Une discussion sur les défis de l’agriculture familiale au Pérou

 

 

Jésus Javier Espinoza, agriculteur et protagoniste dans le documentaire «La voix de l’agriculture familiale». Crédit photo : Marcial Vargas

 

Suite à la projection virtuelle du documentaire La voix de l’agriculture familiale, l’équipe de SUCO au Pérou a organisé un webinaire sur l’agriculture familiale et le développement durable. Comme le documentaire présente l’histoire de six jeunes des Andes péruviennes qui ont lancé des projets d’entrepreneuriat en agriculture durable innovants et écologiques,  la discussion du 24 juin dernier était une occasion d’approfondir et d’ajouter un complément aux thématiques traitées dans le film. Afin d’aborder les enjeux propres aux familles agricultrices et pour répondre aux questions du public, le webinaire a rassemblé plusieurs intervenants et intervenantes du domaine :

  • Jésus Javier Espinoza, agriculteur et protagoniste dans le documentaire ;
  • Marco Artega Romani, agriculteur et entrepreneur ;
  • Luis Gomero Osorio, ingénieur-agronome, professeur d’agriculture biologique, conférencier sur les questions environnementales et d’agroécologie au niveau national et international, agriculteur, et coordonateur du Réseau d’Action en Agriculture Alternative (Red de Acción en Agricultura Alternativa)  ;
  • Paloma Duarte, entrepreneure, directrice de Misha Rastrera, une startup dédiée à la production et à la commercialisation de produits écologiques,  et directrice d’un marché écologique et d’un magasin écologique.

Nous souhaitons vous partager quelques réflexions intéressantes qui ont émergé de cet événement en ligne, et qui en disent un peu plus sur la réalité actuelle de l’agriculture familiale au Pérou.

 

Adaptation au contexte de pandémie

Le coronavirus et les mesures pour en prévenir la propagation ont entraîné des défis pour les agriculteurs et agricultrices, comme des problèmes de transport et d’approvisionnement. L’entrepreneure Paloma Duarte a mentionné que son entreprise avait été paralysée par la situation. Jésus Javier Espinoza, pour sa part, a partagé avoir souffert d’une perte de capital de 5%, qu’il prendra au moins une année à récupérer. Toutefois, tous et toutes s’entendent pour dire que la situation a sensibilisé les consommateurs et consommatrices à l’alimentation saine et locale, ce qui a créé une opportunité pour le secteur de l’agroécologie. Les solutions mises en places telles que la livraison de paniers à domicile permettent de poursuivre la vente. Par contre, le processus d’adaptation dans le contexte de pandémie est généralement coûteux pour les producteurs et productrices. Ainsi, le support des gouvernements locaux est essentiel pour appuyer l’agriculture familiale à se relever de cette crise, a avancé Paloma.

 

Pratiques, technologies et savoirs ancestraux

Pendant la discussion, l’ingénieur-agronome Luis Gomero Osorio a mentionné que les péruviens et péruviennes sont moins proches de la réalité rurale, ce qui fait en sorte qu’un grand potentiel de production demeure inutilisé. Il mentionne comme exemple les terrasses agricoles, pratique ancestrale qui est souvent délaissée en faveur de la technologie conventionnelle. D’autre part, la demande de produits peu coûteux mais tout de même présentables pousse les producteurs et productrices à utiliser des produits chimiques. Ainsi, pour arriver à des méthodes de production agroécologies, il est nécessaire que les consommatrices et consommateurs changent leur perception de la qualité des produits. De plus, afin d’être en mesure d’utiliser des pratiques ancestrales moins nuisibles pour l’environnement, il faut s’assurer que les personnes qui achètent des produits agroécologiques au marché soient prêtes à en payer le juste prix. 

Pour assurer la durabilité et une gestion efficace des ressources, Luis a souligné l’importance du développement du savoir-faire, entre autres par le travail de formation qu’effectue FORMAGRO , un projet que nous mettons en oeuvre avec nos partenaires ALLPA et IDMA.

 

Consommation locale 

À la question concernant l’accès aux produits locaux pour les habitants et habitantes en régions éloignées des villes, Paloma a répondu avoir rencontré  du succès avec les espaces de commercialisation de produits agroécologiques à l’extérieur de Lima. Elle indique qu’il existe des expériences importantes de ce type d’organisation : coopératives, associations et réseaux qui doivent être mis de l’avant. Selon elle, les entrepreneurs·es ont intérêt à continuer à mettre en oeuvre des initiatives pour développer davantage le mouvement agroécologique. À ce propos, elle considère que la jeunesse occupe un rôle fondamental.

 

Vous pouvez lire l’intégralité du résumé du webinaire LA VOIX DE L’AGRICULTURE FAMILIALE: les défis de l’agriculture familiale vers le développement durable, en cliquant ici. Pour le visionner (en espagnol), cliquez ici.

 

Chez SUCO, l’approche de l’agroécologie et de l’agriculture familiale est au centre de nos interventions pour des systèmes alimentaires plus viables et une meilleure résilience aux changements climatiques. Vous pouvez passer à l’action et encourager nos actions au Pérou en cliquant ici.

 


Renseignements supplémentaires

Émilie Lemieux
Représentante SUCO au Pérou
Directrice du projet FORMAGRO
emilielemieux@suco.org
formagro.org


Une crise en attente? La COVID-19 en Afrique de l’Ouest

 

 

 

Ce premier billet fait un survol global de l’impact de la COVID-19 et des mesures sanitaires en Afrique, plus particulièrement en Afrique de l’Ouest. Dans un second billet, nous verrons comment les partenaires de SUCO ont su s’adapter face à ce nouveau contexte et l’impact de ces mesures sanitaires sur les populations locales. 

