusqu’à maintenant, l’Afrique demeure une des régions du monde parmi les moins touchées. Comment expliquer cette situation alors que l’Afrique est quand même de plus en plus interconnectée avec le reste du monde? Elle possède des liens commerciaux très étroits avec la Chine et l’Europe, les principaux foyers de transmission de la pandémie.

Évidemment, le faible nombre de tests effectués et le manque de données épidémiologiques faussent probablement le bilan, le nombre de cas étant sans doute sous-estimé. On peut aussi considérer que l’épidémie a gagné l’Afrique quelques semaines après l’Europe, ce qui a permis à ses dirigeants d’adopter des mesures préventives efficaces en amont.

Malgré une croissance démographique exponentielle, la densité de la population en Afrique est encore moindre que celle du Sud-Est asiatique et la pyramide des âges y est beaucoup plus jeune que dans les pays du Nord. De plus, selon certains experts, les traitements prophylactiques pour la malaria, très répandus en Afrique, offrent peut-être un effet protecteur contre le coronavirus, bien que la science est loin d’être unanime à ce sujet.

Les inévitables préjugés

Cependant, l’Afrique n’est peut-être pas une pauvre victime sans défense de la pandémie. Selon des penseurs comme Felwine Sarr, économiste et écrivain qui met son expertise au service du plan de résilience économique et sociale du gouvernement sénégalais, si les prédictions des instances internationales sont si alarmistes pour le continent africain, c’est sans doute une preuve de la persistance de l’afro-pessimisme.

Des intellectuels africains considèrent que les représentations négatives sur l’Afrique sont tellement ancrées dans l’image que nous avons du continent qu’elles masquent souvent sa réalité et ses ressources dont sa population active, mobilisable et créative et les réseaux de professionnels formés qui y sont établis ou qui font partie d’une diaspora connectée au continent, comme le suggère cet article.

Le virus ou la faim

Nonobstant, le nombre de cas augmente irrémédiablement en Afrique et la propagation du virus fait craindre le pire. Au plan économique, le continent risque tout de même de subir des conséquences dommageables de cette pandémie. Selon la Commission économique des Nations Unies pour l’Afrique, la croissance économique du continent sera assurément affectée. Les impacts négatifs de la crise sanitaire se feront sentir à court et à long terme sur les économies africaines qui étaient déjà fragilisées par la chute marquée des prix des matières premières.

De plus, Oxfam prévoit que la hausse des coûts des denrées alimentaires et les aléas des changements climatiques qui affectent la production agricole pourraient amener 50 millions de personnes à souffrir de la faim en Afrique de l’Ouest.

La faiblesse des infrastructures de santé dans la majorité des pays africains représente également un risque évident, sans compter que le confinement des populations est un défi difficile à relever pour les plus pauvres. Les gouvernements n’ont pas les ressources fiscales pour leur offrir des programmes de soutien et dans les mégapoles africaines, la majorité des citadins vivent de l’économie informelle. Chaque jour, ils doivent sortir de leur domicile pour gagner ce qui leur permettra de survivre jusqu’au lendemain. Dans ces conditions, un confinement strict équivaut à une condamnation à la famine. Cependant, cette pandémie pourrait être l’occasion de repenser le développement de l’Afrique.

Et demain, le renouveau

À l’heure où nous écrivons ces lignes, personne ne peut prédire précisément ce que seront les conséquences de la propagation du virus sur le continent africain ainsi que ses effets potentiels au plan sanitaire et socioéconomique. On ne peut pas nier l’important risque qui découle de la possible contamination massive de la population africaine. Il existe toutefois sur ce continent de nombreuses personnes éclairées, capables de prendre des décisions efficaces qui pourraient éviter des dérapages majeurs.

Les Africain·es ont développé des savoir-faire dont d’autres pays pourraient s’inspirer, et cette crise sanitaire offre une occasion de soutenir des politiques de développement élaborées selon les perspectives africaines. Tout comme Felwine Sarr, des intellectuels comme le Camerounais Achille Mbembe et l’écrivain nigérian et Prix Nobel Wole Soyinka réclament que les gouvernements africains apportent une réponse fondamentale, puissante et durable à la menace réelle de la COVID-19, menace qui ne doit être ni exagérée ni minimisée, mais prise en compte de manière rationnelle. Les investissements prioritaires devraient être portés sur les systèmes de santé bien sûr, mais aussi sur le renforcement et la diversification des économies.

Selon Esther Duflo, Prix Nobel d’économie en 2019, la COVID 19 est certes une crise pour les pays en développement, mais avec la contribution d’une coopération internationale renouvelée avec les pays du Nord comme le Canada, cette pandémie n’a pas nécessairement à devenir une catastrophe.

Crédit photo: Djigui Soumare

 


Renseignements supplémentaires:

Roch Harvey
Chargé de programme – développement des affaires
(514) 272-3019 poste 233
Courriel : rochharvey@suco.org