Une discussion sur les défis de l’agriculture familiale au Pérou

 

 

Jésus Javier Espinoza, agriculteur et protagoniste dans le documentaire «La voix de l’agriculture familiale». Crédit photo : Marcial Vargas

 

Suite à la projection virtuelle du documentaire La voix de l’agriculture familiale, l’équipe de SUCO au Pérou a organisé un webinaire sur l’agriculture familiale et le développement durable. Comme le documentaire présente l’histoire de six jeunes des Andes péruviennes qui ont lancé des projets d’entrepreneuriat en agriculture durable innovants et écologiques,  la discussion du 24 juin dernier était une occasion d’approfondir et d’ajouter un complément aux thématiques traitées dans le film. Afin d’aborder les enjeux propres aux familles agricultrices et pour répondre aux questions du public, le webinaire a rassemblé plusieurs intervenants et intervenantes du domaine :

  • Jésus Javier Espinoza, agriculteur et protagoniste dans le documentaire ;
  • Marco Artega Romani, agriculteur et entrepreneur ;
  • Luis Gomero Osorio, ingénieur-agronome, professeur d’agriculture biologique, conférencier sur les questions environnementales et d’agroécologie au niveau national et international, agriculteur, et coordonateur du Réseau d’Action en Agriculture Alternative (Red de Acción en Agricultura Alternativa)  ;
  • Paloma Duarte, entrepreneure, directrice de Misha Rastrera, une startup dédiée à la production et à la commercialisation de produits écologiques,  et directrice d’un marché écologique et d’un magasin écologique.

 

Nous souhaitons vous partager quelques réflexions intéressantes qui ont émergé de cet événement en ligne, et qui en disent un peu plus sur la réalité actuelle de l’agriculture familiale au Pérou.

 

Adaptation au contexte de pandémie

 

Le coronavirus et les mesures pour en prévenir la propagation ont entraîné des défis pour les agriculteurs et agricultrices, comme des problèmes de transport et d’approvisionnement. L’entrepreneure Paloma Duarte a mentionné que son entreprise avait été paralysée par la situation. Jésus Javier Espinoza, pour sa part, a partagé avoir souffert d’une perte de capital de 5%, qu’il prendra au moins une année à récupérer. Toutefois, tous et toutes s’entendent pour dire que la situation a sensibilisé les consommateurs et consommatrices à l’alimentation saine et locale, ce qui a créé une opportunité pour le secteur de l’agroécologie. Les solutions mises en places telles que la livraison de paniers à domicile permettent de poursuivre la vente. Par contre, le processus d’adaptation dans le contexte de pandémie est généralement coûteux pour les producteurs et productrices. Ainsi, le support des gouvernements locaux est essentiel pour appuyer l’agriculture familiale à se relever de cette crise, a avancé Paloma.

 

Pratiques, technologies et savoirs ancestraux

 

Pendant la discussion, l’ingénieur-agronome Luis Gomero Osorio a mentionné que les péruviens et péruviennes sont moins proches de la réalité rurale, ce qui fait en sorte qu’un grand potentiel de production demeure inutilisé. Il mentionne comme exemple les terrasses agricoles, pratique ancestrale qui est souvent délaissée en faveur de la technologie conventionnelle. D’autre part, la demande de produits peu coûteux mais tout de même présentables pousse les producteurs et productrices à utiliser des produits chimiques. Ainsi, pour arriver à des méthodes de production agroécologies, il est nécessaire que les consommatrices et consommateurs changent leur perception de la qualité des produits. De plus, afin d’être en mesure d’utiliser des pratiques ancestrales moins nuisibles pour l’environnement, il faut s’assurer que les personnes qui achètent des produits agroécologiques au marché soient prêtes à en payer le juste prix. 

Pour assurer la durabilité et une gestion efficace des ressources, Luis a souligné l’importance du développement du savoir-faire, entre autres par le travail de formation qu’effectue FORMAGRO , un projet que nous mettons en oeuvre avec nos partenaires ALLPA et IDMA.

 

Consommation locale

 

À la question concernant l’accès aux produits locaux pour les habitants et habitantes en régions éloignées des villes, Paloma a répondu avoir rencontré  du succès avec les espaces de commercialisation de produits agroécologiques à l’extérieur de Lima. Elle indique qu’il existe des expériences importantes de ce type d’organisation : coopératives, associations et réseaux qui doivent être mis de l’avant. Selon elle, les entrepreneurs·es ont intérêt à continuer à mettre en oeuvre des initiatives pour développer davantage le mouvement agroécologique. À ce propos, elle considère que la jeunesse occupe un rôle fondamental.

 

Vous pouvez lire l’intégralité du résumé du webinaire LA VOIX DE L’AGRICULTURE FAMILIALE: les défis de l’agriculture familiale vers le développement durable, en cliquant ici. Pour le visionner (en espagnol), cliquez ici.

 

Chez SUCO, l’approche de l’agroécologie et de l’agriculture familiale est au centre de nos interventions pour des systèmes alimentaires plus viables et une meilleure résilience aux changements climatiques. Vous pouvez passer à l’action et encourager nos actions au Pérou en cliquant ici.


Renseignements supplémentaires

 

Émilie Lemieux

Représentante SUCO au Pérou

Directrice du projet FORMAGRO

51 01-299-0344

Skype : sucoemilie

formagro.org


Journée internationale des coopératives

 

 

Marina Isabel Rugama, membre de la coopérative 10 de mayo au Nicaragua.

 

La Journée internationale des coopératives est une célébration annuelle du mouvement coopératif qui a lieu le premier samedi de juillet depuis 1923.

Divers types de coopératives ont vu le jour au cours des décennies, ici au Québec et dans le monde. Au Québec, on peut penser aux coopératives d’habitation, toujours bien présentes, et aux coopératives alimentaire, de travail, de production, agricole, d’épargne et crédit (pensons au Mouvement Desjardins).

SUCO accompagne les populations et les associations à mettre en place le modèle associatif qui leur convient le mieux, les coopératives en font partie, pour se donner les conditions nécessaires à l’essor économique de leur communauté. 

Au Pérou à travers le projet FORMAGRO, nous travaillons en étroite collaboration avec deux partenaires locaux, ALLPA et IDMA, pour favoriser l’émergence de coopératives de production, particulièrement de kiwicha (terme local pour désigner ce que l’on connait ici comme l’amarante) et quinoa.