 

Si dans un premier temps, il a semblé que la pandémie avait épargné l’Afrique, le 11 juin dernier la directrice régionale de l’Organisation mondiale de la santé (OMS), la Dr. Matshidiso Moeti lançait un avis disant que l’Afrique n’est pas à l’abri de la pandémie. « Il a fallu 98 jours pour atteindre la barre des 100 000 cas [de coronavirus en Afrique] et 18 seulement pour franchir celle des 200 000, a-t-elle martelé lors d’un point de presse par vidéo au siège de l’OMS à Genève, avant d’insister : il est clair que la pandémie s’accélère ». 

Si cet avertissement a lieu d’être, objectivement, il faut relativiser : les cas sont moindres sur le continent africain qu’ailleurs, le rythme de propagation du virus y semble plus lent qu’ailleurs et de plus, les cas sont assez concentrés dans certains pays. Enfin, le taux de létalité du virus est moindre sur le continent africain (taux de létalité de 2,5% pour l’Afrique comparé à un taux d’environ 9% au Québec) et le nombre de patients guéris est important (192 364 cas guéris sur un total de 403 692 cas) soit un taux de guérison de 47% (OMS COVID-19 Outbreak Sitrep 18 (2020)).

Selon nos partenaires sur le terrain, ce qui fait le plus mal aux populations locales n’est pas tant la COVID 19 que les mesures de prévention prises pour limiter la propagation du virus. D’ailleurs, dans certains pays, les populations se révoltent contre ces mesures. Les chiffres semblent appuyer ces révoltes populaires car même si le virus est toujours présent, l’impact sanitaire de la pandémie reste à ce jour limité. Cependant, les conséquences économiques et sociales, elles, sont déjà dramatiques dans certaines régions et risquent de s’empirer. 

 

Survol de la situation en Afrique et des mesures mises de l’avant pour stopper la propagation du virus. 

 

Selon la mise à jour de l’OMS en date du 1er juillet 2020, le plus grand nombre de cas en Afrique est concentré dans 10 pays soit l’Afrique du Sud (151 209), le Nigéria (25 694), le Ghana (17 741), l’Algérie (13 907), le Cameroun (12 592), la Côte d’Ivoire (9 214), la République démocratique du Congo (7 039), le Sénégal (6 793), le Kenya (6 366) et l’Éthiopie (5 848). Ces 10 pays ensemble comptent en effet pour 84% (256 401) des cas reportés (OMS Covid 19 OutbreakSitrep). Sur le continent, l’Afrique du Sud, le Nigéria, l’Algérie, le Ghana et le Cameroun, sont donc les pays les plus affectés, en terme de nombre de cas mais aussi de décès : selon l’OMS ces 5 pays comptent pour 74% des décès rapportés, selon les chiffres rapportés par l’OMS. . 

Actuellement, 30 pays de la région connaissent une transmission communautaire, neuf ont des foyers d’éclosions communautaires et huit ont des cas sporadiques de COVID-19. La région a aussi observé une augmentation des cas importés en provenance des pays touchés de la région. Ces cas sont en grande partie alimentés par les chauffeurs routiers transfrontaliers et les déplacements irréguliers de personnes et bien à travers des frontières poreuses. D’où le maintien de la fermeture des frontières terrestres. (OMS COVID-19 Outbreak Sitrep 19 ).

Cependant, la situation dans les pays d’intervention de SUCO en Afrique de l’Ouest est différente.

 

Sénégal

En date du 6 juillet 2020, au Sénégal il y avait 7 478 cas positifs, dont 4 909 guéris, 136 décès et 2 432 sous traitements.  On constate aussi une augmentation des cas issus de la transmission communautaire (Ministère de la santé et de l’action sociale)

Le Sénégal a pris très au sérieux l’urgence sanitaire causée par la COVID-19. Le pays a réagi assez rapidement dès la mi-mars par la fermeture de ses frontières de même que les écoles et universités, mise en place de couvre-feu, contrôle du transport inter-région, et interdiction de tous les rassemblements de plus de 50 personnes, incluant les rassemblements religieux. Cependant, tout comme le soulignait l’article sur la situation en Amérique latine et Caraïbes, l a distanciation physique est difficile à imposer. De plus, au Sénégal, le confinement est partiel : les usines et les marchés sont ouverts, sauf exception comme à Dakar ou les marchés sont fermés les samedi et dimanche depuis le 2 mai.

Cependant, face à la grogne populaire, le gouvernement a dû alléger les mesures de restriction. Ainsi dans un discours prononcé le 29 juin dernier, le Président Macky Sall levait l’état d’urgence et le couvre-feu, annonçait la réouverture des frontières aériennes pour le 15 juillet, maintenait, par contre, la fermeture des frontières terrestres et maritimes de même la fermeture des marchés un jour par semaine. Les restrictions sur les transports inter-région sont levées depuis le 4 juin, de même que les restrictions sur les réunions qui sont de nouveau autorisées. Les restaurants et les salles de sport sont rouvertes avec masque et distanciation obligatoire. Enfin, les vols intérieurs ont repris de façon progressive depuis le 15 juin, de même que les  et les écoles, collèges et lycées qui rouvrent aussi de façon progressive depuis le 25 juin. (Source Jeune Afrique)

 

Burkina Faso 

Au Burkina Faso, en date du 3 juillet, il y avait 1000 cas déclarés, 858 cas guéris et 53 morts. 

