Le comité vert du siège de SUCO en action!

 

 

Photo du premier « Dîner vert » virtuel sur le thème du Zéro Déchet

Chez SUCO, toutes nos interventions sont depuis toujours inspirées par l’amélioration des conditions environnementales des collectivités et la transition écologique. En 2016, SUCO adoptait la mise à jour de sa politique environnementale. Par l’adoption de cette politique, SUCO vise à encadrer l’ensemble de ses activités selon une perspective de développement social, économique et environnemental qui reflète notre engagement à réduire les impacts écologiques négatifs de nos activités à Montréal et dans nos pays d’intervention. Pour ce faire, chaque bureau de SUCO doit se doter d’un comité vert. En mars dernier le comité vert du siège se réunissait pour la première fois. Depuis, 7 collègues se réunissent régulièrement pour travailler aux divers objectifs du comité.

Les actions du comité

Parmi ces cibles, il y a d’abord celle de s’assurer que la politique environnementale de SUCO vive dans toutes les sphères du travail au siège social, et de réviser le plan d’action environnemental du siège afin d’en assurer la pertinence. De plus, le comité vert organise chaque mois ou presque une activité pour échanger et apprendre sur diverses thématiques écologiques. Que ce soit par des conférences, des discussions, des tutoriels ou encore des séances de visionnement de documentaires, il existe une multitude de possibilités pour permettre aux employés·es et stagiaires au siège d’avoir accès à de l’information, à des espaces de dialogue, et à des pistes d’engagement en environnement.

 

Un premier dîner vert

Comme toute première activité en juin, l’équipe s’est réunie lors d’un « dîner vert » virtuel sous le thème du mouvement zéro déchet, et plus particulièrement sur les produits « fait maison » ou « DIY ». La discussion a eu lieu sur Zoom et a permis à toutes et tous de lancer des idées de produits à confectionner ou construire soi-même, et de s’échanger des conseils. Ce premier événement a ouvert la discussion sur les pratiques zéro déchet et a définitivement servi d’inspiration pour les activités suivantes!

 

Si le sujet vous intéresse, cliquez ici pour accéder à une ressource qui a été partagée lors de l’activité et qui propose beaucoup d’information utile sur les produits à faire soi-même.

 


Renseignements supplémentaires:

Geneviève Talbot
Chargée de programme – Pôle Afrique
Courriel: [email protected]


Entretien avec notre directrice générale

 

 

 

Dans le cadre de la série Une petite jasette avec…  initiée par Nous.blogue, notre directrice générale Geneviève Giasson a été invitée en entrevue le 23 juin dernier par Sophie Michaud, chargée des contenus et des projets en partenariat chez Communagir. La série de vidéos, qui souligne le 5ème anniversaire du blogue, met en vedette les personnes qui nourrissent le site avec leur réflexions et analyses. Vous pouvez d’ailleurs lire le dernier billet de Geneviève Giasson publié sur Nous.blogue en cliquant ici

 

Au fil de la discussion, Geneviève met l’accent sur l’importance de l’approche de proximité et de renforcement de capacités qui inspire toutes les actions de SUCO. Pour réaliser la transition écologique que nous souhaitons, elle mentionne, il faut connecter des personnes, des leaderships, et des initiatives de partout sur la planète. En fait, Geneviève poursuit, nous avons tous et toutes grandement intérêt à se décentrer de nos propres expériences et à apprendre de ce qui se fait ailleurs, tant dans le domaine de la transition écologique que dans celui du développement social. Selon elle, en plus de susciter des apprentissages essentiels, cette ouverture sur le monde contribue au changement des rapports Nord-Sud pour une coopération plus égalitaire et horizontale. 

 

« Je pense que jusqu’au bout, jusqu’à ma retraite, ce sera ça le moteur de mon travail : essayer de faciliter la réussite des volontés de changement qui sont prises un peu partout. »

 

Pour en apprendre plus sur sa vision de la coopération internationale, de la transition écologique et du changement social, visionnez l’entrevue en cliquant ici.

 


Renseignements supplémentaires:

Geneviève Giasson
Directrice générale
Courriel : [email protected]


La complexité de la pandémie en Amérique latine et Caraïbes

 

 

 

L’Organisation mondiale de la santé (OMS)  a déclaré le 8 juin dernier que la situation de la pandémie en Amérique du sud et centrale est la plus complexe au monde. De plus, l’Organisation panaméricaine de la santé (OPS, branche régionale de l’OMS) se préoccupe d’une résurgence des cas en juillet avec l’arrivée de la période hivernale et de la saison des pluies, période propice aux infections diverses et aux insectes vecteurs de malaria, zika, et du dengue.  L’aplatissement de la courbe, qui donne l’espoir d’une baisse de la contagion, n’a malheureusement pas encore eu lieu dans un grand nombre de pays de la région et la transmission communautaire prend de l’ampleur. 

Quelques éléments expliquent la situation catastrophique de certains pays :  la pauvreté généralisée; la précarité des systèmes de santé; l’économie informelle et finalement le leadership controversé de certains dirigeants.

L’Amérique centrale, des contrastes et des similitudes

Au Honduras, où l’état d’urgence sanitaire a été déclaré dès le 13 mars, on a interdit tout déplacement pour une période initiale de trois semaines. Au début avril, les commerces essentiels ont reçu l’autorisation d’ouvrir, mais la population ne peut s’y approvisionner qu’une fois tous les 15 jours (des jours sont assignés selon le numéro de la carte d’identité des personnes) et seulement du lundi au vendredi; le contrôle est très strict et bien souvent réalisé par l’armée. Les samedis et dimanches tous les déplacements sont formellement interdits et un couvre-feu de 20h00 à 5h00 est en vigueur et ce jusqu’en août.

Le 8 juin dernier, après plus de trois mois de confinement, on autorisait l’ouverture de certains autres commerces, mais toujours en limitant l’accès une fois aux 15 jours. 

En date du 13 juin, 8 455 personnes ont été déclarés positives à la COVID-19 avec un total de 310 décès. Le gouvernement informe régulièrement la population de tous les cas, recense et rend public par communiqué de presse la liste des personnes testés positives, les personnes hospitalisées et celles rétablies, incluant des donnés comme l’âge, le sexe et le département de résidence.

De son côté, le Nicaragua se trouve au cœur de la tempête et le leadership du gouvernement est extrêmement controversé et décrié par les pays avoisinants et les grandes organisations internationales. En effet, aucune des mesures suggérées et éprouvées n’a été mise en place dans ce pays, contrairement aux autres de la sous-région. Les frontières n’ont pas été fermées, il n’y a pas de dépistage massif, la distanciation sociale et le port du masque n’ont pas été imposés ni même fortement recommandés. Les écoles demeurent ouvertes et des grands rassemblements publics ont été encouragés tout au moins au début de la pandémie. La seule mesure prise par le gouvernement a été une campagne communautaire de dépistage et d’information faite par des promoteurs et promotrices de la santé qui sillonnent le pays de maison en maison pour informer des symptômes de la maladie. 