SUCO appuie le mouvement coopératif au Nicaragua et plus particulièrement les coopératives d’épargne/crédit, souvent la seule opportunité pour les populations rurales d’accéder au crédit, les banques et autres institutions privées de crédit pratiquant des taux beaucoup trop élevés et demandant des garanties inaccessibles pour les producteurs, productrices et commerçantes. 

 

Une coopérative exemplaire au cœur du Nicaragua

Une des coopératives que nous appuyons depuis 1998 est la coopérative d’épargne/crédit  10 de mayo, qui a vu le jour en 1995. C’est dire que nous accompagnons son développement depuis pratiquement ses débuts. 

La Cooperativa de ahorro y credito (CAC) 10 de mayo est donc née un 10 mai (d’où son nom), avec 302 membres, dont seulement 16 % étaient des femmes. En général, les « chefs de famille » devenaient membres et il n’y avait pas un travail de sensibilisation pour accueillir les femmes. Mais l’évolution de la société et celle de la coopérative ayant fait son œuvre, à ce jour la coopérative regroupe 868 membres dont 44% sont des femmes.  La coopérative opère dans plus de 11 municipalités regroupant 45 villages de deux départements du nord du pays, Madriz et Esteli. 

Leur capital au départ était d’environ 145,000$. Maintenant, les membres possèdent collectivement un portefeuille d’épargne de près de 300,000$, en plus de 750,000$      disponible pour le crédit. Cela démontre qu’elle a su gagner la confiance tant de ses membres que des bailleurs de fonds qui lui confie des fonds. La coopérative offre des services divers à ses membres en plus des services financiers habituels, ce qui la distingue des autres coopératives d’épargne/crédit. Par exemple, elle commercialise directement des céréales de base et du café qu’elle se procure à un prix juste pour les producteurs et productrices, appuie la mise sur pied de magasins ruraux, offre des services de formation et assistance technique, réalise des diagnostics et plans de fermes, certifie et vend des semences locales à meilleur prix, etc.

 

Des actions pour l’égalité entre les femmes et les hommes

Depuis le début des années 2000, la coopérative a débuté une réflexion sur les enjeux d’égalité entre les femmes et les hommes et les obstacles à leur pleine et entière participation à la vie de la coopérative. Toutes ces réflexions se sont soldées par trois grandes actions :  

  • l’élaboration (avec l’appui de SUCO) d’une politique institutionnelle en égalité entre les femmes et les hommes (2012) ; 
  • la promotion soutenue de leur incorporation comme membres à part entière de la coopérative et favoriser leur présence au sein du conseil d’administration (44% des membres sont des femmes et le CA est composé de 40% de femmes) ;
  • l’ajustement de leur politique de crédit (également avec l’accompagnement de SUCO) pour rendre plus accessibles les prêts aux femmes (elles reçoivent actuellement 34% de la valeur du portefeuille de crédit, ce qui n’est pas encore la parité mais s’en approche).

Nous ne pouvons que rappeler en cette journée des coopératives quelques unes des valeurs qui la guident: La responsabilité, l’engagement, la transparence, l’égalité et l’équité, la solidarité.

Saluons le travail exemplaire de ces coopératives qui font de notre monde un monde plus juste, viable et solidaire et surtout souhaitons leur longue vie. 

 

De gauche à droite : Hilda Olivas, Armando José Canizales et Nerys Rodriguez de la coopérative 10 de mayo.

 

 

Crédit photos : CC-LAB


Renseignements supplémentaires:

Linda Gagnon
Chargée de programme – Pôle Amériques
(514) 272-3019 poste 228
Courriel: lindagagnon@suco.org


Changer le monde, un fromage à la fois! Une discussion virtuelle des Retrouvailles

 

 

Voici un résumé d’un entretien en direct sur notre page Facebook qui s’est déroulé dans le cadre des Retrouvailles annuelles de SUCO le 10 juin à 15h00, avec Pedro Estrada, spécialiste en développement rural, cofondateur de l’ONG ALLPA, partenaire de SUCO au Pérou. Pedro est aussi coordonnateur du projet Formagro dans la région de Ancash, exécuté avec SUCO. ALLPA est une organisation qui travaille au développement durable et équitable des familles rurales, et plus particulièrement des familles andines qui se retrouvent en conditions d’exclusion, en renforçant leurs capacités sociales, productives et organisationnelles. 

 

Officiellement constituée en 2010, ALLPA est le fruit d’un processus de création collective, impliquant plusieurs collaborateurs et partenaires, en plus de volontaires, toujours basé sur l’identité culturelle de la région et de sa population. L’organisation fut ainsi créée d’un désir que portaient les intervenantes et intervenants locaux, qui voulaient contribuer à améliorer les conditions de vie précaires des familles agricoles de leur région, dû au manque d’opportunités. ALLPA intervient auprès des familles andines de la région de Ancash, une région au Nord de Lima, située entre 2 000 et 4 000 mètres au-dessus du niveau de la mer, où la population est autochtone quechua.

Ainsi s’est entamé avec SUCO un échange afin de trouver la façon de générer un capital social dans la région, de pouvoir collaborer avec les institutions locales, publiques et de coopération, afin de pouvoir offrir d’avantage d’opportunités aux familles. Le projet FORMAGRO, qu’ALLPA exécute avec SUCO depuis 2015, est le plus grand projet de l’organisation et même un des plus important à être exécuté actuellement au Pérou.

Un développement local résilient aux changements climatiques

La nature montagneuse de la région rend l’écosystème très fragile, de par ses conditions météorologiques extrêmes dues à son altitude. Le niveau de scolarisation y est très bas, surtout chez la population adulte. La majorité des familles y pratiquent une agriculture de subsistance, qui parfois ne produit même pas suffisamment pour nourrir toute la famille. ALLPA intervient directement auprès de ces familles, souvent exclues des processus de développement économiques conventionnels.  

Par le développement local, ALLPA souhaite générer un changement socio-économique, auprès des populations agricultrices de la région, dans un esprit de protection et de préservation de l’environnement, et de développement durable. Les familles ciblées par le projet ont accès à de très petites parcelles, qu’elles cultivent à partir de leurs savoirs et connaissances traditionnelles et ancestrales. Ces petits agriculteurs et petites agricultrices commercialisent localement leurs produits, et leur production n’est pas destinée à l’exportation. L’agriculture durable pour eux et elles est l’ unique façon de cultiver, et c’est en se basant sur des pratiques agro écologiques que ALLPA intervient. L’organisation, à travers son travail collaboratif avec les familles, valorise les connaissances et techniques agricoles traditionnelles, et vient les bonifier et parfois techniciser, dans le but de les rendre plus productives et plus viables. 