Le Burkina Faso est le pays le plus touché d’Afrique de l’Ouest par la COVID 19. La pandémie s’ajoute à l’insécurité grandissante au pays. Cependant, il semble que le Burkina ait réussi à en limiter la propagation. Le 21 juin dernier, la Dr. Matshidiso Moeti affirmait qu’on observait un ralentissement important de la transmission communautaire, avec uniquement ou principalement de nouveaux cas importés, au Burkina Faso  (Jeune Afrique, Coronavirus : une explosion des contaminations est-elle possible en Afrique?)

Cependant, l’état d’urgence demeure au Burkina, même si le gouvernement commence à envisager la possibilité de lever certaines restrictions dont la réouverture des frontières terrestres. Dès la mi-mars le gouvernement prenait des mesures drastiques pour limiter la propagation du coronavirus : fermeture des établissements scolaires, liaisons terrestres et aériennes suspendues (à l’exception du fret), déclaration de l’état d’alerte sanitaire, mise en quarantaine des villes touchées (Ouagadougou, Bobo-Dioulasso, Boromo et Dédougou), couvre-feu de 21 h. à 4 h., fermeture des marchés, des bars, des restaurants et des lieux de culte, restriction des rassemblements, des transports publics et du trafic interurbain. 

La population commence toutefois à trouver ces mesures difficiles à vivre, les impacts économiques étant grands. Une coalition d’une cinquantaine de syndicats a organisé un rallye national le 4 juillet et une grève générale de 48 heures les 8 et 9 juillet pour dénoncer, entre autres, l’impact de ces mesures sanitaires. 

Bénin

Au Bénin en date du 6 juillet il y avait 1199 cas confirmé au Bénin, 845 cas sous traitement, 333 guéris et 21 décès. (Gouvernement du Bénin)

Le gouvernement a instauré un cordon sanitaire pour 15 communes. Ce cordon limite les transports des personnes mais pas des denrées. Depuis le 11 mai, les autorités lèvent progressivement ce cordon sanitaire. Cependant, toute personne suspecte est mise en quarantaine et il y a une restriction de délivrance des visas d’entrée. Les bars, discothèques et autres lieux de réjouissances demeurent fermés. La suspension des célébrations religieuses est toujours en cours. Depuis le 11 mai, les écoles, lycées et université rouvrent de façon graduelle. (Gouvernement du Bénin) Toutes les autres mesures barrières restent en vigueur dont le lavage des mains, le port du masque et le respect de la distanciation (1 m). 

 

Que valent ces chiffres?

 

Ces résultats étonnent et détonnent, et plusieurs remettent en question leur validité. Certains se demandent si le faible nombre de cas affichés en Afrique n’est pas tout simplement dû à des lacunes dans la détection ou encore au trop faible nombre de tests effectués. Pourtant, sur ce point, plusieurs organisations internationales de santé dont l’OMS et le Centre pour le contrôle et la prévention des maladie –Afrique (CDC) se veulent rassurants : même s’il est possible que le continent compte un taux de malades asymptomatiques supérieur à ce qui a été observé ailleurs – du fait notamment de la jeunesse de sa population –, il semble exclu que des malades ou des décès liés à la COVID 19 échappent aux radars dans des proportions autres que marginales. Le Dr Moumouni Kinda, directeur des opérations de l’organisation non gouvernementale ALIMA, en poste au Sénégal est clair sur le sujet : « Il y a certes une faiblesse dans le testing, qu’on a aussi observée dans des pays ayant beaucoup plus de ressources. Mais on a aujourd’hui suffisamment de recul pour lier le faible nombre de cas à d’autres facteurs : jeunesse de la population, faible urbanisation, moins de brassage intra- et inter-urbain, plus grande précocité dans la prise des mesures de protection… Je suis affirmatif sur ce point. » (Jeune Afrique, Coronavirus : une explosion des contaminations est-elle possible en Afrique?)

Ainsi selon la directrice régionale de l’OMS, « l’action rapide et précoce des pays africains a contribué à maintenir les chiffres à un niveau bas, mais une vigilance constante est nécessaire pour empêcher que le Covid-19 ne submerge les établissements de santé », a-t-elle indiqué. Cependant, l’application de ces mesures est de plus en plus difficile car leur impact sur la vie des populations locales semblent plus sévère que le coronavirus lui-même. 

Et si le remède était pire que la maladie? 

 

L’impact des restrictions imposées par les pays africains n’est pas sans effet d’où l’allégement de certaines mesures afin de relancer les économies. D’ailleurs, les témoignages recueillis par SUCO auprès des partenaires et relayé sur nos médias sociaux témoignent de l’impact des restrictions : 

« Depuis près de deux mois (i.e. depuis le mois de mars) certaines activités sont suspendues, ce qui cause préjudice à Yélémani qui aura du mal à faire face à ses dépenses ». 