De plus le gouvernement a, selon la société civile et les médecins et l’OPS, observé une certaine opacité dans le rapportage des cas et a probablement grandement minimisé ceux-ci.  En l’absence de normes édictées par le gouvernement, bon nombre d’entreprises, incluant les ONGs, ont adoptés leurs propres mesures : elles ont fermé leur porte et dans les cas où cela était possible elles ont adopté le télétravail; les commerces ont installé des postes de désinfection des mains et de prise de température; et la population a limité ses déplacements et adopté le port du masque. Des campagnes privées de publicité « Quédate en casa » (Reste à la maison) ont été créées et diffusées.

Officiellement, sur une population de 6,4 millions, il y a actuellement 1 464 cas et 55 décès. Cependant, un observatoire indépendant regroupant des médecins et autres professionnels de la santé et des services sociaux rapporte qu’il y aurait plutôt 1 114 décès liés à la COVID-19 et plus de 5,000 cas

Au Sud rien ne va

Au Pérou l’urgence sanitaire a été décrétée dès le 11 mars et des mesures très strictes ont alors été prises : fermeture des frontières, restrictions de déplacements, couvre-feu de 20h00 à 6h00, confinement de la population, port du masque dans les commerces essentiels, et distanciation sociale de 2 mètres. Une conférence de presse journalière et télédiffusée du président de la République a été instaurée et quelques mesures d’aide financière ont été mises en place pour les familles les plus vulnérables. Malgré toutes ces mesures,  le Pérou est depuis quelques jours le 8ième pays le plus touché dans le monde et le 3ième des Amériques avec plus de 6 688 décès et près de 230 000 personnes infectées. Il faut signaler que le Pérou est l’un des pays qui réalise le plus de tests de dépistage sur le continent. Le pays est toujours en confinement même si un assouplissement a lieu dans certaines régions moins touchées.

Haïti

En date du 11 juin, Haïti comptait  un total de 3 796 personnes infectées et 58 décès. Avec la propagation de la pandémie et l’augmentation des personnes infectées au quotidien, le gouvernement a déclaré l’état d’urgence jusqu’à la fin juillet, en adoptant un certain nombre de mesures sans pour autant imposer le confinement total. En effet, les écoles, universités, églises et entreprises d’envergure sont fermées. Les institutions publiques fonctionnent avec 50% de leur personnel. Le confinement de la population est fort complexe dans un pays dominé par l’économie informelle, et l’on oublie rapidement les consignes de distanciation physique dans les marchés publics bondés.  

Plusieurs campagnes de sensibilisation ont lieu dans le pays, dans le but d’inciter les personnes craignant d’être contaminées à se rendre dans un centre hospitalier dès que possible, puisque la désinformation pousse les gens à se présenter trop tard à l’hôpital pour que le personnel puisse réellement les traiter. De plus, Haïti demeure le centre de constantes manifestations publiques et de violences. Une crise socio-politique sévit en effet dans le pays depuis 2019, la population fait entendre sa grogne contre la corruption et les actions (ou inactions) du gouvernement intérimaire en place. L’arrivée de la pandémie a rendu la situation encore plus complexe. 

Des effets semblables malgré les différences

Les systèmes de santé publics, en manque d’équipements, de matériel et de personnel soignant, ne peuvent faire face à la pandémie ce qui n’a fait qu’exacerber une situation préexistante et mettre en lumière leur inefficacité face à une crise de cette ampleur et ce, malgré tout le travail et le dévouement du personnel médical. Les familles se retrouvent bien souvent à devoir recourir, si elles peuvent se le permettre, à des systèmes parallèles privés.

Le recours à l’économie informelle est la source principale de revenus pour une grande partie de la population alors au risque de leur santé, d’être arrêtées pour ne pas respecter les consignes, ou même de transmettre la maladie, ces travailleurs et travailleuses se rendent tout de même à leur lieu de travail (kiosques de rue, chantiers de construction, maisons privées, etc.). Comment l’interdire quand plus de 50% de la population de ces pays ont cette seule alternative pour survivre?

Les travailleurs et travailleuses de l’économie informelle, se retrouvent en situation des plus précaire. Plusieurs des activités qu’ils et elles réalisent ont été brusquement interrompues. La majorité de ces activités sont réalisées par les femmes, soit le gardiennage d’enfants, l’aide domestique, la vente dans la rue de nourriture et de produits divers, alors en plus de la perte de revenus, essentiels à la survie de la famille, ils et elles ne disposent d’aucune assurance santé et de filet social. 

Un autre des effets catastrophiques de la pandémie et des mesures mises en place est l’approvisionnement en aliments. En effet, dans plusieurs pays, la limitation des sorties et l’arrêt des transports publics et privés depuis le début de la crise ont grandement contribué à rendre l’approvisionnement très difficile, surtout dans les villes. 

Une crise alimentaire est à prévoir à plus ou moins court terme car, en plus de la fermeture des marchés, plusieurs producteurs et productrices agricoles peinent à trouver les semences nécessaires pour débuter la saison agricole.

Il n’existe pas de données officielles fiables sur l’augmentation des cas de violence envers les femmes dans les pays des Amériques jusqu’à maintenant, mais l’ONU reste très préoccupée par la situation des violences envers les femmes en ces temps de pandémie; on ne peut exclure que la situation des femmes soit encore plus préoccupante qu’elle ne l’est en temps « normal ».

Depuis la mi-mai les différentes organisations liées au Nations Unies, Unesco, FAO, OMS, etc. ont fait part de leur préoccupation de la situation des populations autochtones et appellent les États à prendre des mesures particulières pour assurer leur sécurité alimentaire et sanitaire. Les populations autochtones sont parmi les plus vulnérables face à cette pandémie, elles vivent bien souvent isolées et sans services de santé adéquats, et comptent parmi les plus pauvres.

Nous agissons de concert avec nos partenaires terrain

Malgré que nous ne puissions pour le moment être présents physiquement dans nos pays d’intervention nous continuons le travail de soutien à nos partenaires sur le terrain à distance. Ceux-ci ont dû adapter leurs méthodes de travail, dans certains pays des visites sont organisées en mettant en place des mesures de protection tant pour les travailleurs et travailleuses que pour les populations, formation en groupes restreints, distanciation sociale et port du masque. Au Pérou par exemple, les jeunes producteurs et productrices, à défaut de compter sur les marchés habituels, ont commencé la livraison de paniers bios avec leur production et celle des familles avoisinantes, leur assurant ainsi des débouchés et des revenus essentiels. En Haïti, au Honduras et au Nicaragua, avec l’arrivée de la saison des pluies et donc agricole, nous devons redoubler d’efforts pour appuyer les populations à réaliser une saison agricole qui assurera l’alimentation des familles et l’approvisionnement des marchés.

Les femmes, les hommes et les jeunes des Amériques ont besoin de notre soutien, et de notre solidarité et nous déployons tous nos efforts pour rester à leurs côtés.