L’adaptation et la résilience aux changements climatiques demeure un défi important pour les familles de la région. Le projet Formagro travaille avec elles, afin d’améliorer et diversifier les pratiques et que leurs cultures en soient ainsi moins affectées et plus résilientes.  Enfin, sur la question des changements climatiques, malgré que les effets négatifs soient fort importants, l’organisation s’assure d’y voir des opportunités. Par exemple, l’augmentation et la perturbation de la pluviométrie affecte énormément les cultures. Cependant, l’augmentation des températures a permis de développer la culture de fraises, ce qui ne s’était jamais vu à cette altitude. Il faut ainsi transformer les perturbations en opportunités. 

Le changement sous forme de fromage

Il y a quelques années, ALLPA s’est donné un grand défi : celui de développer, produire, et positionner sur les marchés le fromage de la région de Huari. S’en est alors suivi un processus d’accompagnement et formation auprès des femmes, afin qu’elles puissent produire un fromage à partir du lait de leurs vaches. C’est un processus qui a demandé un accompagnement personnalisé avec chaque productrice, en quechua et dans leur propre cuisine. Cela a pris des années, mais ALLPA a ainsi atteint son objectif : développer un fromage de qualité, produit par des femmes de la communauté. Cela a créé tout un changement au niveau de la dynamique sociale. Les femmes ont commencé à développer un produit avec valeur ajoutée et à le vendre, ce qui leur a donné un pouvoir économique qu’elles n’avaient pas auparavant : plusieurs d’entre elles n’avaient même jamais manipulé d’argent.  La marque Jallga Queso (fromage des montagnes, en quechua) a ensuite été créée, ce qui a permis de mieux positionner le produit. Le fromage est offert dans des foires alimentaires et festivals, où il se vend très bien. Aussi, derrière l’idée de vendre un produit se trouve celle de mettre en valeur le travail des productrices tout en faisant découvrir leur identité culturelle et savoirs ancestraux. D’ailleurs, Formagro travaille maintenant avec la seconde génération de fromagères, les filles des productrices, qui parlent espagnol et maitrisent les médias sociaux. Elles apportent un nouveau dynamisme à la commercialisation du produit. 

De plus, le produit a permis la création de la route du fromage, un circuit de découverte, permettant de visiter les familles productrices et ainsi observer le processus de production, participer à des dégustations et connaître la richesse culturelle de la région.  

Un travail de proximité

L’un des plus grands facteurs de réussite du travail d’ALLPA et du projet Formagro est de valoriser l’identité des populations. En effet, le fait de miser sur l’identité culturelle et la langue locale, en s’assurant que les personnes intervenantes aient cette sensibilité pour travailler en proximité permet d’atteindre les résultats attendus. D’ailleurs, la façon de travailler de SUCO pour favoriser une intervention de proximité basée sur une constante analyse des problématiques du terrain transparait énormément dans la philosophie de ALLPA. 

Enfin, l’intervention auprès de toute la cellule familiale est une formule gagnante pour le projet et pour ALLPA. En effet, le fait d’améliorer les activités productives pour les femmes – l’accès aux ressources économiques, positionnement sur les marchés, etc. – est bénéfique pour toute la famille. De plus, il est important pour Formagro que les femmes ne soient pas seulement inclues dans les espaces de décision mais qu’elles aient réellement une place dans la communauté, que leur voix soient entendues. 

Cliquez ici pour visionner l’entretien en espagnol, animé par Émilie Lemieux, représentante SUCO et directrice du programme Formagro au Pérou.

 


Renseignements supplémentaires:

Émilie Lemieux
Directrice – Formagro
Representante SUCO au Pérou
Courriel: emilielemieux@suco.org

 


Soutenir les acteurs et actrices de changement dans leur adaptation à la COVID-19

 

 

Photo : Carlos Ly

 

Depuis le mois de mai, et cela chaque semaine, nous vous partageons l’histoire d’un acteur ou d’une actrice de changement dans son adaptation à la COVID-19 sur notre page Facebook.

Cette crise l’aura démontré, ce sont des personnes inspirantes et capables d’une grande résilience. Ci-dessous vous trouverez donc les histoires de Blandine Sankara au Burkina Faso, Lilianie Dor en Haïti, Niel Natividad Laveriano au Pérou, Daysi Yactayo Chalso au Pérou, Lucis Dorlus en Haïti, Ambroise Assigname au Bénin et Nuri Maguiña Ropon au Pérou.

SUCO mobilise des gens, des savoirs et des ressources pour bâtir des systèmes alimentaires viables et renforcer la résilience climatique, en s’assurant que la réalité des femmes est prise en compte et qu’elles participent aux décisions. Faire un don à SUCO vous permet donc de participer à cette mission et cet objectif de construire un monde plus solidaire, plus équitable et plus durable.

 

Blandine Sankara

Blandine Sankara est actrice de changement au Burkina Faso. Blandine est sociologue et coordonnatrice chez Yélémani, partenaire de SUCO au Burkina Faso qui agit dans la promotion de la souveraineté alimentaire. Elle nous partage l’impact de la COVID-19 sur sa vie et ses activités.

« Depuis près de 2 mois, certaines activités comme le projet d’éducation que nous menions avec les élèves au lycée, le marché de dimanche des légumes bio à Ouaga, l’organisation d’événements avec les visites guidées et buffet à Loumbila, sont suspendus. Ces suspensions portent préjudice à Yélémani qui aura du mal à faire face à ses dépenses.

» Cependant, étant moins sollicitée, je peux me concentrer sur l’essentiel. Ça me permet de chercher à mieux connaître nos clients, leurs besoins et suggestions pour mieux organiser nos offres en produits alimentaires. Avec la limitation des mouvements et la fermeture des marchés, nous avons par exemple pensé rapidement à diversifier nos offres. C’est ainsi qu’en plus des légumes bio et des jus locaux, nous avons rajouté d’autres produits alimentaires sur notre liste de produits.