Blandine Sankara, sociologue et coordonnatrice de Yélémani, partenaire de SUCO au Burkina Faso 

 

 

« Du 3 mars au 2 juin, l’État a décrété l’état d’urgence qui a été accompagné de beaucoup d’autres mesures comme le couvre-feu et la limitation de la circulation. Au Sénégal, nous travaillons avec une espèce d’abeille agressive donc le travail de récolte de miel se fait la nuit. Avec le couvre-feu qui démarrait à 21h, les apiculteurs·trices ont été bloqué chez eux. Depuis la levée des restrictions, nous travaillons fort pour rattraper le retard et récolter un miel de qualité. Je suis également très sollicité pour appuyer les apiculteurs·trices mais nous n’avons pas encore eu la chance de reprendre les formations. De plus, la vente de miel est devenue difficile car d’habitude nous le vendons dans les marchés hebdomadaires, sur les sites touristiques ou nous l’exportons, ce qui est maintenant impossible. L’avantage que nous avons est que le miel est un produit non périssable. »

Étienne Manga, apiculteur et président de l’association APISEN en Casamance au Sénégal

 

 

Ces témoignages confirment une tendance lourde, comme le soulignait le Président Macky Sall dans le quotidien Le Soleil à titre d’éditorialiste invité le 8 avril dernier :

« Avec une population estimée à 1,3 milliard d’habitants, l’Afrique est atteinte par le COVID-19 au moment où plusieurs de ses pays, malgré les défis du sous-développement, sont sur une trajectoire d’émergence alors que d’autres continuent de faire face à la lutte contre le terrorisme. Le COVID-19 freine ainsi l’élan des uns, aggrave la situation des autres et remet en cause les efforts de tous. De plus, il soumettra à rude épreuve des systèmes nationaux de santé publique déjà vulnérables. »

Président Macky Sall

En fait, les restrictions qui ont dû être imposées pour contrôler la pandémie menacent, selon la Banque Mondiale, de mettre en situation de pauvreté extrême près de 58 millions d’Africains, détruisant au passage une classe moyenne émergente. Ce constat n’est pas sans conséquences néfastes pour les plus vulnérables. 

Dans un second billet, nous présentons l’impact de ces mesures sur les partenaires de SUCO et comment ces derniers, avec l’appui de SUCO, ont su s’adapter face à ce nouveau contexte.

Vous pouvez soutenir les acteurs et actrices de changement comme Blandine et Étienne en cliquant ici.


Renseignements supplémentaires:

Geneviève Talbot
Chargée de programme – Pôle Afrique
Courriel: genevievetalbot@suco.org

 


Circuits courts et approvisionnement local : les solutions pour assurer la sécurité alimentaire?

 
La pandémie actuelle a mis en lumière les failles dans le système alimentaire mondial et la fragilité des chaînes d’approvisionnement. Les discussions autour de la souveraineté alimentaire, l’autosuffisance et l’autonomie alimentaire reviennent donc au goût du jour et ce tant au niveau global que local, au Québec comme dans les pays d’intervention de SUCO. 

 

Autonomie alimentaire : un sujet de l’heure

Au Québec, face à la fermeture des frontières, les questions de sécurité alimentaire et de souveraineté alimentaire ont surgi : aurons-nous toujours accès à de la nourriture? Pouvons-nous produire suffisamment de fruits et légumes au Québec pour se nourrir? Marcel Groleau, président de l’UPA a rappelé que le taux d’autosuffisance alimentaire du Québec ne dépasse pas présentement 30%, et plus de 40% des fruits et légumes consommés en hiver viennent des États-UnisLa crise nous a ainsi fait prendre conscience de notre dépendance aux États-Unis, d’où le Québec s’approvisionne majoritairement en hiver, mais aussi de l’importance des travailleurs agricoles étrangers, principalement du Mexique et du Guatemala, pour la main d’œuvre à l’été et l’automne. SUCO a d’ailleurs tenu deux événements sur ce thème (Le webinaire « Quel rôle pour les systèmes alimentaires en temps de pandémie? » et le panel de discussion « Pour une souveraineté alimentaire au Québec » organisé par Ciné Vert, festival de films documentaires sur l’environnement initié par SUCO et Funambules Médias).  L’UPA a de son côté lancé le mouvement Mangeons local plus que jamais et les articles sur l’autonomie alimentaire du Québec se sont multipliés. On n’a en effet jamais autant parlé d’autonomie alimentaire au Québec que maintenant. 

Circuits courts et approvisionnement local, une panacée? 

Si la pandémie a favorisé les échanges sur le rôle des circuits courts¹ et de l’approvisionnement local, la situation aura aussi fait valoir la fragilité de ces options. Notre collègue Julie Potvin-Lajoie soulignait récemment l’apport possible de l’agriculture urbaine et des jardins communautaires et collectifs à la souveraineté alimentaire. Pourtant, il n’est pas évident que les circuits courts et les approvisionnements locaux soient, seuls, capables d’assurer la sécurité alimentaire de la population. La souveraineté alimentaire, qui n’est pas synonyme de circuits courts ni d’autarcie alimentaire, est certainement une voie de solution.

En fait, comme le souligne le rapport d’IPES Food, la plupart des mesures adoptées par les pays (fermeture des frontières, des marchés publics, restrictions sur les déplacements inter-régions et imposition de couvre-feu) pour lutter contre la COVID 19 ont révélé les vulnérabilités dans les chaînes d’approvisionnement courtes. Cela continue d’avoir un fort impact sur l’accès à la nourriture, et ce, surtout pour les populations du Sud. En effet, la majorité des populations du Sud dépendent des marchés locaux pour se nourrir. Les fermetures des marchés publics en Afrique — notamment au Burkina Faso, au Rwanda, au Sénégal, en Afrique du Sud et au Zimbabwe — ont coupé des voies d’approvisionnement vitales pour des communautés et supprimé des débouchés pour les fermiers. D’ailleurs comme le souligne GRAIN, l’expression « Je préférerais mourir du coronavirus plutôt que de faim » est couramment entendue en Haïti, en Angola, au Liban, en République démocratique du Congo, à Mayotte, en Inde et en Amérique latine. En Afrique de l’Ouest, elle devient : « la faim nous tuera avant le coronavirus».