 

Crédit photo: CC-LAB

 


Renseignements supplémentaires:

Linda Gagnon
Chargée de programme – Pôle Amériques
(514) 272-3019 poste 228
Courriel: [email protected]


Journée mondiale de lutte contre la désertification et la sécheresse

 

 

Crédit photo : Jean-Pierre Faye

 

C’est le 17 juin 1992 que l’ONU a adopté la convention des Nations Unies sur la lutte contre la désertification (UNCCD). Depuis, afin d’en rappeler les dangers, le 17 juin a été nommé Journée mondiale de lutte contre la désertification et la sécheresse. Cette journée est célébrée chaque année pour sensibiliser l’opinion publique à cette question et aux efforts à faire au niveau international pour améliorer la situation.

Contrairement à ce qu’on pourrait croire, la désertification n’est pas la transformation de la terre en désert.  La désertification tient plus du fait de la dégradation des sols, de la surexploitation et de l’utilisation inappropriée des terres. Au Sénégal, comme le souligne l’article ‘Les enjeux de la déforestation au Sénégal’, deux facteurs influencent la dégradation des sols et ultimement la désertification et la sécheresse : la salinisation des terres et le déboisement.

La salinisation des terres est le processus d’accumulation des sels dans les sols à des niveaux toxiques pour la plupart des plantes, animaux et champignons. Elle est devenue une cause importante de désertification, d’érosion et de dégradation des sols et de l’agriculture au Sénégal. Les causes de la salinisation des terres sont diverses, mais comme le souligne Charles Pierre Sarr, chef du service régional de l’environnement de Fatick au ministère de l’Environnement du Sénégal, les perturbations climatiques, tel que la hausse du niveau des océans, la diminution des précipitations et une hausse des températures sont des facteurs qui expliquent la salinisation. Selon M. Sarr, le Sénégal est « perpétuellement confronté aux effets adverses des changements climatiques du fait de sa façade maritime longue de 700 kilomètres qui subit l’impact de l’élévation du niveau marin avec comme corollaire l’érosion côtière, l’intrusion saline dans les terres agricoles, la salinisation des ressources en eaux et la destruction des infrastructures. Du fait d’une agriculture essentiellement pluviale, les perturbations climatiques risquent de compromettre les efforts de lutte contre la pauvreté et l’objectif d’atteindre l’autosuffisance alimentaire » (Les agriculteurs sénégalais luttent contre la salinisation des sols). En raison de la salinisation des terres on constate aussi une surexploitation ou une dérivation des ressources en eau douce, le défrichement, les incendies de forêt, ce qui a une incidence sur la désertification.

Le déboisement, c’est-à-dire la coupe des arbres pour subvenir aux activités humaines, est aussi un facteur responsable de la dégradation des sols et des forêts. Le déboisement a plusieurs causes : la progression rapide de la population des villages et la mauvaise politique énergétique qui oblige les populations à surexploiter les ressources les plus accessibles : le bois et le charbon. 

SUCO et la lutte au déboisement au Sénégal 

Afin de contribuer à la lutte contre le déboisement, en 2017, SUCO, le Réseau Environnement et le GRAIM, avec l’appui du Programme de coopération climatique internationale du gouvernement du Québec, ont lancé le projet Dund ak Kéew bi. Ce projet vise à renforcer les capacités d’adaptation et de résilience aux impacts des changements climatiques de six communes du Plateau de Thiès, entre autre par la mise sur pied de pépinières communautaires et d’activités de reboisement. 

Ces activités sont essentielles, car le déboisement n’est pas sans effet. De par le monde, les arbres sont des symboles de vie, ils offrent le confort de leur ombre, l’abondance de leurs fruits, redonnent vie aux terres stériles, fournissent un combustible essentiel, enrichissent et stabilisent les sols. Bref, ils présentent la particularité essentielle d’être à la base de toute chaîne alimentaire, ils sont indispensables. 

Les femmes et les pépinières

Le Plateau de Thiès étant une zone souffrant de déboisement, l’amélioration et le maintien de pépinières communautaires appuient la lutte contre la disparition des espèces forestières et du couvert végétal en assurant une disponibilité continue de plants destinés au reboisement. Les pépinières sont gérées par des groupes de femmes. Les arbres plantés provenant de ces pépinières diminuent la déforestation, augmentent la qualité des sols, la capacité de rétention d’eau et la qualité de l’air (moins de poussières) ce qui a un impact positif sur la santé respiratoire, la santé en général (entre autres, en augmentant la quantité d’eau dans les puits) et les rendements agricoles. 

Ces pépinières ont aussi pour objectif secondaire de renforcer la sécurité alimentaire des groupes de femmes. Deux types d’arbres sont plantés : des arbres forestiers pour donner de l’ombre et des arbres fruitiers. Avoir des arbres fruitiers est très important et apprécié par les populations locales car ça augmente la sécurité alimentaire à moyen et long terme des populations vulnérables. 

La plantation d’arbres fruitiers et forestiers est une façon d’accroître la résilience des populations à moyen et long terme en luttant contre la désertification et la sécheresse et, par conséquent, en améliorant la sécurité alimentaire. Dans le cadre du projet Dund ak Kéew bi au Sénégal, 15 239 arbres ont été plantés en décembre 2019. En prévision de la saison des pluies prévues en juin-juillet 2020, les pépinières redémarrent et les femmes sont à pied d’œuvre!

 

Crédit photo : Jean-Pierre Faye

Crédit photo : Geneviève Talbot

 


Renseignements supplémentaires:

Geneviève Talbot
Chargée de programme – Pôle Afrique
Courriel: [email protected]


Changer le monde, un fromage à la fois! Une discussion virtuelle des Retrouvailles

 

 

Voici un résumé d’un entretien en direct sur notre page Facebook qui s’est déroulé dans le cadre des Retrouvailles annuelles de SUCO le 10 juin à 15h00, avec Pedro Estrada, spécialiste en développement rural, cofondateur de l’ONG ALLPA, partenaire de SUCO au Pérou. Pedro est aussi coordonnateur du projet Formagro dans la région de Ancash, exécuté avec SUCO. ALLPA est une organisation qui travaille au développement durable et équitable des familles rurales, et plus particulièrement des familles andines qui se retrouvent en conditions d’exclusion, en renforçant leurs capacités sociales, productives et organisationnelles. 

 

Officiellement constituée en 2010, ALLPA est le fruit d’un processus de création collective, impliquant plusieurs collaborateurs et partenaires, en plus de volontaires, toujours basé sur l’identité culturelle de la région et de sa population. L’organisation fut ainsi créée d’un désir que portaient les intervenantes et intervenants locaux, qui voulaient contribuer à améliorer les conditions de vie précaires des familles agricoles de leur région, dû au manque d’opportunités. ALLPA intervient auprès des familles andines de la région de Ancash, une région au Nord de Lima, située entre 2 000 et 4 000 mètres au-dessus du niveau de la mer, où la population est autochtone quechua.