» De plus, Yélémani soutient que l’importance de l’écologie et de la souveraineté alimentaire qu’elle prône est aujourd’hui flagrante, d’actualité et le sera bien plus demain. Avec la survenue de la pandémie, la demande en produits sains s’est vue explosée. »

Lilianie Dor

Lilianie Dor est actrice de changement et participante à notre projet PROMAVI avec notre partenaire ASPVEFS en Haïti. Lilianie est agricultrice et commerçante à La Ferme le blanc, une localité située au sud d’Haïti. Elle nous partage l’impact de la COVID-19 sur sa vie et ses activités.

« J’ai peur et je me sens limité, on ne peut pas aller où l’on veut. J’ai une fille avec un appareil dans sa tête. À n’importe quel moment, je pourrais me trouver dans l’obligation de me rendre à Port-au-Prince (capital Haïti) avec elle pour trouver des services hospitaliers que son cas nécessite.

» Depuis 1 mois, je reste à la maison. Je ne vais pas au marché, ni pour vendre, ni pour acheter. Cela réduit considérablement mon pouvoir d’achat.

» Heureusement cela va bien pour le projet PROMAVI, j’en profite pour dire merci à SUCO et ASPVEFS pour les outils et les semences que j’ai reçu. Je souhaite que d’autres personnes dans la communauté, qui se sont inscrit comme moi, bénéficient de quelque-chose aussi. »

Niel Natividad Laveriano

Niel Natividad Laveriano (à droite sur la photo) est acteur de changement au Pérou. Niel est co-fondateur de l’entreprise andine de transformation des grains « Quiwi Punch » et bénéficiaire de l’appui de notre projet FORMAGRO au Pérou. Il nous partage l’impact de la COVID-19 sur sa vie et ses activités. Niel craint non seulement d’avoir subi des dommages physiques à sa matière première, mais également des pertes économiques. Il lui a été très difficile de préparer ses produits en raison de la faible disponibilité de ses intrants tels que le sucre ou le kiwicha (céréale andine) ou en raison de l’augmentation excessive des prix au cours de cette période de la pandémie de COVID-19.

« Actuellement, nous nous sommes coordonnés avec nos fournisseurs pour l’acquisition de nos intrants en petites quantités, en prenant toutes les précautions, tant avec les personnes étant sur le terrain qu’avec les fournisseurs; et en faisant attention de respecter les pratiques d’hygiène nécessaires. À l’avenir, nous espérons avoir un petit prêt qui nous aidera à stabiliser l’entreprise. Nous voulons également continuer à participer au salon du voyage afin de générer des revenus économiques. »

Daysi Yactayo Chalso

Daysi (troisième personne à droite sur la photo) est actrice de changement et participante à notre projet FORMAGRO au Pérou. Daysi a 36 ans et habite dans la province de Cañete au Pérou. Elle travaille dans l’entreprise familiale appelée “Valle Escondido” avec ses frères, parents et enfants.
« Les mesures prises au niveau national ont conduit la Foire Agroécologique de Lunahuan, notre principal espace commercial, à suspendre toutes ses activités.
» Les premiers jours, nous ne savions pas quoi faire et nos ressources financières s’épuisaient. Alors que l’état d’urgence se prolongeait, nous avons décidé de reprendre la production, en particulier de yaourts fruités, qui sont de plus en plus demandés dans la région.
» La famille a appris à s’adapter aux conditions actuelles et à profiter des outils numériques. Nous ne savons pas ce que l’avenir nous réserve, mais nous savons que nous ne resterons pas les bras croisés.»

 

Lucie Dorlus

Lucie est actrice de changement et participante à notre projet PROMAVI avec notre partenaire ASPVEFS en Haïti. Lucie est agricultrice et commerçante à Madan Paul, une localité située dans la commune de Camp Perrin. Elle nous partage l’impact de la COVID-19 sur sa vie et ses activités.
« Tout en prenant des précautions, je continue d’aller au marché, mais avec une fréquence réduite et je passe moins de temps dans les rassemblements aux marchés. Cela me permet de passer plus de temps au champ.
» Au niveau de la vente de mes produits agricoles aux marchés, il y a moins de clients et clientes, et les gens s’empressent pour acheter. En conséquence, il reste toujours une partie que je n’arrive pas à écouler ou que j’écoule à crédit.
» Cependant, le projet PROMAVI a continué de nous donner beaucoup de travail pendant cette période ce qui est positif! J’aimerais que l’on puisse trouver un endroit précis ou une institution qui pourrait acheter nos productions pour nous éviter d’aller dans les rassemblements au marché. Je suis fière d’être agricultrice, parce que l’agriculture c’est la base et elle nous donne à manger. Je la considère comme une « pièce maîtresse » du pays. »

 

Ambroise Assigname

Ambroise est acteur de changement et bénéficiaire de l’appui de notre partenaire ALDIPE au Bénin. Ambroise est producteur de maïs à Yokon au Bénin depuis vingt ans et exerce ce métier pour parvenir aux besoins de sa famille et ceux de la population. Il nous partage l’impact de la COVID-19 sur sa vie et ses activités.
« Depuis l’apparition du COVID-19 le gouvernement de mon pays a pris des mesures préventives dont la mise en place du cordon sanitaire et la limitation des déplacements afin d’éviter la propagation de ce virus. Ceci a eu un impact important sur nos activités, notamment sur le prix de tous les produits de première nécessité et la mévente.
» En ma qualité de producteur, je stocke et conserve mes produits agricoles afin de les mettre sur nos différents marchés en période de soudure. L’obstacle le plus important dans l’exercice de mon métier est la rareté des pluies qui modifie le calendrier agricole. Mais en revanche à la fin des grandes campagnes agricoles, j’obtiens de bon rendement et le sourire revient aux lèvres grâce à l’appui technique des agents vulgarisateurs de l’ONG-ALDIPE.
» Nous ne savons pas ce que cette année nous donnera avec l’interdiction des réunions de formation mais nous gardons l’espoir. »

 

Nuri Maguiña Ropon

Nuri est actrice de changement participante à notre projet FORMAGRO au Pérou. Nuri est spécialiste en développement commercial chez Formagro à Ancash. Elle nous partage l’impact de la COVID-19 sur sa vie et ses activités.
« L’arrivée de cette crise sanitaire a été surprenante. Cela a complètement paralysé nos activités sur le terrain et nous a obligés à innover notre stratégie de soutien technique, qui est l’une des principales activités d’échange avec les familles participant à FORMAGRO à Ancash.
» Nous nous sommes tournés vers les accompagnements virtuels avec les appels téléphoniques et l’utilisation de l’application WhatsApp. Bien que ce ne soit pas la même chose que l’accompagnement en face à face, nous essayons de ne pas nous déconnecter des situations que traversent les entreprises familiales et collectives et nous proposons des solutions pour les aider à la fois dans leur production, leur transformation et leur commercialisation.
Beaucoup d’entrepreneurs décapitalisent en raison du manque de marchés ou de l’autoconsommation. Cela génère de l’impuissance, sans pouvoir faire grand-chose dans l’articulation commerciale, puisque les marchés ne fonctionnent pas comme avant la COVID-19. »

 

SUCO accompagne des personnes comme Daysa, Lucie, Ambroise et Nuri pour renforcer leurs capacités d’action et celle de leur collectivité en vue d’améliorer leurs conditions sociales, économiques et environnementales. Pour soutenir des acteurs et actrices de changement comme eux, vous pouvez faire un don à ce lien.