Si le Québec devient autonome sur le plan alimentaire, de même que d’autres pays, quel peut être l’impact sur l’économie des pays du Sud? « L’achat de produits alimentaires provenant de pays du Sud (exemple : fruits et légumes en hiver) ne contribue-t-il pas au développement économique de ces pays en développement? » Cette question posée lors du webinaire du 22 avril soulève la question de l’impact de la souveraineté alimentaire dans une économie alimentaire mondiale libéralisée. 

Souveraineté alimentaire dans un contexte néolibéral?   

Cette question est importante pour SUCO et ses partenaires car notre travail vise justement à contribuer au développement économique des populations avec lesquelles nous travaillons. Si l’achat de produits alimentaires provenant du Sud contribue au développement de ces pays, alors nous allons souhaiter maintenir ces achats. Toutefois, lors du webinaire du 22 avril dernier, Hugo Beauregard-Langelier, Secrétaire général d’UPA Développement international, a apporté des nuances importantes, en spécifiant que l’achat de produits importés peut contribuer au développement des pays du Sud, selon le type d’agriculture qui produit ces aliments. Selon lui : 

« Une agriculture familiale où les producteurs et leur famille contrôlent les décisions de la ferme, participent aux travaux agricoles et sont les détenteurs des moyens de production est une façon de produire dont les retours développementaux sont plus importants. Une agriculture contrôlée par des intérêts étrangers, dont l’approche est délocalisée et où le producteur n’est qu’un ouvrier agricole a beaucoup moins de portée développementale à la fois pour les familles agricoles que pour les pays. »

Hugo Beauregard-Langelier, Secrétaire général d’UPA Développement international

Donc, la question n’est pas tant si nous devons nous procurer des produits issus de l’importation, mais plutôt comment et par qui ces aliments sont produits, et à qui profitent les bénéfices. 

Lors du même événement, Érika Salem, Agente de programme pour Montréal Métropole en santé, nous a aussi rappelé l’importance des certifications :

« Plusieurs pays ont une très faible capacité d’application de règles et lois permettant de protéger les agricultrices et agriculteurs ainsi que l’environnement. C’est pourquoi, lorsque l’on choisit d’acheter des produits importés, il est important de rechercher des certifications telles que Équitable, Rainforest Alliance ou encore biologique. Cela permet de nous assurer que ces denrées ont été produites par des travailleurs recevant un salaire leur permettant de subvenir à leurs besoins et dans des conditions sanitaires protégeant leur santé. Les certifications sont un outil parmi d’autres. » 

Érika Salem, Agente de programme pour Montréal Métropole en santé

L’achat de produits importés n’est pas contradictoire avec la notion de souveraineté alimentaire. La souveraineté alimentaire ne veut pas nécessairement dire autarcie, elle signifie plutôt le droit des peuples à définir leur propre politique agricole. Le mérite de la crise actuelle est qu’elle aura forcé la réflexion sur les politiques agricoles et quels en sont les moteurs. Comme le soulignait Stéphane Poirier de l’Iris dans son billet Autonomie alimentaire : Québec devrait envisager la création d’une nouvelle société d’État, « la prémisse voulant que la finalité première de l’agriculture soit de produire, en appliquant les principes du développement durable, des aliments de qualité pour la population québécoise » devrait guider l’élaboration des politiques agricole.

Pourtant, ce que la crise actuelle aura fait ressortir est que l’élaboration de ces politiques semble plutôt être basée sur la marchandisation des aliments, c’est-à-dire être construite sur l’offre : « on va produire ça, on va le transformer, et après on va faire de la publicité pour que les gens l’achètent. » Clairement, la crise nous aura fait voir que nourrir les populations, c’est beaucoup plus que la production agricole mais que cela doit impliquer plusieurs acteurs interdépendants et donc, être adressé par une approche systémique. 

Les solutions 

Si la crise nous aura fait voir les vulnérabilités des systèmes alimentaires, elle aura aussi permis d’entrevoir de nouveaux systèmes alimentaires, plus résilients. On peut voir les communautés se rassembler pour combler les lacunes des systèmes alimentaires. Par exemple Yélémani au Burkina Faso a mis sur pied un service de livraison sur WhatsApp afin d’apporter les paniers de légumes locaux et bio directement à leurs clients. Les jeunes producteurs agroécologiques membres du projet Formagro de SUCO au Pérou ont pour leur part élaboré un catalogue virtuel de leurs yaourts organiques fruités et organisé leurs distribution à domicile en suivant les règles de biosécurité. Ces deux initiatives sont des exemples notoires d’innovations communautaires en temps de pandémie. 

 

 

Les autorités publiques tentent aussi de mettre de l’avant des mesures extraordinaires pour garantir la production et l’approvisionnement de nourriture. Par exemple, le gouvernement Legault a parlé d’un projet d’augmenter la production en serres au Québec et les abonnements aux fermiers de famille auraient explosés depuis les dernières semaines.  

Si ces exemples démontrent à quel point les crises peuvent être des moments transformateurs, il ne faut pas non plus se leurrer et les acteurs du monde agroalimentaire tentent de maintenir le statu quo sous prétexte de répondre à la crise. Par exemple, les entreprises de transformation alimentaire et les entreprises qui vendent de la nourriture (les supermarchés bien sûr, mais aussi d’autres grandes surfaces qui vendent plein de produits, dont de la nourriture) ont pu obtenir des dérogations au confinement maintenant à risque les employés alors que les marchés publics et les jardins communautaires et collectifs ont été fermés. Ces décisions portent en effet à réflexion. 