Ainsi s’est entamé avec SUCO un échange afin de trouver la façon de générer un capital social dans la région, de pouvoir collaborer avec les institutions locales, publiques et de coopération, afin de pouvoir offrir d’avantage d’opportunités aux familles. Le projet FORMAGRO, qu’ALLPA exécute avec SUCO depuis 2015, est le plus grand projet de l’organisation et même un des plus important à être exécuté actuellement au Pérou.

Un développement local résilient aux changements climatiques

La nature montagneuse de la région rend l’écosystème très fragile, de par ses conditions météorologiques extrêmes dues à son altitude. Le niveau de scolarisation y est très bas, surtout chez la population adulte. La majorité des familles y pratiquent une agriculture de subsistance, qui parfois ne produit même pas suffisamment pour nourrir toute la famille. ALLPA intervient directement auprès de ces familles, souvent exclues des processus de développement économiques conventionnels.  

Par le développement local, ALLPA souhaite générer un changement socio-économique, auprès des populations agricultrices de la région, dans un esprit de protection et de préservation de l’environnement, et de développement durable. Les familles ciblées par le projet ont accès à de très petites parcelles, qu’elles cultivent à partir de leurs savoirs et connaissances traditionnelles et ancestrales. Ces petits agriculteurs et petites agricultrices commercialisent localement leurs produits, et leur production n’est pas destinée à l’exportation. L’agriculture durable pour eux et elles est l’ unique façon de cultiver, et c’est en se basant sur des pratiques agro écologiques que ALLPA intervient. L’organisation, à travers son travail collaboratif avec les familles, valorise les connaissances et techniques agricoles traditionnelles, et vient les bonifier et parfois techniciser, dans le but de les rendre plus productives et plus viables. 

L’adaptation et la résilience aux changements climatiques demeure un défi important pour les familles de la région. Le projet Formagro travaille avec elles, afin d’améliorer et diversifier les pratiques et que leurs cultures en soient ainsi moins affectées et plus résilientes.  Enfin, sur la question des changements climatiques, malgré que les effets négatifs soient fort importants, l’organisation s’assure d’y voir des opportunités. Par exemple, l’augmentation et la perturbation de la pluviométrie affecte énormément les cultures. Cependant, l’augmentation des températures a permis de développer la culture de fraises, ce qui ne s’était jamais vu à cette altitude. Il faut ainsi transformer les perturbations en opportunités. 

Le changement sous forme de fromage

Il y a quelques années, ALLPA s’est donné un grand défi : celui de développer, produire, et positionner sur les marchés le fromage de la région de Huari. S’en est alors suivi un processus d’accompagnement et formation auprès des femmes, afin qu’elles puissent produire un fromage à partir du lait de leurs vaches. C’est un processus qui a demandé un accompagnement personnalisé avec chaque productrice, en quechua et dans leur propre cuisine. Cela a pris des années, mais ALLPA a ainsi atteint son objectif : développer un fromage de qualité, produit par des femmes de la communauté. Cela a créé tout un changement au niveau de la dynamique sociale. Les femmes ont commencé à développer un produit avec valeur ajoutée et à le vendre, ce qui leur a donné un pouvoir économique qu’elles n’avaient pas auparavant : plusieurs d’entre elles n’avaient même jamais manipulé d’argent.  La marque Jallga Queso (fromage des montagnes, en quechua) a ensuite été créée, ce qui a permis de mieux positionner le produit. Le fromage est offert dans des foires alimentaires et festivals, où il se vend très bien. Aussi, derrière l’idée de vendre un produit se trouve celle de mettre en valeur le travail des productrices tout en faisant découvrir leur identité culturelle et savoirs ancestraux. D’ailleurs, Formagro travaille maintenant avec la seconde génération de fromagères, les filles des productrices, qui parlent espagnol et maitrisent les médias sociaux. Elles apportent un nouveau dynamisme à la commercialisation du produit. 

De plus, le produit a permis la création de la route du fromage, un circuit de découverte, permettant de visiter les familles productrices et ainsi observer le processus de production, participer à des dégustations et connaître la richesse culturelle de la région.  

Un travail de proximité

L’un des plus grands facteurs de réussite du travail d’ALLPA et du projet Formagro est de valoriser l’identité des populations. En effet, le fait de miser sur l’identité culturelle et la langue locale, en s’assurant que les personnes intervenantes aient cette sensibilité pour travailler en proximité permet d’atteindre les résultats attendus. D’ailleurs, la façon de travailler de SUCO pour favoriser une intervention de proximité basée sur une constante analyse des problématiques du terrain transparait énormément dans la philosophie de ALLPA. 

Enfin, l’intervention auprès de toute la cellule familiale est une formule gagnante pour le projet et pour ALLPA. En effet, le fait d’améliorer les activités productives pour les femmes – l’accès aux ressources économiques, positionnement sur les marchés, etc. – est bénéfique pour toute la famille. De plus, il est important pour Formagro que les femmes ne soient pas seulement inclues dans les espaces de décision mais qu’elles aient réellement une place dans la communauté, que leur voix soient entendues. 

Cliquez ici pour visionner l’entretien en espagnol, animé par Émilie Lemieux, représentante SUCO et directrice du programme Formagro au Pérou.

 


Renseignements supplémentaires:

Émilie Lemieux
Directrice – Formagro
Representante SUCO au Pérou
Courriel: [email protected]

 


Les jeunes en faveur d’une agriculture familiale

 

 

Daivyd Yactayo, de Valle Escondido, une jeune entreprise qui vend des nectars et yogourts de fruits
agroécologiques au marché de Lunahuan, en plus de répartir à domicile. Crédit photo: Carlos Ly

 

L’agriculture familiale est la forme prédominante de production agricole dans le monde (FAO, 2014). Elle s’adapte à toutes les conditions géographiques et climatiques et elle tient un rôle important dans la gestion des ressources naturelles, la préservation du patrimoine culturel et la sécurité alimentaire. Plus de 83% des travailleurs et travailleuses agricoles du Pérou (3 millions) pratiquent ce type d’agriculture.

En plus des multiples défis auxquels sont confrontés les producteurs et productrices qui réalisent une agriculture à petite échelle, la pandémie de la COVID-19 a provoqué la fermeture des marchés et l’arrêt du commerce entre les villes et les régions. Les mesures de distanciation sociale et de protection qui accompagnent le processus de réactivation économique nous amènent à repenser les modes de production et de commercialisation. Pour prioriser la santé publique, il faut aussi prioriser l’environnement. Ainsi, une transition vers des systèmes de production agroécologique devient nécessaire, non seulement pour protéger l’environnement et les écosystèmes, mais aussi pour prévenir la propagation de nouvelles maladies infectieuses.

Dans le contexte actuel, plus que jamais, l’agroécologie émerge comme un processus intégral qui enracine les bases pour une transition écologique des systèmes alimentaires, et où l’agriculture familiale joue un rôle fondamental. Les marchés agroécologiques et les points de vente bios sont des espaces qui instaurent une relation entre les personnes qui produisent et celles qui consomment des aliments sains et locaux, en faveur d’une résilience socio-écologique.