 


Renseignements supplémentaires

Émilie Thierry
Chargée de projet, collecte de fonds
emiliethierry@suco.org

 


Les jeunes en faveur d’une agriculture familiale

 

 

Daivyd Yactayo, de Valle Escondido, une jeune entreprise qui vend des nectars et yogourts de fruits
agroécologiques au marché de Lunahuan, en plus de répartir à domicile. Crédit photo: Carlos Ly

 

L’agriculture familiale est la forme prédominante de production agricole dans le monde (FAO, 2014). Elle s’adapte à toutes les conditions géographiques et climatiques et elle tient un rôle important dans la gestion des ressources naturelles, la préservation du patrimoine culturel et la sécurité alimentaire. Plus de 83% des travailleurs et travailleuses agricoles du Pérou (3 millions) pratiquent ce type d’agriculture.

En plus des multiples défis auxquels sont confrontés les producteurs et productrices qui réalisent une agriculture à petite échelle, la pandémie de la COVID-19 a provoqué la fermeture des marchés et l’arrêt du commerce entre les villes et les régions. Les mesures de distanciation sociale et de protection qui accompagnent le processus de réactivation économique nous amènent à repenser les modes de production et de commercialisation. Pour prioriser la santé publique, il faut aussi prioriser l’environnement. Ainsi, une transition vers des systèmes de production agroécologique devient nécessaire, non seulement pour protéger l’environnement et les écosystèmes, mais aussi pour prévenir la propagation de nouvelles maladies infectieuses.

Dans le contexte actuel, plus que jamais, l’agroécologie émerge comme un processus intégral qui enracine les bases pour une transition écologique des systèmes alimentaires, et où l’agriculture familiale joue un rôle fondamental. Les marchés agroécologiques et les points de vente bios sont des espaces qui instaurent une relation entre les personnes qui produisent et celles qui consomment des aliments sains et locaux, en faveur d’une résilience socio-écologique.

 

Ronaldo Macazana cultive de jeunes légumes avec son entreprise «Huerto agroecológico doña Barry».
Crédit photo: Carlos Ly

 

De jeunes producteurs et productrices qui innovent en milieu rural

Au Pérou, 2211 jeunes (1228 femmes et 983 hommes) diplômés en agriculture, élevage, et gestion d’entreprises agricoles, produisent en combinant savoirs ancestraux et techniques modernes, selon une approche agroécologique. Ils et elles ont acquis ces compétences grâce aux modules de formation technique développés par SUCO et ses partenaires ALLPA et IDMA dans le cadre du projet FORMAGRO. Les entreprises innovatrices de 46 entrepreneurs (femmes et hommes) ont été récompensées durant les 4 éditions du Fonds Wiñay (« grandir » en quechua). Il s’agit d’un concours de financement dirigé aux jeunes entrepreneurs des régions de Ancash et Lima, sur la base de leur plan d’affaires.

Cliquez ici pour visionner la vidéo de la troisième édition de remise de prix du Fonds Wiñay région de Ancash et ICI pour la remise de prix pour la région de Lima.

Tout en s’adaptant à la réalité changeante, les jeunes entrepreneurs·es mettent en valeur l’importance d’une alimentation saine, et l’apport direct de l’agriculture familiale pour assurer la sécurité alimentaire des centres urbains. Les marchés locaux prennent une place significative, comme par exemple le marché agroécologique Biolurín, où les producteurs et productrices agroécologiques des abords de la rivière Lurin, à Lima, vendent leurs produits.

 

Productrice agroécologique du marché Biolurín. Crédit photo: Marcial Vargas.

 

Erika Eugenio et Natalia González commercialisent leur fromage de type andin au marché de Huari.
Crédit photo : Carlos Ly.

 

Des espaces de réflexion pour les jeunes

La pandémie a accéléré la réflexion sur les impacts de l’activité humaine sur l’environnement et les changements climatiques. Cette thématique avait d’ailleurs été abordée en juin 2019 lors du Forum sur les changements climatiques dans la région d’Ancash. Ce sont 250 personnes qui se sont réunies à Huaraz pour réfléchir sur la façon d’adapter les systèmes agricoles andins aux changements climatiques, particulièrement dans la région d’Ancash qui abrite la Cordillère Blanche.

Cliquez ici pour visionner la vidéo résumé du Forum sur les changements climatiques.

 

Enfin, les jeunes vivant en milieu rural demandent à occuper une plus grande place dans les espaces de prise de décision. SUCO organise différents événements où les jeunes peuvent s’exprimer et débattre sur des thèmes qui leurs tiennent à cœur, en lien avec la ruralité, l’agroécologie, et les défis qui existent pour influencer l’agenda publique national sur les questions agricoles. Le Forum sur les jeunes ruraux et  l’agroécologie réalisé en mars 2018 à Lima dans le cadre du projet FORMAGRO a donné la parole aux jeunes de différentes régions du Pérou, précisément sur ces questions.

Cliquez ici pour visionner la vidéo du Forum sur les jeunes ruraux et l’agroécologie.

 

Jeunes qui participent au Forum sur l’adaptation aux changements climatiques en élaborant la maquette d’un système agricole et d’élevage durable. Crédit photo: Carlos Ly

 

Jeunes participants et participantes au Forum sur les Jeunes ruraux et l’agroécologie en pleine élaboration de la déclaration de l’événement. Crédit photo : Carlos Ly

 

Carla Salvador, membre de la Coopérative Agraire de Santa Cruz LTDA, qui présente sa farine de kiwicha au marché de Huayla de Caraz, Ancash. Crédit photo: Carlos Ly

 

Ronald García produit du fertilisant bio avec sa marque Fito Killari a Yungay, Ancash. Crédit photo: Carlos Ly

 

 

 


Renseignements supplémentaires:

Émilie Lemieux
Directrice – Formagro
Representante SUCO au Pérou
Courriel: emilielemieux@suco.org

 


Le commerce local

 

Après dix semaines dans la ville de Pacarán avec l’organisme IDMA, Audrey Ménard, la responsable d’équipe du groupe Québec sans frontières, nous livre ses réflexions sur l’importance du commerce local, que ce soit au Québec ou au Pérou. N’hésitez pas à aller lire le blogue du groupe pour en apprendre plus sur leur projet.