Pourtant, les solutions viables à cette crise semblent plutôt être la reconstruction des systèmes alimentaires publics. Comme le dit GRAIN, « si une chose positive ressort de cette crise, c’est peut-être l’opportunité de reconquérir et de réaffirmer des systèmes publics dans nos pays, après des décennies de privatisation et de pouvoir envahissant des entreprises. Ces systèmes doivent soutenir et s’appuyer sur les solutions que les communautés locales fournissent déjà. »

 

Par circuit-court, on fait référence à un cycle commercial d’avoir tout au plus un intermédiaire entre le producteur et le consommateur.

 


Renseignements supplémentaires:

Geneviève Talbot
Chargée de programme – Pôle Afrique
Courriel: genevievetalbot@suco.org

 


L’impact de la pandémie sur les femmes (partie 3 de 3)

 

Partie 3 : Les femmes et les hommes égaux face à la pandémie?

Début avril, les membres des conseils consultatifs du G7 pour l’égalité entre les femmes et les hommes, dont la lauréate du prix Nobel Malala Yousafzai, ont publié une lettre demandant aux dirigeants mondiaux d’agir pour empêcher la dégradation de l’égalité et le recul des droits des femmes dans le monde.

Égalité économique : ni hier, et encore moins aujourd’hui?

L’écart de revenus entre les femmes et les hommes est bien documenté au Canada et dans le monde. Les femmes se retrouvent le plus souvent dans les emplois moins bien payés, dans le commerce, les services et dans le secteur informel. Le plus souvent, elles y sont à temps partiel pour assumer des responsabilités familiales. Au Québec, les mères représentent 75% des parents responsables de familles monoparentales. Alors en ces temps de pandémie, elles se retrouvent plus souvent sans emploi, en charge de la famille, devant recourir aux banques alimentaires pour se nourrir. Bien souvent, elles sont confinées dans de petits appartements. Et cette situation peut être facilement extrapolée pour toutes les femmes du monde à quelques différences près.

Répondre aux besoins essentiels

Plusieurs autres activités essentielles au maintien en santé de la famille sont bien souvent exclusivement à la charge des femmes. On peut penser à l’approvisionnement en eau, en nourriture, au soin des enfants et des jeunes qui ne peuvent plus assister à l’école, des parents âgés, des personnes malades. Souvent, ces activités s’ajoutent à leur travail, qu’il soit formel ou informel.

Les règles d’hygiène et de prévention de la maladie exigent un approvisionnement régulier et important en eau, mais dans une grande majorité des pays en développement cet accès est limité. La charge de travail pour les femmes est donc  multipliée par deux, trois et même plus car elles doivent se rendre plus souvent à la source d’eau, souvent au prix de longues heures de route. 

L’approvisionnement en nourriture est aussi plus difficile et prend plus de temps : pénurie de certaines denrées, longue file d’attente, retour à la maison avec des charges importantes. Et puis il faut préparer les repas. Encore aujourd’hui dans la grande majorité des pays (et ici aussi au Québec), cette charge revient aux femmes.

Et la bien nommée charge mentale dans tout cela? 

On le reconnaît de plus en plus, ce sont les femmes qui l’assument en grande partie. Elles planifient l’épicerie, les repas, les activités pour les enfants et les ados à la maison. Elles se préoccupent du sort de leurs parents âgés, tout en continuant à travailler de la maison si elles n’ont pas perdu leur emploi, ou de se rendre à leur travail considéré comme service essentiel (caissières, infirmières, médecins, préposées aux bénéficiaires ou à l’entretien, pharmaciennes…) Bref, toutes les femmes sont nos anges gardiennes. Écoutons-les, prenons des décisions avec elles, considérons leurs besoins, offrons-leur du soutien et surtout reconnaissons leur travail et leur engagement.

 


Renseignements supplémentaires:

Linda Gagnon
Chargée de programme – Pôle Amériques
(514) 272-3019 poste 228
Courriel: lindagagnon@suco.org

 


L’impact de la pandémie sur les femmes (partie 2 de 3)

 

Partie 2 : L’impact sur la santé et la vie des femmes

Confinement et violence conjugale

On a mentionné au début de la pandémie des impacts possibles du confinement sur l’augmentation du niveau de violence intrafamiliale. Au Québec et au Canada, on a incité les femmes à appeler les services de police ou SOS violence conjugale, et à se réfugier dans des maisons d’hébergement. Certaines régions, dont Rimouski, ont fait appel aux pharmacies pour aider les femmes en situation de violence et cela était nécessaire et essentiel, mais avant de dénoncer, bien souvent les femmes vont d’abord tenter de chercher de l’aide auprès de leurs proches. Les restrictions aux déplacements, bien que nécessaires,  vont probablement empêcher certaines femmes de recevoir cet appui. Elles vont donc demeurer auprès d’un conjoint violent. Les femmes, pour qui il est déjà difficile de dénoncer la violence qu’elles subissent, n’oseront peut-être pas expliquer leur situation si elles se retrouvent devant un barrage policier.

Les maisons d’hébergement, déjà souvent à pleine capacité et en manque criant de financement, doivent aussi répondre aux exigences en matière de distanciation sociale et ne pourront pas recevoir toutes les  femmes qui en auraient besoin. 