 

Ronaldo Macazana cultive de jeunes légumes avec son entreprise «Huerto agroecológico doña Barry».
Crédit photo: Carlos Ly

 

De jeunes producteurs et productrices qui innovent en milieu rural

Au Pérou, 2211 jeunes (1228 femmes et 983 hommes) diplômés en agriculture, élevage, et gestion d’entreprises agricoles, produisent en combinant savoirs ancestraux et techniques modernes, selon une approche agroécologique. Ils et elles ont acquis ces compétences grâce aux modules de formation technique développés par SUCO et ses partenaires ALLPA et IDMA dans le cadre du projet FORMAGRO. Les entreprises innovatrices de 46 entrepreneurs (femmes et hommes) ont été récompensées durant les 4 éditions du Fonds Wiñay (« grandir » en quechua). Il s’agit d’un concours de financement dirigé aux jeunes entrepreneurs des régions de Ancash et Lima, sur la base de leur plan d’affaires.

Cliquez ici pour visionner la vidéo de la troisième édition de remise de prix du Fonds Wiñay région de Ancash et ICI pour la remise de prix pour la région de Lima.

Tout en s’adaptant à la réalité changeante, les jeunes entrepreneurs·es mettent en valeur l’importance d’une alimentation saine, et l’apport direct de l’agriculture familiale pour assurer la sécurité alimentaire des centres urbains. Les marchés locaux prennent une place significative, comme par exemple le marché agroécologique Biolurín, où les producteurs et productrices agroécologiques des abords de la rivière Lurin, à Lima, vendent leurs produits.

 

Productrice agroécologique du marché Biolurín. Crédit photo: Marcial Vargas.

 

Erika Eugenio et Natalia González commercialisent leur fromage de type andin au marché de Huari.
Crédit photo : Carlos Ly.

 

Des espaces de réflexion pour les jeunes

La pandémie a accéléré la réflexion sur les impacts de l’activité humaine sur l’environnement et les changements climatiques. Cette thématique avait d’ailleurs été abordée en juin 2019 lors du Forum sur les changements climatiques dans la région d’Ancash. Ce sont 250 personnes qui se sont réunies à Huaraz pour réfléchir sur la façon d’adapter les systèmes agricoles andins aux changements climatiques, particulièrement dans la région d’Ancash qui abrite la Cordillère Blanche.

Cliquez ici pour visionner la vidéo résumé du Forum sur les changements climatiques.

 

Enfin, les jeunes vivant en milieu rural demandent à occuper une plus grande place dans les espaces de prise de décision. SUCO organise différents événements où les jeunes peuvent s’exprimer et débattre sur des thèmes qui leurs tiennent à cœur, en lien avec la ruralité, l’agroécologie, et les défis qui existent pour influencer l’agenda publique national sur les questions agricoles. Le Forum sur les jeunes ruraux et  l’agroécologie réalisé en mars 2018 à Lima dans le cadre du projet FORMAGRO a donné la parole aux jeunes de différentes régions du Pérou, précisément sur ces questions.

Cliquez ici pour visionner la vidéo du Forum sur les jeunes ruraux et l’agroécologie.

 

Jeunes qui participent au Forum sur l’adaptation aux changements climatiques en élaborant la maquette d’un système agricole et d’élevage durable. Crédit photo: Carlos Ly

 

Jeunes participants et participantes au Forum sur les Jeunes ruraux et l’agroécologie en pleine élaboration de la déclaration de l’événement. Crédit photo : Carlos Ly

 

Carla Salvador, membre de la Coopérative Agraire de Santa Cruz LTDA, qui présente sa farine de kiwicha au marché de Huayla de Caraz, Ancash. Crédit photo: Carlos Ly

 

Ronald García produit du fertilisant bio avec sa marque Fito Killari a Yungay, Ancash. Crédit photo: Carlos Ly

 

 

 


Renseignements supplémentaires:

Émilie Lemieux
Directrice – Formagro
Representante SUCO au Pérou
Courriel: [email protected]

 


Circuits courts et approvisionnement local : les solutions pour assurer la sécurité alimentaire?

 
La pandémie actuelle a mis en lumière les failles dans le système alimentaire mondial et la fragilité des chaînes d’approvisionnement. Les discussions autour de la souveraineté alimentaire, l’autosuffisance et l’autonomie alimentaire reviennent donc au goût du jour et ce tant au niveau global que local, au Québec comme dans les pays d’intervention de SUCO. 

 

Autonomie alimentaire : un sujet de l’heure

Au Québec, face à la fermeture des frontières, les questions de sécurité alimentaire et de souveraineté alimentaire ont surgi : aurons-nous toujours accès à de la nourriture? Pouvons-nous produire suffisamment de fruits et légumes au Québec pour se nourrir? Marcel Groleau, président de l’UPA a rappelé que le taux d’autosuffisance alimentaire du Québec ne dépasse pas présentement 30%, et plus de 40% des fruits et légumes consommés en hiver viennent des États-UnisLa crise nous a ainsi fait prendre conscience de notre dépendance aux États-Unis, d’où le Québec s’approvisionne majoritairement en hiver, mais aussi de l’importance des travailleurs agricoles étrangers, principalement du Mexique et du Guatemala, pour la main d’œuvre à l’été et l’automne. SUCO a d’ailleurs tenu deux événements sur ce thème (Le webinaire « Quel rôle pour les systèmes alimentaires en temps de pandémie? » et le panel de discussion « Pour une souveraineté alimentaire au Québec » organisé par Ciné Vert, festival de films documentaires sur l’environnement initié par SUCO et Funambules Médias).  L’UPA a de son côté lancé le mouvement Mangeons local plus que jamais et les articles sur l’autonomie alimentaire du Québec se sont multipliés. On n’a en effet jamais autant parlé d’autonomie alimentaire au Québec que maintenant. 

Circuits courts et approvisionnement local, une panacée? 

Si la pandémie a favorisé les échanges sur le rôle des circuits courts¹ et de l’approvisionnement local, la situation aura aussi fait valoir la fragilité de ces options. Notre collègue Julie Potvin-Lajoie soulignait récemment l’apport possible de l’agriculture urbaine et des jardins communautaires et collectifs à la souveraineté alimentaire. Pourtant, il n’est pas évident que les circuits courts et les approvisionnements locaux soient, seuls, capables d’assurer la sécurité alimentaire de la population. La souveraineté alimentaire, qui n’est pas synonyme de circuits courts ni d’autarcie alimentaire, est certainement une voie de solution.