La consommation de produits locaux est une façon simple de diminuer notre empreinte écologique et de lutter contre les changements climatiques. Elle permet de réduire le kilométrage alimentaire, notion référant à la distance parcourue des aliments avant de se retrouver dans nos assiettes[1]. En consommant local, le transport des produits est significativement réduit, tout comme les émissions de gaz à effet de serre qui lui sont associées.

Nous avons été surpris et surprises de constater, dans le cadre de notre projet Québec sans frontières, que la mise en place de potagers biologiques dans des écoles de Pacarán avait contribué au commerce local de la région. Non seulement les produits récoltés sont consommés par les élèves des écoles où ont été implantés les jardins, mais les surplus de légumes sont vendus aux restaurateurs du coin afin de financer un fonds permettant d’acheter du matériel scolaire pour les élèves.

À travers le projet FORMAGRO, mis en œuvre en partenariat avec SUCO, plusieurs centaines d’étudiants et d’étudiantes au Pérou ont l’occasion de développer leurs produits et de les commercialiser dans leur région. Dans le cadre de leur cours sur la transformation des aliments, ils et elles apprennent à élaborer un produit qui sera peaufiné et personnalisé tout au long du semestre. Les élèves ont en effet l’occasion de réaliser toute une myriade d’analyses et d’essais dans des laboratoires mis à leur disposition. En ressortent des produits alimentaires distincts, tous plus délicieux les uns que les autres, tels que yogourt, miel, thé, jus, tartinade et aliments marinés. Le tout est préparé avec la touche de chacun, ce qui procure une belle diversité dans l’offre de produits disponibles.

IDMA et SUCO, les deux organisations partenaires à l’origine du projet dans la province de Lima, ont implanté une foire commerciale hebdomadaire afin de soutenir et renforcer la mise en marché des produits de leurs étudiants et étudiantes. Cette Eco-Feria se déroule les fins de semaine à Lunahuana, une petite ville plus populeuse et plus touristique que Pacarán (les cours du programme FORMAGRO se déroulent à Pacarán). Les deux villes étant situées à vingt kilomètres l’une de l’autre, les étudiants et étudiantes peuvent facilement y transiter et transporter leurs produits. Il est à noter que les produits alimentaires ne sont pas les seuls à être commercialisés dans le cadre de l’Eco-Feria. Des étudiants et étudiantes y vendent également des plantes et des arbres fruitiers prêts à être transplantés. Tout comme les produits transformés, les produits horticoles sont biologiques afin de réduire l’utilisation des pesticides qui posent un risque pour la santé des agriculteurs et des agricultrices, pour la biodiversité et les ressources naturelles. Les plantes et arbres fruitiers sont également, pour la plupart, vendus dans des contenants recyclés dans l’optique de réduire la production de déchets.

Dans le but d’en apprendre davantage sur les impacts du FORMAGRO, notre groupe est allé visiter l’Eco-Feria de Lunahuana. Nous avons pu entretenir d’intéressantes discussions avec les commerçants et commerçantes. Maria Nelly Yactayo Casas, ancienne étudiante du FORMAGRO, a été sans équivoque à ce sujet : le programme a été grandement bénéfique pour elle. Elle a affirmé avoir doublé les revenus découlant de sa production de yogourt grâce aux cours et à la foire commerciale. Maria Nelly a pu développer une multitude de saveurs de yogourt, choisir des récipients appropriés pour ses produits, concevoir des étiquettes professionnelles pour ceux-ci et avoir accès à une toute nouvelle clientèle.

Deux stagiaires de notre groupe ont également eu l’occasion d’accompagner le personnel d’IDMA à l’Eco-Feria de LLapay au nord de Pacarán, un événement rassemblant plusieurs producteurs et productrices locaux, dont des élèves du FORMAGRO. L’événement était festif et convivial. Des cultivateurs et cultivatrices d’espèces maraîchères ancestrales étaient présents et avaient apporté plus d’une soixantaine de variétés de pommes de terre, légume emblématique du Pérou. L’événement s’est conclu par un concours de danses traditionnelles auquel participaient les élèves des écoles de la région.

Tout au long de notre stage, nous avons pu constater un vif engouement pour le commerce local dans la région de Pacarán. Celui-ci est aussi bien présent au Québec. Toutefois, dans notre province, les fruits et les légumes continuent de parcourir en moyenne 3500 à 5000 kilomètres avant d’atteindre nos assiettes, alors qu’il existe différentes façons de manger local, et ce, même en hiver[2]. Peut-être aurions-nous intérêt, nous aussi, à organiser des événements qui soient aussi festifs, ponctuels et, par-dessus tout, à l’échelle de nos quartiers ?

[1] Bernard Lavallée, Sauver la planète une bouchée à la fois, Les Éditions La Presse, 2015, p. 18.

[2] Ibid.

Par Audrey Ménard, responsable d’équipe du groupe Québec sans frontières au Pérou 


Contrer l’exode rural en formant la relève agricole

 
De juin à août 2017, quatre jeunes Québécoises ont réalisé un stage Québec sans frontières à Huari, au Pérou, avec l’organisme local ALLPA, partenaire de SUCO.


Comme dans plusieurs autres pays du monde, l’exode rural est un phénomène qui affecte le Pérou et en particulier la région où nous effectuons notre stage, qui a lieu plus précisément dans la petite ville de Huari, ainsi que les zones rurales qui l’entourent
.

Notre stage Québec sans frontières sur la promotion des aliments locaux et du travail des personnes agricultrices, réalisé en collaboration avec notre partenaire local Allpa, nous a amené à nous questionner sur les raisons qui poussent les jeunes à abandonner leur terre natale pour tenter leur chance ailleurs.