À l’international

Dans plusieurs pays malheureusement, il n’existe pas de maisons d’hébergement, et les services de police ne sont souvent pas réceptifs ou formés à offrir un soutien aux femmes victimes de violence. Les règles de confinement et de restrictions de déplacements sont très sévères (jours précis en fonction du carnet d’identité pour se déplacer, couvre-feu strict). Sans oublier le machisme ambiant, qui ne décourage pas les actes de violence envers les femmes. Les femmes victimes de violence auront encore plus de difficulté à demander de l’aide ou se réfugier chez des personnes en qui elles ont confiance.  Alors, elles n’auront  d’autre choix que de mettre leur vie et souvent celle de leurs enfants en danger.

Toutefois, certains pays ont mis en place des mesures pour que les femmes puissent demander de l’aide sans attirer l’attention du conjoint. En Espagne, les femmes peuvent demander à la pharmacie un «masque 19», code pour que la pharmacie appelle les services d’aide aux femmes victimes de violence. Des initiatives comme celles-là doivent être encouragées.

L’accès à la planification familiale 

On a très peu parlé d’un service essentiel pour des milliers de femmes, soit l’accès aux services de planification familiale et d’interruption de grossesse. On le sait, le droit à l’avortement est illégal dans un grand nombre de pays. Dans ceux où il est légal, il est continuellement remis en question. On entend de plus en plus de voix opposées à ce droit le remettre en question, entre autres,  au nom de la lutte à la pandémie. Tous les efforts sont mis sur le soin aux malades de la COVID-19 et malheureusement cette situation, en plus des règles de confinement et de déplacements, perturbe l’accès aux services de planification familiale et d’interruptions volontaires de grossesse. Et ce, particulièrement pour les femmes vivant loin des centres urbains ou des lieux offrant ces services. Cela est sans parler des pressions qui peuvent s’exercer par les conjoints. Alors, au lieu de faire des blagues sur les bébés COVID-19, posons-nous la question si ces bébés auront réellement été le choix des femmes qui les auront portés.

 

Crédit photo: Ariane Sylvain


Renseignements supplémentaires:

Linda Gagnon
Chargée de programme – Pôle Amériques
(514) 272-3019 poste 228
Courriel: lindagagnon@suco.org


Les femmes se mobilisent pour la création du Québec de demain

 

 

 

Pour faire preuve de résilience face aux conséquences de la pandémie que nous vivons, la solidarité devra occuper une place importante dans nos actions en tant que société. Afin d’appuyer une transition juste, le plan d’action pour rebâtir le Québec suite à la crise se doit d’être inclusif et miser sur le bien-être de chaque membre de la société. Nous le savons, ce sont les groupes marginalisés qui ressentent le plus les effets négatifs liés aux crises, qu’elles soient économiques, climatiques ou sanitaires. Les inégalités s’en voient donc intensifiées. 

Dans les derniers jours, la directrice générale de SUCO, Geneviève Giasson, a signé une lettre destinée au premier ministre François Legault, qui met de l’avant l’engagement des femmes à la cocréation d’une société québécoise d’après COVID-19 juste et durable. Près de 1600 femmes engagées dans la communauté ont signé la lettre initiée par le Réseau des femmes en environnement, et qui a été envoyée vendredi le 24 avril. Elles soutiennent l’importance de réfléchir à la relance de l’économie en tenant compte des impacts différenciés de la situation pour les femmes, tout comme pour toutes les collectivités marginalisées. 

Elles demandent également à ce que l’effort de redémarrage soit guidé par les leçons tirées des causes et impacts de la crise sanitaire, et se fasse dans la représentativité des personnes en position d’influencer et de prendre des décisions avisées. Les recommandations des spécialistes en santé publique, action climatique, développement durable et intégration sociale doivent être écoutées. En fait, toutes les ressources dont nous disposons doivent être mises en commun en ce moment clé de la création de notre avenir. 

En seulement quelques jours, des citoyennes de tous les âges, issues de différentes régions du Québec et identifiées à des mouvements et organisations variés se sont mobilisées. Elles se sont unies pour la vision d’une société de demain résiliente, durable et capable d’assurer de meilleures conditions de vie à toutes et tous. 

Chez SUCO, nous ressemblons des personnes et des savoirs pour construire avec les femmes des pays où nous intervenons des solution adaptées à leur réalité. Nous mettons en place des conditions assurant le respect des droits et la participation des femmes à l’élaboration des solutions et aux bénéfices qui en découlent. Nous reconnaissons l’importance et l’urgence d’agir sur les enjeux alimentaires et climatiques qui conditionnent l’avenir de l’humanité. Ces enjeux touchent particulièrement les personnes pauvres et marginalisées, notamment les femmes.

 

Pour en savoir davantage, consultez la lettre ici.

 


Renseignements supplémentaires:

Oswaldo Gutiérrez Bayardi
Responsable des relations publiques et des communications
(514) 272-3019 poste 225
Courriel: oswaldogutierrez@suco.org

 


Les systèmes alimentaires viables en temps de pandémie

 

Pour souligner le Jour de la Terre, le 22 avril dernier, SUCO a organisé une discussion virtuelle sur le rôle des systèmes alimentaires en temps de pandémie.

Nous le savons, la crise actuelle suscite un élan de réflexion par rapport à l’accès à la nourriture et son lien avec la Terre. Ainsi, les échanges entre les acteurs et actrices du domaine sont nécessaires afin de mettre en lumière les enjeux alimentaires et faire ressortir des pistes d’action.

Animée par Geneviève Talbot, chargée de programme à SUCO, la discussion donnait la parole à Erika Salem, agente de programme à Montréal Métropole en santéNayheli Alliu, conseillère en environnement à SUCO et Hugo Beauregard-Langelier, secrétaire général d’UPA Développement international et économiste agricole.