En fait, comme le souligne le rapport d’IPES Food, la plupart des mesures adoptées par les pays (fermeture des frontières, des marchés publics, restrictions sur les déplacements inter-régions et imposition de couvre-feu) pour lutter contre la COVID 19 ont révélé les vulnérabilités dans les chaînes d’approvisionnement courtes. Cela continue d’avoir un fort impact sur l’accès à la nourriture, et ce, surtout pour les populations du Sud. En effet, la majorité des populations du Sud dépendent des marchés locaux pour se nourrir. Les fermetures des marchés publics en Afrique — notamment au Burkina Faso, au Rwanda, au Sénégal, en Afrique du Sud et au Zimbabwe — ont coupé des voies d’approvisionnement vitales pour des communautés et supprimé des débouchés pour les fermiers. D’ailleurs comme le souligne GRAIN, l’expression « Je préférerais mourir du coronavirus plutôt que de faim » est couramment entendue en Haïti, en Angola, au Liban, en République démocratique du Congo, à Mayotte, en Inde et en Amérique latine. En Afrique de l’Ouest, elle devient : « la faim nous tuera avant le coronavirus».

Si le Québec devient autonome sur le plan alimentaire, de même que d’autres pays, quel peut être l’impact sur l’économie des pays du Sud? « L’achat de produits alimentaires provenant de pays du Sud (exemple : fruits et légumes en hiver) ne contribue-t-il pas au développement économique de ces pays en développement? » Cette question posée lors du webinaire du 22 avril soulève la question de l’impact de la souveraineté alimentaire dans une économie alimentaire mondiale libéralisée. 

Souveraineté alimentaire dans un contexte néolibéral?   

Cette question est importante pour SUCO et ses partenaires car notre travail vise justement à contribuer au développement économique des populations avec lesquelles nous travaillons. Si l’achat de produits alimentaires provenant du Sud contribue au développement de ces pays, alors nous allons souhaiter maintenir ces achats. Toutefois, lors du webinaire du 22 avril dernier, Hugo Beauregard-Langelier, Secrétaire général d’UPA Développement international, a apporté des nuances importantes, en spécifiant que l’achat de produits importés peut contribuer au développement des pays du Sud, selon le type d’agriculture qui produit ces aliments. Selon lui : 

« Une agriculture familiale où les producteurs et leur famille contrôlent les décisions de la ferme, participent aux travaux agricoles et sont les détenteurs des moyens de production est une façon de produire dont les retours développementaux sont plus importants. Une agriculture contrôlée par des intérêts étrangers, dont l’approche est délocalisée et où le producteur n’est qu’un ouvrier agricole a beaucoup moins de portée développementale à la fois pour les familles agricoles que pour les pays. »

Hugo Beauregard-Langelier, Secrétaire général d’UPA Développement international

Donc, la question n’est pas tant si nous devons nous procurer des produits issus de l’importation, mais plutôt comment et par qui ces aliments sont produits, et à qui profitent les bénéfices. 

Lors du même événement, Érika Salem, Agente de programme pour Montréal Métropole en santé, nous a aussi rappelé l’importance des certifications :

« Plusieurs pays ont une très faible capacité d’application de règles et lois permettant de protéger les agricultrices et agriculteurs ainsi que l’environnement. C’est pourquoi, lorsque l’on choisit d’acheter des produits importés, il est important de rechercher des certifications telles que Équitable, Rainforest Alliance ou encore biologique. Cela permet de nous assurer que ces denrées ont été produites par des travailleurs recevant un salaire leur permettant de subvenir à leurs besoins et dans des conditions sanitaires protégeant leur santé. Les certifications sont un outil parmi d’autres. » 

Érika Salem, Agente de programme pour Montréal Métropole en santé

L’achat de produits importés n’est pas contradictoire avec la notion de souveraineté alimentaire. La souveraineté alimentaire ne veut pas nécessairement dire autarcie, elle signifie plutôt le droit des peuples à définir leur propre politique agricole. Le mérite de la crise actuelle est qu’elle aura forcé la réflexion sur les politiques agricoles et quels en sont les moteurs. Comme le soulignait Stéphane Poirier de l’Iris dans son billet Autonomie alimentaire : Québec devrait envisager la création d’une nouvelle société d’État, « la prémisse voulant que la finalité première de l’agriculture soit de produire, en appliquant les principes du développement durable, des aliments de qualité pour la population québécoise » devrait guider l’élaboration des politiques agricole.

Pourtant, ce que la crise actuelle aura fait ressortir est que l’élaboration de ces politiques semble plutôt être basée sur la marchandisation des aliments, c’est-à-dire être construite sur l’offre : « on va produire ça, on va le transformer, et après on va faire de la publicité pour que les gens l’achètent. » Clairement, la crise nous aura fait voir que nourrir les populations, c’est beaucoup plus que la production agricole mais que cela doit impliquer plusieurs acteurs interdépendants et donc, être adressé par une approche systémique. 

Les solutions 

Si la crise nous aura fait voir les vulnérabilités des systèmes alimentaires, elle aura aussi permis d’entrevoir de nouveaux systèmes alimentaires, plus résilients. On peut voir les communautés se rassembler pour combler les lacunes des systèmes alimentaires. Par exemple Yélémani au Burkina Faso a mis sur pied un service de livraison sur WhatsApp afin d’apporter les paniers de légumes locaux et bio directement à leurs clients. Les jeunes producteurs agroécologiques membres du projet Formagro de SUCO au Pérou ont pour leur part élaboré un catalogue virtuel de leurs yaourts organiques fruités et organisé leurs distribution à domicile en suivant les règles de biosécurité. Ces deux initiatives sont des exemples notoires d’innovations communautaires en temps de pandémie. 

 

 

Les autorités publiques tentent aussi de mettre de l’avant des mesures extraordinaires pour garantir la production et l’approvisionnement de nourriture. Par exemple, le gouvernement Legault a parlé d’un projet d’augmenter la production en serres au Québec et les abonnements aux fermiers de famille auraient explosés depuis les dernières semaines.  

Si ces exemples démontrent à quel point les crises peuvent être des moments transformateurs, il ne faut pas non plus se leurrer et les acteurs du monde agroalimentaire tentent de maintenir le statu quo sous prétexte de répondre à la crise. Par exemple, les entreprises de transformation alimentaire et les entreprises qui vendent de la nourriture (les supermarchés bien sûr, mais aussi d’autres grandes surfaces qui vendent plein de produits, dont de la nourriture) ont pu obtenir des dérogations au confinement maintenant à risque les employés alors que les marchés publics et les jardins communautaires et collectifs ont été fermés. Ces décisions portent en effet à réflexion. 

Pourtant, les solutions viables à cette crise semblent plutôt être la reconstruction des systèmes alimentaires publics. Comme le dit GRAIN, « si une chose positive ressort de cette crise, c’est peut-être l’opportunité de reconquérir et de réaffirmer des systèmes publics dans nos pays, après des décennies de privatisation et de pouvoir envahissant des entreprises. Ces systèmes doivent soutenir et s’appuyer sur les solutions que les communautés locales fournissent déjà. »

 

Par circuit-court, on fait référence à un cycle commercial d’avoir tout au plus un intermédiaire entre le producteur et le consommateur.