La dévitalisation des milieux ruraux

À la suite de nombreuses discussions avec des familles agricultrices, ainsi qu’avec des collègues d’Allpa, nous avons tout d’abord constaté que les raisons qui poussent la plupart des gens à migrer vers de plus grandes villes ressemblent énormément à celles invoquées au Québec et au Canada : les zones rurales se dévitalisent plus ou moins rapidement, car les jeunes aspirent à un futur qu’ils peinent à imaginer en campagne. Pour vous donner une idée de la situation, il ne reste qu’une trentaine de famille à Ampas, petite communauté voisine de Huari, alors qu’il y a trente ans, on en comptait trois cents. Les répercussions sont dramatiques puisque ce genre de phénomène implique que, dans des villes comme Huari qui ne possèdent pas leur propre université, les jeunes qui veulent poursuivre leurs études doivent déménager dans une autre ville, comme Huaraz ou Lima. Parmi ceux et celles qui partent pour les grandes villes, une poignée seulement revient dans leur petite ville natale pour y faire leur vie.

Un autre de nos questionnements portait sur les perceptions existantes du métier d’agriculteur. Bien évidemment, elles sont différentes d’une famille à l’autre, mais la différence est d’autant plus manifeste si l’on compare les familles qui vivent dans une zone rurale, comme Ampas, à celles qui vivent dans une zone plus urbanisée, comme Huari. Les familles de Huari avec lesquelles nous avons discuté ne vivent généralement pas de leur propre agriculture, et même si certaines d’entre elles possèdent une terre, il s’agit davantage d’une activité marginale que d’un réel métier. De plus, si quelques personnes considèrent que l’agriculture est un travail difficile, d’autres vont jusqu’à dire que ce n’est pas un « vrai » travail.

Des familles qui valorisent le travail de la terre

Certaines familles nous ont toutefois fait part d’opinions tout à fait différentes. Elles nous ont par exemple parlé de l’entraide et de la solidarité qui existent entre les familles d’agriculteurs et d’agricultrices. En effet, toute la communauté travaille une journée dans les champs de l’une des familles, puis dans ceux d’une autre famille le lendemain, et ainsi de suite. Cela témoigne d’un esprit de communauté très fort. De plus, une famille d’agriculteurs et d’agricultrices qui a vécu plusieurs années à Lima pour ensuite revenir à Ampas nous a confié que la qualité de vie était selon elle beaucoup moins bonne à Lima. Il y a beaucoup de bruit, le coût de vie y est élevé et les déplacements sont rendus difficiles par le trafic constant. Ces conditions ne peuvent être comparées au calme et à la tranquillité qui règnent à Ampas ou à Huari. Selon cette même famille, la délinquance a augmenté de manière importante depuis quelques années à Lima, ce qui en fait un environnement inadéquat pour établir une famille.

Des participants aux modules de formation d’Allpa sur la production maraîchère dans le cadre du projet FORMAGRO.


Former et outiller la relève : le travail de l’organisme Allpa

Un certain nombre de défis caractérisent la vie des agriculteurs et des agricultrices. L’amélioration des conditions de vie en zone rurale se trouve justement le cœur du travail d’Allpa, un organisme qui œuvre dans plusieurs régions rurales du Pérou pour en assurer le développement durable. Allpa offre un soutien aux producteurs et productrices dans le développement de leurs activités maraîchères, d’élevage ou de production laitière, et travaille conjointement avec ceux-ci pour leur permettre de consolider leurs connaissances et techniques. Les familles productrices y voient par conséquent une opportunité d’amélioration. En effet, des changements ont été constatés à la suite de la participation aux formations. Bon nombre d’agriculteurs et d’agricultrices ont modifié leurs méthodes de production maraîchère pour se tourner vers le biologique alors qu’ils utilisaient auparavant des méthodes de production conventionnelle, lesquelles faisaient par exemple appel à des pesticides chimiques dangereux. Allpa travaille aussi à la revalorisation du métier d’agriculteur et d’agricultrice et à la construction d’un meilleur avenir pour les jeunes vivant en zone rurale. En effet, les modules de formation dédiés aux jeunes de 18 à 35 ans permettent à la relève d’être plus motivée et mieux outillée pour travailler la terre. Notre mandat en tant que stagiaires était de collaborer avec Allpa afin de sensibiliser la population à l’utilisation de produits locaux et biologiques.

À la fin de notre stage, nous avons pris conscience de l’étendue de nos apprentissages et nous avons également pu observer qu’une intervention semblable serait extrêmement pertinente chez nous, au Québec.

Claudio Estrada, un facilitateur communautaire d’Allpa, donnant une formation participative sur le contrôle biologique des maladies.


Article rédigé par nos stagiaires QSF : Éliane Voisard, Anika Ste-Marie, Laurence Dupont et Elisabeth Bergeron

Accompagnatrice du groupe  : Anne-Sophie Côté

Informez-vous sur le programme Québec sans frontières du ministères des Relations internationales et de la Francophonie du Québec.


Lanzamiento del proyecto FORMAGRO

 

 

Inician proyecto que mejorará las condiciones económicas de jóvenes productores y de sus familias

Mediante la formación técnica profesional agropecuaria y empresarial, el reforzamiento productivo y el acompañamiento técnico para la creación y consolidación de iniciativas empresariales, el proyecto FORMAGRO (Programa de Formación Agraria y de Apoyo al Emprendimiento Juvenil en el Perú), buscará mejorar las condiciones y perspectivas económicas de 2,000 jóvenes productores y productoras y de sus familias, de las regiones de Áncash y Lima.

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La iniciativa se enfocará especialmente en 800 mujeres y 1,200 hombres, entre 16 y 35 años. Además, 10,000 personas de dichas regiones mejorarán sus condiciones de vida gracias al aumento del ingreso familiar.

Este importante proyecto será presentado este jueves 25 de febrero a partir de las 09:00 hrs. en el auditorio del Centro Cultural CAFAE SE, ubicado en la av. Arequipa 2985 – San Isidro.

El evento contará con la participación de diversas autoridades y funcionarios del Ministerio de Educación, del Ministerio de Agricultura y Riego, de la Embajada de Canadá, de la ENIEX SUCO, de la ONG ALLPA, del Instituto de Desarrollo y Medio Ambiente – IDMA, de los gobiernos regionales de Ancash y Lima, de las Direcciones Regionales Agrarias y de Educación, de los Centros de Educación Técnico Productiva (CETPROS), de los Institutos de Educación Superior Tecnológica (IEST), entre otros.