Ce rendez-vous virtuel a suscité des échanges intéressants à propos de divers aspects de nos modes d’alimentation. Entre autres, les invités·es ont discuté du rôle des différents acteurs et actrices des systèmes alimentaires, du lien entre l’alimentation et les changements climatiques, et de l’impact de la crise sur l’accès et la production de nourriture dans le monde. Les panélistes ont abordé des enjeux autant à l’échelle locale qu’internationale. Cela a alors éclairci les liens entre les circuits du Québec et ceux des pays du Sud. 

La diffusion a eu lieu en direct de notre page Facebook et de celle de la Maison du développement durable. En tout, la vidéo a eu plus de 1.5K visionnements, et plus de 120 personnes l’ont suivie en temps réel. Le public a pu interagir avec les panélistes via les commentaires. Nous tenons à remercier chaleureusement les participants·es , nos trois invités·es, notre animatrice ainsi que notre partenaire la Maison du développement durable qui ont fait de ce premier événement web un succès!

Pour ceux et celles qui n’ont pas eu la chance d’y assister, l’enregistrement est toujours disponible gratuitement sur notre page.

 

Quelques extraits

 

 


 

 

Cette discussion a ouvert le bal à une série d’événements virtuels, d’échanges et de partage des connaissances que nous mettrons à disposition de la #SUCOmmunauté pour amorcer la transition écologique juste et durable au Québec comme ailleurs. 

Prochaine activité à mettre à l’agenda : projection en ligne du documentaire La ferme et son état, du réalisateur Marc Séguin, qui sera suivie d’une discussion avec des experts·es sur les grands enjeux d’agriculture au Québec. L’initiative vous est proposée par le festival de films sur l’environnement Ciné Vert de SUCO et Funambules Médias. Pour plus d’information, suivez ce lien-ci.

 


Renseignements supplémentaires:

Yasmina Britel
Agente de programme à la mobilisation du public
(514) 272-3019 poste 234
Courriel: yasminabritel@suco.org


L’impact de la pandémie sur les femmes (partie 1 de 3)

 

 

Et si les anges gardiens étaient plutôt des anges gardiennes? 

Depuis plus d’un mois, le Québec vit à l’ère du coronavirus tout comme plusieurs pays d’Amérique Latine et d’Afrique (plus récemment) et depuis un peu plus longtemps en Asie et en Europe. Il est encore tôt pour une analyse en profondeur des répercussions qu’aura la pandémie sur l’ensemble de la population mondiale. Cependant, dans un monde où les inégalités sont encore bien présentes entre les femmes et les hommes, on pourra sûrement conclure que les femmes seront les plus touchées.

Cependant, il semble opportun et nécessaire de commencer à réfléchir à l’impact de la pandémie sur les femmes, mais aussi sur la représentation réelle et souhaitée des femmes au cœur de la pandémie. Et cela, même si ce ne sera que dans quelques mois que nous pourrons faire une véritable analyse des répercussions sur les femmes et en tirer des leçons.

Quelle reconnaissance pour les femmes?

D’abord, allons-y clairement. Depuis le début, le discours que l’on entend est de type militaire. On parle des personnes qui sont au front, de guerre à la pandémie, de héros, d’un ennemi à combattre… Est-ce ainsi que l’on veut aborder cette crise, par l’autoritarisme et la confrontation? On entend majoritairement des hommes prendre la parole: chefs d’état, médecins, présidents de syndicats (même dans dans les secteurs à prédominance féminine), directeurs de santé publique. On entend quelques femmes, difficile de les écarter quand elles sont ministres de la santé, présidentes d’ordres professionnels, cheffes d’Etat… Mais les entendons- nous et les voyons-nous  suffisamment, alors qu’elles représentent plus de 80% du personnel œuvrant dans les secteurs de la santé, des services sociaux, de l’alimentation, de l’éducation, et qu’elles sont à la tête de plusieurs pays dans le monde?

 Alors le « front », ce sont elles qui y sont…

Peut-être que c’est parce qu’elles sont au front, et où elles sont plus à risque de contracter le virus, qu’on les entend moins. Elles sont occupées à soigner, à nourrir, à laver les personnes malades, à organiser des services d’alimentation, de garde d’enfants, de livraison aux personnes âgées confinées et dans plusieurs pays à assurer l’approvisionnement en eau et en nourriture. 

Une récente campagne québécoise d’appui aux personnes qui travaillent sans relâche jour après jour auprès de la population pour soigner les malades, prendre soin des personnes âgées et assurer les services essentiels montre les visages de ces personnes, majoritairement féminines, et se termine par ces quelques mots « Vous êtes nos anges gardiens ». Et pourquoi pas nos anges gardiennes et nos anges gardiens, pour rendre visible et reconnaître la réelle place des femmes?

Les femmes qui dirigent

Il y a quelques jours dans le magazine Forbes, un article faisait état de la réponse au COVID-19 dans certains pays dirigés par des femmes.  Il est peut être un peu tôt pour en conclure que ces femmes ont réussi à mieux gérer la pandémie, mais force est de constater qu’elles se sont démarquées jusqu’à présent par un style de gouvernance fort différent de certains hommes chefs d’états et qui aura peut-être eu pour effet de protéger une plus grande partie de leur population.

 

Note: Cet article se poursuivra dans deux prochaines publications.

 


Renseignements supplémentaires:

Linda Gagnon
Chargée de programme – Pôle Amériques
(514) 272-3019 poste 228
Courriel: lindagagnon@suco.org