 


Renseignements supplémentaires:

Geneviève Talbot
Chargée de programme – Pôle Afrique
Courriel: [email protected]

 


Pour une relance juste après la crise

 

 

 

En mai, SUCO a fait partie de plus de 200 organisations signataires de la déclaration pour une Relance juste. Cette démarche de la société civile a pour but d’interpeller les gouvernements, alors que ceux-ci préparent des plans de relance économique. En somme, six principes sur lesquels se baser pour une relance juste ont été soulevés : 

  1. Donner la priorité à la santé et au bien-être des populations, sans exception
  2. Renforcer le filet social et fournir de l’aide à la population
  3. Donner la priorité aux travailleuses et travailleurs, ainsi qu’à leurs communautés
  4. Renforcer la résilience pour prévenir de futures crises
  5. Renforcer la solidarité et l’équité entre les communautés et les générations au-delà des frontières
  6. Respecter les droits des peuples autochtones et travailler en partenariat avec eux

Alors qu’il est nécessaire de remettre les systèmes en marche suite au ralentissement forcé par la pandémie, il ne faut surtout pas manquer l’occasion d’en tirer des leçons pour mieux avancer. La crise a mis en lumière plusieurs inégalités et vulnérabilités (notre collègue Linda Gagnon signalait l’impact de la COVID-19 chez les femmes dans notre blog), qu’il est primordial de considérer dans les plans de relance, afin que ceux-ci ne nuisent pas à la planète ni aux populations. La déclaration appelle à revoir les systèmes économiques et sociaux au Canada dans l’objectif d’assurer des conditions de vie équitables pour toutes et tous, et répondre à la crise écologique. Elle vise aussi à mieux répondre aux prochaines crises auxquelles nous ferons inévitablement face. 

Ainsi, SUCO et tous les signataires avancent qu’il n’est pas envisageable de retourner au statu quo suite à la pandémie, sachant que les systèmes économiques en place alimentaient une crise écologique, climatique et sociale. Il faudrait envisager plutôt des pistes de solutions viables et inclusives pour faire de cette crise un tremplin vers un monde plus juste, solidaire et durable.

Chez SUCO, nous rassemblons des personnes et des savoirs pour travailler sur des projets de mobilisation citoyenne autour des luttes environnementales et sociales, au Québec et ailleurs, afin d’amorcer une transition écologique. Ces projets soulèvent des réflexions sur les enjeux climatiques et sociaux de l’heure et proposent des pistes d’action pour bâtir ensemble un monde plus juste et durable. Nous reconnaissons l’urgence d’agir face aux inégalités qui sont interconnectées, qu’elles soient d’ordre climatique, social, politique ou économique.

 


Renseignements supplémentaires:

Yasmina Britel
Agente de programme à la mobilisation du public
(514) 272-3019 poste 234
Courriel: [email protected]


L’impact de la COVID-19 sur les économies africaines

 
Face à la menace mondiale d’une pandémie qui ne connaît pas de frontières, notre propre
sécurité sanitaire dépend de celle du monde entier. La coopération internationale doit devenir la priorité dans cette croisade planétaire de la lutte aux épidémies virales.

Au mois de mai 2020, alors que le « déconfinement » se met en branle graduellement un peu partout dans le monde, la pandémie du coronavirus sévit encore sévèrement dans plusieurs pays. Toutefois, jusqu’à maintenant, l’Afrique demeure une des régions du monde parmi les moins touchées. Comment expliquer cette situation alors que l’Afrique est quand même de plus en plus interconnectée avec le reste du monde? Elle possède des liens commerciaux très étroits avec la Chine et l’Europe, les principaux foyers de transmission de la pandémie.

Évidemment, le faible nombre de tests effectués et le manque de données épidémiologiques faussent probablement le bilan, le nombre de cas étant sans doute sous-estimé. On peut aussi considérer que l’épidémie a gagné l’Afrique quelques semaines après l’Europe, ce qui a permis à ses dirigeants d’adopter des mesures préventives efficaces en amont.

Malgré une croissance démographique exponentielle, la densité de la population en Afrique est encore moindre que celle du Sud-Est asiatique et la pyramide des âges y est beaucoup plus jeune que dans les pays du Nord. De plus, selon certains experts, les traitements prophylactiques pour la malaria, très répandus en Afrique, offrent peut-être un effet protecteur contre le coronavirus, bien que la science est loin d’être unanime à ce sujet.

Les inévitables préjugés

Cependant, l’Afrique n’est peut-être pas une pauvre victime sans défense de la pandémie. Selon des penseurs comme Felwine Sarr, économiste et écrivain qui met son expertise au service du plan de résilience économique et sociale du gouvernement sénégalais, si les prédictions des instances internationales sont si alarmistes pour le continent africain, c’est sans doute une preuve de la persistance de l’afro-pessimisme.

Des intellectuels africains considèrent que les représentations négatives sur l’Afrique sont tellement ancrées dans l’image que nous avons du continent qu’elles masquent souvent sa réalité et ses ressources dont sa population active, mobilisable et créative et les réseaux de professionnels formés qui y sont établis ou qui font partie d’une diaspora connectée au continent, comme le suggère cet article.

Le virus ou la faim

Nonobstant, le nombre de cas augmente irrémédiablement en Afrique et la propagation du virus fait craindre le pire. Au plan économique, le continent risque tout de même de subir des conséquences dommageables de cette pandémie. Selon la Commission économique des Nations Unies pour l’Afrique, la croissance économique du continent sera assurément affectée. Les impacts négatifs de la crise sanitaire se feront sentir à court et à long terme sur les économies africaines qui étaient déjà fragilisées par la chute marquée des prix des matières premières.

De plus, Oxfam prévoit que la hausse des coûts des denrées alimentaires et les aléas des changements climatiques qui affectent la production agricole pourraient amener 50 millions de personnes à souffrir de la faim en Afrique de l’Ouest.

La faiblesse des infrastructures de santé dans la majorité des pays africains représente également un risque évident, sans compter que le confinement des populations est un défi difficile à relever pour les plus pauvres. Les gouvernements n’ont pas les ressources fiscales pour leur offrir des programmes de soutien et dans les mégapoles africaines, la majorité des citadins vivent de l’économie informelle. Chaque jour, ils doivent sortir de leur domicile pour gagner ce qui leur permettra de survivre jusqu’au lendemain. Dans ces conditions, un confinement strict équivaut à une condamnation à la famine. Cependant, cette pandémie pourrait être l’occasion de repenser le développement de l’Afrique.

Et demain, le renouveau

À l’heure où nous écrivons ces lignes, personne ne peut prédire précisément ce que seront les conséquences de la propagation du virus sur le continent africain ainsi que ses effets potentiels au plan sanitaire et socioéconomique. On ne peut pas nier l’important risque qui découle de la possible contamination massive de la population africaine. Il existe toutefois sur ce continent de nombreuses personnes éclairées, capables de prendre des décisions efficaces qui pourraient éviter des dérapages majeurs.