Se implementa en las regiones de Ancash (provincias de Huaylas, Yungay, Huari, Fitzcarrald y Bolognesi), y Lima (Lima Metropolitana con los distritos de Pachacamac y Lurín, así como las provincias de Cañete, Huarochirí y Yauyos).

Su ejecución es posible gracias al apoyo del Ministerio de Educación – Minedu, a través de la Dirección General de Educación Técnico-Productiva y Superior Tecnológica y Artística, así como del Ministerio de Agricultura y Riego – Minagri, a través de la Dirección General de Negocios Agrarios.

Además, FORMAGRO trabajará con los centros e institutos de educación profesional y técnica (CETPROS y los IEST) de estos ámbitos, por ser los actores del proceso de formación y asesoramiento de jóvenes.

El apoyo de la población organizada, así como de los gobiernos locales, regionales, serán otra pieza fundamental para el buen desempeño del proyecto.

La estrategia de ejecución y gestión de FORMAGRO se basará entonces en una metodología participativa, en una estructura de gestión descentralizada (Lima y Ancash) que promoverá la eficiencia y la eficacia; y en la participación de socios locales públicos (ministerios y responsables de las autoridades locales) y socios de la sociedad civil (IDMA y ALLPA).

Con el lanzamiento de FORMAGRO se da inicio a la participación y compromiso de todos los actores involucrados para la ejecución de un proyecto orientado al futuro, desde una perspectiva de cooperación y de reducción de la pobreza en las áreas rurales y periurbanas de las zonas de intervención.

Cabe precisar que FORMAGRO cuenta con el financiamiento del Gobierno de Canadá, y será ejecutado por SUCO (ONG canadiense) por un período de cinco años (2016 – 2021).

 

EN FRANÇAIS : Pour en savoir plus sur le projet, consultez l’article FORMAGRO, un nouveau projet au Pérou.


FORMAGRO, un nouveau projet au Pérou

 

Un nouveau projet de formation agricole et d’appui à l’entrepreneuriat jeunesse au Pérou

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Crédit-photo: Andrés Toro

FORMAGRO est un projet bilatéral financé par Affaires Mondiales Canada qui sera mis en œuvre jusqu’en 2021. Il contribuera au développement socio-économique de communautés paysannes situées dans deux régions du Pérou, et s’adressera particulièrement aux jeunes, aux femmes, et à leurs familles. L’équipe du projet, formée de SUCO et de ses partenaires au Pérou, accompagnera les personnes au-delà de la formation pour créer et consolider des initiatives entrepreneuriales individuelles et collectives autour de l’activité agricole.

Le projet FORMAGRO est actuellement en phase d’implantation dans les deux régions du Pérou ciblées par l’intervention, Ancash et Lima. D’ailleurs, du 2 au 6 novembre 2015, une délégation, formée de membres de l’équipe de SUCO, du personnel du ministère de l’Éducation et du ministère de l’Agriculture et de l’Irrigation du Pérou, de membres des organisations de la société civile ALLPA et IDMA, a réalisé une tournée dans la région d’Ancash afin de visiter cinq des sept districts où FORMAGRO interviendra. Du 16 au 18 novembre, cette même délégation a réalisé une tournée dans la province de Yauyos, qui appartient à la grande région de Lima, afin de visiter sept autres districts où le projet sera implanté.

Avec FORMAGRO, c’est plus de 2000 jeunes entre 16 et 35 ans et 10 000 personnes qui amélioreront leurs conditions de vie grâce à l’augmentation des revenus de leur famille. Le projet permettra à ces personnes de passer d’une production de subsistance à une production génératrice de revenus en travaillant à l’amélioration de l’offre de formation et des compétences locales, à l’augmentation et à la diversification de la production et à l’articulation de la production vers les marchés de proximité. Il aura aussi des retombées concrètes pour les jeunes producteurs et productrices, leurs familles, mais aussi pour tous les acteurs du milieu impliqués dans le développement entrepreneurial et la génération d’emplois. La délégation a d’ailleurs profité de son passage dans les régions d’intervention pour visiter les différents centres et instituts de formation technique qui offriront un programme de formation en développement agricole et entrepreneurial avec l’appui de SUCO et de ses partenaires. Les membres de la délégation se sont aussi entretenus avec différentes institutions décentralisées des ministères de l’Agriculture et de l’Éducation, de même qu’avec les autorités locales partenaires de Caraz, Santa Cruz, Yanama, Huari et Cajay (dans la région d’Ancash), et de Pacaran, Catahuasi, Yauyos, Vitis et Laraos (dans la région de Lima), afin d’assurer une participation pleine et entière des différentes instances pour l’amélioration de l’offre de formation technique et le développement économique régional.

Reunión Alcalde de Catahuasi
Crédit photo: Duvert Ventocilla

Dynamiser l’économie régionale pour vaincre l’exode rural des jeunes

FORMAGRO représente une opportunité fantastique de dynamiser l’économie régionale et de développer une agriculture dont les revenus représentent une alternative économique viable pour les jeunes et leurs familles. Dans la région d’Ancash comme dans la région de Lima, ce projet répond à un contexte particulier, celui de l’exode rural des jeunes et de l’abandon des terres. Les différents acteurs visités reconnaissent qu’il est nécessaire de récupérer les activités productives traditionnelles et de favoriser le développement d’activités économiques diversifiées et adaptées au milieu. Une plus grande articulation entre les différents secteurs étatiques (surtout ceux de l’éducation et de l’agriculture) ainsi que les gouvernements et institutions locales est essentielle afin de former des jeunes entrepreneurs et de mieux arrimer la production agricole aux différents marchés. Les principaux intéressés ont aussi démontré un vif intérêt pour les thèmes de l’environnement et de l’articulation au secteur du tourisme communautaire; le projet prendra place dans des aires naturelles protégées : celles du Parc national Huascaran (Ancash) et celle de la réserve nationale Nor Yauyos Conchas (Yauyos).

FORMAGRO vise un développement local intégré qui mobilise tous les acteurs du milieu autour d’une vision commune. Le projet favorise une offre de formation de qualité, l’amélioration de la production locale et l’organisation de la commercialisation vers les différents marchés afin d’améliorer la qualité de vie des familles. Grâce à l’apport de ce projet, SUCO renforce le développement durable qui valorise une diversification des économies locales en harmonie avec l’environnement et le mode de vie de la population.

Par Émilie Lemieux, adjointe à la direction, FORMAGRO

Campo Yanama
Crédit-photo: Andrés Toro