Les Africain·es ont développé des savoir-faire dont d’autres pays pourraient s’inspirer, et cette crise sanitaire offre une occasion de soutenir des politiques de développement élaborées selon les perspectives africaines. Tout comme Felwine Sarr, des intellectuels comme le Camerounais Achille Mbembe et l’écrivain nigérian et Prix Nobel Wole Soyinka réclament que les gouvernements africains apportent une réponse fondamentale, puissante et durable à la menace réelle de la COVID-19, menace qui ne doit être ni exagérée ni minimisée, mais prise en compte de manière rationnelle. Les investissements prioritaires devraient être portés sur les systèmes de santé bien sûr, mais aussi sur le renforcement et la diversification des économies.

Selon Esther Duflo, Prix Nobel d’économie en 2019, la COVID 19 est certes une crise pour les pays en développement, mais avec la contribution d’une coopération internationale renouvelée avec les pays du Nord comme le Canada, cette pandémie n’a pas nécessairement à devenir une catastrophe.

Crédit photo: Djigui Soumare

 


Renseignements supplémentaires:

Roch Harvey
Chargé de programme – développement des affaires
(514) 272-3019 poste 233
Courriel : [email protected]


Les Retrouvailles annuelles de SUCO en mode virtuel!

 

 

 

Cette année, les Retrouvailles annuelles de SUCO se dérouleront virtuellement du 8 au 11  juin prochain en direct de notre page Facebook. Afin de souligner les 59 ans d’existence de SUCO et surtout l’implication et le travail incroyable des acteurs et actrices de changement qui forgment la #SUCOmmunauté, l’équipe vous a concocté une série d’activités en ligne gratuites qui met en lumière qui sont ces personnes qui travaillent avec nous, autant au Québec qu’à l’international. 

Que ce soit nos volontaires qui travaillent de près avec les populations que l’on accompagne sur nos différents terrains à l’international, nos partenaires qui proviennent d’Haïti, du Pérou, du Nicaragua, du Honduras en passant par le Sénégal et le Burkina Faso ou même ceux avec lesquels sont organisées des activités mobilisatrices au Québec et au Canada, venez en apprendre plus sur la #SUCOmmunauté!

Ne manquez surtout pas, dès le 8 juin, 18h, en direct de notre page Facebook, notre événement de lancement festif et interactif qui vous donnera un bon aperçu de la programmation de la semaine. Chaque journée devrait comprendre dans sa programmation une série d’activités virtuelles sur qui sont plus concrètement ces acteurs et actrices de changement. 

PROGRAMMATION

 

Soirée de lancement virtuelle des Retrouvailles 

Lundi 8 juin, 18h  À 19h, en direct de la page Facebook de SUCO

Réservez votre 8 juin pour la soirée de lancement festive des retrouvailles de SUCO! De 18h à 19h, découvrez-en plus sur cet événement phare de la #SUCOmmunauté. De nombreuses surprises vous attendent! Répondez dès maintenant en un ou deux mots  à la question « Ça veut dire quoi le changement pour vous? ». Nous diffuserons les résultats en ligne lors de l’événement. Alors restez à l’affût et rejoignez-nous sur le live Facebook de 18h à 19h, lundi 8 juin!

 

Notre action au Québec : Des acteurs et actrices de changement au coeur de nos projets!

Mardi 9 juin

Venez à la rencontre de 4 acteurs et actrices de changement au Québec qui travaillent de près sur les différents projets de SUCO! Ces 2 webinaires interactifs seront animés par notre agente de mobilisation du public, Yasmina Britel.

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Dîner-causerie : La culture comme vecteur de mobilisation, une formule gagnante pour SUCO!

12 h à 13 h, en direct de la page Facebook de SUCO

Invités·es : 

Marie-Luce Gervais et Joumana El-Khoury, animatrices d’ateliers participatifs dans les écoles pour SUCO

Francis Brassard-Lecours, co coordonateur du festival Ciné Vert, initié par SUCO et Funambules Médias

 

Carburer à l’implication : Qu’est-ce que ça donne?

17h à 18h, en direct de la page Facebook de SUCO

Invités·es : 

Sophie Bourdon, ancienne volontaire et actuelle mentore auprès de stagiaires pour SUCO

Dalia Congo Kabore, membre du Conseil d’administration de SUCO

 

Notre action à l’international :  Changeons le monde un geste à la fois 

Mercredi 10 juin et jeudi 11 juin 

Venez échanger avec des partenaires et des volontaires de SUCO à l’international!

Ces rencontres vous permettront de faire connaissance avec ces acteurs et actrices de changement, de comprendre et apprécier leur travail, leurs histoires, leurs défis mais aussi leurs succès. 

 

Du cimetière de plastique à la GreenTeam: des actions pour mettre en oeuvre une réelle vision écologique!

Mercredi 10 juin, 11h à 12h, en direct de la page Facebook de SUCO

Invité :

Djibril Niang,  Directeur de Jeunes Volontaires pour l’Environnement (JVE) Sénégal 

Animé par Geneviève Talbot, qui est notre chargée de programmes Pôle Afrique, ce webinaire vous permettra d’échanger avec Djibril sur la jeune histoire de JVE-Sénégal, sur son impact positif dans les communautés où l’organisation intervient et sur le rôle des volontaires sénégalais et de SUCO dans cette organisation. 

 

Changer le monde un fromage à la fois! 

Mercredi 10 juin, 15h à 16h, en direct de la page Facebook de SUCO

Invité :

Pedro Estrada,  spécialiste en développement rural et coordonateur du projet Formagro.

Emilie Lemieux, directrice de notre programme Formagro au Pérou, animera cette rencontre (en espagnol) avec Pedro Estrada de l’organisation ALLPA.

ALLPA est une organisation locale de la région d’Ancash qui travaille au développement durable et équitable des familles rurales, en particulier des familles andines qui se retrouvent en conditions d’exclusion, en renforçant leurs capacités sociales, productives et organisationnelles. Découvrez comment cette organisation, partenaire de longue date de SUCO, est un moteur de changement dans les communautés où elle intervient, grâce au fromage et à  la marque «la ruta del queso». 

Un engagement sans frontières : série de balados

Jeudi 11 juin, 12h à 13h, en direct de la page Facebook de SUCO

Venez rencontrer les acteurs·trices changement qui ont contribué à la série de balados: Un engagement sans frontières. Nos volontaires répondront à vos questions en direct de notre page Facebook. Écoutez la série (disponible à partir du lundi 8 juin) et découvrez leur témoignage sur une expérience unique et sans frontières!  Maintenant de retour au Canada, que retiennent ces personnes de leur expérience et comment perçoivent-elles leur engagement à agir pour un monde plus juste, viable et solidaire? 

 

C’est un rendez-vous!

 


 

Renseignements supplémentaires:

Yasmina Britel
Agente de programme à la mobilisation du public
(514) 272-3019 poste 234
Courriel: [email protected]